lundi 19 janvier 2009

Désonheur


Je n'ai jamais cherché les honneurs officiels et je ne crois pas en avoir obtenu non plus (je m'en souviendrais, il me semble). Exactement comme quelqu'un que j'aime, les titres pour moi-même n'ont pas d'importance, mais je respecte entièrement les titres qui se respectent, de la même manière que je respecte les institutions, les symboles, les traditions... Il m'arrive d'être impertinent, insolent, mais rarement irrespectueux ; je n'irais pas jusqu'à piétiner un drapeau pour la simple raison qu'il est celui de mes adversaires politiques, par exemple.

Je ne sais pas comment je réagirais si on voulait me remettre la médaille de l'Ordre du Canada, par exemple. De nombreux Québécois ont refusé la décoration pour des raisons politiques ; à tort ou à raison, ils ne voulaient pas avoir l'air de renoncer à leur identité, à leurs convictions, à leur engagement en acceptant une décoration d'une institution à laquelle ils refusent d'être soumis. Il faudrait voir pour quelle raison on voudrait me l'offrir (je sais bien que je ne cours aucun risque), mais je respecte néanmoins la décoration.

Avant 1e 17 avril 1967, date de création de l'Ordre du Canada, la plus haute distinction que pouvaient souhaiter recevoir les Canadiens était l'Ordre de l'Empire britannique. Si l'Ordre national du Canada suscite peu de convoitise au Québec, sauf dans quelques milieux très restreints, les Québécois s'identifient davantage à l'Ordre national du Québec, la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec.

Francophone et longtemps influencé par la littérature et la culture françaises, j'ai toujours été curieux de savoir, par exemple, à qui la France (pendant longtemps, la France était incarnée par De Gaulle lui-même, mais ça c'est une autre histoire), remettait sa Légion d'honneur. « L’ordre national de la Légion d’honneur est la plus haute décoration honorifique française. Elle a été instituée le 19 mai 1802 par Napoléon Bonaparte sur le modèle de l'Ordre de Saint-Louis, mais sans le limiter aux seuls officiers. Elle récompense les mérites éminents militaires ou civils rendus à la Nation », peut-on lire sur la page que lui consacre Wikipédia.

Or, la Légion d'honneur, plus haute distinction française, vient de perdre beaucoup de lustre à mes yeux. Il est dommage que les décorations honorifiques, si elles flattent l'ego des recrues qui les reçoivent, perdent leur prestige en raison des mauvais choix qui sont faits.

Je viens de lire dans les nouvelles du jour que le président français remettra le 2 février prochain la Légion d'honneur au premier ministre du Québec, Jean Charest. Je veux bien croire qu'il s'agit d'une politesse envers un chef d'État en visite en France. Mais s'il y a parmi les premiers ministres québécois quelqu'un qui mérite si peu ce titre de chef d'État, c'est bien Jean Charest. Politicien dans le sens le plus péjoratif du terme, c'est-à-dire : celui qui fait de la petite politique au jour le jour, au gré de ses intérêts (réélection en vue) et de ceux de ses amis (dans ce cas, une minorité d'individus et d'entreprises établis au Québec mais sans attache morale au territoire et au peuple québécois et dont la principale valeur s'exprime en symbole monétaire). Ce politicien que l'on croirait sans vision politique tant ses actions nationales (québécoises) sont inexistantes, a en fait deux grands objectifs : démanteler l'État du Québec (État qui n'a pas encore la reconnaissance officielle d'un pays souverain mais qui, depuis près de 50, s'est toujours imposé comme tel) pour en faire une province comme les autres (province : région administrative d'un pays) et, deuxième objectif : privatiser le plus grand nombre possible d'institutions au Québec pour le bénéfice de ses amis, hommes d'affaires aux grands yeux et aux dents longues.

La Légion d'honneur « récompense les mérites éminents militaires ou civils rendus à la Nation », dit-on. Or, depuis 50 ans, jamais un premier ministre du Québec n'aura autant fait, par ses actions cachées et par son laisser-faire évident, pour enlever toute portée au mot « nation » et pour faire oublier aux Québécois l'existence du mot État. Honte au président français de si mal s'acoquiner et, par la même occasion, de déshonorer la Légion d'honneur !

15 commentaires:

V à l'Ouest a dit…

Mon cher ALcib, il y a longtemps hélas que la légion d'honneur française et les décorations de moindre valeur - il y a toute une hiérarchie - sont distribuées à n'importe qui, notamment aux amis des hommes politiques en place, aux vedettes de la chanson, aux acteurs et autres sportifs, j'en passe et des pires. C'est devenu une décoration de complaisance, exactement à l'image de la "grandeur" de la république française: du toc, de l'esbroufe.

Isabelle a dit…

Tiens, c'est marrant, je tombe sur ton blog par hasard, plus d'un après nos derniers échanges !
Figure toi que ma belle-soeur (journaliste au monde) vient de refuser la légion d'honneur, elle aurait été dans la promo de Jean Charest justement. C'est un point d'honneur pour elle, afin de préserver son indépendance d'esprit.
Amitiés,
Isabelle de "Teafortwo" (blog d'artiste en lien)

Alcib a dit…

Isabelle : Je suis heureux que le hasard t'ai ramenée chez moi. Je te remercie du commentaire. Pour la Légion d'honneur, il faudrait peut-être appliquer aux journalistes la règle qu'applique ici l'Ordre du Canada : les députés, ministres et autres, ne peuvent pas recevoir la distinction s'ils sont encore en exercice. Ils peuvent recevoir la décoration quand ils ne sont pas élus et ensuite redevenir députés...
J'ai essayé quelques fois d'aller sur ton blogue et à chaque fois j'ai reçu un message d'erreur, disant que le site était surchargé (pas ton blogue nécessairement, mais celui d'over-blog, je crois...

Erwan a dit…

Tu parles... La moitié d'Hollywood a eu la légion d'honneur, tous les acteurs français l'ont eue... de rares personnes la refusent, comme ces journalistes ( http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2009/01/05/deux-journalistes-politiques-refusent-la-legion-d-honneur_1138227_3236.html ), à qui je dis bravo!

J'ai 2 médaillés dans mes ancêtres, et quand je vois que Johnny Hallyday l'a eue, je suis triste. Mes aïeux qui ont fait la guerre de 14 y ont laissé souvent beaucoup, que ce soit physique ou mental. Et ils ne l'ont jamais eue, cette médaille, preuve qu'ils n'ont pas du rendre un grand service à la France en comparaison de ce chanteur (exilé en Suisse pour ne pas payer d'impôts dans le pays qui le fait vivre et lui donne les plus grands honneurs).

Finalement la remise de la légion d'honneur n'est qu'un prétexte pour faire une petite sauterie entre gens de la France d'en haut aux frais de la France d'en bas. Ne t'en fais pas pour Charest: cette médaille ne veut plus rien dire!

Isabelle a dit…

Mon blog artistique, c'est sur mon prénom, et teafortwo c'est ici : http://teafortwo.over-blog.net/

Amitiés

Alcib a dit…

Erwan : C'est bien ce que je voulais dire et que je n'ai peut-être pas assez clairement exprimé. Les présidents bling-bling finissent par transformer les distinctions honorifiques en simples médailles de toc, sans plus de valeur que le sens moral et sens de l'État de ceux qui les distribuent à gauche et à droite et plutôt à droite qu'à gauche.
Qui se ressemble s'assemble, dit-on. Pour ne citer que les trois que tu mentionnes, le président français actuel, le vieux rocker qui a l'« amuuuuur » de l'argent plus grand que l'amurrrr de sa patrie, et Jean Charest ont en commun d'être des faux-monnayeurs des valeurs nationales.

Alcib a dit…

Isabelle : Merci du lien. C'est bien celui que j'avais inscrit à droite, dans la liste des blogues que je lis (je dois dire que j'en ai négligé quelques-uns depuis un moment). Mais souvent quand j'ai essayé de consulter ton blogue, j'obtenais un message d'Over-blog disant que leur site était surchargé.

Beo a dit…

De nos jours ces décorations honorifiques sont plus qu'entachées par des abus.

Mais bon... pour ceux qui trouvent encore que ça a une importance....

Alcib a dit…

Béo : Je ne sais pas si on peut dire cela de façon générale, mais il me semble que c'est particulièrement vrai dans le cas de la Légion d'honneur. C'est peut-être aussi la personne qui remet cette distinction qui dévalorise la décoration qui devrait être honorifique.
C'est ce que nous disions il y a plusieurs mois déjà : certaines personnes contribuent largement, par leur attitude et leur comportement, par leur manque de sérieux dans leurs sorties publiques, à dévaloriser la fonction qu'ils exercent et l'État lui-même. Même Mickey Mouse, le vrai, pourrait inspirer le respect de l'État et de la fonction présidentielle, mais quand le président lui-même s'amuse à jouer les personnages de Disney, l'effet n'est pas le même.
On ne verra pas Barack Obama se prendre pour un amuseur public. Même Bush, qui faisait pleurer de frayeur tous les bébés qu'il essayait d'approcher, savait garder sa place et inspirer le respect pour la fonction ; s'il s'est attiré des oeufs et des chaussures, ce n'est pas à la fonction qu'on s'en prenait mais à ses politiques, à ses valeurs et à ses mensonges.
Les distinctions remises par le gouvernement du Québec et par le gouvernement du Canada me semblent moins controversées.
Je ne connais pas la valeur de ceux qui reçoivent l'Ordre de l'empire britannique, mais je serais étonné que la reine du Royaume-Uni distribue ses décorations comme l'autre distribue des bonbons.

Alcib a dit…

Erwan : J'aime bien la citation de Louis-Ferdinand Céline que quelqu'un a publiée sur la page du journal Le Monde annonçant le refus de la Légion d'honneur par deux de ses journalistes. Je ne dis pas que le citoyen Alcib partage ce point de vue, mais Alcib le lecteur apprécie le texte : « Tous ceux qui m’ont volé sont, au moins, commandeurs de la Légion d’honneur. Autrefois, on pendait les voleurs aux croix. Aujourd’hui, on pend des croix aux voleurs. Et chacun est content. Merveilleux pays que ce pays de France. »

Pierre-Yves a dit…

Entendu cette nouvelle à la radio, j'ai cru que c'était une blague. Une médaille pour Patapouf 1er... :-(

Alcib a dit…

Pierre-Yves : J'aurais aussi cru que c'était une blague si je n'avais pas été conscient que celui qui remettra la Légion d'honneur est bien capable de ce genre de blague, de ce genre de cynisme, au moins autant que celui qui la recevra.
La blague serait bien drôle si le cynisme de ce politicien ne lui aurait pas permis de se faire élire pour quatre ans encore sous de fausses représentation. Qui donc disait, encore cette semaine, que les électeurs savent bien que leurs élus mentent effrontément et ils voudraient parfois leur faire expier leurs mensonges mais que, le temps venu, ils souffrent d'amnésie.

Beo a dit…

J'ai rarement vu de controverse au sujet de l'Ordre du Canada sauf récemment au sujet du Dr. Morgentaler.... en fait c'est parti de Mgr Turcotte qui voyait mal la justesse de cette remise au "père" de l'avortement....

J'avoue que ça m'avait fait réfléchir.

Savoir discerner que la récompense n'était pas pour l'avortement en soi, mais bien pour la mise en place de cliniques sécuritaires offertes aux femmes demande de nuancer le jugement fait pas l'Eglise.

Erwan a dit…

Comme quoi ça ne date malheureusement pas d'hier! Déjà dans ma famille on était pas mal contre la guerre, un truc qui se joue dans des salons mais qui provoque des tueries et des blessures profondes.

Je me suis souvent demandé pourquoi mes aïeux avaient eu la Légion d'honneur... Sans doute acte de bravoure pendant la guerre des années 70. En tous cas, la croix est magnifique et n'a pas vieillie, preuve que même si ma famille désapprouve la plupart des nominations de nos jours, elle prend soin de l'honneur fait à mes ancêtres.

lancelot a dit…

D'accord avec ton billet: tout devient politisé et médiatisé que les symbôles perdent de leur signification profonde et originelle.