samedi 4 juin 2011
Plume d'ange
mardi 25 août 2009
Anniversaires
J'étais si heureux ! Et j'avais si hâte qu'il rentre à la maison, après une longue journée de travail à l'urgence et quelques heures passées au chevet de sa grand-mère qu'il avait fait admettre à son hôpital et qui allait y passer quelques semaines au cours desquelles Alexander serait là, chaque jour avant ou après son travail. J'avais hâte de le remercier et, comme je savais que sa journée aurait été difficile, j'avais hâte de pouvoir lui redire combien je l'aimais et d'essayer de lui faire oublier la fatigue, l'angoisse... Je ne sais pas si j'y parvenais toujours, mais je suis sûr que ces quelques heures de conversation que nous avions pratiquement chaque jour étaient pour lui, comme pour moi, des rendez-vous d'amoureux plus importants encore que l'alimentation et le sommeil. S'il prévoyait être en retard, ne serait-ce que de cinq minutes, il trouvait le moyen de me prévenir.
Cette journée d'anniversaire, l'an dernier, aura donc été faite de joie, de moments de tendresse partagée, mais je ne peux pas m'empêcher de penser aussi combien cette journée avait été difficile pour lui ; même s'il n'en parlait pas, je sentais la fatigue, l'inquiétude, l'angoisse. Je sais qu'il aurait voulu que nous puissions célébrer mon anniversaire dans d'autres conditions. Et moi je n'aurais voulu qu'une chose : pouvoir le serrer dans mes bras et lui faire oublier toute sa peine. Cette année, il n'y aura pas de fleurs, il n'y aura pas d'anniversaire, sinon l'anniversaire de cet anniversaire. Je penserai à tout l'amour que j'ai reçu, à tout l'amour que nous avons partagé, en essayant de ne pas trop penser à tout ce que nous n'avons pas eu le temps de vivre ensemble.
Quelques jours plus tôt, Alexander m'avait envoyé de Bordeaux une carte postale, la première qui me livrait son écriture. Il avait mis tellement d'attention, tellement d'amour dans le choix de la carte, le choix du timbre... Je savais que rien n'était laissé au hasard : le violet de l'image reprenant la couleur que j'utilisais en lui écrivant, le timbre illustrant la fondation de Québec, son écriture au stylo-plume Montblanc... Je me réjouissais d'avance de ces quelques jours qu'il allait passer à Bordeaux, en pensant au château où il irait rencontrer le châtelain, voir la vigne et acheter du vin ; il m'avait dit vouloir, si c'était possible, assister à un ballet... Mais ce séjour avait été rendu difficile par l'inquiétude que lui avait apportée dès le premier matin un appel téléphonique venu d'Angleterre ; il avait vécu cette journée dans l'attente et l'anxiété. Le soir venu, même s'il ne voulait pas m'en parler, car Alexander essayait toujours de ne pas « embêter » les autres avec ses craintes, ses préoccupations, il m'avait écrit une longue lettre pleine d'amour que j'ai relue ces derniers jours et qui, malgré tout, laissait transparaître sa détresse. La journée avait été difficile, il était inquiet, il se sentait seul dans cette belle et grande ville (où il voulait retourner avec moi) et il aurait tellement voulu que je sois là pour le serrer dans mes bras. Quand il pensait à moi, disait-il, il sentait la force et le courage remonter en lui. Oui, j'aurais voulu être là ce soir-là, et tant d'autres soirs.
De Bordeaux aussi, il avait expédié un colis qu'il avait apporté de Londres et qui m'était destiné. Le colis contenait de nombreux petits objets, absolument charmants, chacun plein de sens et exprimant tout son amour, mais il contenait surtout un adorable petit lapin à qui Alexander avait expliqué qu'il allait faire un long voyage, traverser l'Atlantique, et qu'il serait reçu par « un gentil monsieur » qui allait l'aimer toujours et lui donner tous les jours plein de câlins. Ce petit lapin a toute une histoire qui mériterait à elle seule un billet, que j'écrirai peut-être un jour. Il évoque notamment cet autre petit lapin. Quand vint le temps de lui trouver un nom, j'ai suggéré à Alexander une liste de prénoms qui, bien entendu, devaient être des prénoms anglais. Parmi eux, il y avait celui de « James » ; immédiatement, Alexander m'a dit que mon lapin ne pouvait pas s'appeler James car c'est ainsi qu'il appelle son aspirateur. Finalement, j'ai retenu le premier prénom auquel j'ai pensé, le plus beau de tous : Alexander. Mon merveilleux amoureux était content de ce choix. J'ai relu il y a deux jours plus de deux cents pages de correspondance (pour le mois d'août 2008 seulement, sans compter les heures de conversation quotidienne) ; dans l'un de ses messages, Alexander disait qu'il était heureux que j'aie donné son prénom à notre petit lapin car ainsi, disait-il, « je serai toujours près de toi, avec toi ». Ces mots prennent aujourd'hui un sens plus dramatique que celui que j'avais voulu comprendre il y a un an. De toute façon, Alexander dort avec moi toutes les nuits et il est avec moi à chaque instant.
samedi 7 mars 2009
La tête dans les nuages
« Temps couvert », Jean-Pierre Desclozeaux« Il faut savoir tremper sa plume dans le bleu du ciel. » Félix Leclerc
samedi 26 novembre 2005
Objets d'écriture
Quand je pense au temps perdu et aux frustrations qui accompagnent la plupart du temps la mise en page de textes et d'images dans ce blogue, je me dis souvent que je serais aussi bien d'oublier tout cela et de revenir à ce que j'aime vraiment, aux véritables objets d'écriture... Indépendamment de la satisfaction ou de la frustration au sujet du texte, de son sens et de sa forme, la plume et le stylo procurent à celui qui écrit un plaisir supplémentaire qui s'apparente à la volupté. La sensation du stylo dans la main, variable selon la taille et le matériau de l'objet, le frottement du revers de la main sur le papier, le léger bruit du glissement de la plume sur la feuille, l'odeur de l'encre, la forme des lettres, le mouvement de la graphie, le contraste de l'encre et du papier, la composition de la page, etc. ; ce sont là des plaisirs qui se font de plus en plus rares, un raffinement que déjà un bon nombre de nos contemporains, parmi les plus jeunes, ne connaissent pas et dont ils ne soupçonnent même pas l'existence.En plus des stylos à bille que je collectionne souvent malgré moi (car il faut souvent en remplacer certains, pour une raison ou pour une autre), je possède déjà quelques stylos à réservoir que j'utilise de plus en plus rarement, hélas. Ces dernières années, par souci d'efficacité et par paresse, j'ai négligé l'écriture manuscrite au profit du traitement de texte. Car il faut pour écrire, non seulement du temps et du silence, mais il faut aussi un peu de paix en soi et toute une organisation matérielle. Qu'il s'agisse d'écrire deux lignes à un collègue, une page de nouvelles à un ami lointain ou un chapitre de roman, l'ordinateur n'occupe toujours sur le bureau que le même espace. Alors que si l'on veut écrire à la plume, il faut avoir sous la main le papier adéquat, l'espace devant soi pour l'étendre ; il faut avoir le stylo et la bouteille d'encre qui lui convienne, etc. Écrire à la plume est en soi un bonheur et, comme tout bonheur, il demande du temps, de la présence attentive qui se traduise dans l'organisation de l'espace et des objets autour de soi. Dans ce monde fou qui nous impose un rythme effréné, il faut savoir s'arrêter et prendre le temps... En ce qui me concerne, ce n'est pas encore gagné... Néanmoins, le goût me vient souvent de retrouver ces objets d'écriture, symboles d'un luxe inouï, celui du temps libre et du bonheur de vivre.
Je présente ici quelques objets, qui ne sont pas encore les miens, mais que j'accepterai avec joie si quelqu'un veut me les offrir :

Le Meisterstück, de Montblanc, est une icône ; la reine d'Angleterre, le pape, un très grand nombre d'écrivains, l'utilisent quotidiennement. J'ai même lu quelque part qu'un écrivain français dont j'oublie le nom, n'écrit ses romans qu'avec ce stylo et chaque fois qu'il en commence un nouveau, il prend un stylo neuf ; dès qu'il a terminé un roman, il jette le stylo. J'ai failli m'en acheter un à Paris, il y a quelques années ; puis j'ai décidé d'attendre, me disant qu'il n'était pas plus cher à Montréal qu'à Paris ; j'attends encore. Ce que j'aime de ce stylo, c'est sa taille, celle d'un gros cigare ; évidemment, je veux aussi la plume à pointe large (puisque j'écris gros).

En ce moment, j'ai un Parker, un Pelikan, un Dupont ; je trouve que ce Caran d'Ache est assez beau :
Certains stylos se vendent aussi cher qu'une Ferrari. Je n'en demande pas tant : je me contenterais d'une Porsche... Le Meisterstück que je veux ne coûte qu'environ 700 $, compte tenu de la valeur actuelle du dollar.

