« Dans un vieux livre du siècle dernier, j'ai trouvé, oubliée entre les pages, une aquarelle non signée, mais due sans doute à un remarquable artiste. Son titre : Image de l'Amour.
« Mais il eût fallu ajouter : Du plus raffiné des amours sensuels.
« On comprenait en regardant cette oeuvre (l'intention de l'artiste était évidente) que le jeune homme du portrait n'était pas de ceux qui s'en tiennent à ce qui est plus ou moins sain, plus ou moins permis — avec ses profonds yeux bruns, son beau visage subtil (beauté des jouissances défendues), ses lèvres parfaites, dispensatrices de volupté au corps aimé, ses membres pleins d'une grâce idéale, faits pour des lits que la morale courante juge infâmes... »
Constantin Cavafy (1863-1933) ; traduction par Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras.
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samedi 20 juin 2009
lundi 9 février 2009
Les mots dits

Faut-il toujours tout dire sur tout ? Faut-il tout écrire, publier tout ce que l'on écrit ?
Dans sa préface au lettres de Cocteau, publiées sous le titre Lettres à Jean Marais, le destinataire de ces lettres, pour en justifier la publication, cite Jean Cocteau lui-même : « Mettre sa nuit en plein jour, le mystère en pleine lumière. L'impudeur est notre héroïsme à nous et l'œuvre d'un homme doit être assez forte pour qu'on puisse lever le rideau sur ses coulisses. » Jean Marais ajoute ceci : « Le courage n'est pas seulement une affaire physique. Le courage moral est à mon avis le plus difficile, plus important, plus nécessaire. »
« Mettre sa nuit en plein jour », je veux bien, mais pas n'importe quand ni à n'importe quelle condition.
Marguerite Yourcenar a dit cette phrase que j'ai toujours aimée : « Les confidences qui n'ont pas pour but de vous rendre la vie plus facile ou plus agréable sont inutiles. » Il y a tout de même un très grand nombre de nos confidences à venir qui pourraient répondre à l'un ou l'autre de ces objectifs : rendre la vie plus facile ou plus agréable.
Une autre amie, très sage, beaucoup plus près de moi, dit toujours : « On peut tout dire, à n'importe qui, n'importe quand, mais jamais n'importe comment. » Elle est elle-même en cette matière un exemple inspirant de tact et de discrétion. On a l'impression qu'avant de parler, elle a réfléchi à la manière dont ses paroles seront perçues, aux conséquences qu'elles pourront avoir sur l'interlocuteur ou sur son entourage.
Dans sa préface au lettres de Cocteau, publiées sous le titre Lettres à Jean Marais, le destinataire de ces lettres, pour en justifier la publication, cite Jean Cocteau lui-même : « Mettre sa nuit en plein jour, le mystère en pleine lumière. L'impudeur est notre héroïsme à nous et l'œuvre d'un homme doit être assez forte pour qu'on puisse lever le rideau sur ses coulisses. » Jean Marais ajoute ceci : « Le courage n'est pas seulement une affaire physique. Le courage moral est à mon avis le plus difficile, plus important, plus nécessaire. »
« Mettre sa nuit en plein jour », je veux bien, mais pas n'importe quand ni à n'importe quelle condition.
Marguerite Yourcenar a dit cette phrase que j'ai toujours aimée : « Les confidences qui n'ont pas pour but de vous rendre la vie plus facile ou plus agréable sont inutiles. » Il y a tout de même un très grand nombre de nos confidences à venir qui pourraient répondre à l'un ou l'autre de ces objectifs : rendre la vie plus facile ou plus agréable.
Une autre amie, très sage, beaucoup plus près de moi, dit toujours : « On peut tout dire, à n'importe qui, n'importe quand, mais jamais n'importe comment. » Elle est elle-même en cette matière un exemple inspirant de tact et de discrétion. On a l'impression qu'avant de parler, elle a réfléchi à la manière dont ses paroles seront perçues, aux conséquences qu'elles pourront avoir sur l'interlocuteur ou sur son entourage.
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mardi 26 août 2008
Une pensée pour Marc-Aurèle
Buste de Marc-Aurèle, jardins de VersaillesIl y a quelques années, je traînais toujours sur moi un exemplaire des Pensées pour moi-même, de Marc-Aurèle suivies du Manuel d'Épictète, dans la traduction de Mario Meunier aux éditions Garnier-Flammarion. Je les lisais non pas pour étudier une philosophie ou pour en critiquer la valeur ou le style, mais comme l'auteur les a lui-même écrites : des réflexions pour soi-même que je lisais en ouvrant le livre au hasard.
L'une de ces pensées qui a servi bien souvent à me donner du courage au moment de sortir de chez moi le matin, pour me rendre au travail, par exemple :
Marc-Aurèle est l'un des empereurs romains, qui a régné de 161 à 180 de notre ère, après Hadrien et Antonin. Dans les Mémoires d'Hadrien, de Marguerite Yourcenar, c'est à lui que s'adresse Hadrien dans la longue lettre qu'il entreprend de rédiger et qui se transformera en mémoires, dont voici les premières lignes :
L'une de ces pensées qui a servi bien souvent à me donner du courage au moment de sortir de chez moi le matin, pour me rendre au travail, par exemple :
Dès l'aurore, dis-toi par avance : « Je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance du bien et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d'être mon parent, non par la communauté du sang ou d'une même semence, mais par celle de l'intelligence et d'une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d'aucun d'eux, car aucun d'eux ne peut me couvrir de laideur... »
Marc-Aurèle est l'un des empereurs romains, qui a régné de 161 à 180 de notre ère, après Hadrien et Antonin. Dans les Mémoires d'Hadrien, de Marguerite Yourcenar, c'est à lui que s'adresse Hadrien dans la longue lettre qu'il entreprend de rédiger et qui se transformera en mémoires, dont voici les premières lignes :
« Mon cher Marc,
Je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène, qui vient de rentrer à la Villa après un assez long voyage en Asie. L'examen devait se faire à jeun : nous avons pris rendez-vous pour les premières heures de la matinée. Je me suis couché sur un lit après m'être dépouillé de mon manteau et de a tunique. Je t'épargne des détails qui te seraient aussi désagréables qu'à moi-même, et la description du corps d'un homme qui avance en âge. [...] Il est difficile de rester empereur en présence d'un médecin, et difficile aussi de garder sa qualité d'homme*... »
Au moment où Hadrien aurait rédigé ces mémoires, Marc-Aurèle n'était encore qu'un jeune garçon ou, tout au plus, un adolescent.
Ce matin, l'Agence France-Presse annonce la découverte en Turquie d'une statue de l'empereur Mac-Aurèle.
Ce matin, l'Agence France-Presse annonce la découverte en Turquie d'une statue de l'empereur Mac-Aurèle.
Le mardi 26 août 2008
Une statue géante de l'empereur Marc Aurèle découverte en Turquie
Agence France-Presse - Ankara
Une équipe d'archéologues belges et turcs ont exhumé les restes d'une statue géante représentant l'empereur Marc Aurèle dans les thermes romains de Salagassos, l'actuel Aglasun (province de Burdur) dans l'ouest de la Turquie, a indiqué mardi à l'AFP un responsable local.
La découverte, qui date du mercredi 20 août, a permis de retrouver une tête à l'effigie de Marc Aurèle, haute d'environ 90 cm, de même que le bras droit tenant un globe dans la main, les deux en très bon état, a souligné le conservateur du musée de Burdur, Haciali Ekinci.
Selon les estimations la statue devait être haute de 4,5 mètres, a souligné le responsable.
Les deux jambes de l'empereur, qui a régné de 161 à 180 après Jésus-Christ, ont également été exhumées par l'équipe dirigée par le professeur belge Marc Waelkens de l'Université catholique de Louvain, a-t-il souligné au téléphone.
Sagalassos, habitée jusqu'au septième siècle après Jésus Christ, a été détruite à cette époque-là par des tremblements de terre et s'est enfoncée ensuite dans l'oubli.
Le professeur Waelkens mène depuis 1985 des recherches dans cete ancienne cité riche en découvertes.
La même équipe d'archéologues avait déjà découvert sur ce site une autre statue colossale, celle de la tête, le tibia et un pied d'une statue de l'empereur Hadrien qui régna de 117 à 138 après Jésus-Christ, a ajouté M. Ekinci.
*Note personnelle : Je dirais que ça dépend du médecin et de l'homme lui-même... Je ne peux m'empêcher de penser encore à la citation d'Eleanor Roosevelt : « Nul ne peut vous faire sentir inférieur sans votre consentement. » Je crois qu'il en est de même avec le sentiment de sa dignité.
Ajout du 2 septembre 2008 :
J'emprunte à Fuligineuse les références qui suivent. Merci.
On trouvera ici le texte complet des Pensées de Marc-Aurèle.
La page Wikipédia sur la cité de Sagalassos.
Le site officiel du Sagalassos Archaeological Research Project.
Une présentation générale des diverses fouilles à Salagassos.
lundi 18 août 2008
Une virgule de trop
Il y a déjà longtemps que j'ai l'intention d'écrire un long article pour parler de moi, question de faire le point sur les douze derniers mois et plus particulièrement sur la façon dont j'ai vécu l'automne et l'hiver derniers. Le printemps est au fond plus intéressant, mais je n'ai pas vraiment envie d'en parler maintenant, car ce que je pourrais en dire relève de l'intime et du personnel et, si je n'ai pas trop de pudeur lorsqu'il s'agit de dévoiler l'intime, j'en ai un peu plus lorsque vient le temps d'aborder la sphère personnelle. Le mois d'août serait le meilleur moment pour parler de moi car c'est le mois où les lecteurs sont moins nombreux ; la plupart des gens sont absents, physiquement ou intellectuellement et parfois les deux à la fois. Je n'ai jamais aimé le mois d'août et je ne saurais dire pourquoi au juste. Outre l'absence de corps ou d'esprit de bien des personnes que je connais, je trouve que le mot le plus juste, et pas très joli, pour désigner le mois d'août serait celui de vacuité. C'est pourtant celui de mon anniversaire et c'est peut-être aussi pour cela que je l'aime moins, non que je n'aime pas mon anniversaire, mais peut-être qu'à la fin d'un cycle de douze mois, j'ai hâte d'en commencer un nouveau. Dans les jours qui suivent celui de mon anniversaire, on dirait que l'énergie revient, que la vie reprend... Nous avons d'ailleurs décidé, quelqu'un que j'aime et moi, de célébrer ensemble l'arrivée du mois de septembre ; patience, mon coeur, il reste encore près de deux semaines au mois d'août... J'aurai peut-être le temps, d'ici la fin du mois, de rédiger cet article...
Puisque l'article précédent évoquait Hadrien et Antinoüs et, par ricochet, Marguerite Yourcenar, j'enchaînerai avec ce commentaire que je voulais faire depuis longtemps sur une émission de radio consacrée à la première femme reçue à l'Académie française.
Le 20 janvier 2006 j'ai évoqué la maison où vivait Marguerite Yourcenar dans l'île des Monts-Déserts. Ce même 20 janvier, j'évoquais l'épitaphe de l'écrivain dans le petit cimetière de Somesville.
Le 20 janvier 2006 j'ai évoqué la maison où vivait Marguerite Yourcenar dans l'île des Monts-Déserts. Ce même 20 janvier, j'évoquais l'épitaphe de l'écrivain dans le petit cimetière de Somesville.
Il y a deux ou trois ans, j'ai découvert l'existence de Canal Académie où l'on peut écouter des émissions très intéressantes sur des écrivains que nous aimons et en lire le texte dans certains cas. J'ai écouté des émissions sur Chateaubriand, Dominique Fernandez, Marguerite Yourcenar, et plusieurs autres.
J'ai beaucoup aimé chacune des émissions écoutées. Toutefois, vers la fin de l'émission consacrée à Marguerite Yourcenar, j'ai été quelque peu choqué par la lecture faite du texte de l'épitaphe :
J'ai beaucoup aimé chacune des émissions écoutées. Toutefois, vers la fin de l'émission consacrée à Marguerite Yourcenar, j'ai été quelque peu choqué par la lecture faite du texte de l'épitaphe :
«Plaise à Celui qui est peut-être
de dilater le coeur de l'homme
à la mesure de toute la vie.»
de dilater le coeur de l'homme
à la mesure de toute la vie.»
En faisant une pause après les mots « plaise à celui qui est », la lectrice fausse complètement le sens de la citation. Le texte fait allusion à « Celui qui est peut-être », alors que la lecture faite à Radio Académie, avec une virgule mal placée, virgule d'ailleurs inexistante dans le texte laisse entendre que « Celui qui est » pourrait « peut-être dilater le coeur de l'homme », alors que c'est l'existence même de Celui qui aurait ce pouvoir qui est mise en doute et non pas son action, s'Il existe...
Voici l'extrait audio de la citation faussée (il faut augmenter le volume car le son du fichier est faible) :
Voici l'extrait audio de la citation faussée (il faut augmenter le volume car le son du fichier est faible) :
dimanche 10 août 2008
Hadrien et Antinoüs
J'ai reçu il y a quelque temps déjà une très aimable « invitation » à voir au British Museum de Londres l'exposition consacrée à Hadrien. Intitulée « Hadrien : empire et conflit », cette exposition veut nous présenter l'empereur romain que nous avons appris à connaître, moi du moins, à travers la vision idéale que nous en a proposée Marguerite Yourcenar dans sa superbe autobiographie romancée Mémoires d'Hadrien. L'exposition veut aussi présenter le pacifiste, le poète avide de culture et de civilisation grecque, mais elle veut aussi faire voir l'autre visage de l'empereur, celui d'un homme de pouvoir, d'un commandant militaire impitoyable, capable de grandes violences.
« Pour Marguerite Yourcenar, Hadrien est le leader politique dont l'Europe a besoin au lendemain de la seconde guerre mondiale : un homme cultivé, un faiseur de paix exerçant le pouvoir de manière éclairée mais ferme, qui ne cache pas ses sentiments amoureux », résume Neil MacGregor, le directeur du British Museum, cité par Grégoire Alix dans un excellent article du journal Le Monde du 28 juillet dernier, intitulé « Hadrien : gay, humaniste... et sanguinaire », que je vous invite à lire afin de mieux comprendre la portée de cette exposition.
« Étudier l'époque d'Hadrien, c'est aussi se poser la question des frontières de l'Europe, montrer que leur définition est politique et non géographique, analyse Neil MacGregor. L'Europe d'Hadrien englobe la Turquie et le Maghreb. Quelle Europe voulons-nous aujourd'hui : celle d'Hadrien ou celle de Charlemagne, cantonnée au nord-ouest ? », poursuit l'article du Monde.
Je ne connais pratiquement la vie et le rôle de l'empereur Hadrien que par la magnifique histoire que nous a donnée Marguerite Yourcenar, superbement écrite et basée sur des documents historiques. En ayant choisi la forme de l'autobiographie, l'auteur n'a peut-être pas voulu mettre l'accent sur les aspects trop sombres du rôle d'Hadrien. L'empereur qui écrit ses mémoires a beau vouloir tout dire de sa vie, les bons et les mauvais côtés, il y a tout de même des limites à s'accuser soi-même de férocité dans la répression. Peut-être aussi que les lecteurs de Marguerite Yourcenar, charmés par sa prose et par le style qu'elle prête à son empereur, n'ont-ils pas voulu voir ou retenir ces aspects trop sombres.
J'aimerais beaucoup pouvoir me rendre à Londres pour voir, entre autres, cette importante exposition qui présente plus de 170 pièces consacrées à Hadrien (marbres, bronzes, trésors archéologiques, pièces de monnaie, tablettes manuscrites), provenant de 31 musées du monde entier. Une fois sur place, j'en profiterais bien sûr pour aller voir le célèbre mur de 177 kilomètres (120 km, dit-on aujourd'hui) qu'a fait construire Hadrien dans le nord de l'Angleterre. Et pourquoi ne pas en profiter pour voir également Stonehenge et Avebury, deux autres sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, au même titre que le mur d'Adrien ?
L'exposition commencée le 24 juillet dernier se poursuivra jusqu'au 26 octobre prochain. J'aurais voulu en parler plus tôt, mais ce sujet soulevait en moi trop d'émotion, curieux mélange de souvenirs de lecture et de réactions actuelles. Ça m'étonnerait beaucoup que je puisse me rendre à Londres d'ici le 26 octobre, mais je peux compter sur Alexander, un fidèle habitué du British Museum, tout particulièrement de la salle 22 consacrée à l'univers d'Alexandre le Grand, pour m'en faire un compte rendu personnel.
J'adore regarder les courtes vidéos qu'a préparées le British Museum, non seulement pour leur contenu très intéressant, mais aussi pour le plaisir d'entendre la langue et l'accent. Pour l'instant, il y a cinq vidéos, mais d'autres sont annoncées pour bientôt, notamment l'une sur Antinoüs.
En attendant de pouvoir faire ma visite par ami interposé, je vais me faire plaisir en citant quelques extraits des Mémoires d'Hadrien.
« Et j'avoue que la raison reste confondue en présence du prodige même de l'amour, de l'étrange obsession qui fait que cette même chair dont nous nous soucions si peu quand elle compose notre propre corps, nous inquiétant seulement de la laver, de la nourrir, et, s'il se peut, de l'empêcher de souffrir, puisse nous inspirer une telle passion de caresses simplement parce qu'elle est animée par une individualité différente de la nôtre, et parce qu'elle représente certains linéaments de beauté, sur lesquels, d'ailleurs, les meilleurs juges ne s'accordent pas… »« J'ai rêvé parfois d'élaborer un système de connaissance humaine basée sur l'érotique, une théorie du contact, où le mystère et la dignité d'autrui consisteraient précisément à offrir au Moi ce point d'appui d'un monde. La volupté serait dans cette philosophie une forme plus complète, mais aussi plus spécialisée, de cette approche de l'Autre, une technique de plus mise au service de la connaissance de ce qui n'est pas nous… »
« ... Je ne jetais qu'un coup d'œil à ma propre image, cette figure basanée, dénaturée par la blancheur du marbre, ces yeux grands ouverts, cette bouche mince et pourtant charnue, contrôlée jusqu'à trembler. Mais le visage d'un autre m'a préoccupé davantage. Sitôt qu'il compta dans ma vie, l'art cessa d'être un luxe, devint une ressource, une forme de secours. J'ai imposé au monde cette image : il existe aujourd'hui plus de portraits de cet enfant que de n'importe quel homme illustre, de n'importe quelle reine... »
Antinoüs Farnèse
Musée archéologique national, Naples
Musée archéologique national, Naples
« ... À chacun sa pente : à chacun aussi son but, son ambition si l'on veut, son goût le plus secret et son plus clair idéal. Le mien était enfermé dans ce mot de beauté, si difficile à définir en dépit de toutes les évidences des sens et des yeux, je me sentais responsable de la beauté du monde. Je voulais que les villes fussent splendides, aérées, arrosées d'eaux claires, peuplées d'êtres humains dont le corps ne fût détérioré ni par les marques de la misère ou de la servitude, ni par l'enflure d'une richesse grossière ; que les écoliers récitassent d'une voix juste des leçons points ineptes ; que les femmes au foyer eussent dans leurs mouvements une espèce de dignité maternelle, de repos puissant ; que les gymnases fussent fréquentés par des jeunes hommes point ignorants des jeux ni des arts ; que les vergers portassent les plus beaux fruits et les champs les plus riches moissons... »
«Un corps plus que nu, désarmé, d'une fraîcheur fragile de narcisse» (Marguerite Yourcenar, 1951).

Message personnel : Je veux saluer quelqu'un pour qui le dix du mois constitue, à plus d'un titre, une date à célébrer, en lui souhaitant qu'il y en ait de très nombreuses autres durant les années à venir.
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