Affichage des articles dont le libellé est écrivain. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est écrivain. Afficher tous les articles

mardi 6 novembre 2018

Sur le divan

Chaque dimanche soir, Dr CaSo énonce quelques questions, auxquelles elle répond elle-même, puis invite ses lecteurs (plus souvent des lectrices - ou du moins des commentatrices); la série s'intitule les ptits souvenirs du dimanche soir. Avec un peu de retard, je réponds ici à ses questions :


1. Quelles sont les choses que je pensais être vraies, quand j'étais enfant, et qui finalement ne l’étaient pas?
Je suppose que, comme la plupart des enfants d'Occident, j'ai cru au Père Noël. Mais je ne me souviens pas avoir été déçu d'apprendre qu'il n'existait... probablement pas.
J'ai toujours été fasciné aussi par la radio : je me demandais comment tout ce monde qu'on y entendait faisait pour tenir dans un si petit boîtier... Plus tard, je m'amusais à faire tourner des disques, en essayant de trouver des enchaînements entre les pièces choisies, comme si j'étais responsable de la programmation et de l'animation... Puis, un peu plus tard, j'ai travaillé moi-même à la radio, et j'ai été plusieurs fois invité à la télévision. Quand on y est, que l'émission soit en direct ou en différé, cela reste un peu impressionnant ; c'est qu'en fait, même si l'on n'est pas tout à fait conscient du nombre d'auditeurs potentiels, on ne voudrait pas y faire ou dire trop de bêtises...


2. Est-ce que j'ai rencontré des gens célèbres ? Si oui, qui était-ce et qu’ai-je dit ou fait ?
Oui, j'ai rencontré un très grand nombre de gens célèbres. Il serait trop long d'en faire la liste (et je suis sûr que j'en oublierais un très grand nombre). J'ai eu l'occasion de saluer, et parfois d'échanger avec eux quelques mots, des chanteurs comme Gilbert Bécaud, Adamo, des actrices et chanteuses comme Liza Minelli, Jane Birkin, et bien d'autres. Il faut peut-être dire que j'ai fréquenté ce milieu, à Montréal, puis à Paris. J'ai été invité à prendre un verre chez des compositeurs et musiciens, avec de grands interprètes de musique classique ; j'ai fréquenté des personnalités du monde du théâtre, du cinéma, de la danse, à Montréal et à Paris ; j'ai rencontré plusieurs écrivains très connus ; j'ai sollicité et obtenu des entretiens avec des personnalités importantes du monde de l'édition, du milieu de la culture (le directeur de l'époque du Centre Beaubourg-Pompidou, par exemple), de grandes bibliothèques françaises (comme François Chapon, conservateur de la Bibliothèque Jacques-Doucet et exécuteur testamentaire de nombreux écrivains)... Dans la rue, j'ai croisé de très nombreuses personnes, comme Charles Aznavour, Léo Ferré, Jean-Paul Sartre, Jeanne Moreau, Jean-Paul Riopelle, Jean-Claude Brialy, Michel Piccoli... Un jour dans une librairie, j'ai pu échanger quelques mots avec Raymond Devos (c'est d'ailleurs lui qui m'a adressé la parole) ; il était avec sa femme.
J'ai eu l'occasion de rencontrer plusieurs personnalités politiques, dont René Lévesque, qui allait devenir l'un des plus grands premiers ministres du Québec ; j'ai côtoyé plusieurs autres ministres ; l'un d'eux est même venu dîner chez moi... Il y a quelques années, j'ai eu l'honneur de remettre un prix à l'ancienne directrice du journal Le Devoir, puis fondatrice et directrice de la Grande Bibliothèque du Québec, qui est aussi écrivain, puis à une femme d'affaires bien connue qui est en ce moment ambassadrice du Canada à Paris.
Il faudrait que j'essaie un jour de faire une liste plus complète : ce pourrait être intéressant pour moi (pas forcément pour les autres), ne serait-ce que pour me rappeler par où je suis passé pour en arriver... nulle part.
Il y en a eu d'autres très importantes cependant, ma rencontre la plus marquante reste toutefois celle d'Alexander et de quelques personnes de son entourage.
J'ai parfois été surpris et très touché par le passage sur ce blogue de personnalités dont je n'oserais pas écrire ici le vrai nom.
Je n'oublie pas, évidemment, que j'ai rencontré un jour, dans un restaurant de Montréal, la très célèbre Dr CaSo.



3. Quelles cinq choses que j'ai en commun avec Rupert ?
a) Nous aimons tous les deux le fromage, les tomates, les pommes, les poires...
b) Nous détestons le bruit et les personnes excitées, exubérantes...
c) Nous aimons les personnes sympathiques qui, lorsqu'elles nous abordent, pensent un peu à nous, et pas seulement à leur envie de toucher un chien.
d) Nous aimons le spectacle de la rue, quand il n'est pas trop bruyant ni trop énervant.
e) Nous aimons parfois regarder un film ensemble - ou du moins des vidéos que je télécharge sur Internet et que, souvent, Rupert me réclame ; nous n'avons pas toujours les mêmes goûts, mais nous essayons de trouver des compromis intéressants.

4. Qui sont mes artistes, compositeurs, ou auteurs préférés ?
Cette question exigerait une réponse très complexe et assez longue, car mes goûts ont évolué avec le temps, spécialement en musique classique ou populaire. J'ai beaucoup aimé Mozart, Beethoven, Schubert, Mahler, puis des compositeurs romantiques et baroques... puis Theodorakis et quelques autres. J'ai aimé les grands de la chanson française (Aznavour, Bécaud, Brel, Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Jean-Pierre Ferland, et de nombreux autres), des grandes interprètes comme Melina Mercouri, Amália Rodrigues, etc ; les Beatles, les Rolling Stones, Elton John, Freddie Mercury (avez-vous déjà vu et entendu Freddie Mercury chanter « Barcelona » avec Montserrat Caballé - qui vient de mourir. On trouve cela sur YouTube), 30 Seconds to Mars, The Killers, des groupes de musique celtique, etc.


Je ne connais pas beaucoup les plus jeunes chanteurs et chanteuses, et je dois dire que ce qu'il m'arrive d'entendre par hasard quand je vais dans des endroits publics... ne me donne pas très envie d'y consacrer quelque attention que ce soit.
En littérature, je suis assez fidèle à quelques auteurs français, de diverses époques, dont plusieurs contemporains, que je lis depuis longtemps ou que le hasard me fait découvrir. Je suis heureux d'avoir découvert ces dernières années plusieurs écrivains britanniques que j'aime et il m'arrive d'en découvrir de nouveaux avec beaucoup de plaisir.

5. Quelle sont mes possessions favorites ? Pourquoi ?
Tout d'abord, les nombreux objets qu'Alexander m'a envoyés, que j'ai pour la plupart sous les yeux, sur des meubles, sur les rayons des bibliothèques, sur les murs, sur mon bureau, sur mon lit, sur la porte de mon réfrigérateur, quelques lettres manuscrites (il avait une écriture pas facile à déchiffrer), sa signature sur certains documents, etc.
Une photo dédicacée et des lettres manuscrites d'un écrivain français bien connu.
Quelques livres dédicacés par des auteurs français que j'aime.
Un petit mot gentil de Josette Rey-Debove, « lexicographe et sémiologue française, épouse et collègue d'Alain Rey aux éditions Robert » (Wikipédia)
Une photo originale d'André Gide (vraie photo, et non reproduction), signée par le photographe André Ostier et qui m'a été remise par un autre écrivain qui a bien connu Gide (leur correspondance a été publiée).
Quelques beaux objets anciens achetés chez des antiquaires ou reçus en cadeaux.
Quelques livres, parfois des livres de poche, qui évoquent des moments d'intense émotion ou des étapes importantes de ma vie.
Cette liste pourrait être continuée...

6. Quelle(s) histoire(s) mes parents racontent-ils (ou racontaient-ils) toujours sur moi bébé ?
Je crois que mes parents auraient été bien embêtés de répondre si je leur avais posé la question.
L'un de mes beaux-frères (qui m'a pratiquement toujours considéré comme son premier fils) pourrait en raconter davantage, mais je ne révélerai rien : c'est trop personnel.

mardi 5 décembre 2017

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit...


Et ce jour, c'est aujourd'hui : au réveil, ce matin, j'apprends que Jean d'Ormesson est parti... dans mon sommeil.



Né le 16 juin 1925, Jean d'Ormesson est mort à son domicile, d'une crise cardiaque, au cours de la nuit de lundi à mardi, 5 décembre 2017, à l'âge de 92 ans. Nous avions tellement l'habitude de le voir partout que nous avions fini par le croire vraiment immortel. Mais, à 92 ans, il n'était pas si vieux : d'autres écrivains français sont morts à un âge plus avancé encore (Julien Green, à près de 99 ans, par exemple) ; mes parents (qui n'étaient pas écrivains) sont tous deux morts à 94 ans, à quelques années d'intervalle.


Né avec une cuillère d'argent dans la bouche, il aura mis pas mal de temps à savoir ce qu'il voulait faire de sa vie... Il a failli devenir professeur dans un collège de jeunes filles aux États-Unis, mais... il est tombé gravement malade. Rentré en France, il est entré à l'UNESCO puis... il en est devenu le directeur. Il a fait du journalisme, est devenu directeur du journal Le Figaro et, dans ses moments libres, il a... écrit des livres.


Il fut, à 48 ans, le plus jeune membre de l'Académie française. Il n'en fut pas forcément le plus « sage », le plus discret des Immortels. C'est lui qui a, notamment, livré le combat pour faire entrer à l'Académie la première femme ; Marguerite Yourcenar y fut admise le 22 janvier 1981 mais, après son discours de réception, elle n'y a jamais remis les pieds.


On a beaucoup vu et entendu Jean d'Ormesson. Comme son grand maître Chateaubriand, dont il est devenu l'un des spécialistes, il a sans doute « cherché la gloire pour se faire aimer ». Cultivé, merveilleux conteur, on aimait l'inviter à la radio, à la télévision pour parler de tout et de rien. Il fut certainement un excellent ambassadeur de l'« esprit français », du moins de celui que l'on aime mettre de l'avant, celui de la conversation claire, brillante, élégante...


On aimait un peu se moquer de lui, de son omniprésence médiatique. Mais s'il alimentait volontiers, par ses fausses confidences et sa fausse modestie, la conversation ou les discussions à son sujet, il était le premier à en rire.


Je n'ai pas tout lu de Jean d'Ormesson (il a beaucoup écrit), mais j'aime à l'occasion prendre l'un de ses livres et m'y plonger ; je sais que je ne m'ennuierai pas... Toutefois, celui de ses livres que j'ai lu et relu, que j'aime relire un peu comme les Mémoires d'outre-tombe, c'est son roman Au plaisir de Dieu, dans lequel il raconte l'histoire d'une famille (la sienne) de la noblesse française et l'évolution des mentalité et des mœurs sur plusieurs générations. C'est le premier que j'aie lu  des livres de Jean d'Ormesson, dont j'avais aimé la série télévisée tiré de ce roman, sorte de « Downton Abbey » française avant l'heure.


« De génération en génération, nous nous étions méfiés des questions. Et de tout temps, de tout cœur, aux questions sans réponses, nous avions préféré les réponses sans question. » Jean d'Ormesson, Au plaisir de Dieu


Comme Voltaire qui disait avoir choisi le bonheur car c'est meilleur pour la santé, Jean d'Ormesson appartient à la catégorie des écrivains du bonheur. Il a choisi d'être résolument heureux. Agnostique, il disait ne pas savoir si Dieu existe, ajoutant : « Je crois en Dieu car j'espère qu'il existe. » Lorsqu'il apparaîtra devant Lui, Dieu lui accordera peut-être le privilège d'écrire un dernier livre pour nous raconter sa vie au Paradis... à moins qu'il persuade l'écrivain que nous, pauvres mortels, ne méritons pas un tel livre, fût-il celui d'un Immortel.

dimanche 4 décembre 2016

Petite énigme

L'automne est là depuis quelques semaines, et bientôt ce sera l'hiver. Ce qu'il y a de rassurant, c'est que dans un peu plus de deux semaines, ... les jours commenceront à rallonger où, si vous préférez, la tombée de la nuit se fera de plus en plus tard... Mais, question de s'activer les neurones avant les grands froids, je vous propose une petite énigme :

Que puis-je donc avoir en commun avec le révolutionnaire russe Lev Davidovitch Bronstein, mieux connu sous le nom de Léon Trotski, le compositeur, pianiste et chef d'orchestre Aaron Copland, l'écrivain français et académicien Pierre Benoît et l'écrivain français Michel del Castillo ?

Pour vous donner quelques indices, j'ajouterai d'autres noms avec lesquels je n'ai pas exactement le même lien qu'avec les personnes mentionnées ci-dessus, mais qui toutes ont quelque chose en commun : François-René de Chateaubriand, Helena Rubinstein, Amadeo Modigliani, Pablo Picasso, Jean-Paul Sartre...

Dissipons dès maintenant cette question : bien qu'il me soit arrivé à quelques reprises de croiser l'une de ces personnes, je ne suis pas le contemporain de toutes ; en fait, excepté moi, il y en a une seule autre qui soit encore vivante.

Les personnes qui trouveront la bonne réponse pourront recevoir une carte postale de Montréal (je vous demanderai alors de me donner votre adresse).

J'ai bien hâte de voir si notre amie Dr CaSo, qui propose régulièrement à son lectorat fidèle les devinettes les plus impossibles, osera tenter de trouver la réponse à celle-ci.

Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'avoir lu tous les articles de cet Exil intérieur et de les savoir par coeur, ainsi que tous les commentaires publiés à ce jour, pour réussir à trouver la réponse à cette énigme.

S'il y en avait, je ne publierai pas immédiatement les bonnes réponses, pour laisser aux braves le temps de faire travailler leurs neurones. La solution dans quelques jours.

Ajout du 7 décembre 2016 : Vous trouverez ici la réponse à cette énigme.

lundi 18 janvier 2016

Michel Tournier - 1924-2016




J'apprends avec tristesse la mort, aujourd'hui 18 janvier 2016, dans le presbytère de Choisel qu'il habitait depuis 1957, de l'écrivain Michel Tournier, Prix Goncourt en 1970 pour son roman Le Roi des Aulnes, et membre par la suite de cette même Académie Goncourt.

Je n'avais pas encore lu tous ses livres, mais plusieurs années après sa parution, j'ai lu Le Roi des Aulnes, qui m'avait enchanté et qui fait partie des quelques livres qui continuent de nourrir mon imaginaire.
Merci, Michel Tournier. Reposez en paix.

jeudi 7 avril 2011

Sept

J'ai toujours considéré le chiffre sept comme mon chiffre chanceux. Toutefois, c'est le septième jour du septième mois (2009) qu'Alexander est retourné sur son étoile : le moins que je puisse dire, ce n'était pas un jour de chance, ni pour moi ni pour qui que ce soit qui a connu Alexander.

Je ne crois pas que le chiffre sept ait eu pour Alexander une signification particulière. Plusieurs fois par jour, cependant, je suis surpris de constater à quel point le chiffre sept est associé à Alexander, de diverses façons, et notamment en rapport avec l'heure. Par exemple, lorsque je regarde l'heure, pour remplacer les bougies allumées depuis un moment devant des photos de lui ou lorsque je me réveille la nuit : si j'additionne les chiffres de l'heure, j'obtiens presque toujours un sept (19 h 06, 22 h 30, 2 h 41, etc.). Et cela se manifeste de diverses autres façons, que ce soit dans mes lectures, lorsque j'écoute de la musique ou que je regarde une émission de télévision qui évoque des thèmes qui auraient intéressé Alexander.

Et en ce moment, en raison de la sortie d'un nouveau film, je revois un peu partout (dans des extraits du film, en entrevue dans de nombreuses émissions, etc.) un ami d'Alexander. Je ne peux m'empêcher de penser à cet acteur disant à Alexander, en riant bien sûr, à quel point j'étais casse-pied car, pratiquement chaque fois qu'il invitait Alexander à sortir avec lui, Alexander lui répondait qu'il était en conversation avec son Alcib. Je me souviens en particulier d'un dimanche après-midi où R. avait téléphoné pour inviter Alexander à aller manger une glace en France ; Alexander était déjà en conversation avec moi. Quelques heures plus tard, le téléphone avait sonné encore chez Alexander et, avant même de répondre, Alexander m'avait dit : « Je suis persuadé que c'est R. qui veut me dire qu'il est arrivé en France... » C'était le cas... Puisque R. était curieux de faire ma connaissance, j'avais promis à Alexander d'améliorer ma conversation anglaise car l'acteur ami, tout le contraire d'Alexander, est plutôt exubérant et verbomoteur...

Le décalage horaire me permet de lire ce sept avril le billet qu'Élizabeth a publié le huit avril au sujet d'une exposition consacrée au Fantôme d'Hervé Guibert. Je n'ai pas lu tous les livres d'Hervé Guibert, loin de là ; j'en ai cependant lu quelques-uns et j'aime cet écrivain. Mais Alexander l'aimait beaucoup plus que moi : il a tout lu de lui, il avait tous ses livres. Nous parlions souvent de lui. L'exposition qui se tient à Paris à la Maison Européenne de la Photographie se termine le 10 avril ; s'il était là, je suis convaincu qu'Alexander m'aurait dit, comme il l'avait fait pour une autre exposition : « Je t'envoie un billet d'avion et nous nous retrouvons à Paris pour voir ensemble cette exposition. »

L'une des photos de l'exposition aurait plu à Alexander comme elle m'a ému. Je ne sais pas si le bulldog est celui d'Hervé Guibert...



Les photos proviennent du site consacré à Hervé Guibert.

Depuis quelques mois, je ne voyais plus l'un des bulldogs dont j'avais fait la connaissance au parc près de chez moi. J'avais beau me trouver là à l'heure habituelle de sa promenade, je ne le voyais plus. Or, aujourd'hui, je l'ai aperçu de loin ; j'imagine qu'il sort maintenant faire sa promenade plus tôt que d'habitude.

Pour souligner l'anniversaire de naissance d'Alexander, le 5 avril, Alexander Bull et son ami Gus ont partagé un gâteau aux carottes et aux épinards confectionné pour eux afin que cette journée soit pour eux aussi une journée tout à fait spéciale.

samedi 28 mars 2009

Un Académicien près de chez moi


En évoquant, en août 2007, le café du coin, près de chez moi, où j'avais pris l'habitude d'aller lire chaque soir, puis, un peu plus tard, d'aller écrire l'après-midi, j'avais mentionné que dans ce café je rencontrais des écrivains, des connus, des moins connus. Parmi eux, j'ai vu un soir François Weyergans. J'ai regretté de ne pas être allé lui parler, lui demander, par exemple, ce qu'il venait chercher à Montréal (même si je peux très bien me faire une idée sur ce qui fait voyager un écrivain).

Ce jeudi 26 mars, François Weyergans est devenu membre de l'Académie française ; il a été élu au 3e tour au fauteuil de l'écrivain Maurice Rheims avec 12 voix sur 24 votants, contre 6 à Didier Van Cauwelaert, 2 à François Taillandier, 2 à Catherine Hermary-Vieille, 1 à Renaud Camus et un bulletin blanc.

À voir l'état actuel de ce café, qui ressemble à peu près à l'Irak en ce moment, on ne serait pas porté à croire que c'est un repère d'Académiciens.

samedi 1 septembre 2007

Les bonnes manières

J'ai souvent été séduit par les bonnes manières dont faisaient preuve certaines personnes. Cela vient sans doute du fait que ma mère et ma sœur ont été mes premières institutrices ; ce statut de fils et de frère de l'institutrice m'imposait, au temps où les élèves respectaient l'autorité et se tenaient bien en classe et devant les adultes, de donner l'exemple à mes camarades. À l'adolescence, une belle-sœur et un beau-frère enseignants sont venus ajouter aux modèles familiaux pour ajouter plus de pression encore sur l'écolier exemplaire que j'étais la plupart du temps. Cette pression, je n'en étais pas vraiment conscient à cette époque ; je n'étais alors soucieux que d'apprendre et de donner le meilleur de moi-même à l'étude et aux travaux scolaires. Il m'est resté aussi de cette éducation, somme toute assez rudimentaire, le goût de la politesse et des bonnes manières.

Quand, à vingt ans, je vivais à Paris, je fréquentais principalement des artistes, chanteurs, danseurs, musiciens ; si certains d'entre eux avaient reçu une bonne éducation et vivaient assez bien, ceux que je voyais tous les jours vivaient, malgré eux, très modestement. Les cafés et les bistrots de Montparnasse leur servaient de moyen de communication, pour y laisser des messages, et nous tenaient souvent de lieux de rencontre. Toutefois, il m'arrivait d'être invité dans des salons du XVIe arrondissement ; c'est donc que je parvenais à me libérer des manières des habitués du café et du parfum tenace qui s'imprégnait dans les cheveux et dans les vêtements, mélange de tabac brun, de bière blonde sous pression, de café noir ou au lait et de frites dorées. Je me souviens d'un jeune Japonais dont la courtoisie et les bonnes manières m'avaient beaucoup impressionné quand j'avais dîné au restaurant avec lui et quelques amis. Venu étudier à Paris à dix-sept ans, je crois, Yuki était devenu l'amant de la femme qui l'hébergeait et qui devait avoir près de soixante-dix ans. Je ne doute pas un instant qu'au delà de l'amour qui les réunissait, il y avait un profond désir de parfaire une éducation déjà bien assise.

J'ai un ami, au titre nobiliaire dont il ne se sert pas et au passeport diplomatique qu'il n'utilise plus, qui a reçu une éducation européenne très rigoureuse. Sa courtoisie et ses manières sont impeccables. Si, à le fréquenter, j'ai appris à polir encore mes façons de me comporter en société, je dois dire qu'il a aussi appris avec moi la simplicité et le naturel dans la vie pratique. Noblesse oblige, d'accord, mais il faut aussi savoir s'adapter au monde dans lequel on vit. Quand je l'ai connu, il aimait répéter que lorsqu'un aristocrate a tout perdu, il lui reste les bonnes manières et le sens de l'humour ; avec lui, j'ai surtout insisté sur la simplicité et le sens de l'humour.

Jose Luis de Vilallonga
Madrid, 29 janvier 1920 - Palma de Majorque, 30 août 2007

Je repense à tout cela aujourd'hui en apprenant la mort , à 87 ans, de Jose Luis de Vilallonga, acteur et écrivain. Je l'ai vu plusieurs fois à la télévision dans des films que je serais bien en peine d'identifier. Je n'ai de lui que de lointains souvenirs, mais il faisait beaucoup penser à un grand acteur français que j'ai toujours admiré pour son talent mais aussi pour ses qualités d'homme : Michel Piccoli. Il me semblait de la trempe d'un autre grand du cinéma, descendant d'une autre grande famille aristocratique, milanaise celle-là, le duc de Modrone, mieux connu sous le nom de Luchino Visconti, metteur en scène et écrivain, mais surtout réalisateur de cinéma, parmi lesquels il y a plusieurs de mes préférés ; il est décédé quelques mois avant Maria Callas qu'il avait dirigée à l'opéra dans la mise en scène de La Sonnambula de Bellini et La Traviata de Giuseppe Verdi. S'il partageait avec Luchino Visconti l'appartenance à l'aristocratie, à un monde qui ne jouissait plus de ses privilèges, Jose Luis de Vilallonga ne semblait pas confiné dans la solitude résignée des personnages principaux du réalisateur italien dans deux de ses plus beaux films : Le Guépard et Violence et passion.

Jose Luis de Vilallonga a joué notamment dans Les Amants, de Louis Malle, dans Juliette des esprits, de Fellini, mais je ne garde pas de souvenir précis de ses rôles ni de son interprétation. Il a écrit une dizaine de livres, romans, récit et essais, que je n'ai pas lus non plus. Il y a plusieurs années, je m'étais dit que j'essaierais de lire l'un de ses romans, ne serait-ce que pour en découvrir le décor, l'atmosphère et les valeurs sous-tendues ; je n'ai jamais eu l'occasion de le faire. Aujourd'hui, je pense que si je pouvais revenir en arrière, je serais sûrement plus tenté de lire un récit qu'il a écrit sur le dictateur Franco « qui a géré [l'Espagne] comme une ferme »* ou un livre d'entretien avec le roi Juan Carlos.


Je ne sais pas si Jose Luis de la Vilallonga était un bon acteur ou un bon écrivain, mais je me souviens d'un entretien télévisé qui m'avait impressionné alors que j'étais encore très jeune. Quelques mois auparavant, j'avais lu La soirée avec monsieur Teste, de Paul Valéry, qui décrit un homme qui s'efforce de n'être qu'un esprit, éliminant tout geste, toute parole inutile et qui avait, en quelque sorte, « tué la marionnette » en lui. Autant, alors, je m'efforçais d'apprendre à m'exprimer, autant j'étais fasciné par le minimalisme, l'extrême discrétion de M. Teste, que j'essayais d'imiter à mes heures ; je n'y arrivais pas souvent, mais l'exercice était en soit très formateur.


Les animateurs de radio et de télévision n'ont pas la réputation d'être discrets et, trop souvent, ils considèrent leurs questions plus intéressantes que les réponses des personnes qu'elles reçoivent à leur émission, ce qui les fait souvent interrompre leurs invités, manquant en cela de respect envers l'invité et envers les auditeurs intéressés à entendre les réponses. Ne parlons pas des animateurs incompétents qui, dévorés par le trac, n'ont en tête que leurs questions préparées d'avance et qui sans se rendre compte que l'invité est en train de répondre passent à la question suivante.

Un soir, donc, à la télévision, Jose Luis de Vilallonga répondait aux questions d'une femme intelligente mais qui n'était sans doute pas du genre de celles qui inspiraient le séducteur. Ce n'est pas au sujet de cet entretien que Baudelaire aurait écrit qu'« aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste »**. J'avais été très impressionné de la parfaite maîtrise qu'avait de lui-même Jose Luis de Vilallonga ; dès que l'animatrice ouvrait la bouche, quelle que soit la phrase qu'il était en train de prononcer, quel que soit le geste qui discrètement l'accompagnait, il s'arrêtait net et son geste devenait une invitation à l'intervention de l'animatrice qui fut quelques fois décontenancée par cette extrême courtoisie. Si l'acteur, écrivain et marquis espagnol qu'il était n'avait pas l'intention de séduire l'animatrice, il était tout de même conscient que des centaines de milliers de téléspectateurs, ou davantage, avaient les yeux rivés sur lui. Et, mieux que quiconque, il savait pertinemment que, en matière de séduction, un silence vaut mille mots.

* Je ne sais plus où j'ai vu cette expression, « qui a géré le pays comme une ferme » ; il s'agit sans doute une citation de Jose Luis Vilallonga ; si elle n'est pas tirée de son récit sur Franco, Le sabre du caudillo, elle doit être tirée de ses Oeuvres complètes. - Ajout : J'ai trouvé : le titre exact du récit consacré à Franco est Le sabre du caudillo : histoire secrète de l'homme qui gouverna l'Espagne comme s'il s'agissait d'une ferme ; j'ai dû lire quelque part, je ne sais où, une allusion à ce livre.

** Baudelaire pensait sans doute alors au plaisir de l'homosexuel, qui n'est pas du même ordre que celui du pédéraste ; à force d'employer les mêmes mots à toutes les sauces, ils finissent par ne plus pouvoir indiquer les nuances et les distinctions.

samedi 18 août 2007

L'Irak, près de chez moi

N'ayant pas eu la chance, au cours de mon enfance ou de mon adolescence, de découvrir l'univers des Mille et une nuits, l'Irak ne signifiait rien d'autre pour moi qu'un pays lointain où je ne mettrais sans doute jamais les pieds. Ni la vie des dames de Bagdad, ni le pouvoir du sultan, ni les aspirations au califat, ni le quotidien du grand vizir n'ont occupé mon imagination. J'ai à peine entendu les noms de Sinbad le marin et d'Ali Baba ; grâce aux dessins animés, j'ai un peu connu Aladin et sa lampe magique, mais je n'aurais jamais pensé l'associer à Bagdad.

Le nom de l'Irak a commencé à faire partie de mon quotidien en 1991, au cours de la guerre du Golfe, à la suite de l'invasion du Koweit par Saddam Hussein. Et, plus récemment, en mars-avril 2003, quand une coalition menée par les États-Unis a envahi l'Irak et provoqué la chute du régime de Saddam.

À l'automne 2000, j'ai toutefois commencé à connaître un peu quelques Irakiens installés à Montréal. Il y a un café près de chez moi où j'avais eu l'occasion d'arrêter quelquefois, sans plus ; le plus souvent, c'était en vitesse, pour y saluer un voisin ou une voisine qui y prenait un café. Puis, à l'automne 2000, je me suis mis à y aller régulièrement, pratiquement tous les soirs. C'est qu'en m'abonnant à Internet, j'étais tombé par hasard sur un salon de clavardage qui est immédiatement devenu pour moi un lieu de fraternité ; je pouvais y passer des heures chaque soir. Pour me forcer à faire une pause d'Internet et de clavardage, j'annonçais à mes amis lointains que je devais aller manger ; en fait, je partais avec un livre et j'allais m'asseoir à l'un des trois cafés du coin, celui tenu par des Irakiens.

La force et le goût du café que l'on y servait étaient très variables ; de toute évidence, les propriétaires et les employés n'étaient pas des buveurs de café et, si incroyable que cela puisse être pour un établissement qui s'annonce comme un café, la boisson qui porte ce nom n'y était pas toujours recommandable. Ce que j'aimais toutefois de cet endroit, à cette époque, c'est qu'il était à la fois calme et animé. J'aimais m'asseoir le long des grandes fenêtres et me plonger dans un livre en sirotant un grand café filtre tout en gardant un oeil sur le spectacle de la rue. Je sentais toutefois qu'autour de moi il y avait souvent pas mal d'activité : des étudiants travaillaient, seuls ou en groupe, des joueurs d'échecs étaient concentrés sur leur jeu sous le regard de ceux qui attendaient leur tour, etc. La plupart du temps, ma voisine d'appartement y était, plongée elle aussi dans sa lecture ; puis, à un certain moment, nous refermions nos livres et nous commencions à nous parler, jusqu'au moment de partir, ensemble ou l'un après l'autre. Avec ma voisine, nous avions convaincu les propriétaires de mettre de la musique classique au lieu de la tonitruante radio anglophone, ce qu'ils ont fait et maintenu, encore aujourd'hui. Ce que j'aimais aussi de cet endroit, c'est qu'il rassemblait des Arabes, des Juifs, des Allemands, des Anglais, des Français, des Chrétiens, des Musulmans, des anglophones, des francophones et des allophones, des noirs, des blancs, des jaunes, des métis, etc. ; tout le monde y fraternisait sans discrimination. J'y ai vu des personnalités, des artistes, des écrivains...

Mais le propriétaire a la mauvaise habitude de vouloir tout changer tout le temps. Un soir, quand je suis arrivé, il avait transformé l'espace en modidiant la disposition des tables, des banquettes, des chaises ; il m'a demandé si j'aimais le nouvel espace et je lui ai répondu spontanément : non ! Il a alors ajouté : « C'est pour les étudiants » (je devais comprendre : pour permettre aux étudiants de travailler en groupe) ; je lui ai répliqué que je n'étais pas étudiant et que j'aimais pouvoir m'asseoir le long d'une fenêtre plutôt que face au mur ou carrément face à la fenêtre. J'ai cessé d'y aller durant quelques jours, le temps qu'il se rende compte que son idée n'était pas géniale. Il n'a cependant pas cessé de vouloir transformer l'endroit, faisant peu à peu fuir les clients réguliers. J'ai définitivement cessé d'y aller il y a deux ans, peut-être. Quand je passe devant, plusieurs fois par jour, je ne peux m'empêcher de penser à l'Irak car ce café qui fut d'abord beau et sympathique est désormais toujours en chantier et, à part deux ou trois étudiants trop heureux d'y trouver un peu de solitude, contrairement aux deux autres cafés toujours bondés, il est pratiquement toujours désert. Je ne peux m'empêcher de penser avec regret à ce qu'il fut pendant un certain temps et aux nombreuses heures agréables et enrichissantes que j'y ai connues.

Parmi les personnalités qu'il m'est arrivé d'y croiser à quelques reprises, et que je continue de croiser dans le quartier, il y a l'écrivain québécois Naïm Kattan. Né à Bagdad le 26 août 1928, Naïm Kattan vit au Québec depuis 1954. Il a enseigné la littérature à l'université McGill et reste un chroniqueur du journal Le Devoir. J'ai appris hier que l'Académie française vient d'attribuer à Naïm Kattan le prix Hervé-Deluen 2007, créé en 2007 pour récompenser la contribution exceptionnelle à la défense ou à la promotion du français comme langue internationale. Naïm Kattan, qui a commencé à écrire en arabe, sa langue maternelle, se dit très ému de recevoir ce prix que l'Académie remet pour la première fois.

P.-S. : Je remarque avec plaisir que l'Institut de France, « le Parlement des Savants » qui regroupe les cinq Académies, propose qu'on lui écrive par « courriel » (mot québécois) plutôt que par l'horrible « mail » (si répandu en France). En écrivant ces derniers mots, je me résigne d'avance à ne plus recevoir de messages électroniques de mes amis français.

samedi 19 août 2006

Abbaye à vendre...

La photo vient de ce site

Bien qu'en matière de vin, je sois plutôt amateur de bordeaux que de bourgogne (« vins de Bordeaux » ou « vins de Bourgogne », corrigerait Louise de Vilmorin si elle le pouvait encore, elle qui aimait surtout le « vin de Champagne », semble-t-il), je suis tout de même touché par cette nouvelle qui concerne un élément du patrimoine de la Bourgogne et qui a longtemps été associé au milieu littéraire français.

Je n'y ai pas participé moi-même, bien entendu, mais j'ai si souvent lu dans l'histoire de la littérature contemporaine, dans les journaux de quelques écrivains que j'ai fréquentés (sur papier imprimé), le nom de Pontigny, associé à une abbaye principalement connue à une certaine époque du début du vingtième siècle pour ses réunions d'écrivains et d'intellectuels, les « décades de Pontigny ». J'apprends que l'abbaye et les terrains qui la bordent, jusqu'à maintenant propriété de l'État français (à moins que ce ne soit de la mairie), seront vendus à des intérêts privés. Et, semble-t-il, comme on le fait souvent dans ce genre de situation, les négociations se feraient dans le plus grand secret, privant de leur droit de parole les citoyens, véritables propriétaires de ce patrimoine...

Cet article était publié dans le journal Le Monde du mardi 15 août :


L'abbaye de Pontigny mise en vente


L'abbaye cistercienne de Pontigny (Yonne) est mise en vente. En 2003, le conseil régional de Bourgogne avait acquis pour 1,46 million d'euros les bâtiments, remaniés ou reconstruits au fil du temps, avec son parc d'une dizaine d'hectares. Il souhaite aujourd'hui s'en séparer. Ce qui suscite l'inquiétude de nombreuses associations, soucieuses de la préservation de ce patrimoine.
L'abbaye de Pontigny, seconde fille de Cîteaux, a été fondée en 1114 par des bénédictins. De nombreuses personnalités de l'époque y ont séjourné, parmi lesquelles Thomas Becket, l'archevêque de Cantorbéry, qui y vint en exil entre 1164 et 1166. A la Révolution, l'abbaye et ses possessions furent vendues comme biens nationaux - et l'abbatiale du XIIe siècle devint l'église paroissiale, propriété de la commune.
Mais
c'est surtout à partir de 1908 que l'abbaye a connu une renommée nationale. Paul Desjardins, le propriétaire du site depuis 1906, y organisait les Décades de Pontigny. Dix jours par an, cette manifestation réunissait des intellectuels plus ou moins célèbres pour discuter de littérature ou de philosophie : André Gide, Roger Martin du Gard, André Maurois ou Jacques Rivière participèrent régulièrement à ces joutes, qui durèrent jusqu'en 1939.

Après la guerre, l'abbaye connut une succession de propriétaires. En 1968, elle est achetée par un centre de Ladapt (Ligue pour l'adaptation des diminués physiques au travail), devenue locataire à partir de 2003 après son rachat par le conseil régional, alors présidé par Jean-Pierre Soissons (UMP), qui désirait redonner à Pontigny une vocation culturelle. Mais le conseil régional bascule à gauche en 2004, et la nouvelle majorité, n'ayant pas "trouvé de partenaires publics souhaitant investir dans le site", décide de mettre en vente l'abbaye.


Claire Frayssinet Le Monde 15.08.06


On pourra en apprendre un peu plus en lisant ce blogue.