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mardi 5 avril 2011

Son anniversaire de naissance

Depuis que je tiens ce blogue, j'ai souvent souligné l'anniversaire de personnes qui, d'une façon ou d'une autre, ont compté pour moi : Alexandre le Grand, Héphaistion, Franz Pforr, et tant d'autres.

Si je ne devais désormais me souvenir que d'un seul anniversaire de naissance, ce serait celui d'un garçon merveilleux, tout à fait exceptionnel, tout aussi important pour moi qu'Héphaistion pour Alexandre, que Patrocle pour Achille, qu'Antinoüs pour Hadrien, .. un garçon anglais qui a bouleversé ma vie et lui a donné tout son sens.


Pas besoin d'un anniversaire pour penser à Alexander. Au réveil, ma première pensée est pour lui ; avant de sombrer dans le sommeil, c'est lui encore qui occupe mes pensées ; entre les deux, il est là, présent dans tout ce que je pense, tout ce que je dis, tout ce que je fais. En plaisantant, Alexander disait que c'était du thé qui circulait dans les veines des Anglais. De la même manière, je peux affirmer que c'est Alexander qui circule dans mes voies respiratoires et dans mes veines...

En ce 5 avril, je veux remercier le Ciel de nous avoir envoyé sur Terre ce Petit Prince merveilleux et de m'avoir permis de me trouver sur sa route. Je pense à ceux et celles qui l'ont connu bien avant moi et qui restent inconsolables : Charles, leur grand-mère, Jane, Abigail, son cousin préféré, des amis, ... et en particulier à ceux et celles qui se souviennent de l'arrivée de ce petit ange, un 5 avril, il y a déjà... 29 ans.

dimanche 12 décembre 2010

Douglas and Friends...


En rentrant chez lui, après la représentation dont il faisait partie dans un théâtre de Londres, le 12 décembre 2009, Alistair a trouvé son ami Douglas inanimé. Le jeune bulldog venait à peine d'avoir un an !

Alistair adorait son jeune ami, qui était un cousin ou un neveu d'Alexander Bull. En voyant le chien d'Alexander, devant le British Museum où Alexander lui avait donné rendez-vous, Alistair avait immédiatement voulu adopter un bulldog et il était important pour lui que celui-ci provienne du même éleveur que l'ami d'Alexander.

Après avoir découvert par hasard l'existence de ce blogue et avoir reconnu dans les mots qui parlent d'Alexander le merveilleux garçon qu'il a connu à l'adolescence alors que tous deux fréquentaient le même collège, Alistair a écrit un premier commentaire l'automne dernier. Je lui ai demandé de m'écrire en privé et nous avons entretenu durant deux mois une correspondance pratiquement quotidienne. Il pleurait aussi le départ du Petit Prince. Je reconnaissais en Alistair un ami vraiment digne d'Alexander. Je l'ai mis en contact avec la meilleure amie d'Alexander qui s'est rendue à Londres pour rencontrer, à deux reprises, ce charmant jeune homme qui était pratiquement le jeune frère de notre Petit Prince.

Comme lui, il adorait la lecture et à peu près tout ce qu'aimait Alexander. Malgré son air fragile, Alistair aimait partir en excursion dans les pays les plus lointains, dans les régions les moins fréquentées du Monde, d'où il rapportait de magnifiques photos.


L'automne dernier, il m'avait envoyé de nombreuses photos de son ami Douglas dont il était si fier, si heureux. Le chien était superbe, si attendrissant, et les photos, prises à différentes occasions, étaient vraiment magnifiques. J'aime la photo que j'ai mise en tête de ce billet, trouvée sur Internet, mais les photos faites par Alistair, que j'ai imprimées en grand format, sont absolument incomparables.


Le dernier message que j'ai reçu d'Alistair remonte au 10 décembre 2009. Je m'inquiétais de de ne rien recevoir de sa part car il m'écrivait presque tous les jours. Le 27 décembre 2009, j'ai appris que Douglas était décédé le 12 décembre et que peu de temps après Alistair avait eu un terrible accident et que depuis deux semaines Alistair était aux soins intensifs dans un hôpital de Londres. Jane s'est immédiatement rendue à Londres pour voir Alistair mais comme elle n'était pas de sa famille officielle, l'hôpital n'a pas voulu la laisser voir Alistair ni donner de ses nouvelles. Tout ce qu'ils ont accepté de faire, c'est de remettre la lettre qu'a écrite Jane avant de quitter l'hôpital. Quelques jours plus tard, nous avons appris par des collègues de travail que sa famille était venue chercher Alistair. Depuis, nous sommes sans nouvelle et comme nous ne connaissons sa famille que de nom et que nous n'avons pas ses coordonnées, il n'y a pas moyen de communiquer avec elle.


Les bulldogs ont un système respiratoire fragile. S'ils sont à l'aise dans le froid et s'ils aiment jouer dans la neige, ils ne supportent pas du tout la chaleur (l'été dernier, en visite à Paris, Alexander Bull a dû passer trois jours sous observation dans une clinique à cause de la chaleur). Ils peuvent faire de l'apnée du sommeil. C'est probablement ce qui a emporté Douglas : il dormait en attendant son ami et il ne s'est tout simplement pas réveillé...


Chaque jour, je continue de penser à Douglas. Il me serait impossible de l'oublier : de magnifiques photos de lui entourent ma table de travail et je porte toujours l'une d'elles sur moi.

Je pense aussi à Alistair bien sûr. L'image d'un très beau garçon qui lui ressemble accompagne les photos qu'il m'a envoyées de son ami Douglas. Je ne me résigne pas à son silence et à ne pas avoir de ses nouvelles. J'espère qu'il m'écrira lui-même bientôt... Si par hasard quelqu'un le connaissait...

La vie est parfois difficile. Mais ce qui est le plus insupportable, c'est l'absence, le silence et l'inquiétude pour ceux que l'on aime. Je pense à Alexander, je pense à Alistair, je pense à Alexandre le Gallois... Je pense évidemment à Jane à qui il vient d'arriver une épouvantable catastrophe (comme si elle avait besoin d'une nouvelle épreuve !!!) ; les conséquences se feront sentir durant les mois à venir et, de toute façon, les choses ne seront plus comme avant...

lundi 18 août 2008

Une virgule de trop

Maison de Marguerite Yourcenar dans l'île des Monts-Déserts

Il y a déjà longtemps que j'ai l'intention d'écrire un long article pour parler de moi, question de faire le point sur les douze derniers mois et plus particulièrement sur la façon dont j'ai vécu l'automne et l'hiver derniers. Le printemps est au fond plus intéressant, mais je n'ai pas vraiment envie d'en parler maintenant, car ce que je pourrais en dire relève de l'intime et du personnel et, si je n'ai pas trop de pudeur lorsqu'il s'agit de dévoiler l'intime, j'en ai un peu plus lorsque vient le temps d'aborder la sphère personnelle. Le mois d'août serait le meilleur moment pour parler de moi car c'est le mois où les lecteurs sont moins nombreux ; la plupart des gens sont absents, physiquement ou intellectuellement et parfois les deux à la fois. Je n'ai jamais aimé le mois d'août et je ne saurais dire pourquoi au juste. Outre l'absence de corps ou d'esprit de bien des personnes que je connais, je trouve que le mot le plus juste, et pas très joli, pour désigner le mois d'août serait celui de vacuité. C'est pourtant celui de mon anniversaire et c'est peut-être aussi pour cela que je l'aime moins, non que je n'aime pas mon anniversaire, mais peut-être qu'à la fin d'un cycle de douze mois, j'ai hâte d'en commencer un nouveau. Dans les jours qui suivent celui de mon anniversaire, on dirait que l'énergie revient, que la vie reprend... Nous avons d'ailleurs décidé, quelqu'un que j'aime et moi, de célébrer ensemble l'arrivée du mois de septembre ; patience, mon coeur, il reste encore près de deux semaines au mois d'août... J'aurai peut-être le temps, d'ici la fin du mois, de rédiger cet article...

Puisque l'article précédent évoquait Hadrien et Antinoüs et, par ricochet, Marguerite Yourcenar, j'enchaînerai avec ce commentaire que je voulais faire depuis longtemps sur une émission de radio consacrée à la première femme reçue à l'Académie française.

Le 20 janvier 2006 j'ai évoqué la maison où vivait Marguerite Yourcenar dans l'île des Monts-Déserts. Ce même 20 janvier, j'évoquais l'épitaphe de l'écrivain dans le petit cimetière de Somesville.

Il y a deux ou trois ans, j'ai découvert l'existence de Canal Académie où l'on peut écouter des émissions très intéressantes sur des écrivains que nous aimons et en lire le texte dans certains cas. J'ai écouté des émissions sur Chateaubriand, Dominique Fernandez, Marguerite Yourcenar, et plusieurs autres.

J'ai beaucoup aimé chacune des émissions écoutées. Toutefois, vers la fin de l'émission consacrée à Marguerite Yourcenar, j'ai été quelque peu choqué par la lecture faite du texte de l'épitaphe :

«Plaise à Celui qui est peut-être
de dilater le coeur de l'homme
à la mesure de toute la vie

En faisant une pause après les mots « plaise à celui qui est », la lectrice fausse complètement le sens de la citation. Le texte fait allusion à « Celui qui est peut-être », alors que la lecture faite à Radio Académie, avec une virgule mal placée, virgule d'ailleurs inexistante dans le texte laisse entendre que « Celui qui est » pourrait « peut-être dilater le coeur de l'homme », alors que c'est l'existence même de Celui qui aurait ce pouvoir qui est mise en doute et non pas son action, s'Il existe...

Voici l'extrait audio de la citation faussée (il faut augmenter le volume car le son du fichier est faible) :


dimanche 10 août 2008

Hadrien et Antinoüs

J'ai reçu il y a quelque temps déjà une très aimable « invitation » à voir au British Museum de Londres l'exposition consacrée à Hadrien. Intitulée « Hadrien : empire et conflit », cette exposition veut nous présenter l'empereur romain que nous avons appris à connaître, moi du moins, à travers la vision idéale que nous en a proposée Marguerite Yourcenar dans sa superbe autobiographie romancée Mémoires d'Hadrien. L'exposition veut aussi présenter le pacifiste, le poète avide de culture et de civilisation grecque, mais elle veut aussi faire voir l'autre visage de l'empereur, celui d'un homme de pouvoir, d'un commandant militaire impitoyable, capable de grandes violences.

« Pour Marguerite Yourcenar, Hadrien est le leader politique dont l'Europe a besoin au lendemain de la seconde guerre mondiale : un homme cultivé, un faiseur de paix exerçant le pouvoir de manière éclairée mais ferme, qui ne cache pas ses sentiments amoureux », résume Neil MacGregor, le directeur du British Museum, cité par Grégoire Alix dans un excellent article du journal Le Monde du 28 juillet dernier, intitulé « Hadrien : gay, humaniste... et sanguinaire », que je vous invite à lire afin de mieux comprendre la portée de cette exposition.

« Étudier l'époque d'Hadrien, c'est aussi se poser la question des frontières de l'Europe, montrer que leur définition est politique et non géographique, analyse Neil MacGregor. L'Europe d'Hadrien englobe la Turquie et le Maghreb. Quelle Europe voulons-nous aujourd'hui : celle d'Hadrien ou celle de Charlemagne, cantonnée au nord-ouest ? », poursuit l'article du Monde.

Je ne connais pratiquement la vie et le rôle de l'empereur Hadrien que par la magnifique histoire que nous a donnée Marguerite Yourcenar, superbement écrite et basée sur des documents historiques. En ayant choisi la forme de l'autobiographie, l'auteur n'a peut-être pas voulu mettre l'accent sur les aspects trop sombres du rôle d'Hadrien. L'empereur qui écrit ses mémoires a beau vouloir tout dire de sa vie, les bons et les mauvais côtés, il y a tout de même des limites à s'accuser soi-même de férocité dans la répression. Peut-être aussi que les lecteurs de Marguerite Yourcenar, charmés par sa prose et par le style qu'elle prête à son empereur, n'ont-ils pas voulu voir ou retenir ces aspects trop sombres.

J'aimerais beaucoup pouvoir me rendre à Londres pour voir, entre autres, cette importante exposition qui présente plus de 170 pièces consacrées à Hadrien (marbres, bronzes, trésors archéologiques, pièces de monnaie, tablettes manuscrites), provenant de 31 musées du monde entier. Une fois sur place, j'en profiterais bien sûr pour aller voir le célèbre mur de 177 kilomètres (120 km, dit-on aujourd'hui) qu'a fait construire Hadrien dans le nord de l'Angleterre. Et pourquoi ne pas en profiter pour voir également Stonehenge et Avebury, deux autres sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, au même titre que le mur d'Adrien ?

L'exposition commencée le 24 juillet dernier se poursuivra jusqu'au 26 octobre prochain. J'aurais voulu en parler plus tôt, mais ce sujet soulevait en moi trop d'émotion, curieux mélange de souvenirs de lecture et de réactions actuelles. Ça m'étonnerait beaucoup que je puisse me rendre à Londres d'ici le 26 octobre, mais je peux compter sur Alexander, un fidèle habitué du British Museum, tout particulièrement de la salle 22 consacrée à l'univers d'Alexandre le Grand, pour m'en faire un compte rendu personnel.

J'adore regarder les courtes vidéos qu'a préparées le British Museum, non seulement pour leur contenu très intéressant, mais aussi pour le plaisir d'entendre la langue et l'accent. Pour l'instant, il y a cinq vidéos, mais d'autres sont annoncées pour bientôt, notamment l'une sur Antinoüs.

En attendant de pouvoir faire ma visite par ami interposé, je vais me faire plaisir en citant quelques extraits des Mémoires d'Hadrien.

« Et j'avoue que la raison reste confondue en présence du prodige même de l'amour, de l'étrange obsession qui fait que cette même chair dont nous nous soucions si peu quand elle compose notre propre corps, nous inquiétant seulement de la laver, de la nourrir, et, s'il se peut, de l'empêcher de souffrir, puisse nous inspirer une telle passion de caresses simplement parce qu'elle est animée par une individualité différente de la nôtre, et parce qu'elle représente certains linéaments de beauté, sur lesquels, d'ailleurs, les meilleurs juges ne s'accordent pas… »

« J'ai rêvé parfois d'élaborer un système de connaissance humaine basée sur l'érotique, une théorie du contact, où le mystère et la dignité d'autrui consisteraient précisément à offrir au Moi ce point d'appui d'un monde. La volupté serait dans cette philosophie une forme plus complète, mais aussi plus spécialisée, de cette approche de l'Autre, une technique de plus mise au service de la connaissance de ce qui n'est pas nous… »


« ... Je ne jetais qu'un coup d'œil à ma propre image, cette figure basanée, dénaturée par la blancheur du marbre, ces yeux grands ouverts, cette bouche mince et pourtant charnue, contrôlée jusqu'à trembler. Mais le visage d'un autre m'a préoccupé davantage. Sitôt qu'il compta dans ma vie, l'art cessa d'être un luxe, devint une ressource, une forme de secours. J'ai imposé au monde cette image : il existe aujourd'hui plus de portraits de cet enfant que de n'importe quel homme illustre, de n'importe quelle reine... »

Antinoüs Farnèse
Musée archéologique national, Naples

« ... À chacun sa pente : à chacun aussi son but, son ambition si l'on veut, son goût le plus secret et son plus clair idéal. Le mien était enfermé dans ce mot de beauté, si difficile à définir en dépit de toutes les évidences des sens et des yeux, je me sentais responsable de la beauté du monde. Je voulais que les villes fussent splendides, aérées, arrosées d'eaux claires, peuplées d'êtres humains dont le corps ne fût détérioré ni par les marques de la misère ou de la servitude, ni par l'enflure d'une richesse grossière ; que les écoliers récitassent d'une voix juste des leçons points ineptes ; que les femmes au foyer eussent dans leurs mouvements une espèce de dignité maternelle, de repos puissant ; que les gymnases fussent fréquentés par des jeunes hommes point ignorants des jeux ni des arts ; que les vergers portassent les plus beaux fruits et les champs les plus riches moissons... »

Antinoüs Farnèse
Musée archéologique national, Naples

«Un corps plus que nu, désarmé, d'une fraîcheur fragile de narcisse» (Marguerite Yourcenar, 1951).



Message personnel : Je veux saluer quelqu'un pour qui le dix du mois constitue, à plus d'un titre, une date à célébrer, en lui souhaitant qu'il y en ait de très nombreuses autres durant les années à venir.