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mardi 26 novembre 2019

Honneur bien mérité

Photo de l'ambassade de France à Ottawa

Le jeune cinéaste québécois Xavier Dolan a été décoré dimanche de l'Officier de l’Ordre des arts et des lettres de la République française.

La cérémonie s'est déroulée dimanche dernier à l'ambassade de France à Ottawa, en présence d'un cercle intime d'invités d'Xavier Dolan.

« Par la force de ses films, la puissance de sa mise en scène et les sujets qu’il aborde, M. Dolan contribue au succès du cinéma francophone contemporain dans le monde », indique le communiqué de la diplomatie française.

Si, à 30 ans, il n'avait pas déjà accompli tout ce qu'il a fait - et avec quel succès ! -, on pourrait dire de lui que ce jeune homme ira loin. On ne peut que lui souhaiter une très longue et prodigieuse carrière Mais on ne ne peut s'empêcher de se demander jusqu'où « il ira plus loin ».

Toutes mes plus sincères félicitations, Xavier Dolan.

lundi 22 juillet 2019

Sens interdits

Lundi matin, c'est l'occasion de répondre à l'invitation de Dr CaSo à raconter « les Ptits souvenirs du dimanche soir ».

1. Je ne sais pas si je crois vraiment aux fantômes ; je n'ai rien contre. Le sujet m'intéresse et, lorsque j'avais la télévision, j'aimais regarder les émissions qui parlaient de revenants, de maisons hantées, de médiums, etc. J'ai lu quelques livres sur le sujet, et j'étais loin de vouloir m'en moquer. Il m'est arrivé de consulter une médium et je dois dire que j'avais été fortement impressionné par ce qu'elle m'avait révélé... Le rationalisme exacerbé m'exaspère autant que la crédulité excessive.

2. Je ne suis pas féministe, mais je n'ai rien contre. Là encore il y a des militantes radicales dont le fanatisme me détournerait parfois de leurs revendications mais, heureusement, il y a des discours et des mouvements qui méritent notre attention et qui débouchent parfois sur des solutions concrètes et justes. En fait, je n'aime pas beaucoup les étiquettes et, bien que j'adhère parfois à différents discours en faveur d'une plus grande liberté, du plein épanouissement des uns et des autres, je ne voudrais pas être défini principalement par une étiquette ou une autre.

3. Les fêtes, chez moi, sont la plupart du temps improvisées ; par conséquent, les plats que je pourrais préparer pour telle occasion le sont aussi. Je peux y penser quelques jours avant, mais j'organise et participe à si peu de fêtes, que je ne saurais donner plus de détails.

4. Je dirais qu'à vingt ans, j'ai commencé à sortir de ma coquille, surtout lors de mon premier séjour à Paris. Hélas, les années qui ont suivi le retour de Paris ont été assez pénibles. De 27 à 32 ans, j'ai vécu une très belle histoire d'amour, qui m'a beaucoup transformé, dans le bon sens. Toute la trentaine a été une période d'exploration, de découvertes, d'affirmation, d'émancipation ; de timide et réservé, qui se demandait toujours « comment font les autres », à cette époque, dans ma vie sociale, à la fois privée et professionnelle, je suis devenu communicateur, animateur, suscitant les confidences des uns et des autres... L'élément déclencheur de cette transformation fut l'habitude rapidement prise de sortir tous les soirs afin de mieux apprivoiser ma solitude nouvelle. Je crois que c'est à cette époque, en voulant aider ceux qui me confiaient leurs problèmes, que j'ai compris que, très souvent, ce n'est pas le conseil ou la réponse que l'on donne qui compte vraiment, mais l'attention et l'écoute qui permettent à l'autre de bien comprendre la situation qu'il trouve problématique et de trouver lui-même la solution appropriée.

5. Il m'est sûrement arrivé d'accomplir quelque chose d'interdit, mais je ne saurais en faire une liste. Ces actes ou ces infractions aux lois ou aux règles de toutes sortes, ce ne sont pas des trophées que j'ai envie d'exhiber. J'ai agi parfois spontanément dans certaines situations, sans préméditation ni provocation. Il m'est arrivé, par exemple, de faire l'amour dans un coin pas si tranquille du Palais de Justice ; ce n'était pas un défi aux interdits, mais simplement l'envie de répondre joyeusement à un appel des sens, interdits ou non, de vivre intensément une occasion irrésistible. Comme je le disais parfois à l'un de mes neveux adolescent : « Si ce que tu as envie de faire ne fait de mal à personne et que tu évalues bien les risques de te faire prendre, libre à toi d'agir comme tu le veux. »

dimanche 7 avril 2019

Élégance masculine

Portrait du comte Robert de Montesquiou
par Giovanni Boldini (1897), Musée d'Orsay.

L'élégance d'hier n'est pas celle d'aujourd'hui, et nous serions certainement surpris de voir aujourd'hui ce que demain nous réserve en terme de style et d'élégance. Il y a fort à parier que si nous rencontrions dans la rue aujourd'hui quelqu'un ressemblant à ce portrait du comte Robert de Montesquiou (qui, bien malgré lui, a inspiré à Marcel Proust son personnage de M. de Charlus dans À la recherche du temps perdu), nous ne penserions probablement pas d'abord à son élégance mais plutôt au fait que sa tenue et son style sont ceux d'une autre époque.

L'élégance anglaise de Dowton Abbey

Rassurez-vous, je ne vous ferai pas un cours sur ce qui constitue l'élégance masculine d'aujourd'hui ; d'abord parce que j'en serais bien incapable et que, si mes voisins tombaient par hasard sur ce que je pourrais en dire, ils laisseraient certainement un commentaire me niant toute crédibilité sur le sujet.


En effet, depuis l'arrivée de Rupert, et avec l'obligation de sortir avec lui plusieurs fois par jour et même la nuit, j'ai adopté un style de vêtements décontractés, confortables et facile à entretenir. Rupert est maintenant un grand garçon de plus de trois ans et, sauf de rares exceptions, nous ne sortons plus que trois fois par jour : le matin à son réveil, au milieu de l'après-midi et, finalement, avant d'aller dormir la nuit venue. Mais les deux premières sorties sont assez longues et, lorsque nous rentrons, nous sommes tous les deux fatigués : Rupert va faire une sieste, et, moi, j'ai habituellement trop de choses à faire pour aller dormir, et trop fatigué pour participer à des activités sociales.

Colin Firth

Lors de notre sortie du matin, nous rencontrons ceux et celles qui se rendent au travail, à l'école ou à l'université. Depuis l'été dernier, nous croisons chaque matin une femme noire très élégante ; un matin de l'été dernier, puisqu'elle me saluait, je me suis permis de lui dire que chaque fois qu'elle passait devant nous, nous étions, Rupert et moi (moi, surtout) séduits par le parfum que son passage répandait dans l'air. Depuis, chaque fois que nous la rencontrons, elle nous salue avec un grand sourire en demandant : « Comment allez-vous, les amis ? » Qu'il fasse beau, qu'il pleuve ou qu'il neige, elle est pour nous un rayon de soleil.

Je croise aussi, parfois, des hommes, jeunes ou en pleine maturité, qui sont aussi élégamment vêtus, mais je n'ai pas de souvenir particulier de quelqu'un qui m'aurait frappé par son élégance ; et si ce fut le cas, l'impression ne s'est pas vraiment gravée dans ma mémoire. Je me souviens bien de certains regards, de certains sourires, de brèves complicités qu'il m'aurait parfois plu de pouvoir renouveler ou prolonger, mais pas de tenue vestimentaire particulière.

Ce dimanche matin, alors que je marchais avec Rupert, j'ai vu venir vers nous un jeune homme que nous avions rencontré deux fois auparavant, accompagné d'un très beau caniche royal de couleur blanc-crème. Je me suis immédiatement souvenu de lui car, même si quelques semaines s'étaient écoulées depuis notre rencontre précédente, j'avais été fortement frappé par l'élégance de sa tenue vestimentaire, de sa démarche, de ses gestes et, surtout, de son exquise politesse. Arrivé avec son chien à notre hauteur, à chaque rencontre, il s'est arrêté pour que les deux chiens se saluent et, me regardant droit dans les yeux, m'a dit : « Bonjour, Monsieur ! Comment allez-vous ? »

Comment ne pas être touché quand un jeune homme d'à peine vingt ans vous salue d'un « Bonjour, Monsieur ! » et poursuit son entrée en matière avec le vouvoiement ? Ni la première fois, ni les fois suivantes, la conversation est allée beaucoup plus loin que cet échange de salutations et de quelques remarques sur le chien respectif de l'autre.


Son chien, aux manières aussi impeccables que celles de son maître, est un caniche royal à la fourrure légèrement ondulée de la même longueur partout, et non pas sculptée à la façon des topiaires, symboles des jardins à la française.


Ce matin, le jeune homme, de type eurasien, au visage clair, au teint sans défaut, à la coiffure très soignée, était vêtu de façon particulièrement remarquable pour quelqu'un de son âge et pour promener son chien un dimanche matin (il se rendait probablement à une invitation ou à un événement important). Il portait un costume bleu foncé, parfaitement taillé, avec une chemise bleu clair avec un léger motif à peine perceptible, au col anglais, une cravate d'un autre motif très subtil d'un bleu un peu plus clair que le costume, des chaussures anglaises classiques noires et, par-dessus tout un long manteau de cachemire de couleur marine. Je ne pouvais pas reconnaître son parfum, mais il était le complément parfait de cette tenue. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire en le quittant, spontanément et sans arrière-pensée, combien il était élégant.


Je n'allais évidemment pas lui demander à quel endroit il achetait ses vêtements... Et je ne crois pas que, à l'exception de nos chiens qui nous amènent à socialiser un peu, nous nous trouvions des affinités électives au cours d'éventuelles prochaines rencontres... Mais je ne serais pas surpris qu'il s'habille à Londres, achète ses costumes rue Saville Row, chez Anderson & Sheppard, par exemple, ses chemises chez Turnbull & Asser, Jermyn Street ou Bury Street, ses chaussures chez John Lobb, St James's Street...Je serais tout de même curieux de savoir pourquoi ce jeune homme de vingt ans à peine, qui habite près de chez moi, aux manières impeccables, sort de chez lui un dimanche matin avec son chien, étant vêtu de façon si élégante et pourtant si formelle...

dimanche 22 mai 2016

Félicitations, Xavier Dolan !


Je veux offrir toutes mes félicitations au jeune cinéaste québécois Xavier Dolan qui vient de remporter le Grand Prix du Festival de Cannes 2016, le 2e prix en importance de ce festival. Il aurait sans doute préféré la Palme d'Or, qui a été attribuée cette année au réalisateur britannique Ken Loach, mais le Grand Prix est tout de même prestigieux et jamais auparavant un film québécois n'avait remporté un prix de cette importance.

« J'ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l'indifférence. »
Anatole France, cité par Xavier Dolan dans son discours de remerciement.

Je ne suis pas particulièrement un mordu de cinéma et je n'ai pas, non plus, vu tous les films d'Xavier Dolan. Mais j'ai lu et écouté plusieurs des entrevues qu'il a accordées à des journalistes ou à des animateurs de télévision, et ce jeune homme me fascine par son intelligence, son talent (certains n'hésitent pas à parler de « génie »), et il m'impressionne aussi par l'aisance, l'élégance de son expression verbale. Je souhaiterais que nos jeunes Québécois s'inspirent de la rigueur et de la richesse d'expression de ce jeune homme, né au Québec de parents québécois, de la précision de son articulation, de la clarté de son élocution, de la richesse de son vocabulaire, de la rigueur de sa pensée... Mais, non, ce serait selon eux avoir l'air « tapette » de s'exprimer si bien ! La mollesse et la médiocrité passent mieux la rampe, selon les « élites culturelles » que sont nos acteurs, comédiens, humoristes, animateurs, journalistes, etc.

Il peut y avoir dans l'expression verbale, orale ou écrite, une dimension esthétique qui n'enlève rien à l'efficacité, à la rigueur de la pensée. On dirait que cette dimension esthétique, la plupart des Québécois (comme probablement la plupart des Nord-Américains) la refusent ou tout au moins n'y accordent aucune importance, du moins dans leurs propres communications. Pour moi, au contraire, la dimension esthétique (la beauté d'une voix, la netteté de la diction, la clarté de la prononciation, la créativité, l'élégance de l'expression) sont des critères très importants de la qualité d'une communication. Ceux qui rejettent ou négligent ces critères ont déjà perdu à mes yeux un certain nombre de points s'ils veulent me rendre attentif à leur message ou encore me convaincre.

Évidemment, sa jeunesse et son allure ne sont pas à négliger dans l'attention que je porte à Olivier Dolan, et je ne suis pas le seul à être ainsi influencé. C'est une évidence que la réussite ajoute quelques points aux atouts d'une personne, quels que soient par ailleurs ses talents. Le succès donne des ailes à ceux qui sont capables de les porter. Et, pour contredire nos médiocratistes (les défenseurs acharnés de la médiocrité autant que les partisans du moindre effort, beaucoup plus nombreux qu'il n'est permis dans une société moderne), Xavier Dolan est aussi la preuve qu'il n'y a pas que la vulgarité et la médiocrité qui remportent la faveur du public.

Enfin, deux petits détails qui me rendent encore plus sympathique ce jeune homme : c'est lui qui, dans l'adaptation québécoise de plusieurs films de Harry Potter, prête sa voix à l'ami roux Ron Weasley, interprété par Rupert Grint ; et c'est aussi lui qui prête sa voix à Alexandre le Grand adolescent dans le film d'Oliver Stone. Et puis... il a maintenant 27 ans, l'âge qu'avait Alexander quand il est parti.

lundi 7 avril 2014

L'âme d'une nation



« La langue, c'est l'ADN d'un peuple », disait Gilles Vigneault.
J'ajouterais que sa culture est l'âme d'une nation.

Si l'on en croit la rumeur, un fort pourcentage de Québécois en âge de voter s'apprêtent à troquer leur langue et leur culture contre de très vagues promesses de « vraies affaires ». Au terme d’une campagne électorale où les propositions de certains – ou plutôt : de certain, pour ne pas le nommer – se résument en phrases creuses, en vagues promesses de richesses – sans préciser à qui l’on destine ces richesses –, en tentatives de manipulation et de peur, les Québécois n’auraient-ils le choix que de renoncer à leur langue, à leur culture, à leurs valeurs communes, à leur identité collective, pour avoir accès aux « vraies affaires » ? Le gouvernement sortant n’est-il pas à la fois capable, s’il était réélu, de favoriser le développement économique tout en assurant la défense de tout ce qui fait la spécificité du Québec (non pas le caractère « distinct », qui ne peut que se comparer aux autres, mais la spécificité, son identité, sa culture, son âme) ?

Combien vaut un plat de lentilles ? Combien vaut l’âme des Québécois, que certains s’apprêtent à troquer ? Quel serait, au bout du compte, le prix réel des « vraies affaires » que l’on agite devant leurs yeux comme des hochets devant ceux d’un bébé ?

Au terme de cette campagne, les Québécois doivent choisir lequel des partis politiques formera leur prochain gouvernement ; seules deux options réalistes se présentent : d’une part, un parti d’affairistes sans intérêt pour la langue, pour la culture, pour l’identité québécoise, un parti dont le nom du chef rime avec brouillard et cauchemar, et, d’autre part, un parti pour qui « les vraies affaires » ne sont pas un idéal, pas une religion, mais un moyen d’assurer, dans le quotidien et dans l’avenir, la vitalité de notre langue, de notre culture, de notre identité.

Devant le choix à faire, des questions se posent : Y aura-t-il demain un avenir pour la langue et la culture, pour l’ADN et l’âme Québécoise ? ou accorderons-nous un mandat en blanc pour remettre, sur un plateau d’argent (les seules « vraies affaires » ?) le sort du Québec entre les mains d’Ottawa, que leur chef en soit le lobbyiste de l’industrie du pétrole ou le fils de celui qui a berné, menotté et soumis les Québécois par un contrat que nous n’avons pas signé ?

Ne nous laissons pas induire à la tentation. Les enveloppes brunes et les « post-it » ne sont pas très loin. La bouche parlant de l’abondance du cœur, ceux qui n’ont à la bouche que de « vraies affaires » démontrent par là la pauvreté et la superficialité de leur engagement.

Combien vaut un plat de lentilles ?
Combien vaut l’âme québécoise ?
« À quoi sert au Québec de gagner l’univers de vraies affaires s’il vient à perdre son âme ? »


Brouillard, cauchemar, Philippe Couillard
Le parti des «affaires », pas souvent claires
L'ami de la tyrannie d'Arabie saoudite
L'éventuel signataire, sans consultation du peuple,
de la constitution canadienne rejetée par les Québécois

Vraiment !
Québécois, réveillez-vous !


L'heure est grave !

Le choix est on ne peut plus clair

L'expérience : Pauline Marois,
Première ministre du Québec

La jeunesse : Léo Bureau-Blouin,
plus jeune député du Québec


L'expérience et la jeunesse au service des Québécois

mardi 27 septembre 2011

Quand on aime, on a toujours vingt ans... et parfois moins encore

Hier, à la demande de mon médecin, j'ai fait quelques appels téléphoniques afin d'obtenir des rendez-vous dans diverses cliniques ou services hospitaliers, pour y subir des examens. Ça se passait assez bien et, contre toute attente, les dates que l'on me proposait n'étaient pas trop lointaines.

Au service de cardiologie de l'Hôtel-Dieu, une jeune femme m'a posé quelques questions afin de s'assurer que j'allais passer le bon examen. Puis elle a voulu vérifier les renseignements au dossier (adresse, téléphone, date d'expiration de ma carte d'assurance maladie, etc). Elle m'a ensuite demandé si ma date de naissance était bien le xx août 19xx ; j'ai confirmé que c'était exact. Elle a alors ajouté : « Donc, vous avez bien XX ans ? » J'ai aussi confirmé le chiffre en question. Et, à ma grande surprise, elle s'est exclamée : « Je croyais que vous aviez vingt ans ! Vous avez une voix tellement jeune ! »

Jared Leto dans le rôle d'Héphaistion

J'ai sans doute été influencé par Alexander. Il y a trois ans, alors qu'il était déjà spécialiste en médecine d'urgence, il avait représenté son hôpital à une réunion qui se tenait à Dublin. Au cours d'une pause, un vieux médecin lui a demandé s'il allait bientôt entreprendre des études de médecine. Par sa voix et par son apparence physique, il laissait bien des gens croire qu'il n'avait que seize ou dix-sept ans.