À l'invitation de Dr CaSo, voici une autre édition des Ptits souvenirs du dimanche soir, diffusés ici avec un peu de retard.
Est-ce que vous vous êtes déjà battu pour une cause importante ?
Oui, très souvent : pour la défense de la langue française, de la culture québécoise, notamment, mais pour bien d'autres causes plus ou moins semblables ou fort différentes.
À plus petite échelle, il y a quelques années, deux ou trois jours avant Noël, un ancien patron m'avait remis, comme à six de mes collègues, une lettre annonçant que nous serions mis à pied durant la période des fêtes de fin d'année, avec la possibilité que nous serions réembauchés en janvier... si la situation financière de l'organisme s'améliorait. Comme c'était la responsabilité du directeur de faire en sorte que la situation financière de l'organisme soit bonne, et non celle des employés que nous étions, je trouvais cette mise à pied particulièrement cruelle et même cynique. J'ai immédiatement écrit une lettre au conseil d'administration (les patrons de mon patron) : avant la fin de la journée, la décision du directeur était annulée et nous gardions notre emploi.
Plusieurs fois, il m'est arrivé de me battre, seul ou avec d'autres, pour protester contre des injustices ou pour obtenir des avantages auxquels nous avions droits. J'ai très souvent remporté ces batailles.
Je continue de le faire dans ma vie de tous les jours, selon mes moyens, pour le bien des gens qui m'entourent. Je suis souvent plus motivé quand l'intérêt d'autres personnes est en cause, que lorsqu'il s'agit de mon seul intérêt.
Quelles odeurs aimez-vous particulièrement ?
J'aime le parfum des fleurs dans les jardins de mes voisins ; je ne sais pas toujours le nom de ces fleurs, mais plusieurs d'entre elles me plaisent. J'aime souvent l'odeur des plats que je prépare, à la cuisine. J'aime l'odeur de certaines eau de toilette de bonne qualité, et en particulier celle qu'utilisait Alexander (que l'on ne trouve plus sur le marché, mais que j'ai réussi à trouver il y a quelques mois encore, sans avoir à débourser 500 $ comme on demandait sur Amazon). J'aime l'odeur des gâteaux et des tartes, mais je dois dire que je n'en prépare pas beaucoup moi-même. Cette liste pourrait être beaucoup plus longue.
Qu’est-ce que vous avez admiré cette semaine ?
La réponse la plus facile et la plus spontanée : les fleurs des jardins de ma rue quand je sors avec Rupert (il n'y en a pas chez moi : pas de place pour cela, du moins pas pour l'instant). La lumière matinale ou de fin d'après-midi dans les feuilles des arbres voisins. Certaines phrases dans mes lectures en cours.
Comment avez-vous obtenu votre premier job ?
Entre dix et treize ans, j'étais, à temps partiel (le soir et les fins de semaine), travailleur autonome itinérant : je faisais le tour de tous nos voisins à la campagne pour leur offrir des cartes de voeux (Noël et autres), de petits objets décoratifs, etc. J'avais commencé cela de ma propre initiative en commandant la marchandise par la poste...
Mon premier emploi à temps plein, durant l'été, c'est à quatorze ans : j'étais venu de la campagne à Montréal dès la fin de l'année scolaire. Quelqu'un que je connaissais avait obtenu que le gérant d'un restaurant accepte de me rencontrer : j'ai été embauché immédiatement pour travailler à la cuisine durant tout l'été. J'habitais seul, en chambre, à Montréal, car ma famille était restée à la campagne.
Quand vous étiez jeune, qu’est-ce que vous aviez vraiment envie de faire mais vos parents vous l’interdisaient ?
Je ne me souviens pas que mes parents m'aient interdit quoi que ce soit... Mon père n'aimait pas vraiment que j'emprunte sa voiture quand j'avais douze ou treize ans, mais il acceptait tout de même de me la prêter quand il fallait aller chercher du beurre ou autre chose à l'épicerie, qui était à une certaine distance de la maison. Et je prenais tout de même la voiture quand il n'était pas là... Si j'avais quelque chose à reprocher à mes parents, ce ne seraient pas les interdits.
Est-ce que vous avez toujours aimé vos noms et prénoms ou est-ce que vous auriez préféré en changer ?
Je ne peux pas dire que j'aime mon prénom (composé), mais il ne me déplaît pas vraiment non plus. Quant à mon nom de famille, il est tout à fait correct. Depuis l'âge de douze ans, j'ai modifié l'orthographe de mon nom de famille : je suis donc le seul de la famille à écrire mon nom de cette façon (tous mes papiers sont faits à ce nom qui, je l'ai appris plus tard, s'écrivait ainsi quand mes ancêtres paternels sont arrivés ici, en Nouvelle-France, vers 1650).
Toutefois, si je devais chercher la célébrité dans un domaine ou dans un autre, je prendrais certainement un pseudonyme, ne serait-ce que pour éviter la confusion avec un Français qui publie des livres et qui porte les mêmes prénom et nom de famille que moi.
Affichage des articles dont le libellé est nom. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est nom. Afficher tous les articles
lundi 24 juin 2019
vendredi 18 décembre 2015
Mon ami Rupert
Les lecteurs et lectrices qui ont parcouru le moindrement les pages de ce blogue auront sans doute deviné, en lisant le billet précédent, de quel ami j'allais annoncer l'arrivée dans ma vie. C'était inévitable : dès qu'Alexander a commencé à me parler de son ami Alexander Bull - et ce fut dans les premiers messages qu'il m'envoya -, j'étais séduit et j'espérais pouvoir rapidement rencontrer Alexander et son fidèle ami. Et même après le départ d'Alexander, j'aurais aimé rencontrer le fameux bulldog qui avait partagé la vie de ce garçon merveilleux...
L'un des plus importants objectifs de ces dernières années était d'avoir moi-même un bulldog anglais. J'étais conscient du risque d'adopter un chien pour la mauvaise raison ; je me suis souvent posé la question et, chaque fois, j'en arrivais à la conclusion que mon désir d'adoption était tout à fait authentique et noble... Mais je commençais à désespérer. Un bulldog est pratiquement un chien de « riches », ce que je ne suis pas, du moins financièrement. Ces dernières semaines, les étoiles se sont bien alignées pour faire en sorte que ce projet devienne réalité. Il y a six semaines, j'ai pu réserver chez un éleveur l'un des chiots nés deux semaines plus tôt ; et j'étais même l'un des premiers à pouvoir choisir le chiot que je voudrais voir grandir près de moi. Alors le voici.
Il s'appelle Rupert et, sur cette photo prise deux jours après son arrivée, il n'a pas tout à fait huit semaines. Le choix de son nom a fait l'objet d'une longue réflexion - en fait, je n'ai pas cessé d'y penser ces dernières années. J'aurais voulu respecter, même si elle ne s'applique pas en Amérique du Nord, la consigne britannique voulant que chaque chien de race porte un nom qui commence par la lettre de l'année. 2005 était l'année des « A » ; c'est pour cela que l'éleveur anglais avait donné ce nom à Alexander Bull, né le 22 avril de cette année-là. Rupert est né le 20 octobre 2015 ; selon cette consigne, j'aurais dû lui donner un nom commençant par la lettre « L » (heureusement, l'éleveur ne lui avait pas encore donné un nom ridicule). Mais je n'arrivais pas à trouver de prénom qui me plaise commençant par « L ».
Évidemment, mon bulldog anglais devait porter un nom anglais. Rupert est le prénom qui revenait toujours... Rupert, pour Rupert Brooke, un poète qu'Alexander et moi aimons ; Rupert pour Rupert Graves, l'Alec Scudder du film Maurice, Rupert pour Rupert Grint, l'ami Ron Weasley dans Harry Potter...
Il a l'air un peu sévère (et peut-être surtout inquiet sur cette image, intimidé par l'appareil photo), mais il est absolument adorable et affectueux. Je suis pour lui tout au monde. Il prend dans ma vie une place énorme (pour ainsi dire toute la place, pour l'instant, mais il va grandir et il me laissera un peu plus de liberté, ce qui sera sain pour nous deux).
Rassurez-vous : je n'essaie pas de retrouver Alexander dans un chien comme celui qu'il aimait. Je suis toutefois conscient qu'Alexander m'a transformé au point qu'il y a beaucoup d'Alexander en moi et, par conséquent, je ne peux m'empêcher de penser parfois aux complicités d'Alexander et Alexander Bull. Des souvenirs précis me reviennent à l'esprit, mais je n'essaie pas de revivre avec Rupert ce qu'a vécu Alexander. En fait, entre Rupert et moi, c'est la continuité d'Alexander, actualisée.
Libellés :
*_*,
Alec Scudder,
Alexander,
Alexander bull,
Ami,
Amour,
bulldog,
chien,
compagnon,
English bulldog,
Maurice,
nom,
Rupert,
Rupert Brooke,
Rupert Graves
lundi 26 mai 2014
... J'écris ton nom
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom
Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom
Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom
Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom
Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunies
J'écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom
Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer Liberté.
Paul Éluard, in Poésies et vérités 1942 Éditions de Minuit, Paris, 1942.
Pour Éluard, ce prénom qu'il écrit partout, est féminin, celui de la Liberté. Je peux aussi l'écrire au masculin, partout : Alexander.
Inscription à :
Articles (Atom)


