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lundi 8 décembre 2025

Rupert, mon ami, il y a un an déjà...

  
20 octobre 2015 - 8 décembre 2024

 Mon cher Rupert, il y a aujourd’hui, ce 8 décembre 2025, exactement un an que tu es reparti, de façon subite et imprévisible. Trois jours plus tard, il y aurait eu exactement neuf ans que tu étais arrivé chez moi. Je t’avais désiré, cherché et attendu pendant quelques années : je ne voulais pas un chien, je voulais seulement un bulldog anglais. Il m’aura fallu du temps pour te trouver. Puis, un jour, les étoiles se sont alignées pour ta venue : je crois que quelqu’un qui n’était plus sur terre et qui nous voulait du bien a choisi de t’envoyer auprès de moi, à moins que tu aies décidé toi-même de te réincarner et de venir m’accompagner pour transformer et enrichir ma vie et la rendre plus agréable. 

Tu me manques énormément, mon cher Rupert. Mes lectures et mes recherches sur la vie après la mort m’ont beaucoup aidé à comprendre et à accepter que le temps de ta mission sur terre était terminé et que le temps était venu pour toi d’abandonner ton écorce terrestre, de retourner auprès de ceux qui nous aiment et qui, sans qu’on puisse les voir, veillent sur nous, et pour retrouver ta légèreté, ta liberté de choisir d’accepter ou non une autre mission auprès de quelqu’un qui mériterait ta présence.

Je te remercie infiniment, mon cher Rupert, de m’avoir accompagné durant ces neuf années, d’avoir constamment enrichi ma vie de multiples façons et, malgré ton absence physique, de continuer de m’inspirer tous les jours. Je ne serai jamais assez reconnaissant de tout l’amour partagé, de toutes ces belles rencontres que tu auras suscitées autour de nous, de toutes ces riches amitiés que tu auras favorisées et nourries.

Il faudrait un livre pour vraiment parler de toi et faire voir à quel point un chien peut enrichir une vie. Je crois que les chiens ont une âme, qu’ils sont intelligents et sensibles et qu’ils savent donner à ceux qui sont attentifs le soutien affectueux et loyal qu’il leur faut. Rupert, tu as été, merveilleusement, ce compagnon fidèle, attentif dont j’avais besoin. Ce fut un privilège de t’avoir à mes côtés durant ces neuf années. Pour le reste de mes jours, tu vivras en moi, je te serai reconnaissant, Rupert, et je t’aimerai comme l’une des dimensions les plus nobles de moi-même.

samedi 4 janvier 2025

Rupert, être vivant, avec tout ce que cela implique

Une ancienne collègue de travail, que je n'ai pas revue depuis de très nombreuses années, mais avec qui je reste en contact par correspondance, à quelques reprises chaque année, m'écrit presque tous les jours, et parfois plus d'une fois par jour, depuis qu'elle a appris la mort de Rupert. 

Elle-même amie des chats, a toujours vécu avec un chat depuis plusieurs dizaines d'années. Elle m'a écrit il y a quelques jours qu'il est probablement plus difficile de perdre un chien que de perdre un chat. Je peux comprendre ce qui fait dire cela : un chat étant généralement plus indépendant qu'un chien, on passe habituellement plus de temps avec un chien qu'avec un chat, ne serait-ce que parce qu'il faut sortir le chien trois fois par jour. Mais, au fond, je crois que l'intensité de la douleur ressentie lors de la perte dépendra du genre de la relation que l'on avait avec l'animal.

Cette amie avait joint à son message une courte vidéo avec des photos d'un homme avec son chien et, sur chacune des photos, il y avait un message du genre : « Un chien n'est après tout qu'un animal. Lorsqu'un chien meurt, on n'a qu'à en prendre un autre, etc. » J'ai voulu répondre pour moi-même à ce genre de commentaires.

Je pense que si l'on perd un être que l'on aime, avec qui on a partagé des années de sa vie, que ce soit un chat, un chien, un oiseau, un lapin ou un cheval, la douleur doit être immense. Et la douleur sera d'autant plus grande que l'on aura accordé de l'importance à cet autre, du degré d'affection, d'amour que chacun aura investi dans la relation.

Quel que soit l'animal que l'on ait choisi, ou qui nous ait choisi, il vient assez rapidement un moment où le choix est réciproque, mutuel, et irréversible. Nous faisons partie de la vie de cet animal autant qu'il fait partie de la nôtre. Et si l'on vit seul avec cet animal, si l'on est, comme je disais toujours à mes collègues qui pensaient souvent que j'étais libre de faire ce que je veux quand je veux, qui ne comprenaient pas qu'à certains moments de la journée ou de la soirée, je n'étais pas disponible pour des réunions en personnes ou par visioconférences, « n'oubliez pas que je suis chef de famille monoparentale », et que mon chien dépend de moi, de la même façon qu'un enfant dépendrait de moi. Et un chien, c'est comme un enfant qui vieillit mais qui ne grandit pas ; il sera toujours dépendant de moi. Et c'est la même chose pour un chat, un oiseau, un lapin... 

Quand on vit seul avec un animal que l'on a choisi, il y a le risque que cet amour réciproque devienne fusionnel, qu'il devienne difficile d'imaginer la vie sans l'autre. Et lorsque la séparation arrive, quelle que soit la façon dont cette séparation arrive, cette déchirure est absolument douloureuse, comme une amputation d'une partie vitale de soi... Et elle peut être plus douloureuse selon les circonstances qui entraînent cette séparation.

Certains disent qu'un chien (ou un chat, un oiseau, un lapin, ...), ce n'est qu'un animal, pas une personne.

Mais les animaux ont leurs propres émotions, leurs propres sentiments. Et un animal que l'on a choisi, que l'on a apprivoisé, quel qu'il soit, du moment qu'on l'a intégré dans notre vie, il a déjà commencé à nous aimer inconditionnellement ; il nous accorde sa confiance et, assuré que l'on respectera notre engagement, il compte sur nous pour tout ce qui lui sera nécessaire : l'abri, la nourriture, les soins d'hygiène et de santé, les jeux et les loisirs, la vie sociale. Il y a une relation de respect qui s'installe, un attachement émotionnel et, comme le dirait le renard au Petit Prince, « on est responsable pour toujours de ce que l'on apprivoise ».

Il est possible qu'un animal ne sache pas d'avance qu'il doit mourir ; cela ne fait pas partie de ses réflexions habituelles et il ne s'y prépare pas. Mais lorsque vient le moment, je suis sûr qu'il en a conscience ; la preuve, c'est, que dans la nature, et même parfois chez les animaux domestiques, ils vont se cacher, ou s'installer à l'écart, quand ils sentent que le moment est venu. Ou encore, ils vont chercher à se rapprocher de ceux qu'ils aiment et qui, croient-ils, vont les protéger, les rassurer...

Quand Rupert est parti, ce dimanche soir du 8 décembre 2024, il a dû sentir que quelque chose lui arrivait ; peut-être a-t-il pensé que je pourrais le sauver, ou peut-être, sentant la fin approcher, voulait-il que je sois près de lui en cet instant dramatique... La preuve, c'est que dix minutes plus tôt, il mangeait avec beaucoup d'appétit le repas que j'avais mis beaucoup de temps à lui préparer ; ce repas, composé de ses croquettes habituelles sur lesquelles j'avais mis en garniture des patates douces, des carottes, du bœuf effiloché, etc., était pour lui un repas de fête, et il s'est régalé... Comme on venait de rentrer de sa promenade dans le quartier, il n'avait pas besoin de sortir, comme il le faisait souvent après avoir mangé... Normalement, il serait allé se coucher pour faire sa sieste, pour se relever plus tard et faire une dernière sortie avant la nuit. Mais ce dimanche-là, il savait que nous étions invités chez une amie dans l'immeuble ; c'est peut-être pour cela qu'au lieu d'aller faire sa sieste sur le sofa, il est venu se coucher pratiquement à mes pieds, à l'entrée de la cuisine... Ou, comme je le dis précédemment, il a senti la fin arriver et il voulait être près de moi. Le malheur, c'est que je ne m'en suis pas rendu compte ; j'ai cru qu'il était venu m'attendre, puisque j'étais sur le point de lui dire : « Viens, notre amie (qui l'adorait et qu'il adorait) nous attend ». Mais quand je lui ai prononcé ces mots, il n'a pas réagi, alors qu'il aurait dû être content de cette proposition d'aller chez une amie... Avec le recul, je pense qu'il a voulu être près de moi... mais je pense aussi qu'il n'a pas eu le temps de souffrir : il n'a pas eu de mouvement brusque, pas de sursaut, pas un son...

Qu'il ne sache pas d'avance qu'il va mourir un jour, ce n'est pas grave. L'important, c'est que lorsque quelque chose d'important arrive dans sa vie, l'être humain à qui il accorde toute sa confiance, qui croit en son amour inconditionnel et en son dévouement, soit là pour l'aimer, le rassurer, l'accompagner...

Si lui ne sait pas d'avance qu'il doit mourir un jour, nous le savons et l'on voudrait ne pas avoir à y penser. Mais l'être raisonnable que nous sommes en principe, l'être responsable de lui, doit prévoir que ce jour arrivera, le plus tard possible, espérons-nous. Sachant à quel point les séparations sont très douloureuses, surtout quand elles sont définitives, j'ai toujours souhaité qu'il parte avant moi, pour qu'il n'ait pas à vivre le deuil de moi... Puisqu'il n'a jamais été séparé de moi, qu'il n'a jamais été gardé ailleurs, par quelqu'un d'autre, sauf une heure quelques fois par année pour un toilettage, ou une journée quand il avait six mois pour une chirurgie, je n'aurais pas voulu l'« abandonner » en partant avant lui et en l'obligeant à devoir s'adapter à un autre foyer, à d'autres habitudes, etc. Je savais que cela aurait été difficile pour lui, même si cela se faisait dans les meilleures conditions, avec les personnes les plus aimantes qui existent... Avec moi, il n'avait pas besoin de parler, pas même besoin de demander ; la plupart du temps, je devinais ce qu'il voulait, avant même parfois qu'il ait eu le temps d'y penser lui-même... Nous n'avions qu'à nous regarder et nous nous comprenions.

Quand on vient de perdre cet être qui a partagé pratiquement tous les instants de notre vie durant un certain temps, que ce soit quelques mois ou plusieurs années, comment pourrait-on accepter que l'on nous dise que l'on pourra en avoir un autre, comme s'il s'agissait de remplacer une assiette cassée ou une vieille paire de chaussures ?

Certains diront qu'il y a des douleurs plus insupportables que la perte d'un animal ; ceux-là peuvent le penser et le dire aussi longtemps qu'ils ne seront pas passés par là. Leur manque de sensibilité m'empêcherait de les choisir ou de les conserver comme amis.

Et, si empathiques que l'on puisse être, la douleur des autres peut relativiser quelque peu la nôtre, mais ne l'efface pas.

Quelle que soit la vie que l'on mène, active ou solitaire, l'animal avec qui l'on vit est toujours là, fidèle et constant, sa présence se veut rassurante dans les mauvais jours, parfois exubérante dans les bons jours.

Et le chien, peut-être davantage que n'importe animal, favorise les interactions avec d'autres chiens et d'autres personnes, enrichit à sa façon notre vie sociale.

De son poste d'observation devant l'immeuble, Rupert surveillait l'activité à l'intersection des rues près de chez moi. Il savait que, de cette intersection, pouvaient jaillir les amis, les admiratrices et admirateurs, les chiens qu'il aimait ou à qui, au contraire, il voulait dire d'aller voir ailleurs. Il accueillait avec plaisir les câlins des personnes bien intentionnées, ignorait dignement toute personne qui ne lui inspirait pas de sympathie... Il attendait ses préférés, au point de ne pas vouloir bouger parfois, car il était presque assuré que telle ou telle amie allait finir par passer, venir le saluer joyeusement, lui faire quelques câlins, peut-être lui offrir quelques gâteries et, peut-être même jouer à la balle avec lui...

Mais il pouvait aussi ressentir le manque, la solitude... Certains jours, les amis ne passaient pas ; il les attendait et, parfois, il était déçu... Je ressentais sa solitude, je partageais sa déception car je savais à quel point la visite de ses amis, si courte soit-elle, suscitait en lui de la joie, lui donnait du tonus, relevait son moral, lui faisait anticiper d'autres plaisirs, d'autres joies. Il m'arrivait d'essayer de le consoler, de le rassurer, en lui disant que je comprenais sa déception, sa tristesse, mais qu'il était fort possible que « demain » (« demain », cela pouvait vouloir dire : plus tard, dans une ou plusieurs heures, le lendemain, ou un autre jour ; il comprenait), peut-être que ses amis viendraient.

C'était important pour lui que je lui parle, que je tente de lui expliquer la situation ; cela le rassurait. Il ne comprenait peut-être pas toujours les mots que je lui disais, car les phrases étaient parfois inhabituelles pour expliquer des situations complexes, mais il sentait que je comprenais ce qu'il ressentait, et il était sensible au fait que je tentais de lui expliquer ce qui se passait et ce qu'il ressentait. Même si parfois, occupé à ne rien manquer de l'activité au coin de la rue, il me tournait le dos, je voyais, d'après sa façon de tenir la tête, de dresser les oreilles, qu'il était tout à fait attentif à ce que je disais.

Les animaux qui vivent avec nous sont peut-être les seuls à ne pas nous juger, quoi que l'on dise, quoi que l'on fasse. Ils peuvent s'impatienter parfois et nous reprocher de ne pas leur donner assez vite ce qu'il leur faut, ce dont ils ont besoin ou ce dont ils ont envie, mais ils ne nous jugeront pas, ne nous critiqueront pas. À la rigueur, ils pourront nous bouder un moment, mais, à moins que l'on persiste dans notre négligence, la paix sera vite rétablie.

Les chiens, comme les autres animaux, nous accordent le privilège de leur confiance, qu'il ne faut jamais trahir. J'ai toujours appliqué la règle essentielle de ne jamais mentir à Rupert, de ne jamais lui annoncer ou lui promettre quoi que ce soit sans le lui accorder. Les animaux, à des degrés divers, sont intelligents ; s'ils s'aperçoivent que nous leur avons menti, que nous n'avons pas tenu notre promesse, que nous avons trahi leur confiance, leur confiance deviendra alors conditionnelle, à négocier à chaque fois...


Je me suis quelques fois impatienté envers Rupert, et à chaque fois, je l'ai regretté et je m'en suis voulu longuement. Rupert, comme bien des animaux, était très sensible ; lorsque je lui parlais un peu fort, je le blessais profondément : il ne comprenait pas... et moi non plus, par la suite. La plupart du temps, j'allais lui demander pardon et lui répéter que je l'aimais, mais je sais que parfois, il avait été vraiment blessé et qu'il n'était pas prêt à pardonner rapidement... Depuis son départ, c'est ce qui me hante: j'aimerais tellement pouvoir revenir en arrière et tenter d'effacer ces moments d'impatience.

Je crois que dans toute relation, amoureuse ou autre, et surtout dans une relation fusionnelle comme on en vit parfois, avec une personne ou un animal, il peut arriver que ce ne soit pas toujours l'euphorie totale : des circonstances difficiles, un trop grand stress, le manque de sommeil, la maladie, etc., peuvent nous amener à manquer de patience et à faire subir à l'être qui partage notre vie notre mauvaise humeur. Idéalement, il vaudrait mieux prévoir des soupapes pour libérer la pression plutôt que de la faire subir à notre compagnon. Mais, dans une relation fusionnelle, comme souvent dans une famille monoparentale, on est trop près l'un de l'autre, sans assez de distance pour reprendre son souffle et relaxer avant d'amorcer une nouvelle interaction avec l'être cher.

Mais que l'on ne vienne pas nous dire qu'un chien, un chat, peu importe, n'est qu'un animal (« un bien meuble», comme le disait encore la loi il n'y a pas longtemps), et qu'on peut facilement le remplacer par un autre.

Chaque être avec qui l'on a vécu devient une partie de soi, une partie de son esprit, une partie de son âme.

mercredi 8 juin 2022

Mon premier Grand Amour

Je ne peux m'empêcher d'y penser aujourd'hui : c'est encore très présent en moi.
Il ne s'agit pas de la photo véritable de mon premier grand amour,
mais d'une photo du photographe dont le nom est inscrit
dans le coin supérieur gauche et que j'ai trouvée sur Internet... en 2006.
Ce garçon ressemble pourtant très fort à celui avec qui j'ai vécu ce grand amour.

Un huit juin, il y a... plusieurs années, se concrétisait une relation amoureuse qui allait transformer ma vie. J'ai raconté ce premier Grand Amour dans un billet du 19 août 2006. C'était de nombreuses années avant ma rencontre avec Alexander. J'ai raconté à Alexander ce premier grand amour (et il avait lu cette histoire en avril 2008 quand il a découvert ce blogue) ; Alexander a toujours eu beaucoup d'estime, de respect et même d'admiration pour ce premier grand amour.

jeudi 7 avril 2022

Alexander Bull

Alexander Bull

22 avril 2005 - 31 octobre 2021

En voyant le temps passer, ces dernières années, je me suis souvent demandé ce qu'il advenait d'Alexander Bull, l'adorable chien qu'Alexander laissait derrière lui en partant, et c'était son plus grand drame car, comme je l'ai écrit déjà à quelques reprises, Alexander sentait qu'il « abandonnait » son meilleur ami, à qui il avait promis, en allant le chercher chez l'éleveur, qu'il serait toujours là pour l'aimer et prendre soin de lui. Et quand Alexander faisait une promesse, il s'engageait pleinement, intensément, profondément ; j'ai eu l'occasion de le constater à quelques reprises.

Je n'avais plus de nouvelles d'Angleterre, ni de la famille, ni des amis d'Alexander ; je pensais bien qu'Alexander Bull, né en 2005, ne devait plus être sur terre, qu'il avait dû aller rejoindre son ami Alexander. Or, j'apprenais hier seulement, par un commentaire laissé sous le billet précédent qu'Alexander Bull était décédé l'après-midi du 31 octobre dernier, soit le jour de l'Halloween. Il est donc décédé à seize ans et demi ! Je n'ai jamais eu connaissance d'une telle longévité chez un bulldog anglais. La durée de vie moyenne d'un bulldog est de neuf ou dix ans. Deux étudiantes que je rencontre dans le quartier et que je connais grâce à Rupert m'ont confié que, dans leur famille respective, il y avait un bulldog de quatorze ans, ce que je considérais déjà des cas exceptionnels ; or, Alexander Bull aura vécu plus longtemps.

Bien sûr, je suis triste d'apprendre la mort de ce chien que j'adorais puisqu'il était l'adoration d'Alexander, mais je suis en même temps soulagé de savoir quand il nous a quittés. Je suis fier de sa longévité et reconnaissant à Jane et à ceux qui ont su, après le départ d'Alexander, continuer de lui donner la meilleure vie qu'un chien puisse connaître. Merci du fond du cœur.

Si j'étais riche et vivant en Angleterre, je commanderais à un très bon sculpteur la statue d'un petit garçon assis sur un banc de parc ou sur une branche d'arbre et lisant des poèmes à un bulldog anglais assis à ses pieds, et tout à fait concentré sur la poésie et la voix de son ami. Et j'essaierais de faire en sorte que cette statue soit déposée dans un parc, comme dans les jardins de Kensington. Ce serait une façon de rendre hommage à la fois à Alexander et à Alexander Bull.


mardi 5 avril 2022

Quarante ans !

Né le 5 avril 1982, Alexander aurait aujourd'hui quarante ans ! 

Il est difficile d'imaginer à quarante ans ce garçon qui, à vingt-cinq ans, en paraissait à peine seize. Bien qu'il se soit généralement senti plus à l'aise avec les personnes plus âgées, il ne pouvait, je crois, s'imaginer lui-même à cet âge.

Comme je le rappelle dans ce billet, « C'est notre histoire », il m'avait dit, dans les premiers mois de nos conversations : « Dans ma famille, on ne vit pas très vieux ; et je ne ferai pas exception. ». Sur le coup, je n'avais pas accordé trop d'importance à cet énoncé en me disant que, puisqu'il n'avait que vingt-cinq ans, nous aurions le temps d'en reparler. Mais les événements des mois qui suivirent m'amenèrent à penser que la deuxième partie de son affirmation pourrait hélas se confirmer.

Bien de l'eau a coulé sous les ponts depuis ce printemps d'avril 2008 où j'ai fait sa connaissance, mais je n'ai absolument rien oublié de ce que nous avons si intensément vécu et partagé. Encore aujourd'hui, je peux reconnaître en moi ce qui me vient de lui.

Sans tomber dans l'anthropomorphisme, je ne peux m'empêcher de penser parfois que même en mon fidèle compagnon de chaque instant, l'adorable bulldog anglais Rupert, survit, sans doute transmis à travers moi, quelque chose de l'esprit d'Alexander.

dimanche 7 juillet 2019

C'est notre histoire

« Préféreriez-vous aimer davantage, et souffrir davantage ; ou aimer moins, et moins souffrir ? C’est, je pense, finalement, la seule vraie question. » Ce sont les premiers mots du plus récent livre d'un écrivain anglais que j'aime beaucoup, Julian Barnes, La seule histoire, paru en 2018.

Cette question, je me la suis posée, et je me souviens en avoir parlé avec Alexander, pas exactement dans ces termes, mais c'était le sens d'un des sujets de nos conversations. Autour de cette idée, il y avait aussi celle que les êtres plus sensibles ressentent davantage les bonnes émotions, les bonnes choses de la vie mais, bien entendu, elles ressentent aussi plus vivement les peines, les douleurs, que ne les ressentent les êtres plus rationnels. Et, je me souviens aussi avoir demandé à Alexander, lors d'une conversation au sujet d'Alexandre le Grand - et je m'en veux encore -, s'il croyait aussi que les êtres qui vivent très intensément ont souvent des vies plus courtes que la moyenne des gens. Je m'en veux encore car je ne savais pas, alors, que sa propre vie serait menacée et que l'une de ses paroles dont je me souviens bien se vérifierait un peu plus tard ; quelques mois après nos premières communications, il m'avait dit : « Dans ma famille, on ne vit pas très vieux ; et je ne ferai pas exception. »

« Préféreriez-vous aimer davantage, et souffrir davantage ; ou aimer moins, et moins souffrir ? », demande Julian Barnes, avant d'ajouter « que ce n'est pas une vraie question. Parce que nous n’avons pas le choix. Si nous avions le choix, la question pourrait se poser. Mais nous ne l’avons pas, donc elle ne se pose pas. Qui peut contrôler la force de son amour ? Si vous pouvez la contrôler, ce n’est pas de l’amour. Je ne sais pas comment vous appelez cela, mais ce n’est pas de l’amour. » Et il a tout à fait raison.



Le choix que j'ai eu, en avril 2008, c'était de répondre ou de ne pas répondre à l'invitation d'Alexander d'amorcer une correspondance, de me laisser apprivoiser, d'établir des liens affectifs qui sont rapidement devenus plus intimes, plus vifs, plus profonds, plus intenses et vraiment indissolubles. Une fois apprivoisé, sous le charme de ce garçon merveilleux qu'était Alexander, je ne pouvais plus faire marche arrière : en choisissant de faire route avec lui, j'ai compris qu'un jour ou l'autre il y aurait des moments difficiles, des peines, des chagrins, qui seraient dix fois, cent fois compensés par toutes les joies, tous les bonheurs partagés. Pas une seconde je n'ai regretté de partager avec lui tout ce qu'il a été possible de partager.

En apparence, tout nous séparait : langue, culture, religion, âge, milieu social, géographie, politique, etc. Mais, au-delà des intérêts communs pour les mots, les livres, pour certains auteurs, nous nous reconnaissions par nos fêlures, nos blessures profondes remontant à l'enfance, comme si, à travers l'espace et le temps, nous étions de la même famille affective...

Il y a exactement dix ans aujourd'hui qu'Alexander nous a quittés. Dix ans plus tard, je me sens toujours plus enrichi par tout ce que m'a révélé ce garçon, tout ce qu'il m'a permis de découvrir et de vivre, ce qu'il m'a permis de devenir. Aujourd'hui encore, à chaque instant, il vit en moi et c'est en grande partie à travers lui que je perçois, que je ressens, que je pense, que j'appréhende ma vie sur Terre.

dimanche 21 avril 2019

Mourir d'amour (manquant)

La mort d'un chien
poème de Victor Hugo

Un groupe tout à l'heure était là sur la grève,
Regardant quelque chose à terre. – Un chien qui crève !
M'ont crié des enfants ; voilà tout ce que c'est.
– Et j'ai vu sous leurs pieds un vieux chien qui gisait.
L'océan lui jetait l'écume de ses lames.
– Voilà trois jours qu'il est ainsi, disaient des femmes,
On a beau lui parler, il n'ouvre pas les yeux.
– Son maître est un marin absent, disait un vieux.
Un pilote, passant la tête à sa fenêtre,
A repris : – Ce chien meurt de ne plus voir son maître.
Justement le bateau vient d'entrer dans le port ;
Le maître va venir, mais le chien sera mort.

– Je me suis arrêté près de la triste bête,
Qui, sourde, ne bougeant ni le corps ni la tête,
Les yeux fermés, semblait morte sur le pavé.
Comme le soir tombait, le maître est arrivé,
Vieux lui-même ; et, hâtant son pas que l'âge casse,
A murmuré le nom de son chien à voix basse.
Alors, rouvrant ses yeux pleins d'ombre, exténué,
Le chien a regardé son maître, a remué
Une dernière fois sa pauvre vieille queue,
Puis est mort.

C'était l'heure où, sous la voûte bleue,
Comme un flambeau qui sort d'un gouffre, Vénus luit ;
Et j'ai dit : D'où vient l'astre ? où va le chien ? ô nuit

Rassurez-vous : ce poème n'a aucun lien direct avec ma réalité ni avec celle de Rupert.
Il s'agit simplement d'un beau poème de Victor Hugo que je viens de retrouver (pas Hugo, le poème).
Il illustre bien le fidèle attachement d'un chien à son « maître » ; je dirais plutôt : à son partenaire humain.

jeudi 3 janvier 2019

Il y a 10 ans, Harry

Il y a dix ans, un chat siamois nommé Harry rendait son dernier souffle. Atteint d'un cancer dont il souffrait depuis plus d'un an, il avait conservé une très bonne qualité de vie grâce aux soins médicaux certes, mais grâce surtout à l'amour inconditionnel de son ami Alexander ; toutefois, ce 3 janvier 2009, Harry fit comprendre que la douleur devenait insupportable. Comme il le lui avait promis, Alexander (qui était médecin) a lui-même donné les injections qui devaient mettre fin aux souffrances que l'on ne pouvait plus atténuer autrement.

Harry repose depuis dans le parc qui entoure la maison de la grand-mère d'Alexander, grand-mère qui avait trouvé autour de sa maison ce petit chat perdu et qu'elle avait offert à Alexander qui avait alors treize ans. Alexander et Harry devaient partager durant treize autres années la plus délicieuse des relations que puissent vivre un être humain et un animal.

Il y a dix ans, mais je n'ai rien oublié de ce chat adoré nommé Harry et de ce garçon adorable qu'était Alexander, qui restent très présents dans mon coeur et dans mes pensées, comme tous les êtres qui ont fait partie de « notre petite famille », comme nous aimions, Alexander et moi, appeler ceux que nous aimions.

samedi 25 août 2018

10 ans de plus !


Il y a dix ans, j'étais à peine levé que le téléphone sonnait : c'était le fleuriste qui voulait m'annoncer la livraison d'un immense bouquet de roses. Alexander avait tenu à souligner à sa façon, la plus délicate et la plus élégante qui soit, l'anniversaire de l'élu de son cœur.

Dix ans plus tard, Alexander n'est plus là et... j'ai dix ans de plus. Rupert n'y pensera probablement pas car pour lui, chaque jour est une fête... et c'est lui qui a raison. Il y aura probablement deux ou trois appels téléphoniques au cours de la journée et en soirée.

Je n'ébruiterai pas moi-même l'événement et, en soirée, je m'offrirai sans doute le dîner au restaurant de mon choix. J'aimerais y inviter Rupert, mais ce n'est hélas pas possible.

samedi 7 juillet 2018


Il y a neuf ans aujourd’hui qu’Alexander est retourné sur son étoile. Que sont devenus tous ceux et celles qui ont été dévastés par son départ ? Je n’ai plus aucune nouvelle de ses amis, de sa famille. Il n’a jamais cessé et ne cessera jamais de vivre en moi, de faire partie de moi, et je n’en continue pas moins de penser à eux…

dimanche 7 mai 2017

Pour être heureux...

Ce qu'il faut pour être heureux

Impromptu
Fait à un souper dans une cour d'Allemagne

Il faut penser, sans quoi l’homme devient,
malgré son âme, un vrai cheval de somme.
Il faut aimer, c’est ce qui nous soutient,
sans rien aimer il est triste d’être homme.

Il faut avoir douce société,
des gens savants, instruits, sans suffisance,
et des plaisirs de grande variété.
Sans quoi les jours sont plus longs qu’on ne pense.

Il faut avoir un ami, qu’en tout temps,
pour son bonheur, on écoute, on consulte,
qui puisse rendre à notre âme en tumulte.
Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.

Il faut, le soir, un souper délectable
où l’on soit libre, où l’on goûte à propos,
les mets exquis, les bons vins, les bons mots.
Et sans être ivre, il faut sortir de table.

Il faut, la nuit, tenir entre deux draps
le tendre objet que notre cœur adore,
le caresser, s’endormir dans ses bras.
Et le matin, recommencer encore.


* * *

Variante

Il faut, la nuit, dire tout ce qu'on sent
Au tendre objet que votre cœur adore ;
Se réveiller pour en redire autant,
Se rendormir pour y penser encore.


Voltaire, Épitres (Œuvres, vol. 13, pp. 311-312)

lundi 6 février 2017

Le pistolet sur la tempe...

Je n'ai jamais eu d'enfant, je n'ai jamais été père, au sens où on l'entend généralement. Pourtant la question de la paternité m'a toujours intéressé, plus ou moins consciemment, plus ou moins ouvertement... Serait-ce à cause de ce questionnement, non résolu, que je n'ai jamais fait moi-même ce qu'il fallait pour mettre au monde un enfant de mon sang ? Ou serait-ce plutôt parce que je n'ai jamais participé à la mise au monde d'un enfant que je me suis toujours senti curieux, sensible et vulnérable face à la question de la paternité ? Il est fort possible que la réponse soit beaucoup plus complexe que cela, qu'elle comporte une part de chacune de ces hypothèses, ainsi que d'autres éléments qui ne me sont pas encore venus très clairement à l'esprit.

Je crois que bon nombre d'études scientifiques ont démontré que la plupart des hommes qui deviennent pères ont tendance à reproduire le modèle qu'ils ont eu : le fils reproduit le père... ou bien il se promet d'être tout à fait différent. En ce qui me concerne, sans vouloir par là critiquer mon père, mes parents, je crois que je me suis toujours efforcé, à défaut d'un modèle proche qui me convienne, d'établir avec les autres des relations qui ne correspondent pas à un type en particulier mais qui s'inventent au fur et à mesure qu'elles progressent.

Je ne me souviens plus très précisément, mais je crois avoir déjà écrit dans les pages de ce blogue que, si je n'ai jamais eu d'enfants qui portent mon nom, il m'est arrivé plusieurs fois d'éprouver, dans telle ou telle relation (pas forcément amoureuse, mais avec un fort engagement affectif), des sentiments qui peuvent s'apparenter à ceux qu'éprouve un père pour ses enfants, et même, compte tenu de ma sensibilité, des sentiments que l'on pourrait qualifier de maternels. « Être homme, c'est précisément être responsable », a écrit Saint-Exupéry. Et c'est probablement cette « responsabilité » qui me paraissait primordiale du moment que j'amorçais une relation privilégiée avec un être qui venait vers moi (généralement des êtres plus jeunes que moi, mais la différence d'âge n'était pas toujours si importante). Le besoin de protéger, donc, contre les autres, contres les intempéries, les accidents, les forces du mal, mais aussi le besoin de partager des émotions, des plaisirs, des moments de tendresse et de complicité...

Je suis tombé par hasard sur une phrase d'un roman de Michael Connelly, au sujet de la paternité : « C'est comme d'avoir un pistolet sur la tempe du matin au soir ! » Et j'ai pu ressentir comment il pouvait dire cela : il y a bien sûr dans une relation privilégiée, comme celle d'un père et de son enfant, mais pas uniquement, la conscience presque constante des plaisirs, des joies, des moments de bonheur partagé, mais aussi les craintes, les inquiétudes, la terreur que quelque chose arrive, que l'être aimé en soit atteint ou, pire, nous soit enlevé...

Quelques mois après avoir fait la connaissance d'Alexander, il m'a annoncé qu'il était reçu médecin spécialisé en médecine d'urgence puis, peu de temps après, que son état de santé et sa vie même étaient menacés. Immédiatement, je lui ai exprimé mon soutien, je l'ai assuré de ma présence, de ma confiance, de ma détermination à l'accompagner dans sa guérison... et bien au delà. Malgré tout, j'en ai perdu le sommeil : la menace était bien là, terrible, et cette seule idée avait envahi mon corps, mon sang, mes tripes, comme un venin... J'en avais toujours mal au ventre. Et s'il m'arrivait de dormir quelques minutes, j'étais vite réveillé par un sentiment d'urgence : comment pouvais-je dormir alors que la vie de celui que j'aimais plus que tout au monde était menacée ? Jour et nuit, j'avais le téléphone et l'ordinateur à mes côtés pour être sûr de ne rien manquer si un message arrivait le concernant... Le « pistolet sur la tempe » ne se laissait pas oublier !

Chaque soir, au moment d'éteindre les lampes du salon avant d'aller dormir, je regarde Rupert étiré sur pratiquement toute la longueur du canapé ou, au contraire, ramassé sur lui-même comme un petit lapin ; je l'écoute ronfler, j'admire son total abandon, sa confiance inébranlable en l'ordre des choses, et je suis ému. Mais en me rendant à ma chambre, je ne peux m'empêcher de penser que je suis responsable de ce petit être : il ne faudrait pas qu'il m'arrive quelque chose qui m'empêche de m'occuper de lui. Et, sans trop vouloir y penser, je sais bien que son espérance de vie est assez limitée et qu'un jour, si tout va bien, la vieillesse et ses maux le rattraperont aussi. Et je me demande pourquoi je me suis engagé dans cette relation qui risque de me faire souffrir un jour, mais je ne m'attarde pas trop à ce questionnement : les bonheurs partagés au jour le jour m'apportent aussitôt la réponse. Et je repense à cette citation d'Edmond Rostand qui m'a si souvent accompagné : « C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière. »

samedi 24 décembre 2016

Joyeux Noël 2016


Au réveil, ce matin, Rupert était content : la neige tombait dru et le sol en était déjà tout recouvert. Nous aurions donc un Noël tout blanc.

Lorsque Rupert est heureux, je le suis davantage. Et si jamais nous n'étions pas dehors ou à la fenêtre lorsque passerait le Père Noël avec son traîneau et son attelage, nous aurions au moins le plaisir de suivre les traces de rennes dans la neige.

Et puis, si le Père Noël ne passait pas, comme il a tendance à oublier cette adresse depuis plusieurs années, il resterait tout de même des heures de bonheur à jouer dans la neige fraîche. Quand Rupert est dehors, la neige au sol ne reste pas fraîche très longtemps car il en explore le moindre centimètre carré. Lorsque le ciel est généreux et que la neige continue de tomber, il a toujours, à chaque sortie, la joie de découvrir son terrain de jeu aussi frais, propre et moelleux, bref : invitant.

Mais ce bonheur en perspective, ce matin, n'a pas duré longtemps : les gros flocons mouillés ont commencé à ressembler de plus en plus à de la pluie, et le tapis blanc à se transformer en une pâte grisâtre et liquide.


J'avais acheté quelques accessoires de Noël : un bonnet rouge avec fourrure (fausse) blanche et pompon blanc, comme celui du Père Noël, des rubans rouges, des rubans verts, et même de très jolis rubans à carreaux écossais dans les tons de vert avec de minces filets rouge et jaune. Puis, ce panache de renne avec de petites ampoules lumineuses au cas où Rupert préférerait jouer dans l'attelage plutôt que dans le traîneau... 

Mais au moment de prendre les photos que j'avais l'intention de transformer en cartes de vœux, Rupert n'avait pas très envie de jouer le jeu. Je ne crois pas que ce soit pour des raisons idéologiques ou religieuses. Je ne pense pas qu'il eût été plus à l'aise de jouer dans la crèche : le transformer en âne pour réchauffer le petit Jésus aurait pourtant créé un effet bœuf ! Il y a quelques années, le chien d'un ami avait joué un chien de berger dans une crèche vivante, durant la messe de minuit dans une église du nord de l'Irlande (cet ami raconterait mieux que moi cette touchante histoire de Noël). 

Rupert et moi passerons seuls cette veille de Noël. Nous avons reçu quelques invitations, mais c'est déjà assez compliqué de se rendre seul chez les uns et chez les autres ; ce l'est davantage avec un chien, si adorable soit-il, lorsqu'on n'a pas de voiture et que l'on doit dépendre des autres pour se déplacer. Il est finalement toujours plus simple de rester chez soi.

Où que vous soyez, seul, en amoureux, en famille ou avec des amis, je vous souhaite un très joyeux Noël et un temps des fêtes plein de joie et de bonheur.

lundi 31 octobre 2016

Abonnés absents

Dans les mois qui ont précédé et ceux qui ont suivi le départ d'Alexander, certains de mes amis, parmi les plus anciens et les plus intimes, sont « disparus » en douce, sans rien dire, ou sous des prétextes pas très clairs. Je n'ai pas voulu en parler vraiment ici pour ne pas faire de peine à l'entourage d'Alexander, car l'idée que la présence d'Alexander dans ma vie ait pu avoir une influence négative sur mes amitiés aurait vraiment chagriné et blessé sa famille et ses amis. Alexander, lui, sentait bien quels étaient, parmi mes amis, ceux qui méritaient vraiment le titre d'amis. J'ai assuré Alexander que, si je devais choisir entre lui et mes amis, je n'hésiterais pas du tout : je n'aurais pas pu continuer d'appeler « amis » ceux qui auraient refusé de croire à l'authenticité de mon amour pour Alexander et de celui, absolu, d'Alexander pour moi... Au cours de nos conversations ou dans ma correspondance avec Alexander, j'ai plusieurs fois défendu ces amis mais, au bout du compte, il semble que c'est lui qui avait raison...

Je ne m'étendrai pas sur l'une ou l'autre de ces tristes histoires en particulier. Chacun a le droit, s'il le peut, de choisir sa vie, ses croyances, ses valeurs, ses attaches, ses relations... Et cela vaut pour moi aussi. Il m'est arrivé plusieurs fois de vouloir parler d'Alexander à l'un ou l'autre de mes proches et, plusieurs fois, après avoir prononcé son nom, c'est exactement comme si je n'avais rien dit. C'est comme si pour eux, ne pouvant le toucher, il n'existait pas, n'avait jamais existé... Et pourtant, je sais, moi, qu'en quinze mois de conversations et de correspondance entre lui et moi, Alexander a été vraiment présent, à chaque instant, et que j'ai plus appris et mieux vécu qu'en quinze ans avec ceux qui sont physiquement plus près de moi, mais qui, au fond, ne m'ont jamais connu comme Alexander a su me connaître, me reconnaître.

Il y a un mois, j'ai envoyé un courrier électronique à l'un de ces amis qui habite tout près de chez moi, mais que je n'ai pas revu depuis quelques années. Comme il m'envoie de temps à autre un message disant qu'il aimerait me voir, me parler de vive voix, je lui proposais que nous fassions, pendant qu'il faisait encore beau, une promenade le long de l'avenue du Parc, comme nous avons si souvent fait dans le passé. Je trouvais cela plus facile, pour reprendre contact, que d'aller m'asseoir chez lui et sa femme. Je lui proposais de nombreuses plages horaires où je me serais rendu disponible. Non seulement je n'ai pas reçu, un mois plus tard, de réponse à ma proposition, je n'ai même pas reçu d'accusé de réception.

Le même jour, j'ai envoyé à un autre ami quelques mots à l'occasion de sa fête. Il m'a vite répondu pour m'en remercier, ajoutant toutefois qu'il avait été déçu de ne pas recevoir une nouvelle photo de Rupert et que, devant la brièveté de mon message, il se demandait si j'allais bien. J'ai aussitôt envoyé une nouvelle photo de Rupert, en précisant qu'en effet je n'allais pas très bien, en lui donnant un très bref aperçu de quelques-unes de mes inquiétudes... J'ai dû attendre trois semaines pour qu'il réagisse. Il m'a téléphoné un soir de la semaine dernière, mais il s'était « bien » préparé, s'était armé de phrases toutes faites, de « pensées positives » qui peuvent servir en toute occasion et, bien qu'il m'ait posé la question sur ce qui n'allait pas, il ne m'a jamais laissé finir une phrase. Puis il a mis fin à la conversation, car il était fatigué...

jeudi 7 juillet 2016

Il y a sept ans, Alexander...

Dans quelques heures, soit vers 14 heures, heure de Londres, il y aura sept ans, ce septième jour du septième mois, qu'Alexander a rendu son dernier souffle et qu'il a regagné son étoile...

Je ne sais pas comment la famille soulignera ce septième anniversaire de son départ, puisque je n'ai plus de nouvelles de qui que ce soit de l'entourage d'Alexander. Je peux toutefois m'imaginer la famille rassemblée dans cette petite église, autour du caveau familial, près de tant d'autres membres de la grande famille dont le nom est gravé dans la pierre avec la date de leur arrivée et celle de leur départ.

Pour m'associer en pensée et de tout mon coeur à leurs prières, je me rappellerai la commémoration du premier anniversaire de son départ.


J'ai confiance qu'Alexander aura enfin trouvé la paix, la sérénité, l'amour et la joie. J'aimerais pouvoir penser que ses proches, n'oubliant pas son amour, ont pu trouver un peu de paix, de sérénité et de joie de vivre.

lundi 20 juin 2016

Adolescence

S'il y a une chose que l'on ne puisse pas dire de Rupert, c'est qu'il n'ait pas de caractère ! Je l'ai su dès les premières heures, dès les premiers jours. Plusieurs voisins qui ont ou qui ont eu des chiens mes disaient, ces derniers mois, que je n'avais encore rien vu, qu'à l'adolescence, Rupert risquait de m'en faire voir de toutes les couleurs. Je dois dire que, jusqu'à maintenant, il ne m'en a pas trop fait voir. Il sait ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas, mais lorsque je décide que nous allons faire une promenade qui sera bonne pour lui et pour moi, alors qu'il n'aurait envie que de s'assoir sur le bord du trottoir à regarder passer les gens ou à sentir les fleurs des jardins voisins, il finit par céder et, une fois en route, il marche comme un grand garçon, la tête penchée comme s'il voulait se concentrer tout à fait sur la marche elle-même. Bien sûr, il y a des distractions en cours de route : un objet qui n'était pas là la veille, une odeur nouvelle, une admiratrice qui veut le caresser, une autre chien qu'il a reconnu ou qu'il voudrait connaître... Mais cela n'arrive pas tous les jours car il y a déjà pas mal de monde en vacances, ne seraient-ce que les étudiantes universitaires.

Je ne sais pas s'il faut mettre sur le compte de l'adolescence ou de la chaleur, mais au cours de la dernière semaine du mois de mai et la première de juin, il y a eu des moments où je ne savais plus que faire de lui : il exigeait, d'une façon ou d'une autre, toute mon attention. Je n'avais pas le temps de manger ou de commencer quoi que ce soit : alors que nous venions de rentrer, il avait encore besoin de sortir et, puisqu'il ne supporte pas la chaleur (quand il fait trop chaud, il n'arrive plus à se rafraîchir et il a du mal à respirer), on aurait dit qu'il faisait exprès pour aller se coucher sur le trottoir en plein soleil. Je n'avais pas trop de mal à faire rentrer car il se rendait compte, malgré tout, que c'était plus frais à l'intérieur qu'à l'extérieur, mais, dès qu'il s'était rafraîchi, à l'aide de glaçons qu'il croquait notamment, il voulait ressortir... Ou bien il se mettait à courir comme un fou d'un bout à l'autre de l'appartement, sautant sur le canapé pour mieux repartir à l'autre bout du couloir ; résultat de tout cela, il s'essoufflait, avait du mal à respirer et, en conséquence, semblait pris de panique et... recommençait, comme s'il avait eu des tendances suicidaires.

Dans ses moments de calme, il venait s'asseoir sous mon bureau, commençait à grignoter les fils de l'ordinateur et du téléphone, les meubles, les documents ; si je tentais de l'en arrêter, il se fâchait et faisait semblant de vouloir me mordre... Un jour, je n'ai pas eu le temps de voir le chèque que je venais de recevoir, que je venais de déposer sur mon bureau et que le vent a dû faire tomber ; j'ai à peine eu le temps de prendre un verre d'eau à la cuisine : lorsque je suis retourné au salon, le chèque était en miettes (le montant n'était pas assez important pour que je demande à ce qu'on le remplace ; n'empêche, j'aurais pu offrir avec ce montant un nouveau jouet à Rupert). J'avoue que, par moments, j'étais sur le point de perdre patience (ce qu'il ne faut évidemment pas faire, car ce sera pire) ; je pensais à Alexander qui était d'une patience d'ange avec son bulldog : si celui-ci avait voulu faire quelque chose qu'il ne devait pas faire, j'imaginais très bien la voix d'Alexander lui faisant comprendre que ce n'était pas ce qu'il fallait faire, et lui suggérant une activité plus intéressante. J'avais beau essayer de distraire Rupert, il semblait prendre un malin plaisir à faire en sorte que cette nouvelle activité soit aussi contrariante que la précédente. Il sentait que j'étais de mauvaise humeur et y prenait un malin plaisir...

Après quelques jours, n'ayant plus le temps de lire, d'écrire, de penser, je sentais que je n'étais plus que le majordome de Monsieur ou le chef de famille monoparentale sur le bord de la crise de nerfs. J'avoue que, le soir sur mon oreiller, je me suis demandé parfois si je ne serais pas mieux d'offrir Rupert à quelqu'un qui pourrait le rendre plus heureux : quelqu'un qui aurait une cour où il pourrait jouer, un autre chien comme compagnon, une voiture pour l'amener à la campagne... Mais il suffisait que je l'entende ronfler sur le canapé à l'autre bout de l'appartement ou par terre dans la porte de ma chambre, selon les soirs, pour me rappeler à quel point j'étais heureux qu'il soit là.

Depuis une dizaine de jours, il est redevenu le bon garçon qu'il était. À l'extérieur comme à l'intérieur, il souffre de la chaleur (je n'avais pas encore mis en marche mon climatiseur), mais à force de glaçons à croquer et de longues siestes sur le plancher, aux endroits les plus frais, il parvient à trouver la vie supportable. Avec sept ventilateurs bien placés dans l'appartement, j'arrive moi-même à supporter la canicule, mais je persiste à dire que l'été n'est vraiment pas ma saison préférée, du moins à Montréal où l'humidité rend vite la chaleur pénible. Alexander n'aimait pas davantage l'été.

Avec Rupert, nous continuons de faire des rencontres intéressantes. Une dame du quartier me disait l'autre jour : « Il est tellement beau ! Si un jour vous ne savez pas qu'en faire, ou si voulez le faire garder, vous savez où j'habite. » Quelques jours plus tard, son fils adolescent promenait leur chien (un dogue allemand ou Grand Danois) et m'a rappelé à quel point sa mère aimait Rupert... Le père de deux jeunes enfants, qui habitent la rue voisine, m'a dit l'autre jour que ses enfants voulaient un chien comme Rupert, et qu'ils l'appelleraient... Rupert. Il doit rapporter de la campagne, m'a-t-il dit, deux ballons de soccer, pour que Rupert puisse apprendre à jouer au ballon (il essaie encore de les mordre lorsqu'on tente de lui envoyer le ballon). Une autre voisine, qui a elle-même un petit Yorkshire, ne cesse de vouloir me donner pour Rupert des sacs de gâteries ou de friandises à croquer...

Ce 20 juin, Rupert a huit mois. En équivalence humaine, cela doit donner environ treize ans... Et pour moi, ce 20 juin, c'est aussi le septième anniversaire de ma dernière conversation en direct avec Alexander.

mercredi 1 juin 2016

Amour de poisson

Les Anglais sont reconnus pour leur amour, leur respect et leur défense des animaux. Un couple d'Aylesbury, dans le Buckinghamshire, au nord de Londres vient d'en donner une démonstration supplémentaire.


Nemo, leur poisson rouge âgé de cinq ans, était atteint d'une tumeur presque aussi grande que lui, semble-t-il. Le couple n'a pas hésité à parcourir plus de deux cents kilomètres et à débourser 200 livres (ou 375 dollars canadiens) pour faire opérer leur poisson à l'hôpital vétérinaire de Bristol.

Le poisson a été endormi et retiré de l'eau ; l'opération a duré 45 minutes. Le couple a eu peur de le perdre car le cœur du poisson s'est arrêté de battre un moment mais l'anesthésiste a réussi à le ranimer.

À la grande joie de leurs « propriétaires », Roy et Caroline, qui, en plus de Nemo le poisson rouge, vivent avec trois chats, deux chiens, un hérisson et un perroquet, la chirurgie a donné les résultats escomptés et, remis à l'eau, Nemo a vite récupéré et s'est mis à nager normalement.

Alexander, qui était médecin-urgentiste, vouait aux vétérinaires une grande admiration car, disait-il, ils doivent souvent pratiquer des interventions sur de minuscules êtres vivants. Cette chirurgie sur un poisson rouge a dû exiger une grande dextérité de la part du médecin-vétérinaire. 

Ces histoires d'amour et de respect des animaux redonnent espoir si on l'avait perdu à trop voir vivre les Hommes. Et cela ne m'empêche pas d'aimer mon chien...

mardi 5 avril 2016

Un nouvel anniversaire...


Alexander aurait 34 ans aujourd'hui...

Mais, pour ceux qui l'aiment, il aura toujours cinq, sept, treize, seize, vingt ans... Il n'aura jamais plus de vingt-sept ans.
Merci d'être venu, d'avoir été là, même si ce séjour fut, pour ceux qui sont restés, beaucoup trop court.
Merci d'avoir illuminé nos vies tout en nous donnant accès à la vraie poésie, qui peut se passer des mots.

dimanche 17 janvier 2016

Rupert, petite boule d'amour

Depuis hier, Rupert souffre de gastro entérite. Sur les conseils de sa vétérinaire, je suis allé chercher, dans un autre hôpital vétérinaire, car la clinique de Rupert n'en avait plus, une nourriture spéciale pour les problèmes gastro-intestinaux, nourriture humide qui contient tout ce qu'il faut pour alimenter le chiot sans irriter davantage son système digestif et maintenir l'hydratation adéquate, en plus de fournir l'énergie nécessaire. Il faut lui donner cette nourriture à raison d'une cuillerée à table toutes les heures tant qu'il y en a dans la boîte. Rupert a admirablement bien répondu à ce nouveau régime : il n'a pas protesté, pas démontré qu'il avait très faim et que ce n'était pas suffisant. Le positif dans tout cela, c'est qu'il a conservé sa bonne humeur et... son appétit. Ce régime semble avoir donné de bons résultats. Demain matin, la vétérinaire m'appellera et nous ferons le point.


Il n'aime toujours pas ce qui ressemble à un appareil photo mais hier, même s'il était malade, j'ai réussi à prendre quelques images de lui, dont celle-ci. Mardi, il aura trois mois. Compte tenu de la fragilité de son système digestif, je ne pourrai probablement pas lui confectionner un gâteau ; on se reprendra au prochain.

Rupert apprécie chaque instant que je lui consacre. Je constate qu'il est d'autant plus docile, obéissant, affectueux, que je m'occupe de lui, vraiment, plutôt que de faire les choses pour me débarrasser. Un chien, même à son âge, ne comprend peut-être pas les mots qu'on utilise, mais il peut sentir si, lorsque je joue avec lui, je veux vraiment jouer avec lui ou si j'essaie de l'occuper pour pouvoir me sauver. Il adore dormir sur mes genoux ou, mieux encore, dans mes bras. Il est toujours très émouvant de voir un petit être s'abandonner ainsi ; c'est un immense geste de confiance qu'il ne faudrait pas trahir. Je « comprends » beaucoup mieux, maintenant que je les vis au quotidien, l'amour et la complicité entre Alexander et Alexander Bull, entre Alistair et Douglas, entre Alexandre le Gallois et Maurice...

vendredi 1 janvier 2016

Bonne année 2016

Rupert et moi souhaitons à tous
une très bonne année 2016.
Santé ! Sérénité ! Amour ! Prospérité !

Go n-éirí an bóthar leat
Go raibh an ghaoth go brách ag do chúl
Go lonraí an ghrian go te ar d'aghaidh
Go dtite an bháisteach go mín ar do pháirceanna
Agus go mbuailimid le chéile arís,
Go gcoinní Dia i mbos A láimhe thú.


May you have a sucessful journey.
May the wind be always at your back.
May the sun shine warm upon your face,
the rain fall soft upon your fields. And until we meet again,
may God hold you in the palm of his hand.


Je voudrais afficher une image « souriante » de Rupert, mais je n'arrive pas à la saisir. D'abord, il n'aime pas les appareils photos, comme s'il se sentait menacé par leur objectif, et au fond il a bien raison. À certains moments, il a des expressions que j'aimerais bien pouvoir capter, mais l'appareil photo est toujours une fraction de seconde en retard sur le moment à enregistrer. Je me souviens qu'Alexander disait aussi qu'il voudrait bien m'envoyer une belle image d'Alexander Bull mais qu'il n'arrivait pas non plus à en capter une dont il soit satisfait. Alistair pourtant m'a adressé de magnifiques photos de son bulldog, mais Alistair, en amateur, avait fait de la photographie un art véritable... Peut-être que lorsqu'il sera un peu plus vieux, Rupert acceptera de « poser » pour moi.