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vendredi 16 novembre 2018

De profundis...

« De profundis clamavi »
Charles Baudelaire
 
dans Les fleurs du mal (1857)
 
J'implore ta pitié, Toi, l'unique que j'aime,
Du fond du gouffre obscur où mon cœur est tombé.
C'est un univers morne à l'horizon plombé,
Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème ;
 
Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois,
Et les six autres mois la nuit couvre la terre ;
C'est un pays plus nu que la terre polaire
- Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois ! 

Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse
La froide cruauté de ce soleil de glace
Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos ;
 
Je jalouse le sort des plus vils animaux
Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide,
Tant l'écheveau du temps lentement se dévide !

dimanche 11 octobre 2015

La chute...

« C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière. »
Edmond Rostand

Au moment d'aller « dormir », je ne me résigne pas à éteindre la lampe de ma table de chevet... Je suis pourtant fatigué et j'ai accompli mes rituels de fin de soirée (qui sont pratiquement les mêmes qui reviennent à quelques reprises durant la journée), j'ai pensé encore à ceux que j'aime... Je sens que dès que j'aurai fermé la lumière, j'aurai l'impression d'étouffer et que je devrai rallumer, me lever et... trouver quelque chose à faire qui ne soit pas « contaminé » par l'angoisse, aucunement associé à ma vie affective et intellectuelle... Dans ce cas, je ne peux saisir aucun des nombreux livres dont j'ai commencé la lecture récemment... J'ouvre donc un tiroir de ma table de chevet pour y prendre un recueil des Fleurs du Mal, de Baudelaire, acheté à Paris quand j'avais 20 ans, et qui n'est pas associé aux bouleversements survenus dans ma vie ces dernières années. J'ouvre ce recueil au hasard, et le premier poème qui me tombe sous les yeux est celui-ci :

Les plaintes d'un Icare

Les amants des prostituées
Sont heureux, dispos et repus;
Quant à moi, mes bras sont rompus
Pour avoir étreint des nuées.

C'est grâce aux astres nonpareils,
Qui tout au fond du ciel flamboient,
Que mes yeux consumés ne voient
Que des souvenirs de soleil.

En vain j'ai voulu de l'espace
Trouver la fin et le milieu;
Sous je ne sais quel œil de feu
Je sens mon aile qui se casse;

Et brûlé par l'amour du beau,
Je n'aurai pas l'honneur sublime
De donner mon nom à l'abîme
Qui me servira de tombeau.