dimanche 4 septembre 2011

Rien

Rien, c'est ma vie aux yeux des autres. Je ne fais rien, du moins rien de concret comme du pain, des meubles, des vêtements, etc. Rien, puisque je ne prends pas tous les matins le métro pour aller toute la journée m'abrutir dans un bureau avec des collègues tout aussi abrutis et, peut-on croire, heureux de l'être (ça les déculpabilise sans doute, le soir venu, de s'écraser devant le téléviseur en attendant l'heure d'aller dormir). Rien, puisque je ne fais pas vivre les marchands, que je suis un bien piètre consommateur, que je ne suis pas toujours en train de me demander comment je vais occuper mes loisirs ou comment je vais employer les quelques points accumulés sur mes achats en participant pleinement à la société de consommation ; rien, puisque je ne cherche pas la crème la plus douce pour hydrater ma peau sensible… Si je ne fais rien, je ne vaux sûrement pas grand-chose.

Une amie qui me connaît très bien depuis longtemps, m'a invité l'autre jour au restaurant. Puisqu'elle me demandait de lui rendre un service, elle a sans doute jugé équitable, après le potage, de me donner quelques conseils sur ce que je devrais faire de ma vie, avec des suggestions très précises et concrètes (il n'y manquait que des noms et des numéros de téléphone). Puis, pour bien me faire sentir à quel point ses conseils valaient de l'or, elle m'a posé une question qui n'en avait pas l'air : « Qu'as-tu fait depuis trois ans ? » Je l'ai regardée droit dans les yeux en pensant comment elle, elle tout particulièrement à qui je raconte tout, pouvait me poser cette question, et j'ai répondu : « Rien ! puisque c'est la réponse que tu avais déjà en tête avant de me poser la question. » Et nous avons changé de sujet de conversation ; le reste de la soirée, nous avons parlé de tout et de rien, mais surtout de rien…

11 commentaires:

brigetoun a dit…

me sens soeur, là
Mais moi j'ai immédiatement un désir immense d'en faire moins encore, ou de faire juste le contraire de ce qui m'est ainsi conseillé
Grossièrement, il y aurait eu une réponse possible (sauf que justement ça ne se dit pas) : te rendre service.. et admirer ton activité

Alcib a dit…

Brigetoun : Quelle belle surprise de retrouver vos mots ici ! Merci.
Comme vous, je n'aime pas trop me faire dire ce que je dois faire quand la personne qui me le suggère, plus ou moins fortement, oublie certains aspects importants de la situation et que ses conseils sont aussi empreints de jugement que de volonté d'aider.

En effet, après la soirée, je me suis dit que j'aurais pu lui poser la question : à travers toutes ses activités, qu'avait-elle accompli ces trois dernières années... Mais, malgré tout, je préfère la réponse que je lui ai donnée ; elle a dû tout au moins lui faire comprendre que si elle voulait vraiment m'aider, il fallait s'y prendre autrement.
Mais je ne veux pas être trop méchant : elle m'a souvent aidé, vraiment.

Roman Jeremie a dit…

Bonjour Alcib.
Dur dur de sa part.

Personnellement j'aime bien me faire embêter par mes très vieux amis, ce sont d'ailleurs les seuls qui se permettent ça.

Je suis de passage au Québec et j'espère que tu te portes bien.
Amicalement

Alcib a dit…

Bonjour Roman Jérémie. Je suis désolé de prendre connaissance de ton commentaire avec beaucoup de retard. Comme je ne publie pas souvent, je ne suis pas porté à revenir souvent pour me lire :o)

Je suis d'accord avec toi : les vieux amis ont bien le droit de nous dire franchement ce qu'ils pensent. Mais cette fois, je trouvais que ce commentaire n'était pas nécessaire ; surtout qu'il n'a rien fait avancer.

C'est le bon moment pour venir à Montréal, je trouve ; les grandes canicules sont passées. Depuis le début de septembre, je me sens revivre mais... il y a tant de retard à rattraper !
Pendant tant d'années, dès qu'arrivait septembre, j'avais le goût de Paris. Mais je ne te connaissais pas à l'époque.

Je vais tenter de t'envoyer un petit courriel, si ton adresse est toujours bonne.

dieudeschats a dit…

A être trop pris dans l'engrenage du métro-boulot-dodo, on finit par ne *vraiment* avoir rien fait quand on se retourne sur les années passées... On peut avoir un planning surchargé et vide (vain) à la fois.

On se contente de tuer le temps en attendant que le temps nous tue, comme disait Mme de Beauvoir.

Ta note me fait penser à cette autre :
http://dame-blanche.over-blog.fr/article-elle-dort-85240273.html

Alcib a dit…

Dieudeschats : Oui, il y a l'engrenage métro-boulot-dodo qui, si on ne fait pas attention, bouffe notre vie et risque de nous en faire oublier le sens.
Mme de Beauvoir a dit et écrit un certain nombre de choses justes. Lors de mon premier séjour à Paris, j'habitais tout près de chez elle. Le propriétaire du studio que je louais, rue Campagne-Première, habitait, lui le même immeuble que Mme de Beauvoir, rue Scheolcher (maintenant, je crois qu'il faut écrire « rue Victor-Scheolcher »).

Merci de me signaler la note de Dame Blanche ; je vais aller la lire.

Alcib a dit…

Dieudeschats : J'oubliais une partie de ce que je voulais dire : Pour la majorité des gens, il y a aussi des activités qui sont plus valorisées que d'autres parce qu'elle sont plus visibles ou que leur produit est plus concret
Pour un bon nombre de personnes, aligner des mots n'est pas un vrai travail car tout le monde peut parler ou écrire (je pourrais en dire long à ce sujet).

Anonyme a dit…

Merci à toi Dieudeschats à la fois pour avoir mentionner mon blog et ainsi m'avoir permis de découvrir ce blog aux mots si juste.
Alcib j'aime beaucoup ton texte.

Alcib a dit…

Dame Blanche (ici anonyme) :o)
Bienvenue ici et merci de la visite.
Merci du commentaire. C'est intéressant d'avoir des lectrices attentives qui font les liens entre des idées qui se rapprochent.

dieudeschats a dit…

Je pense que vous avez d'autres points communs, je vous laisse les découvrir ;-)

La valorisation (la reconnaissance) arrive souvent... a posteriori !
Aligner des mots peut être un art véritable, tout comme cela peut se limiter à de la bouillie. Tout le monde peut prendre des photos, mais n'est pas photographe qui veut : question de regard, de sensibilité...

Alcib a dit…

Dieudeschats : Pardon du retard à publier ton commentaire.
Je n'ai pas encore découvert les points communs ; je chercherai.