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jeudi 7 octobre 2010

Une voiture noire

Quinze mois après son départ, je continue de croire que c'est terriblement injuste pour lui, qu'à 27 ans, au moment où il amorçait sa carrière après de longues études, au moment où il était si heureux d'avoir un amoureux, où il pourrait faire des projets et les réaliser, son permis de séjour lui soit retiré. C'est infiniment injuste pour lui et cruel pour ceux qui l'aiment.

Je repense à nos premières conversations sur MSN. Dès le début, j'ai aimé son intelligence, sa sensibilité, son humour, sa discrétion... J'ai deviné assez rapidement qui il était et j'ai compris très vite quelles étaient les questions que je ne devais pas poser car je n'obtiendrais pas de réponse. J'ai compris aussi que s'il ne répondait pas à l'une de mes questions, je pouvais la plupart du temps considérer son silence comme une réponse affirmative....


Un soir, il m'a dit qu'il avait eu parfois l'impression qu'on ne l'avait pas vraiment aimé pour lui-même. Pour le taquiner un peu, j'ai demandé pour quoi on l'aurait aimé, si ce n'était pour lui-même. J'ai aimé sa réponse, après un court silence : « ... pour ma voiture. » Et j'ai immédiatement enchaîné en demandant quelle voiture il avait. J'avais une idée assez précise de la voiture qu'il devait avoir ; sa réponse m'a beaucoup fait rire : « ... une voiture noire. » Je connais des gens qui auraient dit que ce n'était pas une réponse, vous savez, comme les grandes personnes qui ont besoin de chiffres pour se faire une idée de la beauté des choses.

Ai-je besoin d'ajouter que son esprit, sa culture, son humour, son amour, sa tendresse, nos conversations... me manquent terriblement ?

samedi 26 juin 2010

Come on England !


Je n'ai jamais été très intéressé par le sport, ni pour le pratiquer moi-même, ni pour pour suivre, dans les stades ou à la télévision, les exploits des autres. Pourtant, je crois que, si les conditions avaient été réunies pour m'en faciliter l'accès, j'aurais aimé pratiquer certains sports, comme le tennis, la natation, et quelques autres. J'avais commencé un jour des cours d'escrime, que j'avais dû abandonner pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la discipline elle-même.

Contrairement à moi, Alexander a commencé très jeune à faire du sport. Peut-être qu'au départ, il n'a pas eu tellement le choix : à l'école, au collège, à l'université, le sport était de rigueur. Il aurait certainement préféré se laisser enfermer dans la bibliothèque ou s'allonger par terre pour observer le travail des fourmis plutôt que de se joindre à ses camarades pour pratiquer des sports parfois violents. Son emploi du temps était bien organisé ; à l'acquisition du savoir scolaire, des connaissances intellectuelles, il ajoutait la pratique du chant, du piano, de l'aquarelle, de la couture, de la broderie, etc. Ce qu'il n'apprenait pas à l'école, enfant, il demandait aux autres, à sa grand-mère notamment, de le lui enseigner. C'est son frère qui lui apprit à se battre afin de pouvoir se défendre.

Son sport préféré, qu'il avait choisi très tôt, c'était le polo, qui lui permettait d'exprimer son agilité et son son sens de la stratégie tout en jouant avec l'animal le plus noble qui soit : le cheval. J'étais si fier lorsqu'il quittait Londres, habituellement le dimanche, pour aller vers le nord de l'Angleterre rejoindre son équipe de polo. En me disant qu'il allait jouer pour moi, il le pensait vraiment ; un jour, il a provoqué un petit scandale en attachant à la bride de son cheval un ruban bleu et un ruban blanc, qui n'étaient ni les couleurs de sa région, ni les couleurs de sa famille, ni les couleurs de son équipe, mais « les couleurs de son amour, les couleurs du Québec ». J'avais plusieurs raisons d'être très fier : il était un excellent joueur (il ne le disait pas lui-même, mais d'autres sources me l'ont confirmé), souple, agile, faisant corps avec son cheval ; il jouerait pour moi et remporterait la partie. Il ne s'attribuait jamais le mérite des bons coups ; c'était un sport d'équipe et s'il y avait des louanges à distribuer, c'était aux chevaux qu'il fallait les attribuer.


Nous n'avons pas beaucoup parlé de football, le sujet n'étant pas vraiment d'actualité durant cette période. Je savais cependant que, s'il ne jouait pas lui-même au football, il encourageait sans réserve ses clubs préférés, Man U (Manchester United) notamment.

Jane me rappelle l'enthousiasme d'Alexander lors de l'édition 2006 de la Coupe du Monde et sa fierté de mettre sur sa voiture (« une voiture noire ») le drapeau aux couleurs de son pays portant, comme un cri du coeur, la mention « Come on England ».

Sachant qu'Alexander serait fébrile en ce moment, encourageant son équipe (il a sans doute en ce moment le meilleur point de vue pour ne rien manquer et il fait sûrement tout ce qu'il peut pour soutenir les siens), et pour partager l'enthousiasme de mon ami gallois qui ne verra peut-être pas le prochain match, j'ai commencé à m'intéresser aux compétitions actuelles et, pour rien au monde, je ne voudrais manquer d'encourager l'équipe d'Alexander. Dimanche matin, donc, je serai devant mon téléviseur et si je ne crie pas très fort ces mots, je les penserai et les sentirai fortement : « Come on England ! »