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lundi 4 avril 2022

« ... j’avais fait le recensement de mes misères

et je n’attendais de lueur d’espoir de nul horizon… »
Michel Tournier, Le Roi des Aulnes, les écrits sinistres d'Abel Tiffauges.

En relisant ces derniers jours cette citation du Roi des Aulnes, j'ai pensé qu'elle s'appliquait bien à ce qu'est devenue ma vie depuis un an environ mais, pour qu'elle soit plus juste, je devrais la modifier quelque peu, l'actualiser : « ... je fais le recensement de mes misères et je n'attends de lueur d'espoir de nul horizon. »

Contrairement à Abel Tiffauges, cependant, je n'ai pas envie d'entreprendre la rédaction de mes « écrits sinistres » (écrits de la main gauche), pas plus qu'aucun autre journal écrit de la main droite.

J'ai perdu l'habitude et, par conséquent la manière, de parler de moi, que ce soit pour faire « le recensement de mes misères » ou pour partager mes petits bonheurs, au point où je ne sais même plus à quoi pouvaient ressembler ces petits bonheurs.

Bien sûr, comme celle d'à peu près tout le monde sur la Planète, ma vie a été affectée depuis deux ans par la pandémie de COVID-19 et par les mesures sanitaires qui sont venues compliquer grandement la vie sociale. J'aurai été et je continue d'être un bon citoyen, approuvant les mesures sanitaires, respectueux des consignes. Des gens autour de moi, comme partout ailleurs, ont souffert plus que moi des restrictions.... C'est surtout à travers Rupert que j'ai ressenti les effets du confinement : lui et moi passons dehors plusieurs heures chaque jour ; quand sont tombées les consignes de distanciation physique, Rupert a été le premier à en souffrir. Depuis son arrivée dans cette maison, dans ce quartier, il a tellement été habitué à recevoir l'attention de presque tout le monde : les voisins, les gens du quartier, les passants qui se rendaient au travail ou qui en revenaient, les étudiants toujours très expressifs quand ils voyaient Rupert... 

Et, du jour au lendemain, les gens ont presque cessé de circuler ; les personnes que l'on continuait de rencontrer ou qui passaient devant l'immeuble continuaient de nous saluer... à distance, mais ne s'arrêtaient plus pour le caresser ou pour jouer avec lui. Il ne comprenait pas pourquoi on ne s'arrêtait plus pour lui, ce qu'il interprétait comme : « Pourquoi on ne m'aime plus ? ». Il n'a toujours pas compris mais, comme bien d'autres, il s'est résigné. Le temps passé dehors était moins excitant, pour lui comme pour moi et, pour compenser le manque de stimuli, comme il n'était jamais satisfait, jamais comblé, il voulait rester dehors encore, en espérant sans doute que des amis finiraient par arriver. Puisqu'il ne voulait pas jouer, je ne faisais que lui tenir compagnie, en essayant de lui expliquer sans y croire moi-même que, plus tard peut-être, des amis viendraient ; le temps m'a parfois paru bien long même si, au bout du compte, je trouve toujours les journées trop courtes.

Les jours passaient, à peu près tous semblables ; la principale variation concernait les conditions météorologiques : les journées pluvieuses étaient particulièrement longues car Rupert n'aime pas la pluie et, retardant le plus possible le moment d'aller faire ses besoins, étirait encore le temps qu'il fallait rester dehors à regarder passer les quelques personnes qui avaient l'air de conserver un semblant de vie normale. Les jours de canicule, et ils sont nombreux à Montréal, du mois de mai au mois de septembre, c'est moi qui, ne pouvant supporter le soleil et les grandes chaleurs humides, voulais rester à l'ombre le plus possible.

La lumière du soleil m'est devenue particulièrement insupportable après une chirurgie de la cataracte dans chaque œil, à une semaine d'intervalle entre les deux. La première chirurgie a été un succès ; trois ou quatre jours après, à l'exception de la lumière qui m'aveuglait et de l'obligation d'appliquer des gouttes, j'oubliais pratiquement l'opération. Mais la chirurgie du deuxième œil ne s'est pas aussi bien passée ; il m'aura fallu plusieurs mois, presque un an, pour que je cesse d'éprouver la sensation du grain de sable sous la paupière... Moi qui ne portais plus depuis quelques années de lunettes pour corriger la myopie et qui n'ai jamais eu besoin de lunettes pour lire, voilà que je ne voyais plus rien de près : impossible de lire sans les indispensables et désagréables lunettes de lecture. Et comme j'avais toujours d'abondantes larmes dans les yeux, ma vision était en permanence faussée, avec ou sans lunettes. J'ai donc abandonné la lecture, me privant de ce qui avait toujours été pour moi l'un des plus grands, sinon le plus grand plaisir dans la vie...

Puis vinrent les vaccins contre la COVID-19. Je n'ai éprouvé aucune réaction, pas d'effet secondaire à la suite du premier vaccin (Astra Zeneca). Mais, trois mois plus tard, je recevais le deuxième vaccin (Moderna) ; deux jours après cette injection, sans que je comprenne trop pourquoi ni comment, ma vie devenait un enfer. Il m'aura fallu parler à plusieurs personnes pour apprendre que l'un des effets secondaires du vaccin de Moderna était, chez certains (et il devenait évident que j'étais l'un des élus), une hypersensibilité de la peau. Une recherche sur Internet m'a permis de conclure que ma peau réagissait fortement aux acariens. Jour et nuit, mais surtout la nuit puisque j'étais plus ou moins immobile, j'avais la sensation que des bataillons de ces insectes hideux (en regardant des photos prises au microscope car ces arachnides sont invisibles à l'œil nu) parcouraient la surface de mon corps pour en dévorer les peaux mortes. Je n'en dormais pas des nuits et ne cessais de me gratter. Mon médecin, qui n'y croyait pas trop, m'a prescrit des antihistaminiques ; ces jolies petites capsules atténuaient les démangeaisons et me permettaient de dormir, d'autant mieux que ce médicament provoque la somnolence : mes nuits étaient plus calmes. Mais ce médicament a pour effets secondaires de provoquer de la somnolence (ce qui ne cause pas de problème la nuit mais devient plus embêtant durant le jour aux heures où l'on essaie d'être un peu actif et productif) et, ce qui est moins drôle, affecte semble-t-il la mémoire. Sans pour autant décider de ne plus l'utiliser, j'ai cessé depuis quelques semaines de prendre cet antihistaminique.

Les démangeaisons se sont partiellement atténuées mais n'en continuent pas moins, nuit après nuit, de m'empêcher de dormir. Bataillant toutes les nuit, je suis épuisé quand la journée commence et, dès que je peux, entre les longues sorties de Rupert, m'asseoir un moment, je tombe de sommeil.

Quant à ma vision, elle ne s'améliorera pas avec le temps : il faudra que je me résigne à porter des lunettes chaque fois que je voudrai lire quelques mots ou quelques pages, qu'il s'agisse de livres choisis, de ma correspondance quotidienne ou de la liste des ingrédients d'un produit dont j'ai besoin. Mais je ne me suis pas encore habitué, sauf quand je suis assis à mon bureau, à garder sous la main une paire de lunettes. De plus, éprouvant en permanence un sérieux inconfort aux yeux, quelle qu'en soit la cause, j'ai toujours envie de fermer les yeux et, par conséquent, de ne rien faire du peu de temps libre qui me reste. Je ne rêve plus que d'une chose : aller me coucher et essayer de trouver l'oubli dans le sommeil.

Je n'évoquerai pas ici les nombreux changements survenus autour de moi, sur lesquels je n'ai pas vraiment de contrôle, mais qui, s'ajoutant aux petits problèmes décrits ci-dessus, gâchent considérablement ma qualité de vie. S'ajoutent à cela une série de problèmes que je dois régler, dans ma vie personnelle, dans ma vie sociale, pour ce qui en reste, dans mon appartement, et pour la santé et la joie de vivre de Rupert. Mais la quantité de ces petits problèmes m'accable d'autant plus que, pour en régler un certain nombre, je dois respecter une certaine séquence alors que je n'ai pas encore les ressources pour m'attaquer à certaines situations qui ont préséance sur les autres.

Je n'ai pas vraiment fait « le recensement de mes misères » ; il me suffit de les regrouper dans un collectif singulier que, par respect pour ceux qui l'éprouvent vraiment, j'hésite à appeler « ma misère ». Bref, depuis plus d'un an, ma qualité de vie s'est largement dégradée et, comme Abel Tiffauges, je n'attends « de lueur d'espoir de nul horizon ».

lundi 6 février 2017

Le pistolet sur la tempe...

Je n'ai jamais eu d'enfant, je n'ai jamais été père, au sens où on l'entend généralement. Pourtant la question de la paternité m'a toujours intéressé, plus ou moins consciemment, plus ou moins ouvertement... Serait-ce à cause de ce questionnement, non résolu, que je n'ai jamais fait moi-même ce qu'il fallait pour mettre au monde un enfant de mon sang ? Ou serait-ce plutôt parce que je n'ai jamais participé à la mise au monde d'un enfant que je me suis toujours senti curieux, sensible et vulnérable face à la question de la paternité ? Il est fort possible que la réponse soit beaucoup plus complexe que cela, qu'elle comporte une part de chacune de ces hypothèses, ainsi que d'autres éléments qui ne me sont pas encore venus très clairement à l'esprit.

Je crois que bon nombre d'études scientifiques ont démontré que la plupart des hommes qui deviennent pères ont tendance à reproduire le modèle qu'ils ont eu : le fils reproduit le père... ou bien il se promet d'être tout à fait différent. En ce qui me concerne, sans vouloir par là critiquer mon père, mes parents, je crois que je me suis toujours efforcé, à défaut d'un modèle proche qui me convienne, d'établir avec les autres des relations qui ne correspondent pas à un type en particulier mais qui s'inventent au fur et à mesure qu'elles progressent.

Je ne me souviens plus très précisément, mais je crois avoir déjà écrit dans les pages de ce blogue que, si je n'ai jamais eu d'enfants qui portent mon nom, il m'est arrivé plusieurs fois d'éprouver, dans telle ou telle relation (pas forcément amoureuse, mais avec un fort engagement affectif), des sentiments qui peuvent s'apparenter à ceux qu'éprouve un père pour ses enfants, et même, compte tenu de ma sensibilité, des sentiments que l'on pourrait qualifier de maternels. « Être homme, c'est précisément être responsable », a écrit Saint-Exupéry. Et c'est probablement cette « responsabilité » qui me paraissait primordiale du moment que j'amorçais une relation privilégiée avec un être qui venait vers moi (généralement des êtres plus jeunes que moi, mais la différence d'âge n'était pas toujours si importante). Le besoin de protéger, donc, contre les autres, contres les intempéries, les accidents, les forces du mal, mais aussi le besoin de partager des émotions, des plaisirs, des moments de tendresse et de complicité...

Je suis tombé par hasard sur une phrase d'un roman de Michael Connelly, au sujet de la paternité : « C'est comme d'avoir un pistolet sur la tempe du matin au soir ! » Et j'ai pu ressentir comment il pouvait dire cela : il y a bien sûr dans une relation privilégiée, comme celle d'un père et de son enfant, mais pas uniquement, la conscience presque constante des plaisirs, des joies, des moments de bonheur partagé, mais aussi les craintes, les inquiétudes, la terreur que quelque chose arrive, que l'être aimé en soit atteint ou, pire, nous soit enlevé...

Quelques mois après avoir fait la connaissance d'Alexander, il m'a annoncé qu'il était reçu médecin spécialisé en médecine d'urgence puis, peu de temps après, que son état de santé et sa vie même étaient menacés. Immédiatement, je lui ai exprimé mon soutien, je l'ai assuré de ma présence, de ma confiance, de ma détermination à l'accompagner dans sa guérison... et bien au delà. Malgré tout, j'en ai perdu le sommeil : la menace était bien là, terrible, et cette seule idée avait envahi mon corps, mon sang, mes tripes, comme un venin... J'en avais toujours mal au ventre. Et s'il m'arrivait de dormir quelques minutes, j'étais vite réveillé par un sentiment d'urgence : comment pouvais-je dormir alors que la vie de celui que j'aimais plus que tout au monde était menacée ? Jour et nuit, j'avais le téléphone et l'ordinateur à mes côtés pour être sûr de ne rien manquer si un message arrivait le concernant... Le « pistolet sur la tempe » ne se laissait pas oublier !

Chaque soir, au moment d'éteindre les lampes du salon avant d'aller dormir, je regarde Rupert étiré sur pratiquement toute la longueur du canapé ou, au contraire, ramassé sur lui-même comme un petit lapin ; je l'écoute ronfler, j'admire son total abandon, sa confiance inébranlable en l'ordre des choses, et je suis ému. Mais en me rendant à ma chambre, je ne peux m'empêcher de penser que je suis responsable de ce petit être : il ne faudrait pas qu'il m'arrive quelque chose qui m'empêche de m'occuper de lui. Et, sans trop vouloir y penser, je sais bien que son espérance de vie est assez limitée et qu'un jour, si tout va bien, la vieillesse et ses maux le rattraperont aussi. Et je me demande pourquoi je me suis engagé dans cette relation qui risque de me faire souffrir un jour, mais je ne m'attarde pas trop à ce questionnement : les bonheurs partagés au jour le jour m'apportent aussitôt la réponse. Et je repense à cette citation d'Edmond Rostand qui m'a si souvent accompagné : « C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière. »

jeudi 3 septembre 2015

Rituel

Dans mon quotidien, il y a deux moments qui me sont particulièrement agréables et précieux, pour ne pas dire indispensables. Ces moments sont étroitement associés à un lieu précis de l'espace où je vis : un coin de ma chambre où j'ai installé un bureau, près de la fenêtre ouverte sur le centre-ville de Montréal. Je suis dans cet appartement depuis... de nombreuses années, et ce bureau est là depuis mon arrivée ; mais j'ai décidé, ces derniers mois, de l'aménager un peu mieux. J'ai refait la peinture dans toute la pièce, j'ai acheté du tissu pour faire de nouveaux rideaux (pas encore confectionnés), j'ai fabriqué une nouvelle tête de lit, acheté de nouveaux luminaires, décapé et verni des meubles récupérés, repeint des bibliothèques... Il me reste encore du travail à faire, notamment l'assemblage d'une étagère au-dessus du bureau pour rassembler des livres et des objets que j'aime, plus particulièrement identifiés à ma vie intime, à mes rêves, à mes espoirs...



C'est un lieu où j'ai besoin de passer du temps chaque jour, sinon j'ai le sentiment qu'il me manque quelque chose, comme si ce jour-là je n'avais pas eu le temps de prendre mon petit déjeuner, de lire, de rêver... Et c'est précisément au début de ma journée que s'impose ce rituel, avec le thé noir, élément essentiel de mon petit déjeuner, la lecture qui l'accompagne, parfois en musique mais pas toujours, la prise de notes et l'écriture qui suivent...

L'essentiel de mon travail, des activités que l'on exerce normalement à un bureau, je les pratique dans une autre pièce de l'appartement, à ce que j'appelle vraiment ma « table de travail » et qui regroupe tout ce qu'il me faut pour être efficace et productif : ordinateurs, imprimantes, numériseur, téléphone, ouvrages de référence, etc.

Et il y a un autre moment de la journée aussi agréable que celui du petit déjeuner, celui du thé de l'après-midi, qui me permet de retrouver ce coin de ma chambre où je prends mes distances du rythme effréné de la vie quotidienne.

J'ai pris cette photo pour répondre à l'invitation de Dr CaSo, qui m'avait offert de proposer un thème pour la catégorie « photo de truc » qu'elle publie régulièrement sur son blogue. J'ai proposé le thème le truc le plus agréable de votre quotidien. Je vous invite à aller voir ce que proposent les autres participants. Et si vous ne participez pas vous-même à ce jeu amusant, peut-être aurez-vous envie de joindre les fidèles de Dr Caso ; je suis sûr qu'elle sera ravie de vous y accueillir.

samedi 6 décembre 2014

Désespérance

Dans les mois qui ont précédé son départ (je pourrais pratiquement, par cœur ou de mémoire, donner la date et l'heure de cette conversation), Alexander me disait qu'autour de lui la lumière n'était plus la même : les gens qui circulaient autour de lui, les maisons, les rues, les monuments, étaient les mêmes que la veille, mais l'éclairage en était différent, et il ne semblait plus reconnaître les liens familiers, affectueux, que la veille encore il entretenait avec eux.

J'étais attentif à ce qu'il me disait, mais bien plus encore aux émotions qui accompagnaient ces mots ; il n'avait pas besoin de me faire un dessin. J'avais d'autant plus de mal à trouver les mots justes que j'étais moi-même ébranlé par cette perception nouvelle qu'il exprimait, et surtout par ce qu'il pouvait ressentir. J'avais mal, mais je ne voulais pas le lui laisser sentir ; ce qui était pratiquement impossible, car Alexander devinait, sentait, ressentait tout ce que je pouvais penser ou ressentir. Un jour que j'étais angoissé et que je l'avais écrit à notre amie, « docteur Jane », elle m'avait immédiatement répondu : « Non, Alcib, je vous en prie, ne soyez pas angoissé, car Alexander le sentira. Imprégnez-vous de son amour pour vous ; exprimez-lui tout l'amour que vous avez pour lui mais, je vous en prie, ne soyez pas angoissé ».

Ai-je su trouver les mots, ce jour-là, pour le rassurer ? Je n'en sais rien. Peut-être pas si je ressens aujourd'hui encore toute la douleur de cette conversation. Je crois tout de même avoir réussi à l'apaiser en l'assurant que, moi, je n'avais pas changé, que j'étais là, avec lui, et que j'y serais encore le lendemain, les jours, les mois suivants, pour toujours, et que ni les nuages, ni les orages, ni quoi que ce soit, n'empêcheraient mon amour pour lui de grandir jour après jour.

J'ai aussi l'impression, ces jours-ci, que la lumière a changé, que l'éclairage sur les gens et sur les choses qui m'entourent, et sur tout ce qui compose ma vie intérieure, n'est plus le même. Et je ne sais à qui le dire, sinon à ce carnet que j'écris peut-être sur le sable du désert... Si au moins j'avais l'espoir d'y rencontrer un aviateur tombé du ciel sur son lourd engin, conversant avec un Petit Prince venu d'une autre étoile !


Mon amie Danielle, à qui je pouvais tout dire et qui, toujours, savait me faire sourire en parlant d'une certaine astéroïde, dans le voisinage de la B 612 ou Bésixdouze , est elle-même en route vers son étoile dans le ciel. J'espère que le voyage ne sera pas trop long ni trop difficile. Une autre amie merveilleuse, qui a connu son lot de difficultés ces deux ou trois dernières années, ne répond pas à mes demandes de ses nouvelles. Le silence en a enrobé un certain nombre d'autres, et ce n'est certes pas moi qui suis en droit de le leur reprocher.

Ces dernières semaines, de sérieuses inquiétudes ont monopolisé mon attention. Certaines conversations, certaines consultations, m'ont depuis partiellement rassuré. Certaines choses ont changé qui me forcent à modifier des habitudes de vie et, en soi, ce n'est pas réjouissant. L'automne tire à sa fin ; l'hiver est déjà à nos portes, mais ce n'est pas ce qui me préoccupe. Au delà des saisons, des températures plus froides et des périodes d'ensoleillement, quelque chose a changé en moi. Je ne reconnais plus avec ce qui m'entoure les liens familiers ; je ne me reconnais plus vraiment moi-même.

Après des semaines de stress, voici le temps de la détresse... Pourtant, la vie continue, comme si je n'y étais pas, et comme l'écrivait André Gide, « je reste seul sur la banqueroute de ma désespérance. »

mercredi 7 mars 2012

Forget me not


L'image vient d'ici

Il y a quelques jours, en allumant la télévision, je suis tombé sur un film documentaire racontant la courte vie de Joanna Comtois, cette jeune fille à qui on a diagnostiqué à huit ans une forme rare de cancer, qu'elle a combattu durant un an, qu'elle croyait avoir surmonté et qui est revenu. Peu après avoir appris le retour du cancer de Joanna, son père s'est suicidé... Malgré tout, Joanna n'a pas baissé les bras ; elle a fait face avec courage à la nouvelle série de traitements, etc. Affirmant que tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir, elle a voulu garder le sourire, donner l'exemple, aider ses proches à garder le moral. Puis elle a créé la fondation Espoir pour amasser des fonds pour la recherche sur le cancer. Elle voulait être utile et, elle l'a dit aussi : « Je ne veux pas que l'on m'oublie ».

Ces mots, Alexander les a plusieurs fois répétés, en parlant surtout de certaines personnes qu'il aimait et qui l'ont précédé dans les étoiles. Sans qu'il ait eu besoin de m'en faire la demande, je me suis senti responsable et engagé à perpétuer, selon mes moyens, la mémoire de ces êtres aimés. Puis, un jour, il m'a dit : « J'ai peur ! » « De quoi as-tu peur ? », lui ai-je demandé. Je me doutais bien de la réponse qu'il allait me donner, mais je voulais que les mots viennent de lui. Il a dit : « J'ai peur de manquer de temps ! » Puis il a ajouté : « Je ne veux pas que l'on m'oublie. »

Tant que je vivrai, il sera présent. Je sais bien aussi qu'il vivra longtemps encore dans le coeur et dans l'esprit de ceux et celles qui l'ont connu. Mais je me sens responsable de certains de ses secrets, de certaines de ses confidences, de ses rêves, de ses espoirs... Mais je pense de plus en plus que je pourrais aussi manquer de temps. Et je me dis que je devrais trouver quelqu'un en qui je puisse avoir confiance, à qui je pourrais laisser un jour un certain nombre de choses qui sont importantes pour moi : certains objets , certains documents ; des carnets, des milliers de pages de correspondance, etc. C'est une inquiétude supplémentaire qui est toujours présente car, moi non plus, je ne voudrais pas que l'on m'oublie...

samedi 28 mai 2011

Fragilité


« Pour vous qui aimez aussi le petit prince, comme pour moi, rien de l'univers n'est semblable si quelque part, on ne sait où, un mouton que nous ne connaissons pas a, oui ou non, mangé une rose...
« Regardez le ciel. Demandez-vous : le mouton oui ou non a-t-il mangé la fleur ? Et vous verrez comme tout change...
« Et aucune grande personne ne comprendra jamais que ça a tellement d'importance ! »

Et, sur Terre, chaque bouton de rose est une promesse qui remplit d'espoir les coeurs tendres.
Comment alors ne pas s'inquiéter de leur fragile bien-être ?

mardi 6 juillet 2010

75e anniversaire du Dalaï Lama



Le Dalaï Lama a 75 ans aujourd'hui.

En exil depuis cinquante ans, le Dalaï Lama est resté, au delà des frontières et des appartenances religieuses, l'un des chefs spirituels les plus respectés. Il est, partout sur la Terre (excepté en Chine, probablement, qui comme l'Union soviétique sous Lenine impose des politiques qui n'ont pas beaucoup de respect pour la personne), un exemple de sagesse, un apôtre de la non-violence et de la compassion, une source d'espoir, un messager de paix travaillant à construire un monde meilleur. Les très officiels représentants de l'Église catholique, parmi tant d'autres, auraient tout intérêt à s'en inspirer.

Le dalaï-lamas sont des maîtres spirituels réincarnés. Quand vient le temps de le remplacer, ses fidèles se mettent à la recherche de sa réincarnation. La Chine a annoncé son intention de choisir elle-même le prochain Dalaï Lama, qui ne sera donc pas Tibétain, mais Chinois. Le Dalaï Lama a cependant déclaré : « Si la situation présente du Tibet reste la même, je renaîtrai hors du Tibet, loin du contrôle des autorités chinoises. C'est logique. Le but même d'une réincarnation est de continuer le travail inachevé de l'incarnation précédente. Si donc la situation tibétaine n'est toujours pas résolue, il est logique que je renaisse en exil, pour continuer mon travail inachevé. »

Soyez l'un des millions à lui adresser un hommage à l'occasion de son soixante-quinzième anniversaire ! Cet hommage lui sera personnellement remis sur un « mur de voeux » à l'extérieur du principal temple de Dharamsala et diffusé par radio dans toute la région.

Pour signer cet hommage au Dalaï Lama, cliquez ici, puis faites circulez le message auprès des gens que vous connaissez.

* * *

Ce sera demain, 7 juillet, un autre anniversaire, beaucoup moins joyeux. La famille se réunit dès ce soir et, toute la nuit, toute la journée, des hommages seront rendus à notre Petit Prince.



mardi 21 avril 2009

Un début de printemps...

Ces pauvres petites fleurs, aperçues il y a deux ou trois jours dans le jardinet d'une maison voisine, permettent de croire qu'il y aura bientôt un printemps à Montréal. Ce sont les premières que j'aie vues en 2009 ; hier, j'ai vu quelques jonquilles, un peu plus loin (il faudra me croire sur parole, car j'avais oublié mon appareil photo à la maison).

samedi 17 janvier 2009

Aimer, c'est partager...

« L'amour n'est pas seulement un miracle, né d'une rencontre. Il est jour après jour ce que l'on veut qu'il soit. Il commence lorsqu'on préfère l'autre à soi-même, lorsqu'on l'accepte tel qu'il est et qu'on l'aime dans sa totalité. Aimer, c'est partager des mots, des regards, des espoirs et des craintes, c'est vouloir que l'autre s'épanouisse, vive d'abord fidèle à lui-même. L'amour n'est pas un acquis ; il se construit chaque jour pour permettre le bonheur de l'autre, le bonheur des autres. » Martin Gray

Martin Gray n'a rien inventé dans cette définition de l'amour. Je pourrais en proposer une autre ; pour l'instant, celle-ci me convient.

vendredi 16 janvier 2009

Les miracles de la vie

L'image vient d'ici

Les miracles « ne se produisent que
dans l'âme de celui qui les attend
. »

Sefan Zweig, Les prodiges de la vie

Après une attente qui aura semblé une éternité, où tout pouvait basculer, la vie a repris le dessus. Il a ouvert de grands yeux, ces yeux magnifiques, pleins d'une saine gourmandise et de tendresse. Puis il a souri, il a parlé, il a mangé... La fièvre a beaucoup diminué. Il a de nouveaux des étincelles dans les yeux. Il remonte la pente...

jeudi 15 janvier 2009

C'est la nuit...


« C'est la nuit qu'il est beau
de croire à la lumière »

Edmond Rostand


Même en ce moment où tout espoir semble audacieux, je veux croire au miracle de la vie, au triomphe de la lumière sur la nuit.

vendredi 7 novembre 2008

Tanguy


Puisque je le cite dans le billet précédent, aussi bien parler un peu ici de Michel del Castillo et, surtout, de son premier roman publié (en 1957, je crois), Tanguy, que je ne conseille pas à ceux qui cherchent de la littérature légère, de divertissement. Ce roman raconte la vie d'un petit garçon qui, pendant la guerre, abandonné par son père, manipulé par sa mère, connut les camps de concentration (entre 9 et 12 ans) ; il contient tellement d'horreurs qu'il est difficile de le lire sans pleurer à chaque page. Mais, comme il est écrit sur la quatrième de couverture de mon édition (Presses Pocket) : « ... C'est parce qu'il traversera toutes ces horreurs de la guerre et du monde des adultes avec un cœur d'enfant sans haine et sans amertume qu'il surmontera son désespoir et sera sauvé. »
J'en avais parlé une première fois en novembre 2005 et je me proposais d'en reparler ici depuis longtemps mais les livres de cet auteur ont tellement transformé ma vision des choses ces dernières années que je ne savais pas comment en parler, par quel bout l'aborder.
Au sujet de la réédition de 1994 de ce roman, Michel del Castillo écrit :
« Cette nouvelle édition d'un ouvrage que libraires et lecteurs ne cessaient de réclamer s'imposait plus encore après la parution de Rue des Archives, qui en éclaire les aspects cachés.
« Les deux ouvrages se répondent l'un l'autre. De Tanguy à Xavier, il y a toutefois plus que l'épaisseur d'une vie, il y a le vertige d'une horreur que je n'osais pas fixer, de peur de m'y abîmer. Premier roman de moi publié. Tanguy n'était pas ce cri du cœur que beaucoup voulurent y entendre. Il n'est pas le fruit de la nécessité biographique. Son modèle n'est pas le témoignage : il se trouve chez les auteurs que j'étudiais avec ferveur, notamment Dostoïevski.
« Je ne romançais pas ma vie, je biographisais le roman. C'est d'ailleurs sur ce point, l'exemplarité d'une enfance de guerre, de toutes les guerres, qu'insistait François Le Grix, mon mentor littéraire. C'est ainsi que les jeunes le lisent avec, dans leur tête, les images que la télévision leur assène. Aucun ne me demande si l'histoire est vraie, puisqu'elle se répète sous leurs yeux. Toujours et partout, du Rwanda à la Bosnie, du Viêt-Nam au Cambodge, ils reconnaissent le même enfant supplicié. »

Je ne cherche pas ce genre de littérature, habituellement ; pendant des années et des années, j'aurai été incapable de lire les livres de cet auteur, pas même Tanguy dont un ami m'avait recommandé la lecture il y a très longtemps. Bien que ce soit son premier roman, j'ai lu celui-ci une première fois il y a trois ans je crois, après avoir lu de nombreux autres livres de l'auteur. J'ai énormément pleuré en le lisant et, ces jours-ci, je suis en train de le relire et, en dépit de toutes les horreurs qu'on y trouve, je conserve le message d'espoir.
Je garde surtout une immense affection pour ce petit garçon, qui grandit peu à peu (il a maintenant 75 ans) ; et si je me suis tant attaché à lui c'est sans doute parce qu'il a traversé « toutes ces horreurs [...] avec un cœur d'enfant sans haine et sans amertume ». Il me rappelle en cela un autre cœur d'enfant, que je ne connaissais pas au moment de ma première lecture de ce roman, et qui, à le découvrir jour après jour, reste pour moi une constante source d'inspiration.

dimanche 29 avril 2007

Tiens, v'là l'printemps !


L'hiver a mis du temps à s'installer et il a mis du temps à s'en aller. Ces dernières semaines, on avait envie de dire de l'hiver ce que Woody Allen disait de l'éternité : « C'est long, surtout vers la fin ! »* Officiellement, le printemps est là depuis plus d'un mois, mais personne n'était dupe. La semaine dernière, il a fait beau et chaud, mais c'était un peu anormal. Ces trois derniers jours, il a plu et le mercure était frileux, comme la plupart des Québécois.

Cet après-midi, je suis allé manger au restaurant, rapidement (ma table étant prise, je n'avais pas envie d'y rester longtemps ; je n'étais pas tranquille pour y lire et y écrire). En sortant du restaurant, j'ai remarqué que le soleil voulait se montrer et j'aimais cette lumière de fin de journée, après la pluie.

J'ai essayé de capter cette lumière, ce léger brouillard qui flottait sur la ville sans que le soleil n'ait eu le temps de l'assécher. Mon appareil photo n'est peut-être pas assez perfectionné pour que je puisse saisir ces nuances dans la lumière, ce léger flou qui atténue les contours. Ou, plus sûrement, je n'ai pas les habiletés qu'il faudrait pour faire de vraies bonnes images.

De toute façon, si je n'ai pas pu les rendre en photos, je suis heureux d'avoir saisi de mes yeux ces nuances de lumière.

Et je suis plus heureux encore de constater que les bourgeons sont sortis et que, d'ici quelques jours, s'il ne fait pas trop froid, les arbres seront couverts de feuilles et l'on aura (presque) oublié l'hiver.


Quelques citations de saison :
  • « C'est en croyant aux roses qu'on les fait éclore. » (Anatole France - 1844-1924
  • « Il y a des pluies de printemps délicieuses, où le ciel a l'air de pleurer de joie. » (Paul-Jean Toulet - 1867-1920)
  • « C'est le printemps, la nature chante des psaumes. » (Félix Leclerc - 1914-1988)
  • « Les fleurs du printemps sont les rêves de l'hiver racontés, le matin, à la table des anges. » (Khalil Gibran - 1883-1931)
  • « Un rayon de soleil vaut tous les livres du monde. » (Christian Bobin - 1951- ).

Messages d'intérêt :
- Il y a trois mois, le 30 janvier, Olivier d'À cheval sur l'Atlantique devenait citoyen canadien. Félicitations encore, Olivier !
- Notre ami Pierre-Yves a ajouté sur son blogue quelques annonces publicitaires qui l'aideront... à prendre sa retraite un jour. Allez cliquer sur les annonces, ça ne vous engage à rien et ça peut lui donner un coup de main (et si ça marche pour lui, j'y penserai pour moi, tiens !) ; c'est par ici.
- Pierre-Yves a aussi créé un nouveau blogue, un site d'information sur le VIH, en fait, très bien fait et très intéressant. Je pense qu'il pourra être très utile à tous ceux qui veulent de l'information sur la façon de bien vivre avec le VIH ou... avec ceux qui en sont atteints. C'est par ici.

Olivier est très cruel, sans le vouloir : il annonce aujourd'hui que, durant ses vacances d'été, il ira... en Grèce ; ses billets sont déjà achetés. Alors que, moi, j'ai plus ou moins renoncé à y aller un jour... Parce que je suis jaloux et que j'aime cette musique qu'Olivier a mise dans son billet du 30 avril, je vais la lui piquer. Avant d'être Français, Italien, puis Québécois, j'ai dû être Grec dans une autre vie...

* Note du 1er mai : Merci à Didier Goux qui le remarque en commentaire : « L'éternité c'est long, surtout vers la fin » : cette citation, que l'on attribue toujours faussement à Woody Allen, est en réalité de Franz Kafka. Ce dernier est sans doute victime de la célébrité du cinéaste, comme le Christ, en d'autres temps, fut victime de l'ombre que lui faisait John Lennon, qui se disait plus populaire que le Nazaréen. Démonstration supplémentaire qu'on ne prête qu'aux riches.