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dimanche 7 avril 2019

Élégance masculine

Portrait du comte Robert de Montesquiou
par Giovanni Boldini (1897), Musée d'Orsay.

L'élégance d'hier n'est pas celle d'aujourd'hui, et nous serions certainement surpris de voir aujourd'hui ce que demain nous réserve en terme de style et d'élégance. Il y a fort à parier que si nous rencontrions dans la rue aujourd'hui quelqu'un ressemblant à ce portrait du comte Robert de Montesquiou (qui, bien malgré lui, a inspiré à Marcel Proust son personnage de M. de Charlus dans À la recherche du temps perdu), nous ne penserions probablement pas d'abord à son élégance mais plutôt au fait que sa tenue et son style sont ceux d'une autre époque.

L'élégance anglaise de Dowton Abbey

Rassurez-vous, je ne vous ferai pas un cours sur ce qui constitue l'élégance masculine d'aujourd'hui ; d'abord parce que j'en serais bien incapable et que, si mes voisins tombaient par hasard sur ce que je pourrais en dire, ils laisseraient certainement un commentaire me niant toute crédibilité sur le sujet.


En effet, depuis l'arrivée de Rupert, et avec l'obligation de sortir avec lui plusieurs fois par jour et même la nuit, j'ai adopté un style de vêtements décontractés, confortables et facile à entretenir. Rupert est maintenant un grand garçon de plus de trois ans et, sauf de rares exceptions, nous ne sortons plus que trois fois par jour : le matin à son réveil, au milieu de l'après-midi et, finalement, avant d'aller dormir la nuit venue. Mais les deux premières sorties sont assez longues et, lorsque nous rentrons, nous sommes tous les deux fatigués : Rupert va faire une sieste, et, moi, j'ai habituellement trop de choses à faire pour aller dormir, et trop fatigué pour participer à des activités sociales.

Colin Firth

Lors de notre sortie du matin, nous rencontrons ceux et celles qui se rendent au travail, à l'école ou à l'université. Depuis l'été dernier, nous croisons chaque matin une femme noire très élégante ; un matin de l'été dernier, puisqu'elle me saluait, je me suis permis de lui dire que chaque fois qu'elle passait devant nous, nous étions, Rupert et moi (moi, surtout) séduits par le parfum que son passage répandait dans l'air. Depuis, chaque fois que nous la rencontrons, elle nous salue avec un grand sourire en demandant : « Comment allez-vous, les amis ? » Qu'il fasse beau, qu'il pleuve ou qu'il neige, elle est pour nous un rayon de soleil.

Je croise aussi, parfois, des hommes, jeunes ou en pleine maturité, qui sont aussi élégamment vêtus, mais je n'ai pas de souvenir particulier de quelqu'un qui m'aurait frappé par son élégance ; et si ce fut le cas, l'impression ne s'est pas vraiment gravée dans ma mémoire. Je me souviens bien de certains regards, de certains sourires, de brèves complicités qu'il m'aurait parfois plu de pouvoir renouveler ou prolonger, mais pas de tenue vestimentaire particulière.

Ce dimanche matin, alors que je marchais avec Rupert, j'ai vu venir vers nous un jeune homme que nous avions rencontré deux fois auparavant, accompagné d'un très beau caniche royal de couleur blanc-crème. Je me suis immédiatement souvenu de lui car, même si quelques semaines s'étaient écoulées depuis notre rencontre précédente, j'avais été fortement frappé par l'élégance de sa tenue vestimentaire, de sa démarche, de ses gestes et, surtout, de son exquise politesse. Arrivé avec son chien à notre hauteur, à chaque rencontre, il s'est arrêté pour que les deux chiens se saluent et, me regardant droit dans les yeux, m'a dit : « Bonjour, Monsieur ! Comment allez-vous ? »

Comment ne pas être touché quand un jeune homme d'à peine vingt ans vous salue d'un « Bonjour, Monsieur ! » et poursuit son entrée en matière avec le vouvoiement ? Ni la première fois, ni les fois suivantes, la conversation est allée beaucoup plus loin que cet échange de salutations et de quelques remarques sur le chien respectif de l'autre.


Son chien, aux manières aussi impeccables que celles de son maître, est un caniche royal à la fourrure légèrement ondulée de la même longueur partout, et non pas sculptée à la façon des topiaires, symboles des jardins à la française.


Ce matin, le jeune homme, de type eurasien, au visage clair, au teint sans défaut, à la coiffure très soignée, était vêtu de façon particulièrement remarquable pour quelqu'un de son âge et pour promener son chien un dimanche matin (il se rendait probablement à une invitation ou à un événement important). Il portait un costume bleu foncé, parfaitement taillé, avec une chemise bleu clair avec un léger motif à peine perceptible, au col anglais, une cravate d'un autre motif très subtil d'un bleu un peu plus clair que le costume, des chaussures anglaises classiques noires et, par-dessus tout un long manteau de cachemire de couleur marine. Je ne pouvais pas reconnaître son parfum, mais il était le complément parfait de cette tenue. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire en le quittant, spontanément et sans arrière-pensée, combien il était élégant.


Je n'allais évidemment pas lui demander à quel endroit il achetait ses vêtements... Et je ne crois pas que, à l'exception de nos chiens qui nous amènent à socialiser un peu, nous nous trouvions des affinités électives au cours d'éventuelles prochaines rencontres... Mais je ne serais pas surpris qu'il s'habille à Londres, achète ses costumes rue Saville Row, chez Anderson & Sheppard, par exemple, ses chemises chez Turnbull & Asser, Jermyn Street ou Bury Street, ses chaussures chez John Lobb, St James's Street...Je serais tout de même curieux de savoir pourquoi ce jeune homme de vingt ans à peine, qui habite près de chez moi, aux manières impeccables, sort de chez lui un dimanche matin avec son chien, étant vêtu de façon si élégante et pourtant si formelle...

lundi 6 novembre 2017

Une page d'histoire...

Montréal a écrit hier soir, dimanche 5 novembre 2017, une nouvelle page d'histoire : 375 ans après sa fondation par le sieur Paul Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance, Montréal a élu sa première mairesse.




Il y a seulement quelques semaines, Valérie Plante était à peu près inconnue à l'extérieur du district électoral où elle a été élue pour la première fois en 2013.


Ces dernières semaines, Valérie Plante et son équipe ont fait une campagne électorale sans faute. Elle a su inspirer confiance aux électeurs et démontrer qu'elle était « l'homme de la situation ».



L'arrogant Denis Coderre, maire de Montréal depuis quatre ans, maire « raciste » qui voulait exterminer de Montréal les pitbulls, qui s'appropriait, contre les avis de l'administration, les lieux importants de Montréal pour les offrir à ses amis promoteurs de spectacles et de divertissements, apportant à ces milliardaires du financement provenant des poches des contribuables, a connu hier soir son Waterloo. Les Montréalais lui ont préféré Valérie Plante, qui propose de faire de Montréal une ville axée sur la mobilité des piétons, des cyclistes, en favorisant les transports en commun. On verra comment elle pourra mener à bien son programme, Mais, déjà, un changement de ton et de style ne pourra que faire plaisir aux Montréalais.

samedi 26 août 2017

Journée du chien

Même si c'est, pratiquement, chaque jour sa fête, Rupert ne comprendrait pas que je ne souligne pas, en ce 26 août, cette journée du chien.
Je n'ai pas besoin de redire quelle place Rupert tient dans mon cœur, dans mon espace, dans ma vie. Il est pour moi un merveilleux compagnon, mais il est aussi l'ami de presque tout le monde dans notre rue, dans le quartier, jusque sur le campus de l'université McGill.
Je dis « presque tout le monde », car, où que l'on aille, il y a toujours un certain nombre d'imbéciles qui, dès qu'ils voient un chien, d'aussi loin qu'ils peuvent, traversent la rue ou marchent dans la rue jusqu'à ce que le chien soit dépassé et reviennent ensuite sur le trottoir.
Mais il y a des mères, des parents intelligents et soucieux de bien éduquer leurs enfants, qui font des détours avec leur bébé, leurs enfants, pour venir voir Rupert et permettre aux tout-petits d'approcher un chien qui est, parfois ou la plupart du temps, plus gros qu'eux et cependant tout doux et tendre avec eux. C'est tout au moins le cas de Rupert : il ne reste jamais indifférent lorsqu'il entend ou voit venir un bébé ou un enfant.
Aujourd'hui, sur le campus de l'université McGill, il a joué abondamment avec une famille composée des parents et de plusieurs enfants venus de Chicago pour accompagner l'une des adolescentes qui commence sa première année d'études universitaires à McGill. Ils avaient avec eux leur Golden retriever de dix ans qui explorait le campus à sa façon. Étonnamment pour une famille de Chicago, à l'exception du père moins à l'aise, ils parlaient tous un excellent français.

Dans un registre moins heureux, la Ville de Montréal, à la façon du maire Denis Coderre qui a souvent l'air, l'attitude, le discours et le comportement d'un chien enragé, s'apprête à faire euthanasier ou à « expatrier » plus de cinq cents (500 !!!) chiens que l'on prétend de la race des pittbulls parce que leurs propriétaires, pour une raison ou pour une autre que la Ville refuse même de préciser à chacun des propriétaires de ces chiens, n'ont pas réussi à obtenir le permis spécial requis par la municipalité pour garder ce type de chien. N'ayons pas peur des mots : en ce qui concerne les chiens, notre maire et son administration sont carrément racistes !

lundi 26 juin 2017

Campus McGill

À l'occasion du 375e anniversaire de Montréal, le Musée des beaux-arts de Montréal a organisé, avec l'université McGill, une exposition de sculptures sur le campus de l'université, le long de la rue Sherbrooke.

Quand il a découvert cette série de personnages, Rupert a été fasciné et s'est très longuement amusé à aller voir chacun d'eux, à en faire le tour, à courir de l'un à l'autre, à les regarder dans les yeux, comme s'il s'agissait de vraies personnes (ce sont sans doute des moines, tibétains ou autres - je n'ai pas trouvé de plaque indiquant le nom de l'artiste, le titre de l'oeuvre, ...)

vendredi 17 juin 2016

« Trou à rats »

Montréal ne serait, ne le saviez-vous pas déjà, qu'un « trou à rats ».
C'est du moins ce qu'en pense Bernie Ecclestone, le grand patron de la Formule 1.

Photo de Ryan Bayona sur Wikipédia

Sept jours après la tenue du Grand Prix de la Formule 1 à Montréal, le grand patron de la course automobile, Bernie Ecclestone, sans doute le patron le plus désagréable au monde, le plus arrogant, négociant toujours à coup de menaces et de chantage, était de passage à Bakou, en Azerbaïdjan, pour assister au premier Grand Prix d'Europe qui y était présenté. 

Questionné par des représentants d'Amnistie internationale au sujet du respect des droits de l'homme en Azerbaïdjan, qui n'est certes pas le plus respectueux des droits de la personne, Bernie Ecclestone a répondu que si quelqu'un pouvait lui définir ce qu'étaient les droits de l'homme, il pourrait en discuter. Ce n'est là qu'une des pirouettes de cet homme d'affaires vorace qui, même s'il est sûrement le détenteur de la sixième plus grande fortune de Grande-Bretagne, n'en a jamais assez. « L'argent n'a pas d'odeur », dit-on ; mais cela n'empêche pas certains carnassiers de puer la charogne !

À Bakou, Bernie Ecclestone a aussi déclaré : « Nous venons tout juste de quitter le plus bel endroit au monde, l'Amérique du Nord. Si on compare cet endroit à ici, c'est un "trou à rats", n'est-ce pas ? » Il ne l'a pas nommé, mais ce « trou à rats » qu'il venait de quitter, c'était bien Montréal.

Bernie Ecclestone a commencé sa carrière en essayant de devenir pilote de course automobile, mais il n'a jamais été assez compétent pour se qualifier. Ce n'est qu'après avoir fait fortune dans l'immobilier qu'il a commencé à tout acheter du monde de la course automobile. Il a fait en sorte que la course automobile n'ait plus grand chose d'un sport ; elle est devenue une grosse machine à faire de l'argent, beaucoup, beaucoup d'argent en ce qui concerne cet homme d'affaires.

Cher Bernie, les rats sont plus ou moins gras selon les endroits où ils vivent. Il semble qu'en Grande-Bretagne, il y en ait quelques-uns qui soient obèses, du moins d'une obésité mentale.

Alexander m'avait dit un jour (je suis désolé, Alexander, d'associer ton nom à ce sujet répugnant, mais tu n'y es pour rien) au sujet d'un chanteur populaire, vivant en Angleterre, mais d'origine grecque : « Je ne pensais pas qu'un jour j'en viendrais à détester un Grec ! » Je pourrais dire la même chose de ce citoyen anglais, pourtant né dans une si belle région de l'Angleterre, le Suffolk : « Je ne pensais pas qu'un jour j'en viendrais à détester autant un citoyen britannique... autant que je déteste un citoyen australien, le magnat de la presse Rupert Murdoch, autre charognard sans scrupule. »

Pour finir, rappelons une autre célèbre déclaration de Bernie Ecclestone : « C'est terrible à dire je suppose, mais à part le fait qu'Hitler s'est laissé emporter et persuader de faire des choses dont j'ignore s'il voulait les faire ou pas, il était en position de commander beaucoup de gens et d'être efficace […] Si vous observez la démocratie, elle n'a pas fait beaucoup de bien à beaucoup de pays, dont celui-ci [la Grande-Bretagne] » (Times, 4 juillet 2009). On voit quels sont les modèles du grand « sportif ».

jeudi 21 novembre 2013

Pauvres enfants !!!

Pourquoi, croyez-vous, a-t-on masqué le visage de ces six enfants d'âge préscolaire ? C'est pour éviter que l'on soit traumatisés à la vue de la terreur qui se lit dans leur regard face à leurs deux éducatrices ! Cette photo a été prise par une passante, non pas en Iran ou en Afghanistan, mais à l’angle des rues Verdun et Richard dans l’arrondissement de Verdun, à Montréal, le 15 novembre dernier. 

Que font les Services de la protection de la jeunesse devant cette horreur que l'on fait subir à de très jeunes enfants ?

dimanche 17 mars 2013

Saint-Patrick



Joyeuse Saint-Patrick à tous les Irlandais, d'ici, d'Irlande, et de partout ! Et tout particulièrement à Shawn, d'une ville bien connue du nord de l'Irlande, pour qui ce dimanche avait une couleur toute particulière.


La basilique Saint-Patrick de Montréal a été désignée monument historique par le gouvernement du Québec en 1985.


Quand je suis sorti, vers le milieu de l'après-midi, j'ai croisé un grand nombre de personnes qui revenaient du traditionnel défilé des Irlandais de Montréal. J'ai regretté de ne pas être sorti plus tôt pour me joindre à eux (après tout, j'ai aussi du sang irlandais).

lundi 4 avril 2011

Le printemps des uns et des autres...


Comme la beauté, la santé ou la richesse, le printemps n'est pas le même pour tout le monde.

Alors que les fleurs sont sorties depuis un bon moment déjà dans les jardins européens, il y a encore de la glace dans les jardins de Montréal. Ce 4 avril, il neigeait et demain, le mercure descendra encore.



Je me souviens très bien des premiers jours d'avril 2008 (en fait, je suis convaincu que je ne les oublierai jamais) ; il fallait alors une grande dose d'optimisme pour croire qu'un jour nous verrions les pâquerettes...

mercredi 5 janvier 2011

Des ballons sur la place

Avant-hier, en fin d'après-midi, je suis sorti pour faire une course dans le quartier et, en arrivant sur la Place des festivals, j'ai cru que quelqu'un avait oublié de rentrer les ballons.


Ces ballons changeaient de couleur.









De la musique se dégageait de chacun et...



certains d'entre eux semblaient habités d'univers lointains, avec des bateaux, des avions, des moulins à vent...

mardi 7 décembre 2010

Le cheval du Petit Prince


« Pour l'éducation d'un jeune prince, la fréquentation des chevaux
est ce qu'il y a de mieux, car jamais un cheval ne le flattera. »
Plutarque (v. 50 - v. 125)

« Ne donnez pas d'argent à vos enfants, donnez-leur un cheval. »
Winston Churchill (1874-1965)

Voilà deux citations qu'Alexander n'hésiterait pas à reprendre à son compte. S'il n'avait pas « besoin » d'un cheval pour parfaire son éducation, Alexander ne voulait en être séparé le moins longtemps possible. Les chevaux ont été ses amis dès sa première enfance et il leur est resté fidèle. Quelques mois avant son départ, il jouait au polo (et il voulait que son équipe remporte la partie car il jouait pour son Alcib). Et lorsqu'il gagnait, il en accordait tout le mérite au cheval. Après la partie, disait-il, ce sont les chevaux qui étaient félicités et récompensés.

Parmi les cadeaux de son dernier Noël, il y avait un magnifique poulain d'à peine trois mois, qui avait reçu le nom de « Montréal ». Ce poulain est devenu un magnifique pur-sang qui ne saura jamais quel extraordinaire ami il a eu.

Les images et les citations proviennent de ce très beau livre :

dimanche 4 juillet 2010

Un ange dans le ciel...

Photo prise par Noëlle, ce matin à Montréal ; source : Météomédia

lundi 17 mai 2010

Joyeux anniversaire, Montréal

Montréal a été fondée le 17 mai 1642





Toutes les images viennent d'ici. Si vous cliquez sur une image, elle s'agrandit.

mardi 27 avril 2010

Un 27 avril à Montréal

À mon réveil, ce matin, la neige tombait à plein ciel. Le 2 avril 2008, je me plaignais que l'hiver n'en finissait pas. Et voilà qu'aujourd'hui, mardi 27 avril, il neige encore... C'est tout de même moins déprimant que ce temps froid et sale que nous avions en avril 2008. Aujourd'hui, des fenêtres de mon sixième étage, je peux à peine voir de l'autre côté de la rue, mais demain ce sera tout oublié.


Ces pauvres tulipes qui depuis quelques jours apportaient un peu de vie devant les maisons voisines pourront-elles s'en remettre ? Je l'espère.

Ajout du 29 avril : La neige a vite fondu, même s'il n'a pas fait très chaud encore, et les tulipes ont relevé la tête. Si tout va bien, je pourrai d'ici quelques semaines - ou quelques jours - revenir à mon bureau d'été.


lundi 7 décembre 2009

Terre natale

« Si je devais mourir, pense seulement cela de moi :
il y a là un petit coin de terre étrangère
qui est pour toujours l'Angleterre. »
Rupert Brooke


Quand il fut question pour la première fois - et cela vint très tôt dans nos premières conversations -, qu'Alexander vienne me voir à Montréal (ce fut toujours l'entente entre nous : il viendrait d'abord à Montréal ; j'irais ensuite en Angleterre), il me demanda de lui promettre solennellement que, s'il lui arrivait quelque chose durant son séjour à Montréal, je devrais le faire rapatrier en Angleterre. Si je ne connaissais pas son amour pour sa patrie, je pourrais croire qu'il avait envers elle un engagement officiel qu'il se devait d'honorer...

Nous avions parlé ce soir-là de l'appartenance, de l'amour du pays, de l'amour du sol lui-même... Alexander avait un tel amour pour son pays qu'il n'en sortait jamais sans apporter avec lui un peu de terre provenant du sol. Il avait voulu m'en envoyer par la poste mais nous nous étions inquiété des restrictions douanières... L'amour du pays nous avait amenés à parler de poésie et, tout particulièrement, de Rupert Brooke et de l'un de ses plus célèbres sonnets, The Soldier, dont sont tirées et traduites les premières lignes citées au début de cet article :

If I should die, think only this of me:
That there's some corner of a foreign field
That is for ever England. There shall be
In that rich earth a richer dust concealed;
A dust whom England bore, shaped, made aware,
Gave, once, her flowers to love, her ways to roam,
A body of England's, breathing English air,
Washed by the rivers, blest by suns of home.

And think, this heart, all evil shed away,
A pulse in the eternal mind, no less
Gives somewhere back the thoughts by England given;
Her sights and sounds; dreams happy as her day;
And laughter, learnt of friends; and gentleness,
In hearts at peace, under an English heaven.


Alexander aimait beaucoup ce poète. Je me souviens qu'au cours de l'été 2008, son frère Charles venu lui rendre visite à Londres lui avait apporté un livre tiré de la bibliothèque familiale. Alexander en avait été très ému car il s'agissait d'un recueil de poèmes qui avait appartenu à sa mère, qui aimait beaucoup Rupert Brooke.


Nous le trouvions très beau. Il nous faisait penser à Hugh Grant, que j'avais aimé dans dans le rôle de Clive, dans le film de James Ivory, Maurice. La ressemblance n'était pas que physique car si la postérité a surtout retenu, grâce au zèle de ses héritiers, son amour des jeunes filles, Rupert Brooke n'était absolument pas insensible à la beauté masculine. Un autre point commun qu'il a avec les personnages du film : Rupert Brooke a étudié à Cambridge, alors qu'Alexander (qui le lui a pardonné, j'en suis sûr) a étudié à Oxford.


Paradoxalement, Rupert Brooke qui était si attaché à sa patrie et qui disait que son université, Cambridge, serait pour toujours sa seule adresse, a été enterré en Grèce, sur l'île de Skyros. Il n'avait que 28 ans ; ce très jeune âge n'est que l'un des points qu'il a en commun avec Alexander, qui en avait 27...

Alistair, qui est un digne ami d'Alexander, m'écrivait il y a quelques jours qu'il avait pensé à moi en lisant les récits de voyages de Rupert Brooke, notamment les pages où il raconte son passage à Montréal. Il faudra que je me procure un exemplaire de ces récits de voyage, en attendant de lire ceux d'Alistair. Ceux que j'aimerais pouvoir lire, ce sont les nombreux voyages imaginaires qu'a pu faire Alexander en rêvant de son premier séjour ici.

Toute la soirée, une série de « coïncidences » m'a fait penser à Alexander. Au moment de commencer cet article, un peu avant minuit, j'ai jeté un regard vers l'une des fenêtres du salon, dont les stores sont fermés ; j'ai pourtant aperçu, à travers les lames du store, dans la nuit noire, un point lumineux : c'était la Lune qui venait me faire signe, comme si Alexander voulait me dire que, cinq mois exactement après son départ, il ne m'oubliait pas. Le temps de rédiger cet article, j'ai rouvert le store ; l'article terminé, la Lune a disparu dans les nuages...

mercredi 18 novembre 2009

Ah ! comme la neige a neigé !

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.




Alexander avait découvert l'existence d'Émile Nelligan sur le blogue de Béo, un jour où elle affichait ses lectures du moment.

Immédiatement, il avait commandé tout ce qu'il ait pu trouver de la poésie du poète québécois. Depuis son enfance, Alexander dévorait la poésie (ce qui était tout à fait naturel : il était lui-même la poésie). Il avait tout lu en une nuit et il m'avait envoyé plusieurs poèmes, ceux qu'il préférait. N'ayant pas trouvé dans son riche choix de poèmes celui du « Vaisseau d'or », je lui avais demandé s'il avait oublié ou rejeté celui-là. Non, ce poème n'était pas publié dans les recueils qu'il avait commandés. Il a cherché encore et il a commandé aussitôt d'autres poèmes de Nelligan.

Il aimait cette poésie et je peux comprendre aussi qu'il était très fier de découvrir un grand poète qui était plus près de moi puisqu'il avait grandi et vécu à Montréal. J'avais mentionné à Alexander que je passais assez régulièrement devant une maison de la rue Laval où le poète a vécu plusieurs années avec sa famille, et que je lui en enverrais des photos dès que je le pourrais. Dans ses dernières paroles, Alexander avait fait allusion à mes promenades quotidiennes, aux nombreuses photos que je prenais afin de pouvoir les lui envoyer. Puis il a parlé des images de la maison d'Émile Nelligan... C'est en parlant de ces images qu'il a prononcé ses derniers mots avant de fermer les yeux et de sombrer dans le silence : « ... Je demanderai à Alcib ».

C'est aujourd'hui l'anniversaire du décès d'Émile Nelligan, disparu le 18 novembre 1941. Alexander voudrait que je souligne aussi cette date.

Parmi les poèmes qu'il préférait, assez nombreux, Alexander avait choisi celui-ci :

Vieux piano

L'âme ne frémit plus chez ce vieil instrument ;
Son couvercle baissé lui donne un aspect sombre ;
Relégué du salon, il sommeille dans l'ombre
Ce misanthrope aigri de son isolement.

Je me souviens encor des nocturnes sans nombre
Que me jouait ma mère, et je songe, en pleurant,
À ces soirs d'autrefois - passés dans la pénombre,
Quand Liszt se disait triste et Beethoven mourant.

Ô vieux piano d'ébène, image de ma vie,
Comme toi du bonheur ma pauvre âme est ravie,
Il te manque une artiste, il me faut L'Idéal ;

Et pourtant là tu dors, ma seule joie au monde,
Qui donc fera renaître, ô détresse profonde,
De ton clavier funèbre un concert triomphal ?



Ajout (20 novembre 2009) : En commentaire, Lux évoque un souvenir de jeunesse, de sa première jeunesse, en faisant allusion à ce poème de Claude Léveillé mis en musique par l'auteur-compsiteur-interprète Claude Léveillé qui, soit dit en passant, fut l'un des compositeurs d'Édith Piaf. Pour répondre à sa question, voici, sur YouTube, « Soir d'hiver », poème d'Émile Nelligan, interprété par Claude Léveillé sur sa propre musique.

lundi 9 novembre 2009

Un air de cornemuse



Ce lundi soir, en sortant du métro pour rentrer chez moi, j'ai entendu un air de cornemuse. J'ai d'abord pensé qu'on avait deviné mon arrivée et que l'on voulait saluer mon passage dans cette rue. Puis je me suis souvenu que nous étions le 9 novembre : demain, le 10, on accueillera dans ce lieu aux lourdes portes moyenâgeuses, à deux pas de chez moi, les « Wales », le prince Charles, prince de Galles et duc de Rothesay, et sa femme, Camilla Parker-Bowles, duchesse de Cornouailles.

Aurai-je l'occasion d'aller y agiter mon drapeau britannique, acheté récemment ?

Et si le prince de Galles reconnaissait en moi l'amoureux de l'un de ses plus fidèles admirateurs ?
Et s'il m'invitait à prendre le thé ?

Mythomane, moi ? Qu'est-ce qui vous fait dire cela ?

samedi 7 novembre 2009

Où est passé Alex ?

L'ange gardien d'Alexander, comme il se doit, s'appelait Alex. Il avait depuis l'enfance développé avec lui une belle complicité. Malgré les coups durs que la vie lui avait fait connaître, Alexander gardait la foi et la confiance en son ange gardien, son ami Alex.


Il y a déjà plus d'un an, cependant, Alexander se demandait où était passé Alex. Il avait le sentiment que celui-ci l'avait abandonné au moment où il aurait eu justement besoin de lui. Je voulais croire et je m'efforçais de l'encourager à croire que son ami Alex, bien que silencieux, ne l'avait sans doute pas abandonné, mais qu'il travaillait fort pour l'aider à surmonter les épreuves nouvelles.


Un jour, il crut reconnaître Alex dans cet ange aperçu sur des images que je lui envoyais du parc Jeanne-Mance, du mont Royal. Très gentiment comme tout ce que faisait Alexander (sauf lorsqu'on était de mauvaise foi et qu'on abusait de son immense bonté), il l'implora alors de rentrer vite à la maison car il avait vraiment besoin de lui. Alex sut-il l'entendre ? On ne le sait pas. S'il revint vers Alexander, il resta très discret car Alexander ne sentit pas son aide.


Quant à cet ange qu'il crut reconnaître dans ce parc de Montréal, il fut très vite évident qu'il ne s'agissait pas d'Alex ; ce serait plutôt Alexandra.

Il y a aujourd'hui quatre mois qu'Alexander est reparti sur son Étoile, dans le voisinage de notre Lune. Il me manque terriblement ! Son absence n'est pas plus facile à accepter aujourd'hui qu'elle l'était il y a un mois, il y a trois ou quatre mois. La seule consolation que je puisse trouver, c'est que mon ange gardien, j'en suis de plus en plus certain, s'appelle désormais Alexander.

dimanche 25 octobre 2009

Ce kilt arrive


Si je vous disais que j'ai pris moi-même cette photo à Montréal, vous ne me croiriez probablement pas et vous auriez raison. Elle pourrait toutefois avoir été prise à Montréal aussi car si on ne rencontre pas très souvent des hommes, jeunes ou plus âgés, portant le kilt, il y e n a tout de même qui le portent. Il y a eu à Montréal une très grande population d'origine écossaise, et j'imagine qu'à certaines occasions, il doit y en avoir qui voudront porter le costume traditionnel. Il y a près de chez moi une caserne militaire et j'entends souvent, l'été quand les fenêtres sont ouvertes, qu'on y joue de la cornemuse ; il m'arrive, lorsque je passe par là, de croiser des jeunes hommes appartenant au Black Watch, Royal Highland Regiment of Canada et qui portent le kilt.

Alexander aimait la cornemuse et le kilt. Il n'avait pas chez lui l'instrument à vent, mais il possédait quelques kilts qu'il aimait porter quand l'occasion se présentait. Il m'a parlé notamment d'un grand mariage qui a eu lieu à Londres, auquel il était invité et où la plupart des hommes, je crois, portaient le kilt.

Puisque j'aime la cornemuse, il se demandait si j'aimerais le voir porter le kilt. Bien sûr, je lui avais répondu que j'en serais ravi. Il m'avait promis qu'il allait inscrire le kilt sur sa liste de vêtements à mettre dans ses valises lorsqu'il viendrait à Montréal. Cette liste évoluait sans cesse, mais elle existait depuis très longtemps ; pour lui comme pour moi, elle symbolisait son très grand désir de venir à Montréal dès qu'il le pourrait. J'avais très hâte d'aller l'accueillir à l'aéroport.

* * *

Ces derniers jours, j'ai cherché à Montréal de petits objets à l'image de Londres, de l'Angleterre, comme les objets souvenirs que l'on rapporte de voyage (porte-clés ou autres) ; je voulais les utiliser dans un projet que je veux réaliser. J'ai pu trouver un drapeau britannique d'assez bonnes dimensions, mais je veux encore d'autre petits trucs, que ce soit des autocollants, ou de petits objets en métal, en plastique, peu importe... Si quelqu'un connaît des boutiques où l'on peut trouver, à Montréal, des objets du genre, je vous remercie de m'indiquer leur adresse.

Surprise ce soir : en ouvrant la télévision, j'ai entendu l'animateur annoncer que dans les prochaines minutes il recevrait le groupe de musiciens de Berlin, Tokio Hotel. Évidemment, j'étais très curieux de les voir en entrevue, faire la promotion de leur plus récent disque. Alexander aimait beaucoup ce groupe, sa grand-mère également car elle possède tous leurs dvd qu'elle écoute réellement. Souvent nous avons écouté ensemble, Alexander et moi, leur musique sur YouTube (chez lui, il écoutait ses disques ou ses dvd, et ses mp3 la nuit ou à l'extérieur, mais avec YouTube, nous pouvions écouter le même morceau au même moment).