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mercredi 12 novembre 2008

La lune en mouvement

La photo vient d'ici

Je n'ai vraiment pas eu le temps aujourd'hui de rêver, d'être dans la lune. On me pousse dans le dos pour que je fasse en un jour ce que je devrais faire en une semaine. Depuis ce matin, j'ai à peine pris quelques minutes pour manger et quelques autres minutes pour envoyer un message à mon amoureux.

Comme je devrai travailler toute la soirée et une bonne partie de la nuit, j'ai pris le temps vers la fin de l'après-midi d'aller faire une marche rapide au parc Jeanne-Mance ; ce ne fut au fond qu'un très rapide aller-retour. La lumière était belle et j'aurais voulu prendre des photos mais je n'en avais pas le temps (je dois dire aussi que j'ai déjà pris de nombreuses photos de ce coin du mont Royal). En redescendant l'avenue du Parc, je me suis tout de même arrêté environ quatre ou cinq minutes pour observer la lune qui m'est apparue entre deux bâtiments de l'Hôtel-Dieu. Encore très pâle, mais parfaitement ronde, elle était magnifique ! Comme on le fait dans certaines religions (juive, zoroastrisme ou mazdéisme, dans les cultures améridiennes), j'ai pris l'habitude, quand je l'aperçois, de faire mes dévotions à la lune et, sur un plan plus laïque, de lui adresser des messages pour quelqu'un que j'aime ; mais au fond, l'amour n'est-il pas aussi d'ordre spirituel ?

Pendant que je m'adressais à la lune, j'ai pu me rendre compte que ce disque lumineux que l'on croit immobile dans le ciel ne l'est pas tant que ça. En fait, c'est la terre qui tourne et qui, si je ne dis pas de bêtise, donne l'illusion que la lune se déplace autour de nous. En quelques minutes seulement, j'ai pu voir, en mesurant la distance entre le toit d'un bâtiment et la lune dans le ciel (pas la distance réelle, mais celle que mon oeil percevait en deux dimensions), que la lune ou la terre était en mouvement. La terre ne tourne pas si vite que nous en avons l'impression parfois à force de courir dans ce monde de fous mais, comme le disait si bien Galilée : « Et pourtant elle tourne » (Eppur si muove).


dimanche 15 juin 2008

Mon père, ce héros ?


L'image vient d'ici

Le troisième dimanche de juin c'est, dans de très nombreux pays, le jour de la fête des Pères.

Certains parcourront de longues distances pour aller exprimer leur filiale affection. J'ai beaucoup de respect et de tendresse pour cela. Quand mon père était vivant, tous ceux de la famille qui pouvaient le faire se rendaient à la maison familiale pour lui offrir leurs voeux et des cadeaux. Réunis autour de la table, nous renouvelions ensuite les dîners de famille. Ceux qui habitaient trop loin se manifestaient par téléphone, après l'avoir fait d'abord par la poste au cours des jours précédents. Depuis qu'il n'est plus là, je me contente d'avoir une pensée spéciale pour lui ce jour-là.

J'ai toujours eu avec ma soeur aînée et son mari une relation plus affectueuse qu'avec mes parents officiels. C'est normal puisqu'ils m'avaient « adopté » durant près de deux ans, faisant pratiquement de moi leur fils unique avant l'arrivée de leurs propres enfants. L'affection et la complicité qui sont toujours restées entre mon beau-frère et moi ont amené quelqu'un que je connaissais à se demander si, en fait, ma soeur et mon beau-frère n'étaient pas mes véritables parents ; la question m'avait quelque peu désarçonné, avait semé le doute en mon esprit. Le jour du décès de mon père alors que nous étions plusieurs à manger au restaurant, près de l'hôpital, mon beau-frère a lui-même abordé la question de mon « adoption » durant deux ans, dans les toutes premières années de mon existence ; j'en ai profité pour lui poser la question. M'annonçant qu'il avait été un moment question de m'adopter officiellement mais que non, il n'était pas mon père, que j'étais réellement le fils de mes parents.

Mon « père affectif » a célébré dernièrement un anniversaire important ; plus de soixante-quinze personnes sont venues de partout pour souligner l'événement et, bien entendu, j'y étais. Toutefois, ce qui lui aura fait le plus plaisir, j'en suis sûr, c'est que le lendemain, profitant du passage d'une nièce qui a une voiture (je suis sans doute le seul à ne pas en avoir, au fond), je suis allé lui rendre visite dans sa municipalité des Laurentides, au nord de Montréal ; il était si fier de me faire visiter la maison dont il vient à peine de terminer la construction et l'aménagement. Fier de cette maison qu'il a construite lui-même dans ses moindres détails, de ses propres mains, mais fier surtout de me la faire visiter à moi, et heureux que je sois là, chez lui, moi qui suis toujours ému de les voir, ma soeur et lui, dans les réunions de famille mais qui ne suis pas allé très souvent chez eux ces dernières années.

Vers le milieu de l'adolescence, mon neveu-filleul m'appelait toujours à la fête des Pères car, disait-il, j'étais son « père spirituel » (parce que ses parents étaient divorcés et qu'il ne voyait pas souvent son père, j'essayais d'être le plus présent possible).

Je connais un garçon pour qui ce devoir filial reste un rendez-vous incontournable dans une vie pourtant bien remplie. Hier soir, après une longue journée de travail, à sauver des vies, soulager des souffrances, encourager ou tenter de consoler des familles, ce jeune homme est monté sur sa moto, après dix-neuf heures, a parcouru plus de cent cinquante kilomètres afin d'aller se recueillir sur la tombe de son père et y déposer la gerbe de fleurs qu'il avait fait préparer pour l'occasion. Elles côtoieront celles qu'y avaient déposées plus tôt dans la journée le frère aîné, l'autre fils aimé et aimant. Après avoir fait ses dévotions, après ce moment de recueillement, le garçon verra qu'il y a de la lumière dans la maison familiale qu'habite le frère aimé. Il ne s'arrêtera toutefois pas pour aller saluer le grand frère. Il remontera sur sa moto, reprendra la route pour refaire en sens inverse les cent cinquante kilomètres et finalement rentrer chez lui vers minuit.

Voilà bien un jeune homme pour qui « amour filial, mémoire, fidélité, respect des traditions » ne sont pas de vains mots. Je sais aussi qu'un peu partout sur la Terre, d'autres fils, d'autres filles, auront rendu hommage à leur père, qu'il soit vivant ou disparu. Moi qui n'ai pas tellement l'esprit de famille, j'ai pourtant pour eux beaucoup de respect et, d'une certaine façon, je les envie.