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mercredi 13 juillet 2016

L'enfer n'est pas plus chaud...

... que le fond de ma cour !

Image provenant du site de Météomédia

C'est une façon de parler, bien sûr, car je n'ai pas de cour, ni royale, ni avant, ni arrière. Mais cela n'empêche pas que cette chaleur intense est insupportable !
On devrait l'interdire par une loi. Et punir sévèrement les présentateurs de la météo, dans quelque média que ce soit, qui annoncent avec enthousiasme les chaudes journées d'été.

Ce sont ces chaudes journées, toujours trop nombreuses au cours de l'été montréalais, qui me font de plus en plus détester cette saison !

J'en souffre ! Rupert en souffre !
Les personnes malades en souffrent !
Les enfants et les personnes âgées en souffrent ! Etc.

Selon un rapport récemment publié par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), la chaleur est un problème de santé publique important au pays. Et l'on dit de nous que nous habitons un pays froid !

Et pourtant, nos « imbéciles heureux » qui n'ont rien de mieux à faire que de se chauffer au soleil en demandent toujours plus. De moins en moins j'ai envie d'avoir des amis parmi ceux qui souhaitent un été chaud. À défaut de temps frais, Rupert et moi allons finir par aimer la solitude.

lundi 26 mai 2014

... J'écris ton nom


Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer Liberté.

Paul Éluard, in Poésies et vérités 1942 Éditions de Minuit, Paris, 1942.
Pour Éluard, ce prénom qu'il écrit partout, est féminin, celui de la Liberté. Je peux aussi l'écrire au masculin, partout : Alexander.

vendredi 24 juin 2011

Que s'ouvrent enfin les roses...

Les blogues permettent de belles émotions, de beaux moments, de belles rencontres, on l'a dit et écrit très souvent, depuis 2005 en ce qui me concerne.
J'ai abondamment parlé d'Alexander et je pourrais parler de lui encore et encore, si je n'étais pas soucieux de préserver un peu de son jardin secret, et surtout sa vie privée, qui concerne plusieurs membres de sa grande famille officielle (que nous distinguions de notre petite famille merveilleuse, composée des êtres choisis que nous aimons, qui nous aiment)... J'ai dit et redit à quel point ce garçon qui a découvert mon blogue en cherchant des images sur Internet a bouleversé ma vie. Et je n'aurai sans doute pas assez du reste de cette vie pour essayer de comprendre pourquoi j’ai été choisi. « Ce n’est pas un hasard, m’écrit sa grande amie ; il a été dirigé vers vous par quelqu’un qui veille sur lui. »
Grâce à ce blogue qu’ils ont découvert après son départ, des amis d'Alexander m’ont écrit, m’ont fait des confidences si bouleversantes. L’histoire de chacun de ces amis est à la fois magnifique et tragique...


Puis, tout récemment, un autre lecteur a laissé en commentaires sous l'article du 7 juin dernier une histoire qui m'a vivement ému, bouleversé. Sachant que bien des lecteurs ne reviennent pas, après avoir lu l'article du jour, vérifier les nouveaux commentaires qui s'y sont rajoutés... Avec sa permission, je veux reprendre ici l’histoire de Colin et de son jeune soldat allemand. Avec beaucoup moins, Marguerite Duras a fait un film dans lequel elle raconte la mort d'un aviateur anglais ; imaginons ce que pourrait faire Colin avec son histoire.
Je ne connais de Colin que ce qu'il a écrit en commentaires depuis quelques semaines, rien de plus.
Il est aussi un ami du Petit Prince. Je suis certain qu'Alexander aurait aussi été très ému par l'histoire qu'il raconte ici, après avoir envoyé les paroles d’une chanson que lui chantait une vieille dame chez qui il passait quelques semaines l’été et que l’on peut lire en commentaire à cet article du 7 juin dernier.
Je n’ai rien changé, même pas une virgule, au texte de Colin, que voici :

Je ne sais plus les mots perdus ce matin, il m'en est venu d'autres, différents surement, mais les souvenirs sont bien les mêmes.
Pour vous donner des nouvelles de ma rose.

Il y a un petit cimetière caché par de grands arbres en surplomb d'un petit village. Petit village où je passais quelques semaines l'été.
Là, il y a une tombe abandonnée. Les chaînes qui l'entourent sont rouillées, l'inscription sommaire, mangée par la mousse. Il n'y a pas de croix, il n'y en a jamais eu, je pense. J'ai dechiffré l'épitaphe usée par le temps, un soir d'été, attiré par l'ombre, la solitude de l'endroit, la douceur de la pierre encore chaude.
C'est la tombe d'un jeune soldat allemand, mort en 1917.
Je ne sais pas pourquoi il est enterré là, pourquoi personne ne l'a ramené chez lui, pourquoi personne n'a jamais réclamé son corps.
J'ai pensé alors que nous avions peut être eu la même enfance.
Personne dans le village n'a jamais pu me raconter son histoire. Les plus anciens, déjà en ce temps là, le temps de mes étés, ne savaient plus, ou ne voulaient plus savoir.
Mais moi, je ne sais qu'une chose. Si on a prit le soin de donner à ce jeune homme, si près encore de l'enfance, une sépulture dans ce petit cimetière si loin de chez lui, dans ces temps troublés, c'est qu'il méritait qu'on le traite en soldat, pas en ennemi.
Il s'appelait Günther Von Rosenwald.
Nom prédestiné.
Il n'avait personne pour le pleurer. J'ai été celui là.
Il a été mon ami, mon confident. Par delà le temps, les circonstances tragiques de cette guerre. Et je veux croire que dans une autre dimension, je ne sais où, là où les gens peuvent s'aimer, j'ai été le sien.
C'est près de lui, où je passais mes après midi d'été, à dessiner, à lire, à pleurer souvent, à lui parler, que l'on venait parfois me récupérer le soir quand j'en oubliais de rentrer.
On me grondait, me menaçant de me renvoyer au Foyer si je n'étais pas plus obéissant. Alors je devenais sage pour ne pas abandonner Günther trop tôt, trop vite. Il n'avait que moi...et je n'avais que lui.
J'imaginais qu'il m'attendait chaque été avec la même impatience que la mienne, sanglé dans son uniforme.
Je serais mort de chagrin si l'on m'avait envoyé dans une autre famille d'accueil pour l'été, mais celà n'est heureusement, jamais arrivé.
Le reste de l'année je lui écrivais des poèmes que je lui lisais lors de nos retrouvailles. De grandes lettres aussi.
Avant je lui apportais des fleurs des champs, des coquelicots mêlés d'épis de blé, de grandes marguerites arrachées aux fossés. Maintenant, comme la forêt de roses qui témoigne de son nom, ne fleurit plus depuis si longtemps, je lui en apporte.
Cette année, j'ai enfin son âge.
J'ai écrit son histoire. Avec rien. Deux dates, et les mots soufflés par les grands arbres qui ombragent son tombeau depuis toutes ces années.
Je viens de faire le voyage jusqu'à lui pour lui donner ma rose.
Il y avait une petite pancarte sur sa tombe. La mairie veut recupérer sa place à moins que quelqu'un ne se réclame de sa famille. C'est le lot de toutes les plus vieilles tombes qui ne sont plus à personne.
Je suis entrain d'essayer de réunir les papiers nécessaires pour que personne ne touche à cette tombe. Le maire m'a promit son soutien. J'ai effectué de nombreuses recherches dans son pays. J'ai rencontré des gens portant son patronyme. Epluché de poussiéreux dossiers militaires. Personne ne sait qui il est. Qui il était.
Ce texte que je vous ai envoyé précédemment, c'est la grand'mère de la famille qui me le chantait parce qu'elle savait, elle aussi bien sur où je passais mes après midi. Elle était la seule à me comprendre. J'aurais aimé qu'elle soit ma vraie grand'mère, comme celle de votre Alexander si tendrement chéri.
Je ne sais pas si Günther Von Rosenwald a une étoile dans le ciel, mais dans mon cœur il sait qu'il peut trouver des milliers de roses.

mardi 1 juin 2010

À quoi bon continuer ?

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t'en vas ?

A quoi bon vivre, étant l'ombre
De cet ange qui s'enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N'être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t'en ailles
Pour qu'il ne reste plus rien.

Tu m'entoures d'Auréoles;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t'envoles
Pour que je m'envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne
Si je n'entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s'en va ? Je ne sais pas.

Quand mon orage succombe,
J'en reprends dans ton coeur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d'azur.

L'amour fait comprendre à l'âme
L'univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l'infini

Sans toi, toute la nature
N'est plus qu'un cachot fermé,
Où je vais à l'aventure,
Pâle et n'étant plus aimé.

Sans toi, tout s'effeuille et tombe ;
L'ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Je t'implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
O fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n'es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l'autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L'inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l'étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu'illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant : « Où donc est ma soeur ? »

J'en mourrai ; fuis, si tu l'oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu'il ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

Victor Hugo, « Je respire où tu palpites »

mardi 22 septembre 2009

J'étais si près de toi, Alexander

Dans mon chagrin rien n'est en mouvement
J'attends personne ne viendra
Ni de jour ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même
Mes yeux se sont séparés de tes yeux
Ils perdent leur confiance ils perdent leur lumière
Ma bouche s'est séparée de ta bouche
Ma bouche s'est séparée de ton plaisir
Et du sens de l'amour et du sens de la vie
Mes mains se sont séparées de tes mains
Mes mains laissent tout échapper
Mes pieds se sont séparés de tes pieds
Ils n'avanceront plus il n'y a plus de routes
Ils ne connaîtront plus mon poids ni le repos

Il m'est donné de voir ma vie finir
Avec la tienne
Ma vie en ton pouvoir
Que j'ai crue infinie

Et l'avenir mon seul espoir c'est mon tombeau
Pareil au tien cerné d'un monde indifférent

J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.


Paul Éluard, Oeuvres complètes, vol. II, « Bibliothèque de la Pléiade », 1968.

mercredi 5 août 2009

La solitude en soi...

Faire sienne cette attitude de M. Godeau ?

« Réaliser la solitude en soi. Être seul partout et avec tout le monde. Ne plus prendre garde à la maison, au cadre, à la table, au siège, être partout nulle part dans l'infini. Ne plus prendre garde à la minute, ni à l'heure, ni au jour, ni à l'année, ni au siècle. Se retirer du temps dans l'éternité, comme dans sa propre demeure. Couper les ponts, établir des barrages, brûler les vaisseaux. Ni amis ni ennemis. Rien. »
Marcel Jouhandeau, Monsieur Godeau marié

mardi 7 juillet 2009

Il tomba doucement comme tombe un arbre

Alexander
1982 - 2009

« J'aime la nuit écouter les étoiles. »

« Et aucune grande personne ne comprendra jamais
que ça a tellement d'importance ! »

* L'image et les textes sont tirés du Petit Prince, de Saint-Exupéry.

vendredi 9 janvier 2009

Panne de courant


Je suis désolé d'être aussi silencieux. J'ai commencé à rédiger certains billets que je n'ai pas terminés, par exemple. Ce silence a plusieurs causes. Il peut s'expliquer par du travail, un peu de fatigue, du stress, quelques préoccupations, quelques bouleversements, des choses qui bougent et d'autres qui ne bougent pas assez...

Puis, ces derniers temps, j'ai passé plus de temps à essayer de faire fonctionner mon ordinateur qu'à m'en servir utilement ou agréablement. Il m'arrivait de commencer quelque chose et, après avoir rencontré quelques difficultés, de ne pas me souvenir de ce que j'étais en train de faire. Il est possible que l'ordinateur ait été infecté ; j'ai testé trois antivirus différents : chacun d'eux me disait avoir identifié des menaces qui en principe devaient être éliminées, mais si certains problèmes ont disparu d'autres que j'avais réglés il y a quelques jours sont revenus. Hier, j'avais des pages Web qui s'affichaient à un rythme si rapide que je n'arrivais pas à les fermer. La mémoire vive devenait vite saturée et je ne pouvais même plus rien faire, pas même fermer l'ordinateur de la bonne façon.

J'ai passé aussi plusieurs jours à essayer de régler d'autres problèmes pratiques. Il m'aura fallu par exemple des semaines de suivi régulier et de relances pour finalement me faire payer, aujourd'hui même, pour du travail effectué en octobre dernier. Les personnes à qui je parlais me semblaient toujours de bonne foi, mais dès que j'avais raccroché le téléphone, on m'oubliait. Comme on me devait environ 25 % de mon revenu annuel, il devenait important que je sois payé. On ne peut pas vraiment dire à un client qu'il n'y a plus rien dans le réfrigérateur depuis longtemps, mais j'ai su trouver les arguments pour être enfin payé. Je me demande cependant s'il y aura d'autre travail pour moi de la part de ce client car j'ai dû leur faire voir leur inefficacité et leur mauvaise foi ; les raisons qu'on me donnait pour ne pas avoir encore envoyé le chèque n'étaient pas crédibles ou démontraient un flagrant délit de mauvaise organisation. Je suis très bien capable de me battre lorsqu'il le faut, mais je n'aime pas toujours ça car si je ne gagne pas toujours, si on me pousse à bout, je peux faire plus de dommages qu'il en faut.

Mon amour, qui est revenu de la campagne plus tard que prévu, en a rapporté ce qu'il disait être une grippe et qui était en fait une mauvaise bronchite qui nécessitait l'hospitalisation. Il y a toujours bien sûr une inquiétude liée à l'hospitalisation, à la fièvre qu'il faut réussir à faire tomber. Comme je ne savais pas la gravité de la situation, mon inquiétude était raisonnable. Cependant, nous n'avons pas eu beaucoup le temps de nous parler entre son retour à la maison et son hospitalisation. Quand il était à la campagne, il pouvait m'écrire quatre ou cinq fois par jour, mais de l'hôpital, ce n'est pas possible. Il me manque.

Pour faire exprès, Docteur Jane ne pouvait pas non plus communiquer avec moi pour me donner des nouvelles. Son service de messagerie Hotmail était en panne depuis la veille de Noël et, sur un ordinateur ou sur un autre, le résultat était toujours le même : un message disait que Hotmail avait rencontré un problème et devait fermer, ou quelque chose du genre. Elle ne pouvait donc pas lire mes messages ni m'en envoyer. Cette fois-ci, c'est mon amour qui me donnait de ses nouvelles car ils se parlaient régulièrement au téléphone.

J'appréhendais donc les prochains jours avec anxiété, sans nouvelles de l'état de santé de celui que j'aime et, pour faire exprès, c'est la pleine lune ces jours-ci et, pour illustrer comment je me sens en ce moment, je reprendrai ces mots qui me trottent dans la tête depuis plusieurs heures, ces mots de l'écrivain Henri Calet, que citait Alexander le 23 avril dernier : « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. » Ne me demandez pas pourquoi ces larmes, je ne le sais pas exactement

Ces mots que citait Alexander en commentaire à ce billet, je les ai retrouvés en effectuant une recherche sur Internet afin de trouver une image pour illustrer ce billet ; la recherche m'a fait aboutir... sur mon propre blogue. Cela m'a fait penser à ce que raconte Julien Green dans un volume de son Journal : cherchant dans le dictionnaire un mot dont il veut vérifier le sens, il trouve le mot et, sous ce mot, une citation de... Julien Green. Cela m'arrive aussi, mais je ne suis pas Julien Green, loin de là.

Puis, à force de vouloir quelque chose, elle finit parfois par arriver : je ne pouvais me résigner à dormir sans avoir reçu de nouvelles de mon amour ; or, juste avant de m'endormir, j'ai reçu de Docteur Jane, qui ne pouvait ni lire mes messages ni m'en envoyer depuis la veille de Noël, un message qui m'a fait beaucoup de bien ; il me donnait des nouvelles qui, sans être nécessairement très bonnes, étaient tout de même plus rassurantes que le silence ; puis, il signifiait la reprise des communications entre nous, interrompues par une panne informatique il y a plus de deux semaines. Merci encore, Docteur Jane.

samedi 27 septembre 2008

Petit garçon solitaire


Je remercie chaleureusement « Docteur Jane » de m'avoir fait parvenir cette merveilleuse aquarelle d'un petit garçon qui, avec des cheveux noirs plutôt que blonds, est le portrait un peu plus jeune du Petit Prince que nous aimons et qui est hospitalisé en ce moment. Je remercie « Docteur Jane » aussi pour son rôle doublement angélique : celui d'ange gardien et d'ange messager. Merci pour sa présence, fidèle et aimante, auprès de lui durant ces jours difficiles et pour avoir si bien su, avec tant d'amour et de délicatesse, transmettre de part et d'autre la confiance et la détermination ainsi que les mots tendres qui permettent à chacun de retrouver chaque jour le sourire. Merci de poursuivre sa mission, le temps qu'il faudra...

Rassurons-nous, il n'a pas l'intention de retourner tout de suite sur son étoile et nous ne le laisserons pas partir. Il a encore trop de bonnes choses à vivre parmi nous, trop de bien à accomplir sur Terre, et nous avons trop besoin de lui. Et puis nous sommes au moins quelques-uns à avoir été séduits et conquis par son indéfectible amour. Le nombre importe peu ; ce qui compte, c'est l'amour inconditionnel que nous avons pour lui, en essayant d'être vraiment dignes du sien.

Il y aurait tant à dire à son sujet ! Discret, et même timide, il n'aime pas que l'on attire trop l'attention sur ses innombrables qualités. Et puis, en essayant de dresser son portrait intellectuel et moral, je ne manquerais pas de faire de nombreux jaloux. Je me limiterai à deux mots qui le résument assez bien : merveilleux et adorable. Merveilleux, comme un être venu d'ailleurs, qui n'aurait pas connu le péché originel ; il sait voir immédiatement ce qu'il y a de bon en chacun et s'apprête à faire confiance ; comme il est loin d'être bête, il sait aussi tout le mal que chacun peut faire. Adorable pour tous ceux qui savent s'arrêter de courir, tous ceux qui ont un cœur et à la bouche des mots vivants plutôt que des chiffres. Merveilleux et adorable, il n'est pas que poète : il est lui-même poésie.



Si l'on préfère la version chantée par Nana Mouskouri, on peut l'écouter ici

jeudi 15 février 2007

Mon jardin, mon refuge

Photo personnelle

Chaque mois, le même jour et à la même heure, un certain nombre de blogueurs répondent à l'invitation de Laurent et d'Olivier et rédigent un billet sur un même sujet. Cette fois-ci, le sujet proposé est « À la découverte d'un lieu aimé ». Quand vous aurez lu ce billet, je vous invite à aller lire ce qu'on écrit les collègues qui ont répondu à l'invitation : Laurent, Olivier, Aurélie V, Hervé, Hepao, Fred, Lady Iphigénia, Bergere, Ervalena, René, Bertrand, Isabelle, Nathalie, Jojo, Aurélie N, Jean-Marc, bv

Quand on a proposé aux participants de la rédaction du mois de parler d’aller « à la découverte d’un lieu aimé », je me suis d’abord demandé si, cette fois-ci, je participerais au projet. D’une part je me demandais si j’aurais le temps de rédiger un billet dans les jours précédant la date et l’heure de mise en ligne (j’ai du mal à rédiger à l’avance des billets ; ma névrose me fait toujours attendre au dernier moment). D’autre part, et cela me semblait plus inquiétant encore, je me suis demandé quel lieu je pourrais bien vous présenter. Contrairement à plusieurs collègues dont je lis les blogues, je ne suis pas un grand voyageur (dans les liens d’Olivier, je suis classé dans « les sédentaires »), ce qui limite l’étendue géographique des lieux que je peux vous présenter. Bien entendu, j’aurais pu choisir New York, dont je garde de très beaux souvenirs, ou encore des villes françaises ou belges ; j’aurais pu choisir tel ou tel coin de Paris, comme un petit coin de Montparnasse ou du Marais ; ce sera pour une prochaine fois. Mon hésitation à participer venait surtout du fait que dans le sujet proposé il y a le mot « lieu » et le mot « aimé » : si je peux parler de plusieurs lieux, je ne suis pas sûr du tout d’aimer encore ce que j’ai aimé ; je ne suis pas sûr même d’aimer beaucoup en ce moment ; ma seule certitude, c’est d’avoir aimé.

J’ai longtemps cru que si j’en avais les moyens, j’aurais un appartement à Paris, un appartement à Montréal et une maison de campagne dans l’Estrie, vers Frelighsburg, par exemple. Il y a d’autres coins du Québec que j’aime beaucoup : la ville de Québec, le Bas-Saint-Laurent, la Matapédia, la région de Charlevoix. J’aurais cependant du mal à en parler intelligemment ou avec un minimum de passion qui pourrait faire oublier l’absence de propos intelligents. Je vous présenterai donc un coin de Montréal, mon quartier et, surtout, mon jardin.

Photo personnelle

J’ai déjà parlé de mon quartier dans ce billet du 18 janvier dernier, puis dans celui-ci, et ici encore, puis ici, et encore là.

Photo personnelle

J'habite au sixième étage d'un immeuble qui en compte sept, en plein centre de Montréal. Quand je déménagerai, je ne vois pas où j’irai, si ce n’est un peu plus haut sur la même rue ou sur une rue voisine. Il manque quelque chose à mon bonheur : un peu plus d’espace pour travailler à la maison, puis un balcon ou une terrasse et, si possible, l’accès à une piscine dans l’immeuble. Comme je n’ai pas de balcon, si j'ai envie de prendre l'air, je pense immédiatement au parc le plus près.

Photo personnelle

S'il fait beau et que j'ai envie de prendre l'air, je saute sur mon vélo et je me dirige vers le mont Royal ; le vélo, c'est la liberté : il me pemet de redescendre rapidement et sans effort dès que je suis fatigué. J'en ai parlé un peu dans ce billet, l'été dernier.

Photo personnelle

Une fois sur le mont Royal, j'attache mon vélo quelque part et je vais marcher dans les sentiers. J'évite les « autoroutes » qu'a tracées la municipalité pour indiquer aux piétons où ils devaient marcher ; je préfère marcher dans les sentiers boisés, sentir le sol moelleux sous mes pieds, frôler les branches et les feuilles des arbres. J'apporte toujours de l'eau, un livre, un carnet ; parfois je m'installe sur une grosse pierre ou sur un arbre tombé ou encore je m'adosse au tronc d'un arbre de manière à sentir l'énergie circuler. Il m'arrive de rester immobile à observer les petits animaux ou des oiseaux que je n'ai jamais vus ailleurs ; l'heure du coucher du soleil est un moment magique pour apercevoir des oiseaux qu'on ne voit jamais de la journée. J'ai souvent joué avec les écureuils et les petits suisses, mais aussi avec des ratons-laveurs et des putois.

La photo vient d'ici

Si je vis des moments difficiles, ma première réaction est encore de me diriger vers le mont Royal. Le calme, la solitude, la présence de la nature rétablissent rapidement en moi une certaine harmonie. C'est ce que j'ai fait il y a quelques années, par exemple, lorsque deux petites filles se sont noyées dans la piscine de l'immeuble et que j'ai dû me jeter à l'eau.

Photo personnelle
Je cherche habituellement cete partie boisée
où l'on ne rencontre presque personne

Ce parc, c'est « mon jardin et mon refuge », comme le titre qui m'est venu à l'esprit en pensant au lieu dont je parlerais dans ce billet. En relisant le billet « Jeux d'eau », écrit en novembre 2005, je me suis rendu compte que j'avais utilisé exactement ces mots pour désigner le mont Royal.

Photo personnelle

Photo personnelle

Note : Je suis désolé : j'avais écrit un autre billet et en voulant effacer une seule phrase, tout le texte a disparu, avec toutes les images et tous les liens que j'avais insérés ; je n'ai pu récupérer que le tout début de ce texte. Je n'ai pas eu le courage de refaire le premier billet, mais comme je m'étais engagé à le faire, j'ai tout de même voulu publier quelque chose. Et puisqu'il est tard et que je suis fatigué, je vais tricher quelque peu en mettant en ligne ce billet un peu plus d'une heure avant l'heure convenue.

vendredi 11 novembre 2005

Les grandes personnes

« Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants », écrit Saint-Exupéry dans Le Petit Prince. Il avait raison. À voir comment la plupart des grandes personnes se prennent au sérieux, on peut se demander, cependant, combien d'entre elles se souviennent d'avoir été des enfants.

Quant à moi, je ne garde pas de souvenir particulièrement joyeux de mon enfance. Il y en eut, sans doute, mais je ne me souviens pas de mon enfance comme d'une époque heureuse. Ni de mon adolescence, d'ailleurs. J'ai commencé par avoir une enfance heureuse, choyée, puis, un jour, tout s'est arrêté. Je n'avais pas trois ans. Vu de l'extérieur, il n'y eut pas de drame, pas d'événement particulier, rien qui attire la sympathie des voisins ou la curiosité des organisations qui s'occupent de la protection des enfants (ces organisations d'ailleurs n'existaient pas, du moins dans mon milieu, quand j'étais enfant). Un jour cependant, mon enfance insouciante a basculé. Il ne s'était rien passé d'extraordinaire, rien d'autre que la régularisation d'une situation, que le retour à la normalité des choses, et cependant l'enfant que j'étais a vécu sans doute le plus grand drame de sa vie ; ce sera le premier d'un de ces grands déchirements dont on ne se remet jamais vraiment. Ce fut un événement déterminant pour le reste de ma vie. Dès lors, l'enfant que j'étais comprit qu'il ne pouvait faire totalement confiance aux grandes personnes... Cet événement fondateur fit en sorte que durant mon enfance, mon adolescence et dans les premières années de ma jeunesse, j'eus du mal à nouer des liens avec d'autres et plus encore à les maintenir. Si je peux identifier cet événement qui a détruit en moi quelque chose d'essentiel, je peux aussi identifier ce qui, de nombreuses années plus tard, transformera ma vie dans le bon sens, cette fois. J'en parlerai probablement un jour, dans une chronique pas forcément prochaine...
J'ai été un enfant sérieux, un adolescent ténébreux. Et c'est sans doute parce que j'ai été sérieux trop tôt que j'ai tellement peu envie d'être une grande personne, maintenant que l'on me regarde comme l'une d'entre elles et que l'on s'attend à ce que je me comporte en conséquence. Il n'y a pas si longtemps encore, quand il me présentait à d'autres, l'un de mes amis disait de moi que j'étais un « délinquant » et, saisissant l'expression de surprise des interlocuteurs qui en me regardant voyaient devant eux un « jeune homme bien », une grande personne bien mise, à l'allure responsable, cet ami précisait que c'était l'un des plus beaux compliments qu'il pouvait me faire. Et comme il avait raison ! Ils sont si rares ces amis qui vous perçoivent si bien... Il m'arrive souvent de dire que j'ai commencé très tard ma crise d'adolescence et qu'elle n'a jamais vraiment cessé... L'un de mes grands plaisirs reste de faire, sans me faire prendre, ce qu'il ne faut pas faire, du moment que ça ne nuit à personne... Ma délinquance est douce et sans malice ; au fond, ce qui m'amuse, c'est de contourner les règles établies, de déjouer les interdits en riant. Cela m'arrive de moins en moins, cependant, et je le regrette. Entouré de grandes personnes, parce que les « enfants » que je connais sont de plus en plus occupés à vivre ailleurs leurs jeux d'enfants ou en train d'essayer de devenir des grandes personnes, je vois ces adultes sans cesse préoccupés de choses sérieuses qui ne m'intéressent pas. Bien sûr, je les écoute en parler, car je suis poli et j'ai appris à avoir de la conversation avec les grandes personnes, mais je ne me sens jamais aussi seul que lorsque je suis en société.