Ajout du 8 mai : Finalement, le nouveau membre de la famille royale s'appellera Archie Harrison Mountbatten-Windsor. Archie est la version courte d'Archibald... Je n'aurais pas aimé que l'on choisisse « Alex », abréviation d'« Alexander » ou « Alexandre ». En fait, je n'aime pas, pour les personnes, les diminutifs ni les surnoms. Je crois qu'un enfant a besoin que l'on reconnaisse toute son identité, et non qu'on la diminue en raccourcis.
mardi 7 mai 2019
C'est un garçon !
Ajout du 8 mai : Finalement, le nouveau membre de la famille royale s'appellera Archie Harrison Mountbatten-Windsor. Archie est la version courte d'Archibald... Je n'aurais pas aimé que l'on choisisse « Alex », abréviation d'« Alexander » ou « Alexandre ». En fait, je n'aime pas, pour les personnes, les diminutifs ni les surnoms. Je crois qu'un enfant a besoin que l'on reconnaisse toute son identité, et non qu'on la diminue en raccourcis.
lundi 22 décembre 2014
jeudi 22 août 2013
Un nouveau Petit Prince anglais
vendredi 29 mars 2013
Richard Griffiths - 1947-2013
Parmi les récompenses remportées par Richard Griffiths et les nominations, je soulignerai celles-ci :
2006 : Tony Award du meilleur acteur dans une pièce - The History Boys
2006 : Laurence Olivier Awards du meilleur acteur - The History Boys
2003 : Nommé au Phoenix Film Critics Society Awards de la Meilleure distribution - Harry Potter et la chambre des secrets
2007 : Nommé au British Academy Film Award du meilleur acteur - The History Boys
2007 : Nommé au Chlotrudis Award du meilleur acteur dans un second rôle - The History Boys
2007 : Nommé au London Film Critics Circle d'Acteur de l'année - The History Boys
Il faut évidemment regarder ce film en anglais afin d'apprécier toutes les subtilités des dialogues. D'ailleurs, je ne crois pas qu'il existe une version française. J'ai regardé le film plusieurs fois sur DVD et je le regarderai encore. Hélas, j'ai remarqué après le quatrième ou cinquième visionnement que sur la copie que j'avais, il existe une version sous-titrée en... québécois. Tab... ! J'en suis presque tombé en bas de ma chaise. Alors que les dialogues en anglais sont subtils, plein d'esprit, de finesse, de culture, les sous-titres québécois sont d'une vulgarité scandaleuse. Les sacres, les jurons, épais, dignes des pires humoristes les plus dégoûtants... On n'y reconnaît rien de ce qui fait de ce film un ravissement pour les neurones.
Rest in peace, Sir !
jeudi 5 avril 2012
Son jumeau a trente ans
mardi 5 avril 2011
Son anniversaire de naissance
Si je ne devais désormais me souvenir que d'un seul anniversaire de naissance, ce serait celui d'un garçon merveilleux, tout à fait exceptionnel, tout aussi important pour moi qu'Héphaistion pour Alexandre, que Patrocle pour Achille, qu'Antinoüs pour Hadrien, .. un garçon anglais qui a bouleversé ma vie et lui a donné tout son sens.

Pas besoin d'un anniversaire pour penser à Alexander. Au réveil, ma première pensée est pour lui ; avant de sombrer dans le sommeil, c'est lui encore qui occupe mes pensées ; entre les deux, il est là, présent dans tout ce que je pense, tout ce que je dis, tout ce que je fais. En plaisantant, Alexander disait que c'était du thé qui circulait dans les veines des Anglais. De la même manière, je peux affirmer que c'est Alexander qui circule dans mes voies respiratoires et dans mes veines...
En ce 5 avril, je veux remercier le Ciel de nous avoir envoyé sur Terre ce Petit Prince merveilleux et de m'avoir permis de me trouver sur sa route. Je pense à ceux et celles qui l'ont connu bien avant moi et qui restent inconsolables : Charles, leur grand-mère, Jane, Abigail, son cousin préféré, des amis, ... et en particulier à ceux et celles qui se souviennent de l'arrivée de ce petit ange, un 5 avril, il y a déjà... 29 ans.
jeudi 16 juillet 2009
Dis-moi à qui tu ressembles...
Au cours de nos premiers échanges de messages, j'ai envoyé à Alexander plusieurs photos de moi et, en retour, Alexander m'avait envoyé quelques images sans les commenter. Parmi les premières, il y avait celle-ci :

Comme il m'avait un peu parlé de ses goûts vestimentaires, qu'il m'avait dit qu'à l'occasion il aimait porter des tenues classiques, mêmes les plus formelles, en y ajoutant un élément fantaisiste, comme de porter un costume noir ou plus formel encore avec des chaussures fantaisistes et que, par ailleurs, il m'avait dit aimer porter le kilt (il m'avait parlé d'un très grand mariage où les hommes portaient le kilt), j'ai cru qu'il pouvait s'agir d'une photo de lui-même. Il a bien ri quand il a compris la méprise.

Alexander aimait la photo, mais la photo qu'il faisait ou celle des autres, sans nécessairement en être le sujet. La première photo reçue de lui le montrait en train de donner un baiser à Harry mais on y voyait davantage le chat qu'Alexander lui-même. Cette photo m'a tout de même fait fondre en larmes, mais c'étaient des larmes de bonheur. J'avais tellement envie d'en connaître davantage. Mon imagination essayait de compléter les parties manquantes. À l'exception du regard que je ne voyais pas aussi bien sur sa photo, j'aurais pu croire qu'Alexander ressemblait à cet inconnu dont j'ai trouvé par hasard la photo sur un site Internet où il y avait énormément de photos de personnes non identifiées.

Je n'ai pas montré cette photo car je pense qu'Alexander n'aurait pas apprécié la comparaison. Ce garçon est beau, mais Alexander, plus beau encore. En attendant de recevoir d'autres photos, celle-ci m'avait permis de me faire une image complète, provisoire et fausse, mais précise.
jeudi 25 juin 2009
Michael Jackson, l'essentiel
Comme des centaines de millions de personnes dans le monde, j’ai appris hier avec stupéfaction la mort de Michael Jackson. À l’exception de quelques membres de son entourage immédiat, peut-être, personne ne pouvait prévoir la mort à cinquante ans du roi de ma musique pop. La nouvelle semble s’être répandue comme une traînée de poudre.
Je n’étais pas particulièrement amateur de la musique de Michael Jackson, non par choix en faveur d’autres musiques du genre, mais simplement parce qu’à l’époque où Michael Jackson est arrivé et, durant de très nombreuses années après, chez moi j’écoutais principalement de la musique classique. J’ai tout de même beaucoup entendu de chansons de Michael lorsque je sortais dans les endroits publics, en particulier dans les quelques boîtes où j’allais voir danser les autres. Au début, je reconnaissais des chansons sans même savoir qui les chantait et, du jour où j’ai pu mettre un nom sur cette voix hors du commun, je ne l’ai jamais oublié. Par la télévision, je ne pouvais pas non plus passer à côté de ce phénomène qu’était déjà Michael Jackson et je dois dire que sans me ruer chez les disquaires chaque fois que sortait un disque ou une nouvelle vidéo, le personnage ne pouvait passer inaperçu, même pour moi. Depuis sa toute première enfance, ce garçon était doué d’un talent exceptionnel et il a su l’exploiter de manière prodigieuse.
Rassurez-vous, je n’essaierai pas de faire un rappel de la carrière de Michael Jackson ; d’une part, à moins de recopier du texte trouvé ailleurs, j’en serais bien incapable et, d’autre part, on trouvera partout sur Internet ce genre de renseignement. Très conscient du rôle immense qu’aura joué Michael Jackson dans l’histoire de la musique moderne, au même titre qu’Elvis Presley et quelques autres (non, je regrette d’en décevoir certains, je ne pense pas du tout à Johnny Halliday), je pense aussi à ce qu’il lui en a coûté, personnellement, pour exploiter à l’extrême sa créativité et connaître le succès planétaire.
Ce qui pour moi est le plus triste dans la disparition subite de Michael « Bambi » Jackson, cet enfant prodige et génie de la musique, ce n’est pas la perte pour le monde de la musique et ses admirateurs ; ce que qui me fait le plus de peine, c’est le départ trop tôt de cet enfant qui a mal grandi parce que, selon moi, il était mal parti. Ce garçon m’a toujours donné l’impression d’une biche aux abois, d’un animal traqué, qui était tenté, et il en avait le talent, d’en faire trop en public pour compenser un mal-être intérieur.
Il a très rapidement connu la célébrité et la gloire. Bien des gens auront cru au génie musical de M. Jackson ; c’était facile, c’était évident. Mais combien auront su comprendre le garçon blessé ? Combien, dans son entourage, auront su croire à Michael le petit garçon ? A-t-il jamais eu près de lui quelqu’un qui sache l’écouter, le comprendre vraiment ? Est-il jamais arrivé à ce garçon de se sentir totalement accepté et aimé, vraiment confirmé dans son être le plus intime, le plus profond ? Aura-t-il jamais eu l’occasion, seul ou avec des gens qui l’aimaient, de prendre conscience de ce qu’il était au fond de lui-même, d’entrer en contact avec son être essentiel ? Sans vouloir faire de psychologie de cuisine ni vouloir proposer un sens à l’expérience d’un autre, l’essentiel, pour moi, il est là.
samedi 20 juin 2009
Dans un vieux livre
« Mais il eût fallu ajouter : Du plus raffiné des amours sensuels.
« On comprenait en regardant cette oeuvre (l'intention de l'artiste était évidente) que le jeune homme du portrait n'était pas de ceux qui s'en tiennent à ce qui est plus ou moins sain, plus ou moins permis — avec ses profonds yeux bruns, son beau visage subtil (beauté des jouissances défendues), ses lèvres parfaites, dispensatrices de volupté au corps aimé, ses membres pleins d'une grâce idéale, faits pour des lits que la morale courante juge infâmes... »
Constantin Cavafy (1863-1933) ; traduction par Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras.
lundi 15 juin 2009
Le meilleur ami...

Un garçon de quatre ans, Daniel Blair, de Northolt, à l'ouest de Londres, a voulu laver son chiot que Nicky, son frère jumeau avait laissé se rouler dans la boue dans le jardin de la maison. Daniel a déposé son cocker d'une semaine dans le bol de toilette et, accidentellement ou pas (je serais porté à croire qu'il a voulu envoyer un bon jet d'eau sur le chiot) ; le chiot a immédiatement disparu dans le tuyau d'évacuation lorsque Daniel a actionné la chasse d'eau.

Convaincue que le chiot était mort, Alison, la mère de Daniel, est tout de même allée au jardin, a réussi à soulever le couvercle du tuyau d'égout et a entendu pleurer le chiot. Les pompiers et la société de protection des animaux (RSPCA) ont été appelés mais n'ont pas réussi à sauver le chien. Alison a alors appelé un plombier ; à l'aide d'une caméra envoyée dans le tuyau, Will Craig, 22 ans, a pu repérer le chiot. L'opération n'a pas été simple (il a fallu pousser le chien dans la canalisation jusqu'à ce que les pompiers puissent le ramasser), mais après avoir passé quatre heures et demie dans le tuyau d'évacuation, le chiot a été rescapé et remis au jeune Daniel qui, a-t-il promis, ne recommencera jamais plus cette méthode pour laver son chien, même s'il devait absolument le laver. On a dû lui dire que le robinet de la cuisine ou de la baignoire sera aussi efficace et moins dangereux.
Après une nuit chez le vétérinaire, le chiot a pu rentrer chez lui, non sans avoir été l'objet d'un bain minutieux pour lui redonner sa fraîcheur première. On a donné au chiot rescapé le nom de Dyno, du nom de la société de plomberie qui lui a sauvé la vie.
La nouvelle sur YouTube, avec images de la famille.
La même nouvelle, selon le point de vue du plombier (images de l'intérieur du tuyau d'évacuation).
lundi 25 mai 2009
Le pouvoir des mots
En lui révélant samedi que je m'adonnais ce jour-là à cette activité somme toute banale mais tout de même pas très répandue, je savais qu'il ne me traiterait pas de cinglé. Sa réponse a tout de même été beaucoup plus émouvante que celle que j'aurais pu attendre. Je lui disais, notammement, que chaque mot que j'écrivais, machinalement, sans effort intellectuel, évoquait pour moi une image, un moment de ma vie, un endroit précis, un souvenir, une émotion, un lieu, une ville, un pays, le jour, la nuit, la ville ou la campagne, etc. Le mot « balai », par exemple, pourrait me rappeler qu'il serait temps de nettoyer l'appartement, mais il peut aussi bien me faire penser à la queue des oiseaux, au bout de la queue des chiens ou encore m'entraîner dans les nuages à la suite de Harry Potter. Sans m'attarder à aucun mot en particulier, c'est donc une séquence sans fin d'images qui défilent dans ma tête...
En parlant de listes à mon amoureux, je savais que je serais compris. Depuis qu'il est enfant, ce garçon fait des listes de mots, de phrases qu'il aime, aussi bien en français qu'en anglais. Ses lectures et ses recherches l'ont amené à établir des carnets spécialisés... Je pourrais vous en parler longuement, mais comme il s'agit non pas de mes propres des carnets mais de ceux de mon amoureux, je ne dévoilerai pas ses secrets. Ce qu'il importe de savoir, c'est que je ne suis pas seul à faire des listes, particulièrement des listes de mots. Et les mots auront toujours pour nous une très grande importance car ils ont joué pour chacun de nous et ils continuent de jouer entre nous un rôle immense.
Dimanche soir, en mettant fin à notre longue conversation, mon amoureux a souligné que nous avions parlé de choses tistes. C'est vrai : nous avons évoqué des souvenirs d'enfance et d'adolescence, des souvenirs douloureux, certes, mais nous en avons parlé sans complaisance. Si ces souvenirs sont venus spontanément dans la conversation, c'est qu'il restait en chacun de nous, pour des raisons différentes, des blessures pas tout à fait guéries, des séquelles d'événements douloureux dont nous n'avions pas entièrement fait le deuil. À l'époque où, pour l'un comme pour l'autre, ces événements sont survenus, nous n'avions pas pu en parler assez librement pour apaiser la douleur, pour cicatriser la plaie. Par la suite, un peu pour les mêmes raisons, nous n'avons probablement pas senti de la part des confidents potentiels une capacité d'écoute assez grande. Nous n'avons pas osé dire ce qui nous avait fait mal, gardant secrets depuis tout ce temps l'événement et la douleur qu'il a causé. Il était pourtant important d'en parler et nous l'avons fait simplement dimanche soir, sans avoir l'impression ni l'un ni l'autre d'être en thérapie. Ce qui m'a fait penser que le deuil de ces événements n'avait pas été fait plus tôt car nous n'avions pas su trouver les mots pour en exprimer la douleur ou parce que nous n'avions pas rencontré encore la personne à qui nous pourrions la confier. En somme, la blessure n'avait pas été complètement guérie parce qu'elle n'avait pas été mise en mots.
lundi 4 mai 2009
L'illustre écrivain catholique
Il parut : un grand et mince garçon de dix-neuf ans, avec sa veste jetée sur ses épaules et sur ses bras nus, un pantalon de toile, des espadrilles, des cheveux longs mais soignés. Sur son visage ouvert se lisait librement un mélange de timidité et presque d'adoration. Il portait une serviette d'écolier sous le bras. Son regard bleu me fappa en plein coeur. « Tous les visages me blessent... » avais-je écrit un jour. Celui-ci, je le reçus, je le subis, comme si une fine lame m'avait frappé. « Moi aussi j'ai eu dix-neuf ans, j'ai été un jeune être comme celui-là C'est fini ! C'est à jamais fini ! Jamais plus ! Jamais plus ! » Je levai dans la lumière mes vieilles mains tavelées. L'étrange était que j'éprouvais en même temps ce que la vue d'une créature, dans sa perfection, m'avait toujours inspiré : l'évidence qu'aucun hasard ne pouvait expliquer cette merveille. Je croyais en Dieu, et maintenant, je savais avec certitude que Dieu est. Tout cela était confus et confondu en moi tandis que je donnais le change par mes paroles.

Le journal de la télévision nous a montré quelque chose d'horrible. Dans la chapelle de l'abbaye de Royaumont, des enfants de douze ans faisaient le geste de la communion, revenaient de la Sainte Table, feignaient de se recueillir.
C'était l'intrigue des Amitiés particulières que ces petits garçons incarnaient. Je ne croyais pas qu'un tel spectacle pût me donner cette tristesse, ce dégoût, presque ce désespoir. Comment, me demandais-je, des parents consentent-ils, comment un metteur en scène s'abaisse-t-il ? Mais je n'aurais jamais cru possible ce qui a suivi : l'auteur lui-même a paru sur le petit écran, non pour plaider coupable, mais au contraire pour nous avertir de ses intentions édifiantes. Il ne songe, ce bon apôtre, qu'à venir en aide aux éducateurs — aux jésuites d'abord, j'imagine, si le même personnage est passé du livre dans le film. L'auteur des Amitiés particulières nous a même confié qu'il espérait que ce film aiderait les écoliers à régler leurs sentiments. Honnête Tartufe de Molière, inoffensif Tartufe dont l'imposture énorme ne pouvait tromper que l'imbécile Orgon et que l'idiote Pernelle, et qui ne touchait pas à ces petits, comme vous me paraissez innocent...
... Je ne me serais certes pas indigné si l'auteur était venu nous dire : « Les amitiés particulières existent, elles sont un élément de l'histoire humaine, la plus quotidienne, elles relèvent donc du domaine de l'historien des mœurs. Elles doivent être décrites comme le reste... » Décrites, peut-être... Ce serait à discuter, mais accordons-le. Décrites, mais non représentées, non dans ce bouillon de culture d'où leur âme ne sortira pas vivante.
Ces petits garçons que vous nous montrez sur l'écran et qui servent la messe, et qui communient, à quelle histoire osez-vous les mêler ? Et pourquoi la faites-vous bénéficier de cette publicité immense ? Car ce sont des intérêts que vous servez : ces enfants rapportent.
Mauriac avait oublié ce jour-là que lorsque l'on habite une maison de verre, on ne lance pas de pierre. Il a dû aussi oublier momentanément à qui il s'en prenait. Roger Peyrefitte s'était depuis sa jeunesse donné comme mission de dénoncer le mensonge et l'hyprocrisie ; il n'attendait sans doute que cette occasion pour révéler quelques vérités au sujet de François Mauriac. Roger Peyrefitte n'avait sans doute pas apprécié l'article que Mauriac avait écrit lors du décès de Jean Cocteau, en octobre 1963 ; dans le Figaro littéraire du 26 octobre, Mauriac avait écrit que Cocteau l'avait agacé ; il s'étonnait que Cocteau « ait pu faire quelque chose d'aussi naturel, d’aussi simple que de mourir, d'aussi peu concerté » ; il ajoutait : « le personnage tragique, certes il le fut : condamné à l'adolescence éternelle, sans échappatoire comme tant d'autres, sans aucune espérance de sursis, interdit de séjour malgré les honneurs et les académies, chassé de cet univers rassurant où une femme nous met la main sur le front du même geste qu'avait notre mère, où les enfants jusqu'à la fin se presseront autour de nous, couvée que la vie ne disperse pas. »

Le premier mai 1964, la revue Arts publiait la « Lettre ouverte à M. François Mauriac, Prix Nobel, membre de l'Académie française, par Roger Peyrefitte. »
Paris le 1er mai 1964. Vous avez obtenu, l'autre jour, votre plus grand succès de théâtre, depuis qu'Édouard Bourdet n'est plus là pour refaire vos pièces. Au studio de Saint-Maurice, où l'on achevait de tourner Les Amitiés particulières, une jeune assistante lut à haute voix l'article que vous avez consacré, dans le Figaro littéraire, au reportage télévisé de ce film. Sa voix claire fit résonner ces paroles, qui nous donnaient à tous une sanglante leçon : au metteur en scène, coupable de « s'abaisser », aux parents, négriers de ces enfants qui « rapportent », à moi, dont les propos vous ont fait paraître « innocent » le Tartufe de Molière, à la télévision enfin, qui se déshonorait par cet « attentat » et vous obligeait à « jeter ce cri ».
Un immense éclat de rire retentit, il roula du haut des passerelles où étaient perchés les électriciens, jusqu'au fond des serres où deux écoliers venaient de s'exprimer leur tendresse innocente. Il parcourut les rangs des techniciens, des machinistes, des parents qui avaient accompagné leurs enfants. Il épanouit, dans leurs fauteuils de toile, Louis Seigner, doyen de la Comédie française, l'admirable père Lauzon du film, Mme Gouze-Rénal, la productrice (belle-soeur, soit dit par parenthèse, de votre ami ou ex-ami François Mitterand), Jean Delannoy, notre metteur en scène, qui surpasse là ses chefs-d'oeuvre, la Symphonie pastorale et l'Éternel Retour ; Christian Matras, « premier photographe de France », qualité dont il vous a fait bénéficier pour Thérèse Desqeyroux et dont il n'a pas cru déchoir en se vouant aux Amitiés particulières ; le compositeur Podromidès, qui fait, pour cette tragédie « classique », une musique aussi altière que pour Les Perses.
Il ne manquait que les membres de la Commission de contrôle cinématographique, qui ont félicité les auteurs du scénario, Aurenche et Bost, d'avoir « traité avec autant de délicatesse et de tact un sujet hérissé d'embûches » ; le père Martin, qui était venu de Saint-Eustache nous donner quelques conseils pour les chants de la manécanterie ; le curé de Viarmes, qui nous avait prêté ses lumières dans la chapelle de Royaumont ; l'archiprêtre de la cathédrale de Senlis, qui nous avait permis de tourner sous ces voûtes historiques l'enterrement du petit Alexandre, émouvante clôture du film. Je disais, mon cher maître, que vous aviez obtenu un vrai succès de théâtre, bien que vous eussiez fait rire, ce qui ne vous est pas coutumier. Je me hâte d'ajouter, pour me rapprocher de vos effets ordinaires, qu'une grande tristesse remplaça vite cet accès de gaieté. Non pas une « tristesse » comme celle qui vous a frappé à la vue de nos garçons, car elle n'était pas mêlée de « dégoût » et encore moins de « désespoir ». Mais une tristesse profonde et sincère qu'un homme de votre rang et de votre âge fût si peu maître de lui-même, et surtout nous fît voir si crûment la couleur de son âme, sous prétexte de dénoncer nos turpitudes. Vous troubliez les consciences, vous chassiez la candeur, tel un de mes bons pères faisant penser au mal les êtres qui n'y pensaient pas. Mais ce n'était pas pour provoquer un drame : c'était pour vous mettre, vous, en accusation. Une mère de famille traduisit pourtant le crédit dont vous jouissez : « Monsieur Mauriac, s'écria-t-elle, un homme si sérieux !... » De sa passerelle, un électricien fit un commentaire plus vif : « N'y aura-t-il donc jamais personne pour moucher ce sagouin ? » Sans le savoir, il citait le titre d'un de vos livres : Le Sagouin. Car vous êtes le seul auteur français à avoir baptisé du nom d'un singe l'une de vos œuvres. Encore est-ce l'un de leurs titres les plus gracieux. Vous moucher, mon cher maître ? Mais il faudrait un drap de lit. Je me contenterai de vous marcher sur le bout du pied et m'excuser d'avance, si je vous fais jeter un nouveau cri. Aussi bien m'avez-vous défini, dans un de vos bons jours, un « Anatole France à semelles de plomb ». Vous connaissez seul la légèreté et venez de nous en fournir un nouvel exemple. Qui êtes-vous, mon cher maître ? Un écrivain que nous admirons, mais un homme que nous ne pouvons plus supporter. Vous vous êtes impatronisé du rôle officiel de moralisateur, beaucoup moins pour défendre la morale que pour vous punir, aux dépens d'autrui, de votre penchant irrésistible à l'immoralité. Vos victimes ont presque toujours reçu les coups sans les rendre, se contentant de vous savoir tourmenté par vos appétits. Votre collègue Jules Romains, dont vous avez fait une des têtes de Turc du Figaro littéraire, vous a riposté, dernièrement, mais à armes courtoises, bien qu'acérées. Le respect inspiré par Mme Mauriac, la sympathie éprouvée pour vos enfants, servaient également à retenir les langues et les plumes, mais il fallait bien que cette comédie finît un jour. Je le regrette, moins pour vous que pour eux. Certes, vous offrez au vain peuple et même au Tout-Paris l'aspect de cette vie exemplaire qui permet les corrections qu'aux autres on veut faire. Ces mots du Misanthrope pourraient être de Tartufe, mais seulement jusqu'à ce qu'il eût été démasqué, Rimbaud nous a décrit le châtiment de Tartufe : c'est que soudain, nous le voyons nu, du haut jusques en bas. Les nobles vieillards du faubourg Saint-Germain n'ont pas oublié sous quels auspices vous avez fait votre apparition dans le monde. Sous les auspices du marquis d'Argenson, qui se partageaient les virginités littéraires avec le comte de Robert de Montesquiou. Jetons un voile, mon cher maître, sur ces débuts prometteurs. Ils suivaient la publication de vos poèmes, Les mains jointes. Ils prouvaient que, tout en joignant les mains, vous entrouvriez déjà autre chose. Vous avez collaboré ensuite, à une grande revue littéraire de petit format. Ce furent alors des voyages en Italie, avec le directeur de cette revue, fameux par son fond de teint et sa perruque. Il conserve, au-dessus de son lit, un portrait de vos belles années où votre poitrine, dans le décolleté de la chemise, est nue jusqu'au nombril. Appuyé, épaulé, poussé par la droite, vous caressiez en ce temps Charles Maurras et vous vous donniez à votre premier général : le général de Castelnau. Chacun sait que le second est le général de Gaulle, le maréchal Pétain et le lieutenant Heller, de la Propagandastaffel, ayant servi de trait d'union entre les deux. Vous n'avez pas tardé à vous asseoir à l'Académie française, où votre place était tout indiquée. Encore n'avez-vous pu vous empêcher, comme par une force de votre naturel, à conquérir cette place au moyen d'une petite tricherie. Laissant courir le bruit que vous aviez un cancer à la gorge, parce qu'on venait de vous enlever une corde vocale, vous avez été élu en état d'urgence, comme Sixte-Quint fut élu pape. Mais, tel ce maître fourbe brisant ses béquilles, vous avez retrouvé votre vigueur au lendemain de l'élection et vos haines vigoureuses. C'est depuis lors que s'est établi votre règne sur les lettres, opportunément consolidé par vos intrusions dans la politique, soit de droite, soit de gauche, selon les circonstances. En tout cas, et l'on doit vous rendre cet hommage, il est un point sur lequel vous n'avez jamais varié : c'est de vous estimer le porte-parole, en quelque sorte officiel, de la morale et de la religion. Vous avez beau jeu, mon cher Maître, à nous rappeler que vous avez été « toute votre vie dénoncé et poursuivi » par l'abbé Bethléem, qui est mort depuis longtemps. Vous citez un ridicule adversaire et feignez d'oublier que vous en avez rencontré un d'une autre envergure dans ce même camp : Mgr Ducaud-Bourget, chapelain de l'ordre de Malte, qui vous a fustigé de belle manière. Nombreux sont les vrais hommes d'Église qu'indignent vos prétendus romans chrétiens. Ils ne voient en vous qu'un cafard qui rapporte ; mais les cafards rapportent à l'Église mieux que les enfants rapportent aux parents. Quelqu'un m'ayant dit que vous aviez sollicité l'honneur de faire partie de la délégation française au couronnement de Jean XXIII et que ce pape admirable vous avait rayé de la liste, j'ai voulu en avoir le cœur net. Mgr Capovilla, son secrétaire, répondit à l'ami par lequel je l'avais fait interroger : « M. Mauriac sait trop bien ce que pense de lui le Saint-Père et n'a pas eu à figurer sur la liste. » Ainsi n'avez-vous pu vous déployer en chapelle papale comme Claudel au couronnement de Pie XII, où on lui subtilisa son portefeuille. Toutefois, ce n'est pas le moins extraordinaire que d'avoir réussi à vous faire sacrer grand écrivain catholique et convaincu le jury du prix Nobel qu'il était temps de couronner le catholicisme en votre personne. N'est-il pas étrange, mon cher maître, que le catholicisme littéraire soit représenté sous la Coupole par un Rops et par vous ? Vous êtes deux à vous disputer les vies de Jésus et les vies de saints — vous, pour vous reposer de vos « baisers aux lépreux », de vos « nœuds de vipères », de vos « enfants chargés de chaînes », de vos « pharisiennes » et de vos « sagouins » ; lui, pour faire oublier qu'il a choisi comme pseudonyme le nom d'un dessinateur obscène et qu'il a commencé sa carrière par un roman lesbien, dont votre confrère Paulhan possède, dit-on, l'unique exemplaire non détruit. L'école des Tartufes siège quai Conti. On est presque heureux d'y voir élire désormais une espèce nouvelle de gens, qu'on nomme des technocrates. Ce sont les successeurs des grands seigneurs d'autrefois — souriants, inoffensifs et illettrés. Mais, mon cher maître, puisque j'imagine cette auguste assemblée, ne dois-je pas y déplorer un vide que nul technocrate ne comblera ? Le vide laissé par Jean Cocteau. Ce poète, ce prince fut le contraire d'un hypocrite, et c'est pour cela que vous le haïssiez, même si vous ne l'aviez point haï dans votre jeunesse. Où sont-elles, ces lettres d'amour que vous lui aviez écrites et que vendit Maurice Sachs après les lui avoir volées ? Vous lui disiez, dans la plus anodine : « je baise tes lèvres gercées », et ce n'étaient pas celles d'un lépreux. Ces lettres, les uns prétendent qu'elles sont chez un curé de Nice, les autres chez le collectionneur Godoï, en Suisse. Cocteau, quand on lui en parlait, avait l'élégance de déclarer que ce n'avait été qu'une plaisanterie, un badinage, pareil sans doute aux petits vers libertins que Cicéron envoyait à son affranchi, mais l'affranchi n'était pas vous. L'homme à qui vous aviez écrit ces lettres, vous avez eu l'ignominie de le renier, de le vilipender à toute occasion, comme pour abolir et absoudre votre passé — et si ce n'était que le passé !... Vous avez piétiné son cadavre, chaud encore, dans ce journal où vous nous insultez. Avec quelle joie vous proclamez ce prince des princes, ce poète des poètes, « interdit de séjour, malgré les honneurs et les académies, chassé de cet univers rassurant où une femme nous met la main sur le front... où les enfants jusqu'à la fin se presseront autour de nous, couvée que la vie ne disperse pas ! » Il est vrai que vous lui promettiez vos prières, dont il est permis de se demander ce qu'elles peuvent bien valoir. Vous êtes rentré à Paris le lendemain de ses obsèques, que vous n'avez pas voulu rehausser de votre présence. Un autre immortel de la même école brillait par son absence. Il est marié, lui aussi, et père de famille nombreuse, après avoir été le giton d'un avocat et, plus tard, d'un de vos collègues radié par vous tous à la Libération. Le même personnage, pilier du même journal, n'avait pas rougi, à ce moment-là, de voter l'exclusion de cet Abel Hermant qui lui avait la plume à la main et le bicorne sur la tête.
Montherlant, en bon gentilhomme, descendant d'un officier du gobelet de Louis XIII -- il aurait le droit, dont il n'use pas, de mettre en pal, dans ses armes, une bouteille de vin cachetée -- prétend que votre atrocité vous vient d'être né dans une mercerie. Nous sommes plusieurs d'aussi humble naissance et ne sommes pas devenus, pour si peu, les ennemis du genre humain. Ledit Montherlant donne une autre raison à vos fureurs et à vos hargnes : la jalousie. Méconnaissant l'effort qu'il avait fait d'être le principal souscripteur de votre épée d'académicien, vous l'en avez pourfendu le jour où il a eu des tirages -- je ne dis pas « du tirage » avec Les Jeunes Filles.
On croirait que vous êtes le seul à pouvoir traiter des sujets hardis, parce que vous leur ménagez une fin édifiante et les saupoudrez de pressants appels à la prière. Jamais empoisonneur ne sut mieux son métier. Non content d'interdire aux autres de toucher à ces sujets, vous leur interdisez encore de prononcer les mots de religion et de morale. Voyons, mon cher maître, ne saurait-on remarquer, comme vous, dans l'Agneau, que les enfants, les adolescents, ont volontiers « les yeux cernés » ? Est-ce à force de prier « les mains jointes » ? Je ne sais pas. Mais on peut épiloguer sur ce sujet et sur beaucoup d'autres, au nom de la morale laïque ou de la morale païenne, aussi bien que de la morale chrétienne. Les pharisiens n'ont pas le monopole des mains. La religion et la morale sont devenues tellement votre « tarte à la crème » que, dans votre diatribe contre Les Amitiés particulières, vous reprochez à Freud d'avoir sali cette enfance, cette « sainte enfance ». Une lecture plus attentive de ce livre vous fera trouver une citation d'un père de l'Église, nommé saint Augustin : « Est-ce-là cette prétendue innocence des enfants ? Il n'y en a point en eux, Seigneur ; il n'y en a point mon Dieu, et je vous demande pardon, encore aujourd'hui d'avoir été du nombre de ces innocents ». Il est vrai que saint Augustin a écrit ses Confessions et que vous n'écrirez pas les vôtres. Il a su, avant Freud, et avant vous, que les enfants étaient « chargés de chaînes », chaînes où nous voudrions entremêler quelques fleurs.
Vous avez été aussi maladroit de vous en prendre aux parents de nos jeunes interprètes, qui viennent tous de familles honorables. Les pères des deux principaux sont agrégés de l'université. Sans doute ont-ils cru, avec moi, et malgré vous, que ce livre et ce film étaient une leçon pour les parents et pour les éducateurs. Tant que j'y suis, je vous renverrai à une autre citation des Amitiés particulières, qui est de saint Pierre Canisius : « Seigneur, ouvrez les yeux aux éducateurs de la jeunesse, afin qu'ils cessent d'être des guides aveugles. » Vous n'êtes pas aveugle, mon cher maître : vos regards en coulisse sont même assez pénétrants. Que dis-je ? Ils sont toujours complices, mais vous les lancez pour mieux trahir ceux avec qui vous les avez échangés. Oh ! vous ne les échangez pas à la sainte table, comme nos collégiens, mais du haut de votre chaire de vérité.
Lucien Rebatet m'a conté un trait fort plaisant d'un bon Père — le Père de Trennes de son collège — car, ainsi que vous le savez bien, ce héros de mon livre, que vous qualifiez « d'immonde personnage », existe et existera toujours dans tous les collèges, religieux ou non : mais c'est vous qui l'appelez « immonde » parce que vous affectez de ne pas comprendre et que vous vous croyez bien masqué. Ce personnage, que Michel Bouquet incarne sur l'écran avec une gravité, un tourment, une discrétion, dignes d'émouvoir les moralistes, mais non les moralisateurs, était représenté, dans le collège de Rebatet, par quelqu'un qui devait vous ressembler : il errait à travers le dortoir, se penchait sur un lit, et, brusquement, réveillait le jeune dormeur d'un coup de poing : puis il s'enfuyait dans l'ombre. Il avait vaincu sa passion, mais il l'avait confessée.
Nous sommes sûrs que vous avez vaincu la vôtre, quand l'Express se servait du sémillant Jean-Jacques Servan-Schreiber pour vous enjôler, ou quand vous peupliez d'Éliacins littéraires les couloirs du Figaro, ou quand les scouts marocains vous convertissaient aux intérêts arabes, ou quand un danseur de l'Opéra Comique vous apportait des clartés nouvelles sur la religion et la morale, en nous avouant, dans un livre naïf, qu'il vous avait « plu ». Saltavit et placuit. Mais mon cher maître, l'aîné de mes deux jeunes protagonistes est, lui, danseur à l'Opéra, bien que son père soit professeur de grec dans une faculté. Embrassons-nous, Folleville, si ce n'est au nom de la morale et de la religion, du moins pour l'amour du grec et même de la danse.
Il m'est revenu, mon cher maître, que votre roman Destins allait passer incessamment à la télévision. Vous y peigniez un certain Bob, très joli garçon, auquel s'intéressent de vilains messieurs, occupés à contempler en lui « leur jeunesse souillée, agonisante ou déjà morte. » J'espère que ce long spectacle sera aussi « édifiant » que les brèves images des Amitiés particulières dont vous vous êtes scandalisé ; et que vous recevrez, au centuple, le « bénéfice de cette publicité immense ».
Votre vertueuse indignation s'étant camouflée sous le couvert du Journal d'un curé de campagne, il est juste que je vous rappelle les dernières lignes écrites sur vous par Bernanos. Il ne s'agit pas là d'un « bon apôtre », de mon acabit. Vous lui reconnaissez vous-même « l'intelligence des choses d'en haut — et aussi des choses d'en bas ». Cela ne vous empêche pas de le traiter de « pauvre homme de lettres ». Pourquoi ? Parce qu'il vous accabla, dans un article resté fameux. Il vous compare au pianiste d'un lupanar qui joue des bastringues — pardon, des hymnes et des cantiques — pour étouffer « les bruits d'eaux et les soupirs ». C'est sans doute en récompense de ces bons et loyaux services que le pianiste a été fait grand-croix de la Légion d'honneur.
J'ai parlé de ces lettres adressées à Jean Cocteau et conservées dans des mains jalouses. Mais on pourrait publier en fac-similé celle, assez récente, que vous écriviez à l'un de vos plus compromettants admirateurs, après l'une de vos maladies : « ... Les battements de votre jeune coeur m'aident à retrouver le goût de cette vie que j'avais crue perdue. Un jour vous comprendrez que je ne suis qu'un très pauvre homme... » Nous ne nous vous le faisons pas dire, mon cher maître. C'est le pauvre homme de Tartufe au superlatif. Heureusement, que vous avez « une femme qui vous met la main sur le front », et des enfants et petits-enfants qui se « pressent autour de vous ».
J'ai parlé de vos regards, et j'ai parlé de Cicéron. Vos regards, quand ils glissent sur les objets détestables de vos secrets désirs, illustrent cette expression de l'orateur romain : Flagrantia oculurum. Ils sont aussi brûlants que dérobés, et ils sont des flagrants délits. Cicéron désigne de la sorte les lorgnades d'une femme débauchée. Et voilà qui me rappelle fâcheusement quelques vers, attendu que vous occupez le plus haut grade de notre ordre national. Contemporain des Mains jointes et dignes de Bernanos, ils sont d'un poète qui savait, comme lui, chanter vos pareils — Laurent Thaillade :
... Ces dames, ayant braguettes soulagées,Si vous n'étiez chargés que d'honneurs et d'ans ! Mais à l'instar de ces dames, dragons de vertu, vous ameutez contre nous l'escadron des bien-pensants et vous nous menacez de l'enfer !... Y croyez-vous, à l'enfer, mon cher maître, après le télégramme facétieux qu'André Gide vous expédia de l'Au-delà : « L'enfer n'existe pas. Tu peux te dissiper. » Vous vous dissipez un tantinet, mais de sinistre façon. Colette, la grande Colette, me disait qu'à l'une de vos visites, penché à son chevet, cachant votre denture affligeante derrière vos doigts, et frémissant de toutes les cordes vocales qui vous restent vous lui aviez éructé : « Quelle chance vous avez de ne pas croire à l'enfer ! » Elle ajoutait : « Il avait le visage de quelqu'un qui est déjà en train de rôtir. » Je soupçonne l'enfer de n'exister que pour les méchants.
De fastueux chichis pavoisent leur giron ;
Los aux vieilles putains, d'ans et d'honneurs chargées !
Et vous êtes méchant, d'une méchanceté infatigable, qui s'exerce sur tous les terrains avec une espèce d'inconscience. Je n'ignore pas qu'il faut mettre à votre actif, au moment de la Libération, vos démarches en faveur de Brasillach, démarches que vous avez faites peut-être parce qu'elles étaient sans espoir. Mais comment juger ce que vous avez répondu à l'un des avocats de Laval pour qui vous refusiez d'intervenir : « Après sa mort, tout ce que vous voudrez » ?
Et il y a cinquante ans, mon cher maître, que vous parlez au nom de la religion et de la morale ! Et plus vous vieillissez et plus vous êtes méchant, plus vous parlez au nom de la morale et de la religion. Il vous restait à voler au secours de l'enfance, c'est l'heure de vous remettre à l'esprit la Jeune Poule et le Vieux Renard du chevalier de Florian :
La pire espèce des méchantsLa méchanceté suinte de tous vos pores comme des stigmates, au point qu'un de vos collègues raconte de vous : « il est si méchant que, même à l'Académie, quand il ne peut plus nous dire du mal de quelqu'un, il nous en dit de ses propres enfants. » Ce mot venge Cocteau de votre allusion à la pieuse « couvée qui lui a manqué ».
Est celle des vieux hypocrites.
Eh bien ! mon cher maître, je vous ferai boire le calice jusqu'à la lie. Je vous citerai le mot d'un fils, un mot que me répéta ce même Cocteau dont vous avez outragé la mémoire : « Je sens que mon père m'a fait sans plaisir. » C'est probablement le mot le plus affreux qu'un fils ait jamais dit sur son père. Et si ce père était prix Nobel, membre de l'Académie française, grand-croix de la Légion d'honneur, cabot patenté, ce mot vengerait le prix Nobel, l'Académie française, la Légion d'honneur, la religion et la morale.
Veuillez agréer, mon cher Maître, les assurances, etc. »
samedi 25 avril 2009
Saint-Marc

À cause du film Mort à Venise, peut-être, et à tout ce que j'ai pu y associer par la suite, la basilique de Saint-Marc est sans doute l'un des lieux qui me viennent spontanément à l'esprit lorsque je pense au prénom Marc.

Le compositeur britannique Benjamin Britten a écrit un opéra intitulé Death in Venice. Il y a plusieurs années, j'avais assisté-participé à une adaptation théâtrale de cette même nouvelle de Thomas Mann ; cette pièce était magique car tous les spectateurs étaient des clients de l'Hôtel des Bains : assis à des tables sur la terrasse, ils étaient au cœur de l'action, témoins privilégiés du drame qui s'y déroulait.
jeudi 23 avril 2009
Les livres
L'image vient d'ici.Les livres ont tenu une telle place dans ma vie que je leur dois de souligner cette fête aujourd'hui. Par hasard, je suis tombé sur un article qui disait qu'au Japon le livre électronique est très répandu, que les Japonais n'hésitent pas à télécommander des livres qu'ils peuvent lire sur leur téléphone portable, par exemple, que ce soit dans les transports en communs, à l'heure des repas, etc. Et, apparemment, le livre électronique ne nuit pas à la vente du livre sur papier, car les Japonais n'hésitent pas à acheter sur papier les livres qu'ils ont découverts en format électronique.

Alexander, qui a aussi lu et aimé ce roman, me faisait remarquer que c'était, hier et aujourd'hui la fête des deux personnages principaux, Georges et Alexandre. Et puisque le héros principal, Georges de Sarre, fut toute sa vie fidèle à Alexandre, son amour d'adolescence, c'est une bonne coïncidence que le 24 avril soit la Saint-Fidèle. Et, pour ne pas s'arrêter là, j'ajouterai que le calendrier permet de m'associer à Alexandre, en passant par Georges et Fidèle, puisque c'est, le 25 avril, la Saint-Marc, ma fête.jeudi 5 février 2009
L'éclat de ses yeux, l'intensité de son amour...

« C'est un adorable jeune homme... Quand il me parle de vous, je revois toujours les petites flammes s'allumer dans ses beaux yeux », m'écrit une précieuse amie, après avoir parlé au téléphone à celui que j'aime et qu'elle connaît si bien.
Et elle ajoute : « Je crois que vous avez le plus délicieux amoureux de la Terre, de la Lune.. et de Mars... »
Je suis très conscient, depuis le tout début, du privilège exceptionnel d'aimer un garçon si merveilleux et, surtout, d'être aimé de lui à ce point.
On dit de sa pierre de naissance, le diamant, qu'il est associé à l'innocence, à la perfection et là a pureté intacte. Il symbolise la vie, l'engagement et la foi invulnérable.
dimanche 25 janvier 2009
Du petit lutin vert... au lapin rose
À défaut d'un autre être de chair à aimer, les enfants, jusqu'à un âge assez avancé je crois (certains ne quittent jamais leur enfance), savent donner vie à leur poupée et construire avec elle un univers merveilleux, s'inventer une relation pleine d'amour. Il n'y a d'ailleurs pas que les petites filles qui aiment les poupées ; les petits garçons aussi aiment les poupées et les grands garçons... encore davantage. C'est une grave discrimination que l'on fait, selon moi, de ne pas vouloir donner une poupée à un jeune garçon. Il voudra sans doute que sa poupée soit différente de celle qu'aimera sa soeur, mais si on ne lui transmet pas le préjugé que les garçons ne jouent pas avec les poupées, il saura développer son imaginaire autant avec une poupée qu'avec un camion de pompiers. C'est sans aucun doute dans ces jeux que l'enfant apprend à aimer, à identifier ce qu'est l'amour pour lui, à dire son amour... Il y aurait beaucoup à dire sur ce seul sujet, mais ce sera pour une autre fois.
J'aurais certainement aimé, lorsque j'étais enfant, que quelqu'un s'occupe de moi, me parle sérieusement, m'apprennent plein de choses intéressantes, comme de reconnaître les oiseaux, les insectes, les plantes, les fleurs... J'aurais aimé que quelqu'un m'apprenne avec une bienveillante tendresse à nommer les êtres et les choses.


Les garçons, comme les filles sans doute, préféreraient avoir de vrais baisers, de vrais câlins, plutôt que de jouer avec des bouts de caoutchouc ou de chiffon... Mais à défaut d'en recevoir des grandes personnes autour d'eux, il apprendront à combler leurs carences en aimant leur poupée, leur ourson, leur chien en peluche, etc.
Merci à Alexander de m'avoir envoyéce petit lutin qui sent si bon
Je me souviens aussi d'un petit ourson que j'avais eu à un moment donné (je ne sais pas quel âge je pouvais avoir, mais j'avais certainement plus de six ans). Cet ourson était rose mais il avait les pattes bleues ; il pouvait donc faire le bonheur aussi bien d'un petit garçon que d'une petite fille.À ce sujet, lorsque celui que j'aime a voulu, l'été dernier, m'envoyer un lapin rose, il s'est rendu dans une boutique de jouets pour bébés, sachant qu'il trouverait là ce qu'il voulait, qu'il n'avait pas trouvé ailleurs. En le voyant entrer dans la boutique, la vendeuse d'un certain âge, élégante et un peu snob, s'est approchée de mon ami qui lui a exprimé ce qu'il cherchait : un lapin. « C'est pour un petit garçon ou pour une petite fille ? », a-t-elle demandé. — « C'est pour grand garçon », lui a répondu mon ami. — « Je vois. Donc, nous cherchons un lapin bleu. » — « Non, un lapin rose. » Et c'est ainsi que, depuis lors, ce lapin fait mon bonheur.
Et vous ? Vous aviez une poupée, un ourson ou un autre animal en peluche ? Quelle importance cette poupée ou cet animal prenait-il dans votre vie ? Avez-vous conservé certains jouets de votre enfance ? Jouent-ils encore un rôle important dans votre vie actuelle ?



















