lundi 26 mai 2014
... J'écris ton nom
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom
Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom
Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom
Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom
Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunies
J'écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom
Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer Liberté.
Paul Éluard, in Poésies et vérités 1942 Éditions de Minuit, Paris, 1942.
Pour Éluard, ce prénom qu'il écrit partout, est féminin, celui de la Liberté. Je peux aussi l'écrire au masculin, partout : Alexander.
lundi 17 octobre 2011
samedi 9 avril 2011
Amitié « contre nature » ?
Cette perruche est vraiment trop mignonne !
Si j'en adoptais une autre, j'en voudrais une comme celle-ci.
vendredi 24 décembre 2010
Esprit de Noël
Des amis très chers sont encore terriblement éprouvés et pour eux cette fête ne ressemblera en rien aux célébrations qu'ils ont connues dans le passé. « Ne pensez pas à nous, soyez heureux », m'écrivait quelqu'un il y a quelques jours. Je reste sans nouvelles d'autres personnes que j'aime beaucoup. Je penserai aux uns et aux autres en souhaitant à chacun un peu de calme, de réconfort et beaucoup d'amour. Je me réjouirai avec ceux qui sont joyeux et je serai de tout mon cœur avec ceux pour qui ces moments de réjouissances sont plus difficiles et plus douloureux.
J'ai reçu de certains lecteurs et lectrices fidèles de très beaux et très émouvants messages personnels auxquels je répondrai ; en attendant ma réponse personnelle, qu'ils en soient publiquement remerciés. Un ami lointain vient de m'appeler. Je me prépare à aller rejoindre certains membres de ma famille... Peu à peu, j'entre dans l'esprit de Noël.
Ce matin, au moment où j'allais ouvrir les stores du salon, j'ai entendu un bruit à la fenêtre, comme si quelqu'un voulait entrer (j'habite un appartement au sixième étage). Puisque le store de ce côté était à moitié fermé, il m'a fallu un petit moment avant d'apercevoir, perchés sur le bord de la fenêtre, deux oiseaux que je ne connais pas et que je n'ai jamais vus d'aussi près (ce n'étaient ni des mouettes, ni des pigeons, ni des mésanges ou des moineaux). Je suis resté plusieurs minutes à les observer faire leur toilette et se chauffer au soleil. Je veux croire qu'ils étaient porteurs d'un message de paix et de tendresse.
Je souhaite à tous, à chacun de vous, de très joyeuses fêtes, sous le signe de la sérénité, de la joie, de l'amour et du partage. Que la tendresse accompagne chacune de vos pensées, chacune de vos paroles, chacun de vos gestes.
Alexander avait depuis longtemps fait sienne cette règle de vie qui peut englober toutes les dimensions de la vie terrestre ; il en était lui-même une excellente illustration : « Bonne pensée. Bonne parole. Bonne action. »
lundi 29 novembre 2010
Réjouissances royales


Alors que ses parents, le prince Charles et Lady Di, s'étaient mariés à la cathédrale Saint-Paul, en 1981, le prince William, deuxième dans l'ordre de succession au trône d'Angleterre, a plutôt choisi l'abbaye de Westminster.
Sachant qu'Alexander était voisin de l'abbaye de Westminster, je me souviens qu'au début de nos conversations, au printemps 2008, j'avais mentionné que je savais que c'était l'église la plus célèbre de Londres et que de très nombreuses cérémonies, souvent grandioses, y avaient été tenues au cours des siècles. Alexander avait précisé que malheureusement il y avait eu là, aussi, les plus tristes, les plus déchirantes cérémonies au monde. Je n'avais pas demandé de précision, mais j'avais deviné ce qu'il avait en tête.
Alexander était fier d'être né en Angleterre : il en aimait sa culture, ses traditions, ses institutions... Je regrette qu'il n'ait pas pu voir l'éventuel couronnement du prince Charles. Il aurait été heureux d'être témoin du mariage du prince William, né à peine deux mois après lui.


Pour ses fiançailles, William a offert à Kate la bague de fiançailles portée par sa mère. C'est une bague magnifique !

En cette période de morosité économique et politique, ce mariage à venir apportera un peu de rêve, viendra nourrir l'imaginaire des Britanniques, cimenter l'affection pour la famille royale, resserrer les liens entre les Britanniques, stimuler une partie de l'économie, etc.

Fervente admiratrice de Lady Di, dont elle s'inspire dans ses tenues vestimentaires, notamment, Kate Middleton inspirera aussi bien des jeunes filles. Déjà, on peut commander une copie de sa robe de fiançailles...

Le zoo de Chester, en Grande-Bretagne, a profité des fiançailles de William et Kate pour présenter son nouveau couple aviaire royal : il s'agit de Spéos royaux ou de Choucadors royaux. Ceux-ci ont été nourris au biberon. Ils sont originaires du Kenya, où le prince William a demandé Kate Middleton en mariage. Si vous pensez que l'on a donné à ce couple d'oiseaux, devenus célèbres, le prénom de Kate et de William... vous aurez raison.
dimanche 26 septembre 2010
Miroir en deuil

Moins de trois ans après le départ de sa compagne, Coco, la petite perruche, s'est éteinte aujourd'hui. Je m'y attendais un peu car, depuis quelques jours, elle dormait beaucoup. Puis elle se réveillait, me parlait un peu, s'installait à l'entrée de la cage et, attendant mon encouragement, elle faisait le tour du salon, puis elle rentrait chez elle. Elle mangeait un peu et... dormait encore.
Elle partageait ma vie depuis plus de treize ans, comme Harry avait partagé celle d'Alexander durant treize ans... Elle n'était pas malade - le grand âge n'est pas en soi une maladie : au contraire, si on a la santé et des conditions d'existence satisfaisante, je crois que c'est un grand privilège.
Quand la première perruche est partie, il y a trois ans, Coco a commencé à tromper sa solitude avec un petit miroir pendant que je continuais de me pencher vers l'écran de mon ordinateur. Je ne savais pas encore que, quelques mois plus tard, un garçon extraordinaire cherchant des images sur Internet, se pencherait attentivement sur son écran pour lire tous les articles et tous les commentaires de ce blogue, que ce garçon merveilleux transformerait ma vie...
J'ai beau me pencher sur l'écran de mon ordinateur, il ne m'apporte plus les mots les plus délicieux du plus adorable des garçons ; à compter d'aujourd'hui, le petit miroir de la cage n'aura plus d'image à renvoyer. Depuis le milieu de l'après-midi, un autre coeur, tout petit, a cessé de battre dans cette maison et, encore une fois, je me sens désemparé. Un silence nouveau s'est installé, que je n'ose pas rompre, même par une musique en sourdine...
lundi 7 juin 2010
Un rossignol amoureux
Alexander m'a toujours dit que si un jour il devait retourner sur son étoile ou sur la Lune, il serait tout de même toujours près de moi et il insistait que je ne devais jamais oublier qu'il était là. Je dois dire que les dernières semaines ont été très difficiles. Ce n'est pas vrai qu'avec le temps le chagrin diminue. Mais avec le temps qui passe, les proches croient que le chagrin devrait s'atténuer et que l'on ne devrait plus avoir besoin d'autant d'attention. À qui, alors, dire sa peine ? à qui parler encore de ce qui nous manque cruellement ? Je reconnais que ces derniers temps, peut-être parce que j'étais plus préoccupé par des problèmes pressants (mais tout est lié : l'état d'esprit influence tout le reste), même si je pensais toujours à lui et que mes rituels n'ont pas changé, il m'était plus difficile de sentir sa présence. Et cela même me rendait malheureux. Et, depuis deux ou trois jours, je ne sais plus pourquoi exactement, je sens davantage la présence d'Alexander. Je perçois très souvent des signes qui étaient peut-être là auparavant mais que je n'arrivais pas à décoder.
Vendredi soir, par exemple, je suis sorti pour aller manger au restaurant. Le soleil se couchait à l'horizon. Ma rue est bordée de grands arbres des deux côtés. Devant chez moi, j'entendais les oiseaux se préparer pour la nuit. Puis un chant se distinguait très nettement parmi les autres. Je me suis arrêté, cherchant je ne sais pourquoi dans l'épais feuillage, l'oiseau qui chantait si bien. Et je l'ai vu : il était perché sur un élément décoratif de la corniche d'une maison de quatre étages ; sa silhouette était clairement découpée sur le bleu violacé du ciel. Je pouvais même distinguer le gonflement de sa poitrine et les mouvements de son bec. Il semblait seul au monde et si heureux de chanter. C'était, vous l'aurez deviné, un rossignol. Alexander avait raison de mentionner que dans la Grèce antique son chant magique inspirait les amoureux. Je crois qu'aujourd'hui encore, souvent sans le savoir, les amoureux sont sous le charme de cet enchanteur. Je suis resté longtemps à l'écouter, en pensant à tout ce qu'aurait dit Alexander. Puis je me suis dit que tout ce qu'Alexander aurait voulu m'exprimer passait ce soir-là par le chant merveilleux d'un rossignol qui semblait ne chanter que pour moi.
vendredi 26 juin 2009
Le petit oiseau de toutes les couleurs

Pour faire le portrait d'un oiseau
Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
Placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
Se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
Peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.
Jacques Prévert
Je vous conseille vivement d'aller regarder cette vidéo, pour apprendre vraiment comment faire le portrait d'un oiseau.
lundi 14 juillet 2008
J'ai vu chanter un rossignol sous la lune...
Le chant du rossignol
Il m'était rarement arrivé ces dernières années de me coucher moi-même au petit matin et d'entendre le chant des oiseaux qui annoncent le jour. Ces derniers mois, cependant, je me suis plusieurs fois couché très tard la nuit, pour pouvoir écrire. Vous me croyez difficilement, et je vous comprends, car ce blogue ne semble pas refléter une intense activité intellectuelle ou créative ; c'est que ce j'ai écrit et que je continue d'écrire tous les jours n'est pas destiné à un grand public. Je vous entends penser que je pourrais bien les publier ici parce que le nombre de lecteurs n'est pas très grand ; vous auriez raison : vous devez bien être deux ou trois encore et, sans vous nommer, je vous remercie de votre fidélité. Après avoir publié, le 6 mai dernier, l'article intitulé « Sérénade printanière », j'ai appris que l'oiseau que l'on entendait dans l'enregistrement musical était un rossignol ; au cours des nuits suivantes, j'ai souvent entendu chanter dans la nuit ou le petit matin un oiseau que je pouvais maintenant identifier : il ne s'agissait pas d'un coq, ni français ni suisse, mais bien d'un rossignol.
Comme j'ai aussi écrit un article sur la lune, le 24 juin dernier, et que d'autre part j'ai eu l'occasion de parler assez souvent avec quelqu'un que j'aime beaucoup, quelqu'un qui aime Colette pour ses écrits, bien sûr, mais qui a aussi des raisons personnelles de l'aimer et de la faire aimer, il me semblait indispensable d'évoquer ici la grande Colette, surtout que le hasard m'a mis sous les yeux, tout récemment, ce texte que j'avais lu il y a longtemps mais dont je n'avais retenu que le titre, Les vrilles de la vigne, dont voici de larges extraits :

Il se couchait sur le coup de sept heures, sept heures et demie, n'importe où, souvent dans les vignes en fleurs qui sentent le réséda, et ne faisait qu'un somme jusqu'au lendemain.
Une nuit de printemps, le rossignol dormait debout sur un jeune sarment, le jabot en boule et la tête inclinée, comme avec un gracieux torticolis. Pendant son sommeil, les cornes de la vigne, ces vrilles cassantes et tenaces, dont l'acidité d'oseille fraîche irrite et désaltère, les vrilles de la vigne poussèrent si dru, cette nuit-là, que le rossignol se réveilla ligoté, les pattes empêtrées de liens fourchus, les ailes impuissantes...
Il crut mourir, se débattit, ne s'évada qu'au prix de mille peines, et de tout le printemps se jura de ne plus dormir, tant que les vrilles de la vigne pousseraient.
Dès la nuit suivante, il chanta pour se tenir éveillé :
Tant que la vigne pousse, pousse, pousse...
Je ne dormirai plus !
Tant que la vigne pousse, pousse, pousse...
Il varia son thème, l'enguirlanda de vocalises, s'éprit de sa voix, devint ce chanteur éperdu, enivré et haletant, qu'on écoute avec le désir insupportable de le voir chanter.
J'ai vu chanter un rossignol sous la lune, un rossignol libre et qui ne se savait pas épié. Il s'interrompt parfois, le col penché, comme pour écouter en lui le prolongement d'une note éteinte... Puis il reprend de toute sa force, gonflé, la gorge renversée, avec un air d'amoureux désespoir. Il chante pour chanter, il chante de si belles choses qu'il ne sait plus ce qu'elles veulent dire. Mais moi, j'entends encore à travers les notes d'or, les sons de flûte grave, les trilles tremblés et cristallins, les cris purs et vigoureux, j'entends encore le premier chant naïf et effrayé du rossignol pris aux vrilles de la vigne :
Tant que la vigne pousse, pousse, pousse...
Cassantes, tenaces, les vrilles d'une vigne amère m'avait liée, tandis que dans mon printemps je dormais d'un somme heureux et sans défiance. Mais j'ai rompu, d'un sursaut effrayé, tous ces fils tors qui déjà tenaient à ma chair, et j'ai fui... Quand la torpeur d'une nouvelle nuit de miel a pesé sur mes paupières, j'ai craint les vrilles de la vigne et j'ai jeté tout haut une plainte qui m'a révélé ma voix.
Toute seule, éveillée dans la nuit, je regarde à présent monter devant moi l'astre voluptueux et morose. Pour me défendre...
Colette, Les vrilles de la vigne.
mardi 6 mai 2008
Sérénade printanière
Ce matin, donc, en entendant la musique qui suit, j'ai voulu savoir ce que c'était. Le compositeur en est Enrico Toselli, un nom que je n'ai jamais vu auparavant. Une petite recherche sur Internet n'a pas donné beaucoup de résultats. J'ai pu au moins apprendre qu'il est né à Florence en 1886 et mort en 1926, je ne sais où.
Il s'est surtout fait connaître par cette sérénade. Aujourd'hui, cependant, ce sont généralement ses interprètes qui sont plus connus, notamment celui qui joue sur cet enregistrement. J'aurais voulu faire entendre la version chantée par Tino Rossi, mais je ne l'ai pas trouvée (non, non, je sais que Tino Rossi n'est pas exactement un contemporain de Toselli).
Cette musique, ce matin, me rappelle un très agréable repas que j'avais pris dans le jardin d'un restaurant des Laurentides avec une vieille amie. Pendant que nous mangions, des haut-parleurs dissimulés dans les arbres diffusaient ce genre de musique. Elle était présente mais assez discrète pour ne pas attirer l'attention.
Ce genre de musique (les oiseaux en moins) me rappelle surtout de belles scènes de grands films, comme Mort à Venise, le Guépard, deux films de Visconti, pour ne nommer que ceux-là. Je revois l'Hôtel Les Bains de Venise, ou le palais du prince sicilien don Fabrizio Salina...
Ce n'est pas le genre de musique que j'écoute tous les jours, mais ça change de Gustav Mahler, de Dmitri Chostakovitch. Et puisque le printemps est là, qu'il invite à profiter du beau temps, de la nature, des parcs, du jardin ou du balcon, pourquoi ne pas faire de cette sérénade une salutation au printemps ?
dimanche 9 décembre 2007
Cervelles d'oiseau
Federico Garcia Lorca
Je l'avais dragué toute la soirée et, toute la soirée, il n'avait cessé de me fuir. Je fus donc surpris quand au moment de rentrer chez moi, il s'approcha pour demander si j'avais du feu. Je crois que j'avais sur moi des allumettes que je lui tendis. Il alluma sa cigarette et continua de marcher à côté de moi sans rien dire. Il était tard et nous étions seuls ; je lui dis que, puisque nous semblions aller dans la même direction, aussi bien faire la conversation en marchant. Il me répondit que les Québécois n'aimaient pas trop parler aux étrangers qui ne parlent pas bien français. Je lui répondis que je n'étais pas « les Québécois » et que je ne savais pas qu'il ne parlait pas bien français puisque je n'avais entendu de sa bouche que les quelques mots qu'il avait prononcés pour me demander si j'avais du feu.
Il était chilien et avait interrompu ses études à Santiago pour venir au Québec. Sa connaissance du français n'était pas parfaite ; s'il avait du mal à terminer sa phrase, je lui demandais de le dire en espagnol ; nous parvenions très bien à nous comprendre. Je ne me souviens plus de la conversation que nous avons eue ensuite, mais elle était assez intéressante pour que je le raccompagne devant la porte de son appartement avant de rentrer chez moi.
Le lendemain, en fin de soirée, je le vis arriver dans le bar que je fréquentais tous les soirs depuis quelques mois. J'avais dû lui dire, en le raccompagnant, que je fréquentais ce bar ; et je crois me souvenir qu'il y allait assez souvent aussi. Il se dirigea directement vers moi, m'embrassa et resta à mes côtés pratiquement jusqu'à la fermeture du bar. La conversation n'était pas facile à cause du volume de la musique. Mais nous prenions tous deux plaisir à voir danser les garçons. Quand je décidai de rentrer, il me demanda s'il pouvait partir en même temps que moi. Comme la veille, je le raccompagnai à la porte de l'appartement qu'il partageait avec son amoureux.
Vers la même heure, le lendemain il vint me trouver dans ce bar où j'aimais observer la faune garçonnière et où j'étais devenu une sorte d'« animateur ». Je trouvais un peu triste que tous ces garçons qui cherchaient à briser leur solitude ne se parlent pas entre eux ; j'avais donc commencé à parler aux uns et aux autres et, au fil des soirées, des semaines, j'étais devenu pour un grand nombre d'entre eux la personne qu'ils pouvaient saluer et à qui ils pouvaient parler un moment s'ils en avaient envie. Très souvent, à mon arrivée un peu avant minuit, le portier, l'un des deux propriétaires ou le barman me disait : « Vas voir un tel ; je pense qu'il est déprimé ou que ça ne va pas. » J'allais donc saluer celui que l'on m'avait désigné et tenter de voir ce qui n'allait pas. Il m'arriva de donner rendez-vous à un jeune homme qui voulait se suicider parce qu'il venait de perdre son poste de gérant de restaurant ; je l'ai aidé à refaire son curriculum vitae et je l'ai encouragé à relancer ses démarches ; quelques semaines plus tard, j'appris qu'il avait non seulement décroché un poste dans un bon restaurant mais qu'en plus il donnait des cours de cuisine à la télévision. La plupart du temps, il suffisait de parler un peu et d'accorder à l'un et à l'autre un peu d'attention affectueuse dont tout le monde a besoin, surtout quand la solitude pèse, notamment après une déception amoureuse. Ces sorties me faisaient du bien mais, en plus, j'avais le sentiment d'être, par ma seule présence, utile aux autres. Chacun se sentait ainsi moins seul, puisqu'il avait l'impression d'avoir un « ami » qui l'attendait dans ce bar. Mon jeune Chilien le comprit très vite.
Deux ou trois jours plus tard, au moment où je le raccompagnais, il me demanda quand je l'inviterais à prendre le thé chez moi. Je lui répondis qu'il était le bienvenu quand il le voudrait, que je ne le lui avais pas proposé pour ne pas l'effrayer, puisqu'il m'avait fui toute la soirée quelques jours plus tôt. Il me dit qu'il devait rentrer, mais que le lendemain il m'inviterait chez lui. Le lendemain, en fin de soirée, je le raccompagnai comme les jours précédents et, au lieu de me quitter devant chez lui, il m'invita à monter. Il prépara du thé et quelques petits trucs à grignoter et nous nous installâmes au salon pour écouter de la musique. Son copain était au Chili pour quelques semaines ; nous pouvions donc écouter de la musique toute la nuit sans déranger personne. Je rentrai chez moi au petit matin. Nous nous retrouvâmes au bar en fin de soirée et chaque soir, à la fermeture ou un peu avant, nous rentrions chez lui pour boire du thé et parler en écoutant de la musique.
Il me fit découvrir beaucoup de musique chilienne et latino-américaine. Je me souviens particulièrement des chansons de la Chilienne Violeta Parra et de l'Argentine Mercedes Sosa. En écoutant cette musique, il me parlait de lui, du Chili, de l'Amérique latine. Avec lui, je découvrais tout un univers qui ne me disait pas grand-chose auparavant. Il me parla avec beaucoup d'émotion du poète espagnol Federico Garcia Lorca, fusillé en 1936 et dont l'évocation du nom et des oeuvres fut pratiquement interdit en Espagne jusqu'à la mort de Franco en 1975.
Un soir, ou plutôt : une nuit, après avoir écouté pas mal de disques de musique chilienne, il me demanda ce que je voulais écouter ; sachant qu'il jouait de la guitare et qu'il chantait, je lui répondis simplement : « Toi ! ». Il me dit : « D'accord, pour toi, je vais chanter ». Il prit sa guitare et commença à chanter. Je fondis littéralement, de bonheur et de joie. Il chantait merveilleusement bien. Et j'étais très touché qu'il chante pour moi sans fausse pudeur. J'étais ravi, mon coeur et mon âme étaient transportés et je ne m'appartenais plus. J'étais véritablement sous le charme de ce garçon...
Il n'était pas question d'être amoureux. Ni lui ni moi ne le souhaitions et une relation amoureuse entre nous aurait été catastrophique, voire incestueuse, puisque je le considérais comme un frère. Nous ne parlions pas la même langue, mais nous parlions le même langage. Je voyais de plus en plus ce charmant Chilien, pas seulement le soir dans ce bar que nous fréquentions, mais durant la journée aussi. Il venait chez moi, j'allais chez lui ; nous passions de longues heures ensemble. Il lui arrivait de m'appeler à quatre heures du matin pour me demander s'il pouvait passer prendre un café ou si je voulais venir manger avec lui. Il faisait partie d'un groupe musical chilien et je suis allé plusieurs fois le voir et l'entendre sur scène. Je rencontrais tout un réseau d'amis...
Puis un jour, il a été plus occupé ; je le voyais moins souvent. Il me donnait parfois rendez-vous sans venir. Je l'attendais parfois durant des heures alors qu'il avait oublié qu'il devait passer chez moi ou me téléphoner... Il se passait parfois des jours, puis des semaines, sans qu'il m'appelle. Je commençai à compter les mois. Puis je décidai que je ne le verrais plus. Ce fut douloureux, mais je tins ma résolution.
Plusieurs mois plus tard, je l'ai croisé un jour dans la rue. Nous avons échangé quelques politesses, quelques nouvelles. Au moment de nous quitter, il me demanda si j'allais l'appeler ; je répondis : « Non ! ». Il voulut savoir pourquoi ; je lui répondis que j'avais eu assez de mal à ne plus attendre son appel et que je ne voulais pas recommencer à attendre en vain. Il eut l'air de comprendre. Il est reparti blessé, sans doute. Moi aussi. Malgré tout, j'étais satisfait d'avoir eu assez de force pour ne pas retomber sous le charme.
Je crois qu'il m'a dit qu'il était devenu professeur de langue et de littérature espagnoles. Je suis persuadé qu'il est un excellent professeur car ce qu'il m'avait enseigné, il l'a fait avec beaucoup d'intelligence et de finesse. Je me demande s'il écrit encore sur la belle table ancienne que j'avais achetée chez un antiquaire quelques années plus tôt et que je lui avais cédée puisqu'il souhaitait l'avoir...
Ajout : Voici les paroles de la chanson « Credo - misa campesina », interprétée par Nana Mouskouri et Mercedes Sosa :
Creo señor firmemente
Que de tu pródiga mente
Todo este mundo nació
Que de tu mano de artista
De pintor primitivista
La belleza floreció
Las estrellas y la luna
Las casitas las lagunas
Los barquitos navegando
Sobre el rio rumbo al mar
Los inmensos los cafetales
Los blancos algodonales
Y los bosques mutilados
Por el hacha criminal
Los inmensos los cafetales
Los blancos algodonales
Y los bosques mutilados
Por el hacha criminal
Creo en voz
Arquitecto ingeniero
Artesano carpintero
Albañil y armador
Creo en voz
Constructor de pensamiento
De la musica y el viento
De la paz y del amor
Yo creo en voz Cristo obrero
Luz de luz y verdadero
Unigénito de Dios
Que para salvar al mundo
En el vientre humilde y puro
De Maria se encarnó
Creo que fuiste golpeado
Con escarnio torturado
En la cruz martirizado
Siendo Pilatos pretor
El romano imperialista
Puñetero desalmado
Que lavandose las manos
Quiso borrar el error
El romano imperialista
Puñetero y desalmado
Que lavandose las manos
Quiso borrar el error
Creo en voz
Arquitecto ingeniero
Artesano carpintero
Albañil y armador
Creo en voz
Constructor de pensamiento
De la musica y el viento
De la paz y del amor
Creo en voz
Arquitecto ingeniero
Artesano carpintero
Albañil y armador
Creo en voz
Contrustor de pensamiento
De la musica y el viento
De la paz y del amor
Paroles et musique de Carlos Garcia Godoy, musicien, compositeur et chanteur du Nicaragua.
Si vous lisez l'espagnol et que vous voulez en savoir plus sur l'histoire de cette chanson qui, à l'image de nombreux Latino-américains, ne dissocie pas la Foi de l'Engagement politique, je vous suggère cet intéressant article.
mercredi 5 décembre 2007
Au delà du miroir
Cette image vient d' iciJ'ai été assez surpris de la réaction de l'autre. Je croyais qu'elle serait très triste de voir ainsi disparaître sa compagne. Rien ne semblait changé dans son comportement. J'ai cependant eu la bonne idée d'installer immédiatement dans la cage un petit miroir à deux faces. Quelques minutes plus tard, elle avait accepté dans sa cage ce nouvel objet qui ne lui était pourtant pas tout à fait inconnu puisqu'il avait déjà fait partie de son décor ; je l'avais retiré il y a longtemps parce que l'une ou l'autre des perruches passait trop de temps à dialoguer avec le miroir pendant que l'autre se demandait ce que sa compagne ou son compagnon avait ainsi à soliloquer. Durant plusieurs jours, j'ai eu l'impression que la petite perruche ne se rendait pas compte de la disparition de l'autre. Elle continuait de chanter et de parler longuement au miroir comme s'ils avaient toujours vécu ensemble ou comme si elle voulait séduire. Par moments, je la sentais s'impatienter de la froideur de l'autre qui persistait à se tenir derrière la vitre...
Quelques mois ont passé et la perruche continue d'accorder beaucoup d'attention à son miroir, à lui parler, à chanter, à essayer de faire des câlins à l'image qui l'attire. Parfois, j'ai le sentiment qu'elle n'est pas tout à fait dupe. Alors qu'au début, elle ne s'éloignait que très brièvement du miroir, elle s'en éloigne maintenant un peu plus longtemps mais elle y revient toujours. Si elle sort de la cage pour faire le tour du salon, elle revient vite au miroir pour lui raconter sa sortie ou pour demander à sa compagne pourquoi elle ne l'a pas suivie. Parfois, durant la journée, je la sens un peu triste ; on dirait qu'elle attend de sa compagne en deux dimensions un peu plus de chaleur et d'affection. Hier, je la voyais caresser de sa tête le cadre du petit miroir puis, durant plusieurs minutes, elle glissa sa tête sous le cadre comme si elle demandait à sa compagne de lui caresser la tête...Elle m'a fait prendre conscience que nous vivons un peu la même situation. Je sais bien que c'est ma propre image que me renvoient les miroirs du salon et cette forme de narcissisme ne m'attire pas particulèrement. Toutefois, je suis abonné à Internet depuis plus de sept ans et si, comme je l'ai raconté longuement ici, ce réseau permet de formidables rencontres et permet d'entretenir le dialogue avec des amis, il peut aussi se transformer à l'occasion en miroir aux illusions... « Alouette, gentille alouette... »
Comme ma perruche, je me surprends certains soirs à me pencher la tête sur l'écran et à attendre que l'on me caresse le crâne... Quelle différence y a-t-il donc entre moi et une cervelle d'oiseau ?
jeudi 1 mars 2007
Une mésange fait... plaisir
« Une hirondelle ne fait pas le printemps », dit-on. Cependant, une mésange fait toujours plaisir. Les mésanges sont de la famille des passereaux et elles sont très présentes au Québec, même en hiver. Elles sont très sociables et, si l'on veut s'en donner la peine, elles s'apprivoisent assez facilement. On les voit partout et on ne remarque pas toujours leur présence, mais je les aime bien.
Il y a quelques années, ma soeur m'avait rapporté d'un voyage dans l'Ouest canadien cette jolie aquarelle signée Lois Bauman. À chaque fois qu'elle venait chez moi, l'une de mes voisines se dirigeait tout droit vers cette aquarelle et ne tarissait pas d'éloges sur les mésanges. Cette photographie ne rend pas vraiment justice aux couleurs.

Hier, en rentrant chez moi, je suis passé à la Poste pour ramasser un colis que le facteur n'avait pu livrer en mon absence. En voyant le petit colis, léger, j'ai vite deviné qui me l'envoyait et... ce qu'il contenait.
Éric, un copain de Paris, m'avait parlé de cet oiseau en peluche qu'il souhaitait que je réadresse de sa part à un ami commun (dont j'ai déjà parlé ici) parce qu'il ne voulait pas lui demander lui-même son adresse... Je sais, c'est un peu compliqué : on m'envoie de Paris un petit colis pour que je le renvoie en France à une autre adresse... Mais la vie serait tellement moins intéressante s'il elle ne nous offrait pas de temps à autre des caprices humains.
Le colis devait arriver pour Noël mais il est arrivé... hier. Qui donc se plaignait du service postal canadien ? Un colis expédié de Paris à la mi-décembre est arrivé à Montréal à la fin du mois de février : la pauvre mésange serait arrivée plus vite si elle était venue de ses propres ailes.
Comme les postiers n'étaient pas pressés de m'apporter la mésange que je devais réexpédier en France, Éric a fini par adresser lui-même une autre mésange à un autre Éric (vous n'êtes pas obligés de suivre et de comprendre) et la mésange qui est arrivée hier restera chez moi. Merci, Éric : en entendant le chant de la mésange, mes perruches et moi penserons souvent à toi qui aime aussi les oiseaux.
Il s'agit donc d'une mésange en peluche, qui a une histoire que j'ai oubliée... Quand on appuie sur son dos, elle chante. Mes perruches se sont laissé prendre : en entendant le chant de la mésange, elles ont commencé avec elle un dialogue que je n'ai pas su interpréter.
On trouvera ici de très belles photos de mésanges.
lundi 20 mars 2006
Un oiseau fait-il le printemps ?

« Une hirondelle ne fait pas le printemps », dit-on. Je ne sais pas quand vous avez vu une hirondelle pour la dernière fois, mais à Montréal, ça fait une éternité. Depuis quelques semaines, on nous annonçait pour aujourd'hui, 20 mars, l'arrivée du printemps ; longtemps avant l'heure dite, 13 h 26, j'étais appuyé au rebord de la fenêtre du salon, scrutant le ciel pour y voir passer l'hirondelle. J'aurais préféré l'attendre dehors, mais il faisait un froid nordique ; j'étais donc plutôt sceptique : je ne croyais pas vraiment qu'une hirondelle traverserait mon ciel. J'aurais été beaucoup moins surpris d'y voir passer une série de pingouins. J'ai bien attendu une heure à ma fenêtre et en fait d'oiseaux, je n'ai vu en me retournant que mes deux perruches qui se demandaient ce que je pouvais bien chercher dans le ciel ; je leur ai donné quelques feuilles d'épinards et j'ai cherché, pour me consoler de cette vaine attente, le beau poème de Jacques Prévert que voici :
| Peindre d'abord une cage Si vous êtes plus auditif que visuel, vous pourrez entendre ce poème dit par René Clermont en cliquant ici. |
dimanche 29 janvier 2006
J'étais un aigle...
| You Were an Eagle |
You are able to rise above the details of life and see the big picture. A spiritual being, you tend to go beyond material concerns. |
... quelqu'un pourrait me dire ce que je fais maintenant dans la basse-cour ?



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