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dimanche 22 mai 2016

Félicitations, Xavier Dolan !


Je veux offrir toutes mes félicitations au jeune cinéaste québécois Xavier Dolan qui vient de remporter le Grand Prix du Festival de Cannes 2016, le 2e prix en importance de ce festival. Il aurait sans doute préféré la Palme d'Or, qui a été attribuée cette année au réalisateur britannique Ken Loach, mais le Grand Prix est tout de même prestigieux et jamais auparavant un film québécois n'avait remporté un prix de cette importance.

« J'ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l'indifférence. »
Anatole France, cité par Xavier Dolan dans son discours de remerciement.

Je ne suis pas particulièrement un mordu de cinéma et je n'ai pas, non plus, vu tous les films d'Xavier Dolan. Mais j'ai lu et écouté plusieurs des entrevues qu'il a accordées à des journalistes ou à des animateurs de télévision, et ce jeune homme me fascine par son intelligence, son talent (certains n'hésitent pas à parler de « génie »), et il m'impressionne aussi par l'aisance, l'élégance de son expression verbale. Je souhaiterais que nos jeunes Québécois s'inspirent de la rigueur et de la richesse d'expression de ce jeune homme, né au Québec de parents québécois, de la précision de son articulation, de la clarté de son élocution, de la richesse de son vocabulaire, de la rigueur de sa pensée... Mais, non, ce serait selon eux avoir l'air « tapette » de s'exprimer si bien ! La mollesse et la médiocrité passent mieux la rampe, selon les « élites culturelles » que sont nos acteurs, comédiens, humoristes, animateurs, journalistes, etc.

Il peut y avoir dans l'expression verbale, orale ou écrite, une dimension esthétique qui n'enlève rien à l'efficacité, à la rigueur de la pensée. On dirait que cette dimension esthétique, la plupart des Québécois (comme probablement la plupart des Nord-Américains) la refusent ou tout au moins n'y accordent aucune importance, du moins dans leurs propres communications. Pour moi, au contraire, la dimension esthétique (la beauté d'une voix, la netteté de la diction, la clarté de la prononciation, la créativité, l'élégance de l'expression) sont des critères très importants de la qualité d'une communication. Ceux qui rejettent ou négligent ces critères ont déjà perdu à mes yeux un certain nombre de points s'ils veulent me rendre attentif à leur message ou encore me convaincre.

Évidemment, sa jeunesse et son allure ne sont pas à négliger dans l'attention que je porte à Olivier Dolan, et je ne suis pas le seul à être ainsi influencé. C'est une évidence que la réussite ajoute quelques points aux atouts d'une personne, quels que soient par ailleurs ses talents. Le succès donne des ailes à ceux qui sont capables de les porter. Et, pour contredire nos médiocratistes (les défenseurs acharnés de la médiocrité autant que les partisans du moindre effort, beaucoup plus nombreux qu'il n'est permis dans une société moderne), Xavier Dolan est aussi la preuve qu'il n'y a pas que la vulgarité et la médiocrité qui remportent la faveur du public.

Enfin, deux petits détails qui me rendent encore plus sympathique ce jeune homme : c'est lui qui, dans l'adaptation québécoise de plusieurs films de Harry Potter, prête sa voix à l'ami roux Ron Weasley, interprété par Rupert Grint ; et c'est aussi lui qui prête sa voix à Alexandre le Grand adolescent dans le film d'Oliver Stone. Et puis... il a maintenant 27 ans, l'âge qu'avait Alexander quand il est parti.

lundi 7 avril 2014

L'âme d'une nation



« La langue, c'est l'ADN d'un peuple », disait Gilles Vigneault.
J'ajouterais que sa culture est l'âme d'une nation.

Si l'on en croit la rumeur, un fort pourcentage de Québécois en âge de voter s'apprêtent à troquer leur langue et leur culture contre de très vagues promesses de « vraies affaires ». Au terme d’une campagne électorale où les propositions de certains – ou plutôt : de certain, pour ne pas le nommer – se résument en phrases creuses, en vagues promesses de richesses – sans préciser à qui l’on destine ces richesses –, en tentatives de manipulation et de peur, les Québécois n’auraient-ils le choix que de renoncer à leur langue, à leur culture, à leurs valeurs communes, à leur identité collective, pour avoir accès aux « vraies affaires » ? Le gouvernement sortant n’est-il pas à la fois capable, s’il était réélu, de favoriser le développement économique tout en assurant la défense de tout ce qui fait la spécificité du Québec (non pas le caractère « distinct », qui ne peut que se comparer aux autres, mais la spécificité, son identité, sa culture, son âme) ?

Combien vaut un plat de lentilles ? Combien vaut l’âme des Québécois, que certains s’apprêtent à troquer ? Quel serait, au bout du compte, le prix réel des « vraies affaires » que l’on agite devant leurs yeux comme des hochets devant ceux d’un bébé ?

Au terme de cette campagne, les Québécois doivent choisir lequel des partis politiques formera leur prochain gouvernement ; seules deux options réalistes se présentent : d’une part, un parti d’affairistes sans intérêt pour la langue, pour la culture, pour l’identité québécoise, un parti dont le nom du chef rime avec brouillard et cauchemar, et, d’autre part, un parti pour qui « les vraies affaires » ne sont pas un idéal, pas une religion, mais un moyen d’assurer, dans le quotidien et dans l’avenir, la vitalité de notre langue, de notre culture, de notre identité.

Devant le choix à faire, des questions se posent : Y aura-t-il demain un avenir pour la langue et la culture, pour l’ADN et l’âme Québécoise ? ou accorderons-nous un mandat en blanc pour remettre, sur un plateau d’argent (les seules « vraies affaires » ?) le sort du Québec entre les mains d’Ottawa, que leur chef en soit le lobbyiste de l’industrie du pétrole ou le fils de celui qui a berné, menotté et soumis les Québécois par un contrat que nous n’avons pas signé ?

Ne nous laissons pas induire à la tentation. Les enveloppes brunes et les « post-it » ne sont pas très loin. La bouche parlant de l’abondance du cœur, ceux qui n’ont à la bouche que de « vraies affaires » démontrent par là la pauvreté et la superficialité de leur engagement.

Combien vaut un plat de lentilles ?
Combien vaut l’âme québécoise ?
« À quoi sert au Québec de gagner l’univers de vraies affaires s’il vient à perdre son âme ? »


Brouillard, cauchemar, Philippe Couillard
Le parti des «affaires », pas souvent claires
L'ami de la tyrannie d'Arabie saoudite
L'éventuel signataire, sans consultation du peuple,
de la constitution canadienne rejetée par les Québécois

Vraiment !
Québécois, réveillez-vous !


L'heure est grave !

Le choix est on ne peut plus clair

L'expérience : Pauline Marois,
Première ministre du Québec

La jeunesse : Léo Bureau-Blouin,
plus jeune député du Québec


L'expérience et la jeunesse au service des Québécois

vendredi 29 octobre 2010

Abâtardissement

Depuis l'enfance, il m'a toujours semblé important d'avoir de la langue française la meilleure connaissance possible. Dès que j'ai eu accès aux livres, j'ai aimé les mots et j'ai été fasciné par le travail des écrivains qui savaient, grâce à un habile agencement de mots, exprimer des idées avec la plus grande clarté et créer de la beauté. Et cet amour s'est étendu à la langue parlée, que ce soit au théâtre, au cinéma, à la télévision et, lors de mes séjours en France notamment, dans les activités de la vie quotidienne. Je trouvais que la langue parlée en France, par exemple, n'était pas seulement claire, efficace, qu'elle était aussi très esthétique dans sa syntaxe, dans son vocabulaire, mais aussi dans sa prononciation...

Je ne sais pas si c'est la plus belle langue du monde car je ne connais pas les autres (la connaissance que j'ai des langues anglaise, italienne et espagnole, me permet de les comprendre et non de les comparer vraiment), mais j'aime le français parce que c'est la langue dans laquelle j'ai grandi. Je suis né au Québec, mais le « québécois » n'est pas une langue, malgré tout ce que voudront en dire ceux qui ne veulent pas se donner la peine d'apprendre correctement une langue qui leur permettrait d'être compris à l'extérieur de leur cour arrière.

Je comptais sur Alexander pour avoir l'occasion d'améliorer ma connaissance de l'anglais. Mais Alexander, avec l'immense courtoisie qui le caractérise, se faisait une fierté de m'écrire dans ma langue, même si parfois cela exigeait de lui de grands efforts... Ses proches m'ont toujours écrit en français aussi. Puisque je compte bien venir à Londres au moins, pour marcher dans les pas d'Alexander, j'essaierai de m'organiser pour être compris quand je m'exprimerai dans sa langue (sans avoir la prétention d'approcher le moins du monde la qualité de sa langue).

Depuis longtemps, j'aime écouter à la télévision les émissions britanniques, notamment les comédies. Ces derniers temps, j'ai découvert à la bibliothèque des séries télévisées sur DVD : The Forsythe Saga, Brideshead Revisited, ... sans compter les films que j'aime, comme Maurice et quelques autres. Les milieux qu'on y dépeint ne sont pas forcément ceux auxquels j'aurais accès et l'action se déroule souvent au XIXe siècle ou au début du XXe, mais j'éprouve le même bonheur à voir ces images et à entendre les personnages s'exprimer que j'ai eu à voir et à entendre des séries françaises comme Les Rois maudits, Au Plaisir de Dieu, ...

Si dans quelques décennies il y a encore de l'activité humaine sur cette Terre, je me demande ce que, de notre époque actuelle, les « téléspectateurs » voudront voir et entendre pour leur édification et leur plaisir esthétique. Combien de langues et de cultures de cette Planète sauront résister au rouleau compresseur étatsunien ?

Je crois que la richesse est dans la diversité et dans le maintien de cultures et de langues distinctes et fières de l'être.

Puisqu'il s'agit de ma langue maternelle, celle dans laquelle je peux le mieux exprimer vraiment ce que je suis, je suis quelque peu attentif à l'état du français dans la vie pratique.

La photo vient d'ici

Quand je vois ce genre d'affichage, je dois dire que je ne suis pas très optimiste. Il me semble refléter une tendance qui depuis quelques années s'accentue en France, celle de s'exprimer dans une syntaxe française mais avec des mots anglais. Un affichage unilingue anglais serait moins choquant. Ce message, comme tant d'autres, n'est ni français ni anglais : plus que la promotion d'un produit ou d'un service, cette langue bâtarde exprime selon moi une dégénérescence linguistique, qui n'est sans doute que le symptôme inquiétant de je ne sais quoi de plus sérieux.

On dira qu'il n'appartient pas aux Québécois de faire la leçon aux Français en matière de langue. La mauvaise qualité du français au Québec découle de facteurs historiques, d'un contexte socio-économique particulier (ce n'est pas une raison pour ne rien faire, cependant). Alors que l'affichage que montre la photo ci-dessus, prise rue Sainte-Catherine à Bordeaux (France). ne reflète qu'un snobisme ridicule et cheap.

mercredi 18 août 2010

Cent commanterre

L'hymaje vien dissi

lundi 21 juin 2010

Coeur de Petit Prince, courage de dragon...

Un ami gallois, qui vit à Londres une bonne partie de l'année, doit subir mardi ou mercredi une intervention chirurgicale dont il se passerait volontiers.

Il ne s'agit pas du prince de Galles, mais A. est aussi un Petit Prince, un ami digne d'Alexander - Jane en est aussi persuadée. Ils ont bien des choses en commun, dont la sensibilité, la ferveur, la générosité, la poésie dans tout ce qu'ils font, dans tout ce qu'ils sont.


Comme le souligne l'hymne national gallois, ce territoire est un pays de liberté, terre de poètes, de troubadours et de braves patriotes. « O bydded i'r hen iaith barhau » (vous aurez tous compris : « Que la langue ancienne se perpétue » aussi longtemps que la mer constituera l'un des murs de ce pays magnifique). Grâce à cet ami, la langue du pays de Galles se perpétue ; il y contribue de tout son coeur.

A. ne pourra pas voir en même temps que moi, mercredi, le match de la Coupe du Monde que l'Angleterre remportera, mais je le regarderai pour lui, avec la même attention, avec une ferveur s'approchant de la sienne.

Soyez fort et courageux comme vous avez a su l'être jusqu'à maintenant, cher A. Je suis avec vous de tout mon coeur et j'attendrai votre retour et votre rétablissement avec la même impatience que celle de votre fidèle ami et compagnon canin, Maurice, au regard si doux.

samedi 11 avril 2009

67 vies fauchées


Pour construire la nouvelle salle de concert de l'Orchestre symphonique de Montréal, la Ville de Montréal abat, dans un charmant petit parc pas très loin de chez moi, 67 pommetiers aux fleurs roses, âgés de 45 ans.



67 vies fauchées, sans état d'âme !

On en replantera d'autres, mais tout de même : c'est choquant de voir disparaître d'un coup, en quelques minutes, 67 beaux arbres adultes* et sains.

J'écris bien « arbres adultes » et non « arbres matures », comme on le voit et on l'entend trop souvent. Le mot « mature », en français, se dit d'un saumon en âge de frayer. Je veux bien croire que des arbres de 45 ans ont pu avoir l'occasion de se reproduire déjà, mais je considère comme immatures tous les individus qui utilisent cet adjectif pour qualifier un arbre. C'est surtout au Québec qu'on entend l'adjectif « mature » employé autant pour qualifier un arbre, une personne ou un animal. Je ne m'y résigne pas : ça m'écorche les oreilles à chaque fois.

mardi 3 mars 2009

Gastronomie... française ?

Le mot qui, selon les grands chefs, désigne la nouvelle gastronomie française (hexagonale) serait le « fooding » !

Sans commentaire.

mardi 29 juillet 2008

Banc public



En cliquant sur la photo, on l'agrandit

Montréal aime tellement ses écureuils qu'elle leur installe des bancs dans les parcs afin qu'ils puissent s'asseoir lorsqu'ils sont fatigués...







Photo : Alexander - Londres
En cliquant sur la photo, on l'agrandit


Les écureuils de Londres ressemblent beaucoup à ceux de Montréal. Au premier abord, c'est la langue qui les distingue. Mais nous savons tous que lorsqu'il y a une réelle volonté de communiquer, les différences linguistiques ne sont jamais un obstacle insurmontable. Je l'ai écrit assez souvent, je crois, dans les communications privilégiées, il est plus important de parler le même langage que de parler la même langue. Nous avons tous fait l'expérience malheureuse d'avoir le sentiment de ne pas du tout être compris d'un voisin, d'un compatriote parlant notre langue. Alors que, dans certains cas, la communication est plus spontanée et plus gratifiante avec quelqu'un dont la langue est différente mais qui comprend immédiatement de quoi l'on parle parce qu'il accorde à peu près les mêmes valeurs et le même sens aux réalités dont on parle.

Les écureuils ne se préoccupent pas de ces questions et c'est sans doute pour cela que nous les aimons (quand ils ne viennent pas manger vos tomates sur le balcon ou déraciner les légumes de votre jardin). Ils sont enjoués, curieux, amusants insouciants... Je remercie Alexander de m'avoir envoyé la photo de celui-ci profitant des beaux jours de l'automne dans Hyde Park. J'imagine qu'Alexander a pris la photo après avoir fait comprendre à son charmant bouledogue anglais que les écureuils n'aiment pas lui servir de jouets.

lundi 17 septembre 2007

En l'absence de...

Pendant que j'étais sorti manger, ce dimanche soir, faisant une pause dans ce travail qui m'épuise, un garçon pour qui j'ai une affection immense, affection que je ne veux pas tenter de nommer ici, maintenant, m'écrivait un long message, comme une déclaration d'amitié ou d'amour (entre nous, la distinction n'est pas facile à faire). Son message est un long poème, non pas à cause de quelque effort de mise en forme, mais simplement parce c'est l'émotion qui s'exprime, débarrassée de la gangue des conventions. Je ne suis pas surpris de ce qu'il y dit ; très touché, très heureux, de lire sous des mots ce que j'ai toujours senti entre les lignes et ce que nous nous sommes dit assez souvent aussi. Il y a entre nous beaucoup de pudeur, mais pas de fausse réserve.

C'est trop beau : je ne m'attendais pas à recevoir ce soir ce poème inspiré, cette déclaration que j'accepte entièrement, en faisant abstraction des compliments à mon endroit... Ces mots d'Éluard qu'il reprend, je ne sais plus où je les avais trouvés (si quelqu'un est familier avec l'oeuvre d'Éluard...), ils s'appliquent d'abord à lui : « le poète n'est pas celui qui écrit mais celui qui inspire ».

J'aime beaucoup aussi ces autres mots d'Éluard : « Je ne sais plus, tellement je t'aime, lequel de nous deux est absent. »

Je voudrais répondre à ce message ; je ne pourrai pas le faire avant vingt-quatre heures au moins. Je veux néanmoins dire à cet ami, au cas où il repasserait par ici au cours des prochaines heures, que, encore balotté par les événements qui se bousculent, j'aurai du mal à retrouver rapidement le fil de ma vie intérieure afin d'apporter à son message la réponse que je voudrais lui apporter. Autrement dit, je conserve encore durant quelques heures mon coeur entre parenthèses.

En lisant sa crainte d'être maladroit, de n'avoir pas les mots voulus pour s'exprimer, je me sens plus maladroit encore car si ses mots sont déficients que devra-t-il penser des miens ?

Mais en me faisant cette réflexion, j'ai repensé à une phrase de Flaubert lue il y a très longtemps et qui me réconforte en me rappelant que je ne suis pas seul à éprouver ce malaise devant la pauvreté des mots quand nous voulons exprimer des émotions, des sentiments :

« ... comme si la plénitude de l'âme ne débordait pas quelquefois par les métaphores les plus vides, puisque personne, jamais, ne peut donner l'exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions, ni de ses douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles. »

lundi 10 septembre 2007

Au risque de déplaire...

Grâce aux liens, parfois très nombreux, qu'affichent sur leurs blogues respectifs les amis français établis au Québec, il m'arrive à l'occasion d'aller à la découverte des nouveaux arrivants et, assez souvent, de leur souhaiter la bienvenue.

Je suis curieux de savoir comment ils vivent le déracinement, comment ils s'adaptent à leur nouvelle terre d'accueil, comment ils perçoivent les autochtones et leurs habitudes de vie. J'aime bien, d'une certaine façon, redécouvrir le pays que j'habite à travers le regard de ceux qui le découvrent. La naïveté de certains propos fait parfois sourire et la perspicacité de certains autres porte à réfléchir...

Je suis la plupart du temps amusé de lire ce qu'ils écrivent sur les différences linguistiques entre la France et le Québec, même si la généralisation est facile et la caricature souvent grossière (les exemples présentés pour tourner en dérision la langue parlée des Québécois ne représentent pas forcément la langue de tous les Québécois). Je n'ai pas l'intention de défendre ici la langue parlée au Québec ; d'une part parce que je suis plutôt d'accord avec certaines critiques sévères et rigoureuses qu'en font les personnes qualifiées et, d'autre part, parce que ce n'est pas le sujet de ce billet.

Là où j'ai moins envie de sourire, cependant, c'est en lisant les propos sur les habitudes alimentaires. S'il fallait en croire une grande partie des blogueurs français qui arrivent au Québec, aussi bien dire à Montréal, ou qui y sont venus durant quelques jours ou quelques semaines, le plat « national » des Québécois serait la poutine. Or je suis né au Québec et je n'ai jamais mangé de poutine ; je ne connais pas non plus, dans ma famille, parmi mes amis ni parmi les gens que je fréquente, qui que ce soit qui mange ou qui ait déjà mangé ce plat que l'on veut qualifier de « national ». Au fond, je me demande si la poutine n'a pas été inventée par un Québécois qui voulait donner à un touriste français empressé de donner son avis de quoi s'étouffer, à défaut de corde pour se pendre.

Le raccourci est un peu gros, de qualifier les Québécois de « mangeux de poutine ». La malbouffe existe aussi en France et, bien que les traditions culinaires françaises soient bien établies, les commerces de restauration rapide au choix limité et au goût standardisé sont aussi bien fréquentés à Paris et en France que partout ailleurs dans le monde. Et, même si c'est dit avec le sourire, car on sait que les Québécois savent mal résister à un sourire (ils sont si gentils et si tolérants, ces indigènes ! Je préférerais que l'on dise qu'ils sont intelligents et compréhensifs, mais ce serait peut-être trop généraliser) c'est aussi méprisant de la part de ces candides explorateurs lancés à la redécouverte du Nouveau Monde, que si l'on disait que tous les Français sont des râleurs, agressifs et désagréables, qui sentent mauvais, simplement parce que l'on a eu le malheur de prendre un taxi en descendant de l'avion. Je suis toutefois de ceux qui reconnaissent à celui qui a une poutre dans l'oeil le droit de critiquer celui qui aurait une paille aussi bien logée, et vice versa (avec ou sans trait d'union, comme on voudra).

Amis qui me lisez, je sais que ce commentaire ne vous concerne pas car je connais votre intérêt et votre respect, si ce n'est votre amour, pour ces « cousins » de l'Amérique du Nord qui ont conservé leur attachement à ce qui fut la langue et l'histoire communes mais qui ont dû, à compter de 1760, assumer eux-mêmes leur destin et créer leur propre histoire tout en préservant, du mieux qu'ils ont pu dans cet océan anglophone, leur langue et leur culture.

samedi 18 août 2007

L'Irak, près de chez moi

N'ayant pas eu la chance, au cours de mon enfance ou de mon adolescence, de découvrir l'univers des Mille et une nuits, l'Irak ne signifiait rien d'autre pour moi qu'un pays lointain où je ne mettrais sans doute jamais les pieds. Ni la vie des dames de Bagdad, ni le pouvoir du sultan, ni les aspirations au califat, ni le quotidien du grand vizir n'ont occupé mon imagination. J'ai à peine entendu les noms de Sinbad le marin et d'Ali Baba ; grâce aux dessins animés, j'ai un peu connu Aladin et sa lampe magique, mais je n'aurais jamais pensé l'associer à Bagdad.

Le nom de l'Irak a commencé à faire partie de mon quotidien en 1991, au cours de la guerre du Golfe, à la suite de l'invasion du Koweit par Saddam Hussein. Et, plus récemment, en mars-avril 2003, quand une coalition menée par les États-Unis a envahi l'Irak et provoqué la chute du régime de Saddam.

À l'automne 2000, j'ai toutefois commencé à connaître un peu quelques Irakiens installés à Montréal. Il y a un café près de chez moi où j'avais eu l'occasion d'arrêter quelquefois, sans plus ; le plus souvent, c'était en vitesse, pour y saluer un voisin ou une voisine qui y prenait un café. Puis, à l'automne 2000, je me suis mis à y aller régulièrement, pratiquement tous les soirs. C'est qu'en m'abonnant à Internet, j'étais tombé par hasard sur un salon de clavardage qui est immédiatement devenu pour moi un lieu de fraternité ; je pouvais y passer des heures chaque soir. Pour me forcer à faire une pause d'Internet et de clavardage, j'annonçais à mes amis lointains que je devais aller manger ; en fait, je partais avec un livre et j'allais m'asseoir à l'un des trois cafés du coin, celui tenu par des Irakiens.

La force et le goût du café que l'on y servait étaient très variables ; de toute évidence, les propriétaires et les employés n'étaient pas des buveurs de café et, si incroyable que cela puisse être pour un établissement qui s'annonce comme un café, la boisson qui porte ce nom n'y était pas toujours recommandable. Ce que j'aimais toutefois de cet endroit, à cette époque, c'est qu'il était à la fois calme et animé. J'aimais m'asseoir le long des grandes fenêtres et me plonger dans un livre en sirotant un grand café filtre tout en gardant un oeil sur le spectacle de la rue. Je sentais toutefois qu'autour de moi il y avait souvent pas mal d'activité : des étudiants travaillaient, seuls ou en groupe, des joueurs d'échecs étaient concentrés sur leur jeu sous le regard de ceux qui attendaient leur tour, etc. La plupart du temps, ma voisine d'appartement y était, plongée elle aussi dans sa lecture ; puis, à un certain moment, nous refermions nos livres et nous commencions à nous parler, jusqu'au moment de partir, ensemble ou l'un après l'autre. Avec ma voisine, nous avions convaincu les propriétaires de mettre de la musique classique au lieu de la tonitruante radio anglophone, ce qu'ils ont fait et maintenu, encore aujourd'hui. Ce que j'aimais aussi de cet endroit, c'est qu'il rassemblait des Arabes, des Juifs, des Allemands, des Anglais, des Français, des Chrétiens, des Musulmans, des anglophones, des francophones et des allophones, des noirs, des blancs, des jaunes, des métis, etc. ; tout le monde y fraternisait sans discrimination. J'y ai vu des personnalités, des artistes, des écrivains...

Mais le propriétaire a la mauvaise habitude de vouloir tout changer tout le temps. Un soir, quand je suis arrivé, il avait transformé l'espace en modidiant la disposition des tables, des banquettes, des chaises ; il m'a demandé si j'aimais le nouvel espace et je lui ai répondu spontanément : non ! Il a alors ajouté : « C'est pour les étudiants » (je devais comprendre : pour permettre aux étudiants de travailler en groupe) ; je lui ai répliqué que je n'étais pas étudiant et que j'aimais pouvoir m'asseoir le long d'une fenêtre plutôt que face au mur ou carrément face à la fenêtre. J'ai cessé d'y aller durant quelques jours, le temps qu'il se rende compte que son idée n'était pas géniale. Il n'a cependant pas cessé de vouloir transformer l'endroit, faisant peu à peu fuir les clients réguliers. J'ai définitivement cessé d'y aller il y a deux ans, peut-être. Quand je passe devant, plusieurs fois par jour, je ne peux m'empêcher de penser à l'Irak car ce café qui fut d'abord beau et sympathique est désormais toujours en chantier et, à part deux ou trois étudiants trop heureux d'y trouver un peu de solitude, contrairement aux deux autres cafés toujours bondés, il est pratiquement toujours désert. Je ne peux m'empêcher de penser avec regret à ce qu'il fut pendant un certain temps et aux nombreuses heures agréables et enrichissantes que j'y ai connues.

Parmi les personnalités qu'il m'est arrivé d'y croiser à quelques reprises, et que je continue de croiser dans le quartier, il y a l'écrivain québécois Naïm Kattan. Né à Bagdad le 26 août 1928, Naïm Kattan vit au Québec depuis 1954. Il a enseigné la littérature à l'université McGill et reste un chroniqueur du journal Le Devoir. J'ai appris hier que l'Académie française vient d'attribuer à Naïm Kattan le prix Hervé-Deluen 2007, créé en 2007 pour récompenser la contribution exceptionnelle à la défense ou à la promotion du français comme langue internationale. Naïm Kattan, qui a commencé à écrire en arabe, sa langue maternelle, se dit très ému de recevoir ce prix que l'Académie remet pour la première fois.

P.-S. : Je remarque avec plaisir que l'Institut de France, « le Parlement des Savants » qui regroupe les cinq Académies, propose qu'on lui écrive par « courriel » (mot québécois) plutôt que par l'horrible « mail » (si répandu en France). En écrivant ces derniers mots, je me résigne d'avance à ne plus recevoir de messages électroniques de mes amis français.

jeudi 10 novembre 2005

Ce mot « blogue »


Le terme généralement utilisé pour désigner ce carnet électronique, ce journal mis à la disposition de tous les internautes, ne me plaît guère : le mot « blogue» choque mon oreille par sa consonnance anglaise tout autant que par le caractère inesthétique de sa prononciation. Il faut un effort particulier pour en prononcer la syllabe finale, aspirée. Pourtant le mot « blague », dont la sonorité s'approche de celle du « blogue », est nettement plus facile, à cause de l'ouverture du « a »... Je n'aime pas ce terme, donc ; il manque, quant à moi, de poésie. Au fond, il renvoie à ce qu'il désigne : un mot technique pour exprimer une réalité technologique. Voici ce que dit le Grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française au sujet de ce mot : « blogue ».

« Notes : Le blogue, qui est créé et animé généralement par une seule personne, mais qui peut aussi être écrit par plusieurs auteurs, se caractérise par sa facilité de publication, sa grande liberté éditoriale et sa capacité d'interaction avec le lectorat.

« Dans les blogues, auxquels on peut contribuer et apporter son point de vue, on publie des billets (courts textes) ou des articles (textes plus longs) dont le contenu et la forme, très libres, restent à l'entière discrétion des auteurs. Ils sont parfois accompagnés de liens externes, de photos, de dessins ou de sons. Les visiteurs ont généralement la possibilité de laisser un commentaire ou de compléter l'information. On y trouve souvent des liens qui renvoient ceux-ci vers d'autres sites, soit vers des blogues amis ou des sites de référence choisis.

« Dans la définition, l'adjectif antéchronologique veut dire que les textes du blogue sont classés par ordre chronologique inverse, c'est-à-dire que le plus récent texte publié apparaît toujours en premier, en haut de la page d'accueil.

« Le terme blogue, forme francisée de blog, a été proposé par l'Office québécois de la langue française (octobre 2000) sur le modèle de bogue, pour remplacer les termes anglais weblog (de web et log « journal, carnet ») et blog, très employés en français. Le mot blogue a permis la création de plusieurs dérivés, dont bloguer, blogueur et blogage, qui sont de plus en plus répandus. Bien qu'elle soit souvent utilisée par des francophones, la graphie blog (emprunt intégral à l'anglais), qui est mal adaptée sur le plan graphique (le suffixe -og n'existe pas naturellement en français), n'a pas été retenue et est déconseillée en français. Les termes journal Web et webjournal, parfois utilisés comme équivalents français de blog, n'ont pas été retenus pour désigner cette notion. En effet, comme ils désignent déjà un journal publié sur le Web par une organisation, leur utilisation pourrait porter à confusion.

« Bien qu'amusant, le mot-valise joueb (contraction de journal et de Web) n'a pas été retenu en raison d'une concurrence inutile avec blogue et de son lien avec journal Web, terme non retenu pour la présente notion. En France, le terme bloc-notes et sa forme abrégée bloc ont été adoptés, le 20 mai 2005, par la Commission générale de terminologie et de néologie comme équivalents français de blog. En raison de leur manque de précision, de leur inaptitude à produire des dérivés adéquats et d'une concurrence inutile avec le terme blogue, déjà utilisé par un grand nombre de francophones, ces deux termes n'ont pas été retenus pour désigner la présente notion. De plus, le terme bloc-notes (ou ordinateur bloc-notes) est déjà utilisé en informatique pour traduire notebook (ou notebook computer) et désigne un petit ordinateur portatif dont les dimensions s'apparentent à celles d'une feuille de papier A4. Bloc-notes (notepad en anglais) est aussi le nom d'un accessoire de Windows, un traitement de texte élémentaire avec lequel on peut créer des documents simples. Il y a là risque de confusion. »

http://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/gdt.html