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mercredi 25 mars 2009

Son meilleur ami

Le type de relation qu'entretiennent les gens avec leur chien serait un intéressant sujet d'enquête, il me semble, à condition, bien sûr, que tous y participent avec le plus de franchise possible. Je n'entreprendrai pas moi-même ce type d'enquête, mais je serais curieux de prendre connaissance des résultats. Que ce soit au parc où je vais tous les jours faire ma promenade ou dans la rue où je rencontre les maîtres et les maîtresses avec leur chien en laisse, je suis toujours curieux d'évaluer rapidement le type de complicité qui existe entre l'humain et son animal.

Il y a dans mon immeuble un homme qui vit seul avec son chien. Il a déjà été marié, il a un grand fils qu'on ne croise plus dans les couloirs, mais il est très sociable et reçoit de nombreux visiteurs. J'ai vu ce chien arriver dans l'immeuble il y a trois ou quatre ans ; petit bâtard vif, très gentil, il a toujours envie d'un câlin. Depuis quelques mois, il a pris beaucoup de poids. Je l'observe parfois sur le trottoir avec son maître ; le chien aurait envie de courir, de jouer, mais son maître est paresseux. Sortir son chien semble être pour lui une corvée. Parfois l'une des voisines propose d'aller jouer au parc avec le chien ; pour ce dernier, c'est une vraie fête.

L'autre jour, je regardais une femme sur le trottoir d'une rue très passante avec ses deux chiens en laisse. Ceux-ci essayaient de faire leurs besoins dans un petit carré de verdure à moitié couvert de neige. Pendant ce temps-là, leur maîtresse était au téléphone. Elle n'avait pas du tout l'air d'une femme d'affaires ou de quelqu'un dont les responsabilités exigent qu'elle ne s'éloigne pas trop du téléphone. Elle donnait plutôt l'impression d'avoir dû quitter un moment ses séries télévisées de l'après-midi. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser : « Pauvres chiens ! » Les deux chiens de cette femme doivent passer 23 heures sur 24 dans l'appartement. Et lorsqu'ils sortent prendre l'air, au lieu de courir, de jouer, ils doivent suivre leur maîtresse qui s'occupe d'eux avec la même attention que la plupart des fumeurs laissent tomber la cendre de leur cigarette. Et alors ? Il y a des gens qui s'occupent de leurs enfants de la même façon, avec la même inattention.

La photo vient d'ici

Le meilleur ami d'Alexander porte le même prénom que lui, comme il le disait en commentaire à l'article du 26 juin 2008. Je ne crois pas qu'il existe au monde un autre chien qui soit mieux traité que celui-ci. Il y a de nombreux chiens, trop nombreux, à qui leurs maîtresses névrosées offrent tout ce qu'il y a de plus luxueux, de la cuisine du traiteur aux vêtements griffés ; ces chiens deviennent vite aussi névrosés que leurs maîtresses. Ce n'est pas le cas chez Alexander ; il ne donne à son chien que ce qui est bon pour lui. Son chien est son ami, mais il reste un chien.

Ce n'est pas lui qui laisserait son chien sans surveillance près d'une rue à grande circulation. Où qu'il aille, Alexander ne perd jamais de vue son chien (ce qui lui vaut parfois de faire des rencontres très intéressantes, lorsqu'il est, par exemple, dans un parc où des personnalités promènent aussi leurs chiens). Un soir, Alexander était invité chez des gens très en vue, en même temps que d'autres habitués des bonnes adresses. Comme son chien avait été malade et qu'il ne voulait pas le laisser seul à la maison, il lui a mis au cou un joli noeud papillon et l'a emmené avec lui ; en accueillant Alexander, la maîtresse de maison ne put s'empêcher de s'écrier quelque chose du genre : « Oh ! comme c'est mignon ! Vous avez loué un chien pour la soirée ? » Devant tant de bêtise, Alexander a remercié de l'invitation, a tourné les talons et est rentré chez lui : pour lui, son chien vaut mieux que tous ces gens-là.

On sait qu'un chien, comme la plupart des animaux sinon tous, a besoin de retrouver son odeur dans son lit, sur son coussin, pour se sentir en confiance lorsqu'il est ailleurs que chez lui. Quand il sort avec son chien pour aller au parc ou dans un salon de thé, à l'hôtel ou chez des amis, Alexander apporte avec lui tout ce qu'il faut pour que son chien ne manque de rien. Dans un grand sac, il y a donc le lit pliant, la couverture, la serviette, le mouchoir, quelques jouets, l'assiette, le bol pour l'eau, une bouteille d'eau, des contenants avec les croquettes et la levure de bière (pour le poil), d'autres bonnes choses qu'aime le chien, sans oublier ce qu'il faut pour les soins à lui donner. S'il doit monter en voiture, le chien boucle bien sûr sa propre ceinture de sécurité.

Si ce chien ne parle pas, il entend parler, car Alexander lui parle beaucoup, lui explique ce qu'il fait, où il va s'il doit sortir sans lui, etc. La nuit, quand tout le monde dort autour, à la lueur de la lampe et des bougies qui font de jolis motifs au plafond, Alexander lit des poèmes ou raconte des histoires à son chien qui les écoute religieusement.

Quand Alexander doit s'absenter sans son compagnon, c'est la voisine et formidable amie qui s'occupe du chien. L'autre soir, cette amie est sortie manger avec l'une de ses amies, dans un restaurant bien connu et bien fréquenté. Bien entendu, le chien les accompagnait. Quelle ne fut pas la surprise des deux femmes de voir l'accueil qu'elles ont reçu. Elles ont eu l'impression d'accompagner au restaurant une célébrité. Le personnel, qui le reconnaissait bien, était aux petits soins avec le chien qui a eu droit à des caresses, à des gâteaux (pas trop, tout de même ; normalement, quand on lui en offre un deuxième, il regarde Alexander pour savoir s'il peut l'accepter). En l'honneur du chien d'Alexander, les deux amies se sont vu offrir le champagne. Ce qui fit dire à la voisine et amie qui croyait sortir le chien d'Alexander que c'était en fait le chien qui les avait invitées à l'un de ses restaurants préférés.

dimanche 4 janvier 2009

Pour saluer Harry (Potter)

Croyez-le ou non, il y a un mois encore, je n'avais jamais vu un seul des films de la série « Harry Potter », sauf des extraits à la télévision. Or, après en avoir parlé récemment avec quelqu'un que j'aime beaucoup, qui a vu tous les films et lu tous les livres de la série, et qui a plusieurs raisons, s'il en faut, d'aimer ces histoires, ces personnages, ces décors, ces paysages, j'ai eu envie de voir d'abord les films. J'ai regardé hier soir le quatrième de la série, « Harry Potter et la coupe de feu ». Je dois dire que j'y prends beaucoup de plaisir. Je ne regrette pas de ne pas les avoir vus avant car je les découvre en ce moment avec un immense plaisir que je n'aurais pas connu si j'avais regardé ces films il y a un an, par exemple. Je pensais regarder ce soir le cinquième film disponible mais ce soir mes pensées sont toutes tournées vers un autre Harry (non pas le jeune prince du même nom mais un chat merveilleux dont le nom complet est Harry Potter), et mon cœur est tout entier avec son fidèle ami et compagnon des treize dernières années.

Il y a quelques semaines, le 18 novembre dernier, plus précisément, j'ai parlé des problèmes de santé que connaissait Harry et qui inquiétaient au plus haut point son ami, avec raison. Puis, le 22 novembre, je remerciais la déesse Bastet car Harry avait pris du mieux et repris des forces. Depuis lors, il semblait aller aussi bien que possible. Il avait retrouvé sa joie de vivre et continuait de faire le bonheur de son maître et de leur ami canin.

Parti à la campagne pour célébrer Noël, Harry y avait trouvé un charmant petit lit joliment aménagé par la grand-mère de son ami, une bouillotte pour le tenir au chaud. Il s'était même permis de manger quelques fleurs du bouquet qui souhaitait la bienvenue à lui et ses amis humain et canin. Un soir, en montant à sa chambre, mon amour avait vu avec émotion Harry dormir dans son propre berceau de bébé...

Or, hier soir, Harry a fait comprendre que ça n'allait plus, qu'il était temps de partir. Peu après être rentré d'une promenade dans la campagne, mon amour a constaté que Harry avait donné tout ce qu'il pouvait, que la prolongation de sa vie terrestre ne pourrait se faire que dans la souffrance. Comme il le lui avait promis, mon amour était là au moment critique ; comme il le lui avait promis, quand il fut clair qu'il n'y avait plus de retour possible, il a fait lui-même l'injection qui mettait fin à une souffrance aussi subite qu'irréversible.

Je ne connais pas beaucoup les chats moi-même mais j'ai lu quelque part, à plus d'un endroit, que les siamois sont parmi les plus fortes personnalités qui existent chez les chats, qu'ils sont joueurs, attachants, qu'ils aiment la vie domestique, la présence des gens autour d'eux, bien qu'ils n'aient en général qu'un seul maître. C'est sans doute le chat le plus attaché à son maître et celui qui exige de celui-ci une une présence attentionnée qu'il lui rend bien. On dit qu'il était aussi apprécié de la famille royale de Siam (l'ancienne Thaïlande) que des moines bouddhistes.

Or Harry n'était pas qu'un chat, pas qu'un siamois. C'était le compagnon depuis treize ans de ce garçon que j'aime. Harry avait été recueilli par la grand-mère de celui que j'aime et elle le lui offert au début de son adolescence ; il avait partagé sa vie durant toutes ses études et le début de sa vie professionnelle. On dit que le siamois développe avec son maître une telle complicité qu'on a l'impression qu'ils entretiennent une conversation intelligente ; c'était véritablement le cas entre Harry et son ami.

Harry devait quitter la campagne ce lundi pour rentrer avec ses deux amis, humain et canin, à l'appartement du centre-ville. Puisqu'il devait partir, abandonner son écorce terrestre, il a choisi le meilleur moment pour le faire. Il aura laissé passer les fêtes de Noël et du nouvel an, il y aura participé à sa façon. En annonçant hier soir qu'il ne pouvait plus retarder son départ pour l'autre dimension, il a permis à son maître et ami de lui donner la sépulture qu'il voulait. Un voisin lui aura fabriqué un petit cercueil et Harry aura été enseveli ce soir même dans le parc de celle qui l'avait recueilli il y a treize ans, comme elle a recueilli et soigné tant d'autres de ses frères du règne animal. S'il avait pu parler, Harry aurait su trouver les mots pour remercier cette femme extraordinaire qui, dans son cas, lui aura permis de vivre tous les bons côtés d'une vie princière, sans les aspects négatifs de la célébrité. Je suis sûr qu'au cours des derniers jours, il aura su dire par le regard ce « merci » qu'il ne pouvait prononcer.

Harry ne souffre plus et il a rejoint le paradis des chats. Sur Terre il ne sera jamais oublié de ceux qui l'ont connu. Pour ma part, jamais auparavant je ne me serai attaché à ce point à un chat. J'ai connu Harry bien tard mais il aura su, autant que son maître et ami, conquérir mon cœur. Ce cœur, il est bien lourd et malheureux ce soir en pensant à la peine de celui à qui Harry manquera le plus. Je lui souhaite beaucoup de force pour traverser cette épreuve et je l'assure de tout mon amour et de ma présence.

mardi 18 novembre 2008

Prière à Bastet

Nous, les humains, avons nos divinités ; certains ne veulent croire qu'en une seule, d'autres pas du tout. La plupart de ces divinités sont représentées sous forme humaine ; d'autres cependant sont représentées par des animaux ou par des choses. Chez les anciens Égyptiens, par exemple, les divinités peuvent apparaître sous la forme de bélier, de chacal, de chat, de chien et de la famille des canidés, de cobra, de crocodile, de faucon, de gazelle, de grenouille, de hérisson, de lion, d'oiseau, de scarabée, de serpent, de vautour, et de nombreuses autres formes animales.

Parmi ces divinités, il y a la déesse Bastet ou plus vraisemblablement Bast, représentée sous forme de chat, « protectrice des femmes et des enfants, détient le pouvoir magique qui stimule l'amour et l'« énergie charnelle », peut-on lire sur Wikipédia. On y lit également ceci : « Bastet est une déesse aux caractères antagonistes, douce et cruelle, elle est aussi attirante que dangereuse. Bastet est aussi le symbole de la féminité, la protectrice du foyer et la déesse de la maternité. Mais toujours en elle, sommeille le félin... »

S'il existe une divinité qui veille sur les chats, c'est bien Bastet. C'est à titre que je l'invoque aujourd'hui, avec bougie et encens devant son image ; je n'ai pas la statuette, mais une image agrandie de celle ci :




Il y a lieu d'invoquer la déesse Bastet pour veiller sur Harry dont les problèmes d'articulations causés par un cancer ont limité grandement les déplacements et les jeux depuis deux ans, sans affecter son humeur et sa capacité d'exprimer son affection.

Harry habite chez son maître depuis 13 ans, l'âge même qu'avait son maître au moment où ils sont devenus amis. C'est donc dire qu'il aura été pour son maître depuis 13 ans le fidèle ami de tous les instants, le témoin de son adolescence, de sa vie d'étudiant et de jeune adulte, le complice de tant de moments intenses, beaux ou tristes, compagnon de ses nuits de lecture ou de ses rêveries auprès du feu.

Cette photo anonyme provient d'Internet

Depuis deux jours, Harry ne va pas bien. Il est allé trois fois chez le vétérinaire en vingt-quatre heures. Le vétérinaire viendra ce mercredi matin l'examiner et, au besoin, lui faire une injection pour calmer les vomissements. Jamais son maître n'acceptera de voir souffrir son chat ; tant qu'il pourra lui maintenir une qualité de vie, sans douleur qu'il ne pourrait atténuer, il fera tout ce qui est possible. Les deux dernières visites chez le vétérinaire ont fait beaucoup de bien à Harry et, ce mardi soir, il avait pris du mieux. Hélas, son maître doit s'absenter durant une semaine, sans possibilité de reporter à plus tard cette longue absence qui le privera de l'affection de son chat et qui l'empêchera de veiller amoureusement sur lui. Heureusement, une très aimable voisine et amie accueillera Harry durant cette semaine et en donnera quotidiennement, par téléphone , des nouvelles à son maître ; évidemment, elle communiquera immédiatement avec le vétérinaire si l'état de santé devait s'aggraver.

En l'absence de son maître, je prendrai la relève pour demander à la déesse Bastet de veiller sur Harry et de faire en sorte qu'il puisse continuer de faire le bonheur de son maître et de sa petite famille. J'ai devant moi une grande photo en noir et blanc sur laquelle on voit, en gros plan, Harry appuyé sur la poitrine de son maître, la tête posée sur son épaule ; il semble s'abandonner en toute confiance et, dans son regard qui me fixe en douceur, je peux lire : « Je compte sur toi pour m'aider à prolonger ce bonheur ! »



En 1985, Freddie Mercury avait dédié à tous les amis des chats du monde entier son premier album solo, « Mr Bad Guy ». En 1991, ce chanteur du groupe Queen a publié sur son album « Innuendo » une chanson intitulée « Delilah », dédiée à son propre chat ; dans cet enregistrement, son guitariste et lui se transforment en chats pour en imiter les miaulements. Ces chats ont tous un nom ; par exemple, le chat roux, c'est Oscar ; Delilha, c'est la chatte noir et blanc qui dort dans le panier rempli de linge ; le persan que Freddie Mercury embrasse sur le canapé, c'est Tiffany...


vendredi 4 juillet 2008

Du coq aux ânes


Après la France, voici que la Suisse sévit contre un coq qui ose chanter. Quand donc les tribunaux s'en prendront-ils aux hommes politiques qui, orgueilleux comme des paons, se prennent pour des coqs ?


Selon l'AFP
La justice suisse a imposé à un coq d'être enfermé la nuit dans une cage insonorisée afin de laisser le voisinage dormir en paix, a rapporté vendredi l'agence de presse ATS.

Les parois devront mesurer au minimum huit centimètres d'épaisseur et être isolées avec de la laine de verre, a précisé le Tribunal administratif du canton du Tessin (sud). L'animal sera confiné dans la cage toutes les nuits entre 22 heures et 7 heures du matin.

Cette décision met fin à une bataille de cinq ans entre la mairie du village de Sant'Antonio, alertée par un couple du voisinage, et le propriétaire du coq.

Les autorités communales avaient d'abord ordonné au propriétaire d'enfermer le volatile dans un poulailler, mais cette mesure s'était révélée inutile.

mercredi 25 juin 2008

Cocorico, le chant du cygne


À Drocourt, commune de 407 habitants, près de Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, un jeune coq a bien failli exécuter ces jours-ci son chant du cygne. Perturbé non pas par les rayons de la lune mais plutôt par l'éclairage public dans la municipalité, le volatile avait pris l'habitude de chanter en pleine nuit. Convaincue que la nuit est faite pour dormir dans le silence, l'une des voisines de l'agriculteur poursuivait celui-ci pour tapage nocturne. Le tribunal de police de Mantes-la-Jolie avait condamné à mort le coq du village et Coco, c'est son nom, devait être exécuté le 24 juin, jour de la Saint-Jean.
L'agriculteur, qui produit du blé à Drocourt, possède douze poules et un coq. Il s'est présenté hier devant le tribunal de police pour expliquer qu'il n'avait pas tué son coq comme le lui ordonnait le tribunal mais qu'il avait installé autour du poulailler des volets qui permettent de réduire l'éclairage public près de la chambre de Coco et de ses compagnes. Ne voyant pas la lumière artificielle, le jeune coq attendra le lever du jour pour lancer son chant triomphal. Le tribunal a estimé cette mesure suffisante, d'autant plus qu'il n'y avait pas eu d'autre plainte au sujet du chant nocturne. Le tribunal a gracié le coq et relaxé son propriétaire. Oubliant le chant du cygne, Coco pourra donc entonner chaque matin son cocorico et continuer d'assurer le bonheur des poules.

Ce n'aurait pas été la première fois qu'un coq aurait été condamné. En 1474, un coq a été condamné à être brûlé, par sentence d'un magistrat de Bâle, pour avoir pondu un œuf. Dans le même ordre, voici quelques autres condamnations recensées par Barnabé Warée, dans son ouvrage Curiosités judiciaires, historiques, anecdotiques, recueillies et mises en ordre par B. Warée, Paris, A. Delahays, 1859) :

- 1488 - Becmares (charançons) : les grands vicaires d'Autun mandent aux curés des paroisses environnantes de leur enjoindre, pendant les offices et processions, de cesser leurs ravages et de les excommunier.
- 1497 - Truie condamnée à être assommée pour avoir mangé le menton d'un enfant du village de Charonne. La sentence ordonna en outre que les chairs seraient coupées et jetées aux chiens, et que le propriétaire et sa femme feraient un pèlerinage à Notre-Dame de Pontoise le jour de la Pentecôte.
- 1499 - Taureau condamné à la potence par jugement du bailliage de Beauprès (Beauvais) pour avoir, en fureur, occis un jeune homme.
- 1500 - Sentence de l'official contre les charançons et les sauterelles qui désolaient le territoire de Millieze.
- 1585 - Le grand vicaire de Valence fait citer les chenilles devant lui, leur donne un procureur pour les défendre, et finalement les condamne à quitter le diocèse.

lundi 12 mai 2008

Est-ce vraiment un sacrifice ?

On ne se rend peut-être pas compte à quel point l'avènement d'internet a révolutionné nos vies. Il m'arrive assez souvent d'y songer. Quand je pense que durant plus de huit ans, je n'ai pas eu de téléviseur chez moi et, lorsque j'ai décidé d'en acheter un pour suivre un peu plus l'actualité culturelle (l'émission Apostrophes, notamment), j'ai acheté un petit téléviseur noir et blanc. Pendant plus de vingt ans, je n'aurai écouté chez moi que de la musique classique, sur disques ou à la radio.

La modernité est entrée dans ma vie le 5 août 2000 par le biais d'Internet. Je l'ai raconté déjà dans un billet, le jour même où j'ai été connecté, je suis tombé par hasard sur un réseau au sein duquel je me suis fait de nombreux amis dont certains sont restés. La plupart d'entre eux étaient loin de chez moi, en Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud, etc. Puis il y a eu un garçon de Québec qui, je l'ai raconté aussi, est venu poursuivre ses études à Montréal et s'est installé dans l'appartement voisin du mien ; son appartement était sa chambre alors que le mien était pratiquement devenu notre espace commun puisqu'il y était comme chez lui (et j'étais loin de m'en plaindre). Son départ a laissé un vide immense quand, après cinq ans, sa carrière professionnelle débutante l'a conduit au Danemark, puis à Las Vegas et ailleurs... Par l'intermédiaire de ce blogue, j'aurai fait la connaissance de quelques personnes que j'ai rencontrées dans la vie ; il y en a encore quelques-unes, pas si nombreuses, qui vivent à Montréal et que j'aimerais bien rencontrer.

Ces derniers mois, pour diverses raisons dont je parlerai peut-être un jour, je me suis réfugié sur mes terres intérieures. J'ai toutefois rencontré, il y a quelques semaines, un charmant garçon venu de Paris passer une semaine à Montréal ; j'ai fait la connaissance de Nicolas, beaucoup plus sympathique et intéressant que l'idée que j'avais pu m'en faire à la lecture des notes assez laconiques de son blogue. Nicolas aime plutôt les filles, mais je ne suis pas sectaire ; s'il le veut bien, je le reverrai avec grand plaisir, à Montréal ou à Paris...

En plus de la connaissance, virtuelle ou réelle, de plusieurs personnes que je n'aurais jamais connues sans Internet, cette technologie m'a permis de découvrir beaucoup de musique que je ne connaissais pas et de réentendre des airs connus auxquels je n'avais pas accès. J'ai passé quelques nuits à écouter de la musique pendant que quelqu'un d'autre, de l'autre côté de l'Atlantique, écoutait exactement la même chose au même moment. Élise se souviendra certainement des chaudes larmes que nous avons versées certains soirs ; quand je l'ai vue, chez elle près de Liège, il ne restait de ces complicités que des étoiles dans ses yeux, sur ses lèvres que le sourire, dans son cœur que la joie de nous retrouver. J'ai aimé beaucoup de musique qu'écoutait mon jeune voisin. Il en est souvent pour moi, avec la musique ou bien d'autres choses, comme les blés pour le Renard du Petit Prince ; ça ne me dit rien jusqu'au jour où quelqu'un que j'aime les aime. Dès lors, je me laisse très facilement apprivoiser...

Samedi et dimanche, je me suis senti un peu comme un célibataire d'occasion, sentiment que je n'avais pas éprouvé depuis si longtemps. Vous savez, ce sentiment qu'éprouve le jeune marié, par exemple, quand sa femme est absente pour un jour ou deux : il sent sa présence partout dans la maison, mais il est laissé à lui-même, libre et responsable de la gestion de son temps, de ses activités. Ce n'est pas désagréable, juste un peu déroutant. Ne sautez pas tout de suite aux conclusions ; les mots ont encore un sens et je ne suis pas ce jeune marié (si je me marie un jour, je vous en parlerai). Je voulais simplement en venir au fait que, samedi et dimanche, je me suis mis à écouter Elton John comme je ne l'avais écouté auparavant. Il y a du bon à rester décalé dans le temps : je peux me permettre de découvrir et d'aimer des musiques que la plupart des gens ont déjà oublié depuis longtemps.

J'ai donc écouté un grand nombre de chansons d'Elton John, en fichiers mp3 ou en vidéos sur YouTube ou Dailymotion. Deux d'entre elles (« Sacrifice » et « Nikita ») m'ont particulièrement attiré, au point de les écouter en boucle pendant très longtemps, samedi soir, et de recommencer le dimanche après-midi... Pourquoi ces deux-là en particulier ? Je ne sais pas exactement. Pour la mélodie, sûrement ; pour les arrangements musicaux, pour la voix d'Elton John que j'aime beaucoup, que je trouve émouvante (qui d'entre-vous n'a pas pleuré en le voyant à la télévision chanter « Candle in the Wind », devenue pour l'occasion « Goodbye England's Rose », à l'enterrement de la princesse Diana ? On peut revoir ce moment en vidéo sur Dailymotion). J'accorde ici plus d'importance à la mélodie et à l'interprétation qu'aux paroles elles-mêmes. Il y a dans ces deux chansons, il me semble, le sentiment d'une absence, l'appel touchant d'un bonheur espéré, l'imploration d'un absolu à venir. Quelle qu'en soit la forme, la chanson n'est-elle pas toujours une façon de prier ?

Dans ces vidéos, on perd beaucoup de la qualité sonore, il me semble. Chez moi, en écoutant les fichiers mp3, j'aime monter le volume ; les hauts-parleurs branchés sur mon ordinateur sont de très bonne qualité. La perruche ne s'en plaint pas : elle a elle-même abondamment chanté et dansé sur ces deux airs.



samedi 4 août 2007

Tout feu tout flamme



Le dimanche 14 mai dernier, jour de la fête des Mères (ça me fait penser qu'il y a exactement quatre ans, ce quatre août, que ma mère est décédée), l'une de mes collègues, au retour d'un après-midi passé chez sa propre mère, trouvait sa maison rasée par les flammes. Et, étrange coïncidence, le jeune fils d'une autre collègue, qui est pompier dans une ville voisine, avait invité sa mère à manger au restaurant ce soir-là ; il n'a pu respecter son invitation car il a été appelé à combattre l'incendie d'une maison dont il ne connaissait pas les propriétaires mais qui était bien celle de la première collègue (faut-il préciser que ces deux collègues ne se connaissent pas, sauf de nom). Je m'amusais à taquiner cette collègue sinistrée en lui disant qu'elle mettait tant d'ardeur à tout ce qu'elle fait qu'il n'était pas étonnant que sa flamme se communique à la matière qui l'entoure.

La photo vient d'ici.
J'admire le sang-froid, le courage et le sens de l'organisation de cette femme qui, pas un instant, ne s'est laissée démonter par la situation. Le soir même, quelques minutes après avoir appris ce qui lui arrivait, elle m'appelait en s'inquiétant des notes pour le procès-verbal de la dernière réunion et du sceau de l'association, comme si c'était ce qu'il y avait de plus important... Elle a fait face à toutes les formalités avec un sens incroyable de l'organisation et de l'efficacité. Elle a fait les inventaires exigés par la compagnie d'assurance, évalué le prix du moindre objet à remplacer, du mobilier de la salle à manger qu'elle aimait à la boîte de cotons-tiges* qui se trouvait dans la salle de bain, en passant par les articles de cuisine, les vêtements, les ordinateurs, etc. Elle a commencé à courir les boutiques pour remplacer tout ce qui devait l'être (absolument tout, ou presque, car le toit de la maison s'est effondré sur tout ce qu'il y avait en dessous). Elle a dû se battre avec l'administration municipale pour obtenir le permis de reconstruction qu'on lui refusait et qu'on a fini par lui accorder « pour des raisons humanitaires » (la compagnie d'assurance assume les coûts de reconstruction, à condition que la maison soit reconstruite à l'identique). Ses efforts seront bientôt récompensés car elle prendra possession de sa nouvelle maison en septembre prochain, meublée et équipée à neuf...

Cette femme est une mine de renseignements et, que ce soit pour une question juridique, pour l'impression de papeterie ou pour l'achat d'un ouvre-boîte, je m'empresse de la consulter. Chaque fois que je prends de ses nouvelles, je lui pose de nombreuses questions qui me permettent de comprendre la façon dont les choses se passent dans ce monde d'adultes, de biens, de contrats, etc.

Sans l'appeler, car elle est en vacances, j'ai bien pensé à elle aujourd'hui...

Depuis que j'habite cet immeuble, j'ai souvent entendu les pompiers dans le quartier. Il y a quelques années, ils venaient à peu près deux fois par jour dans ma rue, sans doute parce qu'un étudiant de l'université McGill occupé sur Internet ou à parler avec sa maman, loin en Ontario ou aux États-Unis, avait oublié qu'il avait mis au four un plat surgelé... J'ai si souvent entendu les sirènes, pas celles qu'Ulysse aimait écouter, attaché au mât de son navire, pas celles de l'Odyssée, mais celles des camions qui annoncent l'eau d'ici qui jaillit des lances de nos pompiers ; je les entends passer à toute heure du jour, souvent tout près, sans leur prêter attention. D'autre part, le système d'alarme de l'immeuble a été, durant des années, si sensible qu'un peu d'humidité dans le système d'aération suffisait à déclencher l'alerte dans tout l'immeuble ; je ne me donnais pas la peine de réagir non plus, persuadé qu'il s'agissait à chaque fois d'une fausse alerte.

Ce matin, peu après neuf heures, j'ai entendu la sonnerie dans les couloirs de l'immeuble. Comme j'avais mal dormi à cause de la chaleur, j'étais encore au lit. Réveillé par la sonnerie, je me suis levé et j'ai commencé à préparer mon petit déjeuner. Normalement, quand le système d'alarme se déclenche, quelqu'un se rend au panneau de contrôle du rez-de-chaussée et, après s'être assuré qu'il n'y a pas d'incendie, il arrive à faire cesser l'alarme. Or ce matin, il me semblait que la personne n'y arrivait pas. Quand on a sonné à ma porte, je n'ai pas répondu car je me suis dit qu'on allait me demander de descendre pour expliquer comment arrêter la sonnerie : je n'avais pas pris mon petit déjeuner et je n'étais pas prêt à voir du monde. Mais au troisième appel chez moi, j'ai répondu ; on m'a intimé de descendre immédiatement car il y avait le feu dans l'immeuble.

Je me demande parfois ce que j'emporterais si jamais un incendie se déclenchait et que je devais quitter l'appartement en vitesse. Ce matin, j'y ai pensé durant trois secondes et je me suis dit : j'enfile un pantalon, je prends mes clés et je descends. Le fait de prendre ses clés n'est pas mauvais, mais il ne faut jamais verrouiller les portes car si les pompiers doivent vérifier s'il y a le feu dans un appartement, ils défonceront la porte et alors les clés ne seront plus d'aucune utilité.

J'habite au sixième étage. Il n'est évidemment pas question de prendre l'ascenseur qui, de toute façon, se bloque automatiquement dès que le système d'alarme est déclenché. Dans l'escalier, j'ai vite constaté qu'il y avait vraiment un incendie dans l'immeuble et que j'aurais peut-être dû prendre une serviette mouillée pour pouvoir respirer si la fumée était trop dense. C'est fou ce qui peut nous passer par la tête dans des moments comme ceux-là !

Arrivé à l'extérieur, j'ai vu que la plupart des voisins étaient là. Entre nous, nous avons commencé à dresser la liste des locataires pour savoir si tout le monde était descendu ; il en manquait quelques-uns, mais l'un était au travail, un autre en vacances... Il manquait toutefois la locataire de l'appartement en flammes, mais on nous a dit qu'elle n'avait pas dormi chez elle à cause de la chaleur ; elle est d'ailleurs arrivée quelques minutes plus tard, pour apprendre que tout ce qu'elle possédait était parti en fumée. Une nouvelle locataire, qui sera ma voisine (dans l'ancien appartement de mon ami l'acrobate), arrivait avec ses meubles : elle a dû attendre un peu... Les pompiers commençaient à arriver ; heureusement, car ce que l'on voyait du rez-de-chaussée ressemblait à ceci, au quatrième étage :

La photo vient d'ici.

Les pompiers ont fait éloigner tout le monde et ils ont commencé leur travail. On a vite vu les jets d'eau sortir par les fenêtre du quatrième, puis ce fut les fenêtres elles-mêmes, avec tout l'encadrement, qu'ils balancèrent au rez-de-chaussée. J'étais curieux de voir comment ils s'y prenaient, d'observer leur va-et-vient, le rôle de chacun...

J'étais surtout fasciné par l'un d'eux, le premier qui m'ait adressé la parole et à qui j'ai eu l'occasion de parler à plusieurs reprises car je me tenais près de lui, à la limite de zone interdite. Il n'avait pas trente ans ; il était beau, avec un immense sourire à rendre jalouses les starlettes qui annoncent les dentifrices ou les languettes pour blanchir les dents. Il était responsable de la grande échelle, qu'il a déployée pour se rendre, si nécessaire, sur le toit, sept étages plus haut. Comme le foyer d'incendie était au quatrième et que la structure et les planchers de l'immeuble sont en béton, il n'a pas eu besoin de grimper dans son échelle. Tant mieux : il pouvait poser fièrement sur son rutilant camion et rester près de moi.

Les uniformes, en général, et ceux des pompiers en particulier, ne font pas partie de mes fantasmes, si jamais j'en avais. Le fantasme à l'égard des pompiers doit d'ailleurs varier d'un individu à l'autre : si l'uniforme en attire certains, c'est peut-être l'image du sauveur qui en excite d'autres ; le jeu avec la flamme est sûrement très évocateur pour certains, alors que le boyau, la lance, le jet d'eau doivent en émoustiller plusieurs... Il faisait son travail sérieusement : sur son immense camion bien stabilisé, ou à côté, il surveillait son échelle au cas où il faudrait y monter, mais il avait un peu de temps pour nous parler. Apercevant l'une de mes jeunes voisines qui était pieds nus, il lui a demandé le numéro de son appartement pour aller lui chercher ses chaussures (si j'avais su, je n'aurais pas enfilé mes sandales avant de descendre). Bref, même quand l'immeuble est en flammes, ça n'empêche pas de voir que les pompiers peuvent être beaux et séduisants... Quand, avant de quitter les lieux, le mien a enlevé sa tenue de pompier, il avait l'air d'un étudiant en vacances : tee-shirt (ou gaminet) pistache et short noir...


« À quelque chose malheur est bon. » Outre ce pompier, que je n'oublierai jamais (j'ai regretté de ne pas avoir descendu mon appareil photo - j'y avais tout de même pensé ; surtout que les pompiers ne se font généralement pas prier quand il s'agit de les prendre en photo), ce que je retiendrai de cette journée, c'est l'incroyable solidarité qui a suivi, environ trois heures après l'alerte, le départ des pompiers et l'autorisation de regagner nos appartements. Les pertes matérielles sont assez limitées ; un seul appartement est à refaire au complet et tout ce que la locataire a pu obtenir des pompiers, c'est une petite boîte de médicaments qu'elle aura sûrement demandé au pharmacien de remplacer ; quelques portes défoncées, un grand ménage à faire à certains endroits, l'entrée de l'immeuble qu'il faudra rafraîchir... J'ai à peine eu le temps de monter à l'appartement et de me préparer un litre de thé noir que l'on sonnait chez moi pour me demander si je voulais participer à une réunion de crise que l'on allait tenir immédiatement. Je me suis versé une grande tasse de thé et je suis redescendu, avec ma tasse. Autour d'une grande table sur laquelle on avait mis du café et des muffins, nous étions une vingtaine à faire le point sur la situation, à faire la liste de ce qu'il y avait à faire, à se répartir les tâches. En quelques minutes, tout était décidé et, un peu plus tard, tous les dégâts étaient nettoyés au rez-de-chaussée (châssis calcinés, morceaux de vitres répandus sur plusieurs mètres carrés) et quelques personnes s'affairaient à joindre le représentant de la compagnie d'assurance et les entrepreneurs ; d'autres allaient s'assurer que tout le monde allait bien, que les personnes âgées n'étaient pas trop affectées par cet événement qui les a tirées du lit ou fait sortir de chez elles trop tôt...

Comme je n'avais pas la tête à travailler, j'ai pris congé (partiellement) : j'ai appelé un client à qui je devais rendre compte de l'évolution du travail et nous nous sommes entendus sur un échéancier révisé. Puis j'ai confié du travail à un jeune homme bien que je n'ai encore jamais rencontré en personne, un Français venu terminer ses études au Québec et qui a décidé d'y rester, dont j'ai fait la connaissance sur Internet il y a quelques mois déjà...

Après avoir réglé ces affaires, je me suis senti un peu soulagé. Et comme j'avais passé une partie de l'après-midi à tenir, au téléphone ou face à face, des conversations avec plusieurs personnes, je me suis senti redevenir plus humain. Quand une vieille chanson française entendue par hasard m'a fait monter aux yeux quelques larmes, je me suis rendu compte que tout n'était pas perdu. Pour voir, il faut savoir regarder : Shakespeare disait du regard qu'il est le lait de la tendresse humaine. Le regard sur les autres sera d'autant plus tendre que l'on aura su voir en soi d'abord (ou simultanément)... Si des fumerolles s'échappent du vieux volcan enfoui dans ma poitrine, c'est qu'il est encore en activité.


*Coton-tige est une marque déposée. Au Québec, on ajoute MD, pour « marque déposée », si la marque est enregistrée selon la loi canadienne. Si la marque est enregistrée aux États-Unis, on l'indiquera par le signe ®. La France n'a pas de signe particulier, semble-t-il, pour indiquer qu'une marque est enregistrée. Et il y a toutes les variantes au sujet de la « marque de commerce », qui n'est pas enregistrée, que l'on désigne par MC au Québec et par ™ en anglais... La marque de commerce n'est pas nécessairement enregistrée officiellement, mais l'usage reconnu d'un nom peut constituer en soi une forme de droit acquis... Toutes ces nuances font vivre de nombreux bureaux d'avocats spécialisés en droit commercial...

- L'expression être tout feu tout flamme s'écrit au singulier, sans virgule.
- En flammes s'écrit au pluriel.

samedi 12 mai 2007

Rien qu'un homme...

« Si je range l'impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui » (Jean-Paul Sartre, Les mots)

Rien qu'un homme... c'est déjà pas mal !

J'ai souvent du mal à écrire ce que je ressens. Il m'est plus facile, je crois, d'aider quelqu'un, même s'il m'est presqu'inconnu, à identifier et à exprimer ce qui ce passe en lui, comme s'il m'était plus naturel de me mettre dans la peau de l'autre que de savoir ce qui vibre dans la mienne.

N'ayant pas été exposé à la poésie, ni dans mon adolescence ni dans ma première jeunesse, je n'ai pas développé d'intérêt particulier pour cette forme d'expression. J'ai bien découvert et apprécié, au début de la vingtaine, quelques poèmes de Verlaine, de Rimbaud, et de Baudelaire, surtout, mais je n'ai jamais été moi-même tenté de les imiter. Au cours de certaines conversations sur MSN, avec le Vincent de Nantes que j'évoquais l'autre jour, il m'est arrivé de chercher avec lui le mot juste qui lui manquait pour faire la rime et terminer un poème qu'il composait tout en poursuivant à l'écran le dialogue avec moi. J'admire la facilité avec laquelle ce jeune homme écrit de très beaux poèmes ; j'espère qu'un jour, il fera un receuil de certains de ces poèmes afin de les rendre accessibles à des lecteurs qui ne sont pas forcément des intimes.

Moi qui suis plutôt autodidacte (j'avais quitté l'école à seize ans), je me suis réfugié un jour dans les livres pour fuir un monde dans lequel je ne me reconnaissais pas et pour tenter de me forger une identité qui correspondait davantage à ma sensibilité. À travers les livres, je n'ai pas vraiment appris à vivre, mais j'ai un peu appris comment d'autres pouvaient vivre. Au fond, j'ai peut-être plus rêvé autour des livres que je n'en ai fait la lecture intelligente. Si ces lectures désordonnées ont parfois créé des tempêtes sous ma calotte crânienne, ces tempêtes n'ont toutefois jamais été très longues et n'ont pas fait trop de dégâts. Elles m'auront procuré, au fil des ans, une certaine culture générale qui, forcément, est pleine de cratères ; si on devait comparer cette culture à un fromage, il ressemblerait davantage, par la dimension de ses trous, à un emmenthal québécois qu'à un gruyère suisse.

Entre seize et vingt ans, j'ai voulu devenir chanteur. À défaut de pouvoir réciter Virgile, Racine ou Baudelaire, je connaissais les textes de nombreuses chansons. Je me souviens qu'avec certains de mes amis, il nous arrivait souvent de nous parler en chansons : pour exprimer ce que nous voulions dire, il nous suffisait de trouver un extrait de chanson qui disait le plus précisément ce que nous avions à l'esprit et de le chanter ; pour répondre, l'autre faisait de même. La chanson est sans doute à la poésie ce que Nutella est au chocolat...

En écrivant ceci, un souvenir me revient, qui semblait assez bien enfoui dans un coin poussiéreux de ma mémoire. J'avais seize ans et, arrivant dans un nouveau quartier, je fis la connaissance de quelques filles et garçons du voisinage avec qui mes soeurs, plus sociables que je pouvais l'être, avaient établi des liens. En quelques semaines seulement, nous nous rendions visite les uns aux autres, comme le font sans doute bien des adolescents. J'entrai ainsi dans l'intimité des familles, qui me furent de précieux laboratoires d'observation.

Or, l'un de ces garçons de mon âge avait une grande soeur ; elle devait bien avoir plus de vingt ans. J'ai appris un jour que cette grande soeur avait rompu ses fiançailles avec le frère d'un autre jeune voisin. Il ne me serait pas venu à l'esprit d'essayer de la consoler, mais elle m'invita à le faire : il nous arriva à quelques reprises d'aller ensemble au cinéma et d'aller ensuite manger au restaurant, après quoi je la raccompagnais chez elle, chez ses parents. Sans doute savait-elle bien que notre relation n'était pas faite pour durer (je crois qu'elle se servait un peu de moi pour rendre jaloux l'ex-fiancé, mais je crois aussi qu'elle se plaisait en ma compagnie : je pouvais être drôle, amusant...). Or, pour ne pas me faire perdre mon temps, peut-être, elle m'apprit à embrasser sérieusement, c'est-à-dire : avec la langue.

C'est tout de même étrange que j'aie presque oubié cet épisode de mon adolescence, alors que je me souviens très bien qu'avec elle aussi, il y avait ce jeu, qui l'amusait beaucoup, de nous parler en extraits de chansons.

Ce samedi soir, pendant que je transcrivais des notes, j'ai entendu une chanson que j'avais sans doute entendue très souvent du temps où j'écoutais beaucoup les stations de radio qui présentaient des chansons françaises (je dois dire que depuis plusieurs années, je n'écoute pratiquement à la radio que de la musique classique). Or, sans savoir pourquoi, en entendant ce soir cette chanson, j'ai dû me retenir pour ne pas éclater en larmes. J'ai essayé de comprendre ce qui se passait et j'en suis venu à la conclusion que cette chanson, ce soir, exprimait un constat qui n'était peut-être pas encore tout à fait clair en moi.

D'une part, il y a l'idée que « je suis un homme », et non plus un garçon qui ne grandit pas. Et, d'autre part, il y a cet homme qui a vécu, qui se rappelle « que la vie fut belle de temps en temps » et qui ne saura plus « taire bien longtemps ce que [lui] coûtèrent ces beaux moments ». Et si « j'ai perdu mon coeur depuis longtemps », qu'on me pardonne « si je ne sais plus que faire semblant » et « si je n'y crois plus que de temps en temps ».

J'aurais voulu insérer ici le fichier musical avec l'interprétation de la chanson, mais je ne le trouve pas [ajout du 7 septembre 2008 : j'ai trouvé la chanson sur Deezer].



En voici les paroles :
Je ne suis qu'un homme, rien qu'un homme
Qui traîne sa vie aux quatre vents
Qui rêve d'été et de printemps
Lorsque vient l'automne et les tourments
Mais c'est monotone, monotone
De me supporter depuis si longtemps
Et la même gueule et le même sang
Coulant dans mes veines d'un même courant
Je ne suis qu'un homme, rien qu'un homme
J'ai perdu mon cœur depuis longtemps
Et qu'on me pardonne, me pardonne
Si je ne sais plus que faire semblant
Je ne suis qu'un homme, rien qu'un homme
J'ai brûlé mes ailes aux soleils brûlants
J'ai fermé ma porte, oui qu'importe
Pour cause de rêve ou de testament
Si je me rappelle, me rappelle
Que la vie fut belle de temps en temps
Je ne saurai taire pour bien longtemps
Ce que me coûtèrent ces beaux moments
Mais y a rien à faire, rien à faire
Car je sais trop bien qu'au premier tournant
Au premier sourire, au premier bon vent
Je retomberai dans le guet-apens
Je ne suis qu'un homme, rien qu'un homme
Et j'aime la vie si je m'en défends
Elle le sait bien cette poltronne
Qui donne toujours et toujours reprend
Et qu'on me pardonne, me pardonne
Si je n'y crois plus que de temps en temps
Je sais que personne, non personne
N'a jamais su dire le chemin des vents
Je ne suis qu'un homme, rien qu'un homme
Et je vais ma vie au gré des vents
Je crie, je tempête et je tonne
Puis je m'extasie au premier printemps
Je ne suis qu'un homme, rien qu'un homme
Entre goût de vivre et goût du néant
Entre Dieu et Diable, il faut voir comme
Je plie, je succombe et je me repens
Je ne suis qu'un homme, rien qu'un homme
Et je vais ma vie au gré des vents
Et qu'on me pardonne, me pardonne
Si je n'y crois plus que de temps en temps.


Les paroles et la musique sont d'Alain Barrière (1970)
Éd. Bretagne.