vendredi 24 juin 2011

Que s'ouvrent enfin les roses...

Les blogues permettent de belles émotions, de beaux moments, de belles rencontres, on l'a dit et écrit très souvent, depuis 2005 en ce qui me concerne.
J'ai abondamment parlé d'Alexander et je pourrais parler de lui encore et encore, si je n'étais pas soucieux de préserver un peu de son jardin secret, et surtout sa vie privée, qui concerne plusieurs membres de sa grande famille officielle (que nous distinguions de notre petite famille merveilleuse, composée des êtres choisis que nous aimons, qui nous aiment)... J'ai dit et redit à quel point ce garçon qui a découvert mon blogue en cherchant des images sur Internet a bouleversé ma vie. Et je n'aurai sans doute pas assez du reste de cette vie pour essayer de comprendre pourquoi j’ai été choisi. « Ce n’est pas un hasard, m’écrit sa grande amie ; il a été dirigé vers vous par quelqu’un qui veille sur lui. »
Grâce à ce blogue qu’ils ont découvert après son départ, des amis d'Alexander m’ont écrit, m’ont fait des confidences si bouleversantes. L’histoire de chacun de ces amis est à la fois magnifique et tragique...


Puis, tout récemment, un autre lecteur a laissé en commentaires sous l'article du 7 juin dernier une histoire qui m'a vivement ému, bouleversé. Sachant que bien des lecteurs ne reviennent pas, après avoir lu l'article du jour, vérifier les nouveaux commentaires qui s'y sont rajoutés... Avec sa permission, je veux reprendre ici l’histoire de Colin et de son jeune soldat allemand. Avec beaucoup moins, Marguerite Duras a fait un film dans lequel elle raconte la mort d'un aviateur anglais ; imaginons ce que pourrait faire Colin avec son histoire.
Je ne connais de Colin que ce qu'il a écrit en commentaires depuis quelques semaines, rien de plus.
Il est aussi un ami du Petit Prince. Je suis certain qu'Alexander aurait aussi été très ému par l'histoire qu'il raconte ici, après avoir envoyé les paroles d’une chanson que lui chantait une vieille dame chez qui il passait quelques semaines l’été et que l’on peut lire en commentaire à cet article du 7 juin dernier.
Je n’ai rien changé, même pas une virgule, au texte de Colin, que voici :

Je ne sais plus les mots perdus ce matin, il m'en est venu d'autres, différents surement, mais les souvenirs sont bien les mêmes.
Pour vous donner des nouvelles de ma rose.

Il y a un petit cimetière caché par de grands arbres en surplomb d'un petit village. Petit village où je passais quelques semaines l'été.
Là, il y a une tombe abandonnée. Les chaînes qui l'entourent sont rouillées, l'inscription sommaire, mangée par la mousse. Il n'y a pas de croix, il n'y en a jamais eu, je pense. J'ai dechiffré l'épitaphe usée par le temps, un soir d'été, attiré par l'ombre, la solitude de l'endroit, la douceur de la pierre encore chaude.
C'est la tombe d'un jeune soldat allemand, mort en 1917.
Je ne sais pas pourquoi il est enterré là, pourquoi personne ne l'a ramené chez lui, pourquoi personne n'a jamais réclamé son corps.
J'ai pensé alors que nous avions peut être eu la même enfance.
Personne dans le village n'a jamais pu me raconter son histoire. Les plus anciens, déjà en ce temps là, le temps de mes étés, ne savaient plus, ou ne voulaient plus savoir.
Mais moi, je ne sais qu'une chose. Si on a prit le soin de donner à ce jeune homme, si près encore de l'enfance, une sépulture dans ce petit cimetière si loin de chez lui, dans ces temps troublés, c'est qu'il méritait qu'on le traite en soldat, pas en ennemi.
Il s'appelait Günther Von Rosenwald.
Nom prédestiné.
Il n'avait personne pour le pleurer. J'ai été celui là.
Il a été mon ami, mon confident. Par delà le temps, les circonstances tragiques de cette guerre. Et je veux croire que dans une autre dimension, je ne sais où, là où les gens peuvent s'aimer, j'ai été le sien.
C'est près de lui, où je passais mes après midi d'été, à dessiner, à lire, à pleurer souvent, à lui parler, que l'on venait parfois me récupérer le soir quand j'en oubliais de rentrer.
On me grondait, me menaçant de me renvoyer au Foyer si je n'étais pas plus obéissant. Alors je devenais sage pour ne pas abandonner Günther trop tôt, trop vite. Il n'avait que moi...et je n'avais que lui.
J'imaginais qu'il m'attendait chaque été avec la même impatience que la mienne, sanglé dans son uniforme.
Je serais mort de chagrin si l'on m'avait envoyé dans une autre famille d'accueil pour l'été, mais celà n'est heureusement, jamais arrivé.
Le reste de l'année je lui écrivais des poèmes que je lui lisais lors de nos retrouvailles. De grandes lettres aussi.
Avant je lui apportais des fleurs des champs, des coquelicots mêlés d'épis de blé, de grandes marguerites arrachées aux fossés. Maintenant, comme la forêt de roses qui témoigne de son nom, ne fleurit plus depuis si longtemps, je lui en apporte.
Cette année, j'ai enfin son âge.
J'ai écrit son histoire. Avec rien. Deux dates, et les mots soufflés par les grands arbres qui ombragent son tombeau depuis toutes ces années.
Je viens de faire le voyage jusqu'à lui pour lui donner ma rose.
Il y avait une petite pancarte sur sa tombe. La mairie veut recupérer sa place à moins que quelqu'un ne se réclame de sa famille. C'est le lot de toutes les plus vieilles tombes qui ne sont plus à personne.
Je suis entrain d'essayer de réunir les papiers nécessaires pour que personne ne touche à cette tombe. Le maire m'a promit son soutien. J'ai effectué de nombreuses recherches dans son pays. J'ai rencontré des gens portant son patronyme. Epluché de poussiéreux dossiers militaires. Personne ne sait qui il est. Qui il était.
Ce texte que je vous ai envoyé précédemment, c'est la grand'mère de la famille qui me le chantait parce qu'elle savait, elle aussi bien sur où je passais mes après midi. Elle était la seule à me comprendre. J'aurais aimé qu'elle soit ma vraie grand'mère, comme celle de votre Alexander si tendrement chéri.
Je ne sais pas si Günther Von Rosenwald a une étoile dans le ciel, mais dans mon cœur il sait qu'il peut trouver des milliers de roses.

10 commentaires:

Eliot a dit…

Bonjour Alcib,

Quelle jolie histoire, pleine de poésie, en effet, il suffit de fermer les yeux et les images défilent, l'odeur de la campagne nous enivrent.

J'aime les petits cimetières de campagne, on y trouve l'apaisement, il m'arrive d'y passer de longs moments parmi les tombes dans un silence à peine troublé par le chant des oiseaux.

Bon dimanche Alcib

Si tu as le temps passe faire un petit tour chez Richard, "Choses vues" il y a plusieurs chansons qui j'espère te plairont.

Eliot Sandro

Alcib a dit…

Bonjour Eliot,
Je suis heureux de te retrouver dans ces pages. J'ai lu chez Richard tes plus récents commentaires. Je suis évidemment bouleversé par ta situation mais j'y vois l'amorce d'une remontée qui te libérera des lourdes chaînes du passé... Courage ! Tiens bon ! Tu n'es pas seul.
Je suis vraiment désolé pour la perte de l'un de tes chevaux. Heureusement le fidèle Safir est là et sera là pour te faire la fête à ton retour.

L'histoire de Colin est magnifique, en effet ! Magnifique par l'attachement, la fidélité, la continuité dans l'action cohérente avec l'engagement... Elle renferme ses parts d'ombre mais ce qui en ressort, c'est la lumière qu'a choisie Colin.
Et elle est belle, cette histoire, aussi parce que Colin sait la raconter de son point de vue è lui, avec son coeur et sa poésie...

Beo a dit…

L'histoire de Colin est très touchante, merci de l'avoir recopiée dans ce billet car je ne passe plus aussi régulièrement qu'avant par ici.

Bises

Alcib a dit…

Béo : Oui, cette histoire est vraiment très émouvante ; elle me bouleverse. De plus, je trouve que Colin la raconte merveilleusement bien. J'espère que cette histoire, grâce au talent de Colin, sera bientôt largement connue ; elle le mérite... et lui aussi, bien sûr, puisque c'est son histoire.
J'espère aussi que ses démarches obtiendront des résultats positifs,

Quant à la présence sur les blogues, je dois dire que la mienne est beaucoup moins grande qu'elle l'a déjà été. Je ne suis même pas assidu de mon propre blogue. Je ne veux pas vraiment l'abondonner, car il a permis de magnifiques rencontres, surtout à distance, mais le coeur et l'esprit n'ont pas vraiment besoin d'une présence physique pour se reconnaître et s'aimer.

Beo a dit…

Pareil pour moi, un billet de temps en temps: l'essentiel c'est que ça demeure agréable.

On m'a souvent complimenté sur mon assiduité sur nombres de blogs, sauf que maintenant, je n'arrive plus à en lire aussi régulièrement et quand on perds le fil du quotidien: c'est plus difficile à rattraper.

Une des raisons c'est que je me branche sur Espace Musique de RC et ces beaux moments en chanson de chez-nous et francophones, m'empêchent de lire du texte tout simplement ;)

Alcib a dit…

Béo : Je te comprends. D'autant plus que tu as sûrement bien des choses à penser, ces temps-ci. J'espère que ça va se régler à ton avantage.
Il y a des fois où je pense avoir des choses à dire puis, au moment de l'écrire, je me dis que ça n'intéressera plus personne alors je n'écris pas.
Ces derniers jours, j'ai eu envie d'écrire quelques articles, qui sont restés à l'état de brouillon, finalement.
Comme je ne m'intéresse pas beaucoup à ce qui me concerne, je n'ai pas forcément d'intérêt pour ce qui concerne les autres.
Et bon nombre de blogeurs préfèrent les échanges sur Facebook ; je n'en suis pas.

Je n'écoute pas beaucup de musique car elle provoquent parfois de trop grandes émotions. Mais je n'écoute surtout pas Radio-Canada ; chaque fois que j'ai voulu écouter quelque chose à Radio-Canada, que ce soit de la musique ou des vidéos, on me dit que je dois installer un nouveau « truc » ; or le bidule en question prend toute la mémoire de mon ordinateur et je ne peux plus rien faire. Je me suis dit il y a longtemps que Radio-Canada ne voulait pas que je les écoute, au fond et, pour tout dire, ça ne me manque pas du tout !

Beo a dit…

Pour RC, la Première Chaîne et Espace Musique me sont accessibles tout le temps. Il y a des moments où certaines sélections musicales, comme avant-hier je crois: ne faisaient qu'enfoncer le clou pour moi mais bon.... en même temps c'est juste un gros rappel de qui je suis... difficile à fuir hein? ;)

Les affaires avances gentiment pour moi mais tout reste à faire encore. Des démarches devraient aboutir prochainement mais ça reste encore au niveau de la formation. L'emploi suivra j'imagine???!?

Je fais partie de ceux qui ont une large plage horaire accaparée par Facebook. C'est vrai que l'instantané du bidule nous éloigne également des blogs. Bah, comme on dit: ce n'est pas plus mal!

Alcib a dit…

Béo : Je préférais écouter la BBC et, quand elle n'était pas trop bavarde (rarement), France-Musique. Mais j'ai vu mes factures d'Internet grimper, alors je me suis calmé.

J'espère pour toique ça évoluera rapidement. Une formation, c'est souvent une excellente occasion de mettre à jour tout ce qu'il faut pour amorcer un virage et prendre une nouvelle direction.

Le temps que je pourrais consacrer à voir en quoi Facebook pourrait m'intéresser, on serait déjà dans une autre bulle. J'attendrai donc la prochaine :o)

Willy l'ami a dit…

J'avais en mémoire ce texte que vous aviez publié il y a quelques années, Ami Alcil... Emouvant... Attachant Colin... Il est bon de prendre sa main en le lisant... Puisse sa route l'élancer vers cette attente que l'on sent en son coeur... Belle journée...

Alcib a dit…

Merci de ces mots, cher Willy.
Je ne peux m'empêcher de penser que le cheminement et la sensibilité de Colin ne peuvent que le rendre perméable à toute la tendresse et la douleur de ce monde. J'aimerais croire qu'il parvient à faire sa place en ce monde, à sa façon, et sans trop de compromis... et qu'il a su faire quelque chose de bien pour son ami Gunther et son jardin de roses...