dimanche 26 juillet 2009

Ne me laissez pas tellement triste...


Le 10 juillet dernier, je recevais ce message dans ma boîte de courrier électronique. J'ai répondu en privé, avec plusieurs jours de retard, et je voulais reprendre ici quelques-uns des points soulevés par la fidèle lectrice. J'avais commencé un article que j'ai abandonné, la magie ayant déserté ce que je voulais dire alors.


Bonjour Alcib,
Je suis une fidèle lectrice qui ne commente que très rarement, et je vous ai déjà écrit, il y a un bon moment. Je suis très sincèrement désolée de la perte que vous vivez et je ressens votre peine. Vous avez, une fois de plus, écrit un très beau texte aujourd'hui, un hommage si touchant que vous nous faites comprendre un peu mieux qui était cet homme que vous aimiez tant et qui vous aimait lui aussi.
Le net crée des liens surprenants par leurs diversités mais aussi par leur force et leur authenticité. Je trouve merveilleux que la vie vous ait donné, à tous les deux, de vivre ensemble, bien que physiquement éloignés, la dernière année de sa trop courte vie. Je suis très triste de la déchirure et de la peine qui sont les vôtres aujourd'hui, mais je suis certaine qu'Alexander aura enrichi et pour toujours votre propre vie qui me semble avoir connu sa bonne part de difficultés (du moins, c'est que je perçois parfois à vous lire, bien que vous soyez d'une grande discrétion en ce qui vous concerne personnellement).
Je pense que vous avez raison d'associer le passage d'Alexander dans votre vie à celle du Petit Prince, c'est une analogie qui me semble tellement bien lui convenir si je me fie à ce que vous écrivez sur lui. J'espère que, comme aujourd'hui, vous continuerez à nous parler de lui, selon le rythme, la fréquence et le contenu que vous déciderez. J'ai l'impression que vous auriez voulu nous en dire beaucoup plus sur lui avant, mais que vous vous reteniez pour ne pas le rendre mal à l'aise. Les personnes les plus extraordinaires sont souvent les plus humbles et il faut faire attention à leur laisser leur marge de manoeuvre et leur espace et les entourer de la discrétion et de la simplicité qu'ils souhaitent. C'est en tous les cas ce qui me semble que vous avez si bien réussi.
Je suis pour ma part persuadée qu'Alexander sera toujours là pour vous. Soyez attentif aux détails, je pense qu'il vous fera parfois signe. N'avez-vous pas écrit, aujourd'hui, que le hasard n'existe pas au sujet de la chanson « Candle in the Wind » que vous avez entendue la nuit dernière ?
Il me reste à vous dire de prendre grand soin de vous, c'est ce qu'il voudrait, n'est-ce pas ? Soyez patient avec vous-même, avec votre peine, écoutez vos besoins, votre désir d'être soit entouré ou, au contraire, de vous retirer dans vos « terres ». Et puis, offrez-vous des petites douceurs, ce qui peut vous faire plaisir, comme une promenade tranquille, un bon bain chaud, offrez-vous quelques fleurs ou un livre. Je sais, cela peut vous paraître inutile et superficiel ce que je vous dis-là, mais cela ne l'est pas.
Traitez-vous avec la même douceur, patience et attention que si vous vous occupiez d'un très grand ami qui connaîtrait ce genre de deuil et de peine. Soyez ce grand ami pour vous. Je vous souhaite bonne chance et je vous porte dans mes pensées.
Au très grand plaisir de vous lire encore longtemps,
X Yz
(lectrice)


C'est très vrai que j'aurais eu envie toujours de parler d'Alexander car c'est l'un des plaisirs qui se rapproche le plus du bonheur de parler à Alexander. Et Alexander illustrait si bien cette observation que « les personnes extraordinaires sont souvent les plus simples ». Lorsqu'il m'arrivait de lui dire à quel point il était extraordinaire, il répondait toujours : « Je ne suis que moi, très ordinaire ». Selon son point de vue, il avait raison : il était si simple et spontané dans tout ce qu'il faisait qu'à ses yeux il ne faisait rien d'extraordinaire ; mais sa façon de voir les choses, d'être attentif aux autres, attentionné et généreux, l'amour qu'il avait pour tout ce qui est vivant s'ajoutant à l'amour des mots, des livres, de l'écriture et au respect pour tout ce que la culture et les traditions peuvent offrir de meilleur, l'aptitude à jouer de la musique, à soigner des malades, à confectionner tant de jolies choses, son amour de la moto comme celui de la nature, son intérêt pour les sports exigeants comme le polo et le rugby, sa capacité d'être à l'aise dans les grandes maisons comme dans le métro et dans une salle d'urgence, cet agencement unique de qualités, d'intérêts et d'aptitudes en faisait un être exceptionnel. Simple et discret, certes, mais d'une personnalité si riche et complexe qu'il est impossible de le cerner en quelques mots. Toujours le même, jamais déroutant, mais doté d'une créativité si grande qu'il ne cessait d'inventer des moyens de faire plaisir à ceux qu'il aimait. Vous avez aussi raison de dire qu'il « faut faire attention à leur laisser leur marge de manoeuvre et leur espace et les entourer de la discrétion et de la simplicité qu'ils souhaitent ». Je crois que, malgré toute l'admiration que je lui porte, j'ai su respecter sa discrétion. Il ne voulait pas de mon admiration ; il ne voulait que mon amour : Dieu sait qu'il l'avait... et qu'il l'aura toujours !

« Le net crée des liens surprenants par leurs diversités mais aussi par leur force et leur authenticité. » Après tout ce que les amis et moi avons écrit à ce sujet ces dernières années, s'il y a encore des gens qui en doutent, c'est... qu'ils ne nous lisent pas. Force et authenticité, voilà bien deux mots qui caractérisent Alexander aussi bien que les relations qu'il savait entretenir avec un certain nombre de personnes élues.


« Je trouve merveilleux que la vie vous ait donné, à tous les deux, de vivre ensemble, bien que physiquement éloignés, la dernière année de sa trop courte vie. » Je suis tellement conscient de ce privilège de m'être trouvé sur le chemin d'Alexander et d'avoir pu faire la route avec lui ces quinze derniers mois ! Si la douleur est si atroce en ce moment, c'est que je mesure justement l'ampleur de la perte, l'immensité de ce qui, avec lui, devenait possible et qui ne sera plus. L'avenir sans lui sera forcément différent mais, heureusement, personne ne peut nous enlever ce que nous avons vécu, tout ce qu'ensemble nous avons découvert et partagé.


Éphéméride du 26 juillet :
- Naissance, en 1856, de l'écrivain George Bernard Shaw
- Naissance, en 1888, de l'écrivain Marcel Jouhandeau
- Naissance, en 1894, de l'écrivain Aldous Huxley.

Le 26 juillet 1958, Charles Philip Arthur George, dit Charles d'Angleterre est fait prince de Galles.

Alexander était on ne peut plus patriotique. Il adorait son pays et, chaque fois qu'il devait s'en absenter, il apportait avec lui un peu de terre provenant du sol anglais. Il aimait beaucoup le prince Charles et il souhaitait qu'il soit couronné roi d'Angleterre le plus tôt possible, tout en étant conscient que sa mère, qu'il aimait moins, n'abdiquerait jamais. Je trouve dommage qu'Alexander n'ait pas pu vivre assez longtemps pour voir Charles régner sur l'Angleterre et sur le Royaume-Uni ; il en aurait été fier et heureux.
Le 14 novembre dernier, nous avons eu, Alexander et moi, une conversation qui, moi, m'a amusé et qui, sur le moment, a dû laisser Alexander un peu perplexe. C'est à la suite de telles conversations qu'il pouvait dire à son entourage : « Alcib devine tout, il comprend tout ! » Ce dont je suis le plus fier, cependant, c'est de l'aimer, lui, et d'en avoir été aimé à ce point.

Raisonnement bling-bling

Il n'y a rien de nouveau : le personnage nous a habitués à ce genre de raisonnement. Mais il est tout de même amusant de relever de temps à autre l'un de ses arguments, si caractéristiques du petit agité.

En France où le débat fait rage sur la question d'ouvrir les commerces le dimanche, le président-empereur déclare : « Pourquoi continuer d'empêcher celui qui le veut de travailler le dimanche? C'est un jour de croissance en plus, c'est du pouvoir d'achat en plus. » Jusque-là, ça va : on peut être en désaccord, mais le raisonnement se tient. Mais le petit agité révèle sa véritable nature bling-bling dans la phrase suivante : « Est-il normal que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir ? »

D'une part, je ne crois pas que ce soit madame Obama et ses filles qui assurent la rentabilité des commerces ouverts le dimanche et, d'autre part, si les commerces étaient ouverts, on sait très bien que le petit agité s'empresserait de leur téléphoner pour leur demander de fermer afin que madame Obama puisse faire ses courses sans être importunée.

samedi 25 juillet 2009

Des nouvelles du front - 2

En faisant allusion dans l'article précédent à l'absence des amis, à l'exception de quelques-uns, je ne voulais pas parler des amis rassemblés par la Toile. Je pensais plutôt aux « vrais » amis, ceux qui se croient de meilleurs amis parce que je peux les voir et leur parler directement deux ou trois fois par année, ceux qui sont toujours très sceptiques lorsque je leur parle des amis répartis un peu partout sur la planète et avec qui, grâce à la magie d'Internet, je peux communiquer aussi souvent que je le veux, alors que c'est toujours assez compliqué d'entrer en contact avec ces « vrais » amis. Certains d'entre eux, qui disent que je suis leur meilleur ami, n'ont pas répondu à mes récents messages téléphoniques et électroniques et n'ont pas donné de nouvelles depuis quatre mois déjà. J'ai hâte que le téléphone sonne, de voir leur numéro s'afficher sur mon appareil, afin d'avoir le plaisir de... ne pas répondre.

Je l'ai dit et écrit à plusieurs reprises, la communauté du Web est aussi concrète, aussi « réelle » que celle des amis qui habitent tout près de chez moi et que pourtant je ne vois que deux ou trois fois par année. Je ne dirais sans doute rien si je n'avais senti une certaine forme de mépris chaque fois que j'ai osé parler de ces relations tissées et alimentées par l'intermédiaire d'Internet. Je sais bien que les Québécois, de façon générale, souffrent selon moi d'un grave problème de la personnalité que j'essaierai peut-être de définir un jour, bien que je ne sois ni psychologue ni psychiatre (ça pourrait aider, à condition que le psychiatre parvienne lui-même à se dépêtrer de ses propres problèmes). Ce problème de la personnalité les empêche d'entrer en communication réelle, authentique, avec leurs semblables, d'être capables d'empathie et de présence réelle (à l'authenticité et à la profondeur des véritables relations humaines, ils préfèrent l'abrutissement par la télévision et autres divertissements. Il y a selon moi un grave problème quand leurs maîtres à penser sont de pauvres humoristes dont le quotient intellectuel n'est pas toujours la principale force). Quand ils auront le courage de prendre la décision politique qui s'impose, ils auront un espoir de s'en sortir, mais quand ils auront ce courage, c'est qu'ils auront mûri (et pas seulement pourri) et qu'ils seront déjà sur la voie de la guérison. D'ici là, ils continueront de s'oublier dans les spectacles d'humour ; c'est exactement ce que veulent qu'ils fassent tous les défenseurs du statu quo, les défenseurs du penser en rond qui ont tout intérêt à ce que l'humour domine à la place de l'esprit critique. Les Québécois revendiquent la liberté de pensée, celle de ne penser à rien. Mais ce n'est pas l'objet de ce billet ; j'y reviendrai peut-être un jour.

À l'exception de quelques êtres merveilleux, toujours présents, je reste persuadé que la communauté du Web est plus sensible que la communauté des « concrets » à laquelle j'appartiens (au Québec), qu'elle est vraiment plus présente que l'autre.

J'espère que cette fois-ci Alexander ne lira pas cette page par-dessus mon épaule, car il risque d'en être très triste, même si nous avons abordé cette question ensemble plusieurs fois déjà.

Une personne bien réelle, toujours présente, bien qu'elle habite très loin, dans un autre pays, l'ouest canadien, m'a demandé de proposer le thème de sa prochaine collection de photos. J'ai donc envoyé à Dr. CaSo une photo « qui rappelle quelqu'un que l'on aime » ; j'ai hâte de voir les images qu'elle recevra.

J'aurais pu lui envoyer la photo de bien des objets qui m'entourent dans cette maison, car tout évoque pour moi sa présence, pas seulement les nombreux objets qui viennent de chez lui. Il y a quelques mois, ces petits objets reçus en accompagnaient d'autres, plus importants ; plusieurs de ces petits objets se trouvent sur la porte du réfrigérateur, avec d'autres reçus précédemment.


vendredi 24 juillet 2009

Amusant et... bien mérité

La nouvelle est trop amusante pour en priver les amis. Et nul être au monde, avec son obsession de « la loi et l'ordre » (quand ça l'avantage, bien sûr) et sa lutte acharnée contre la liberté d'expression, n'a autant mérité ce titre. Il faut lire l'article du magazine Le Point, du moins les premières lignes. Vous aurez compris que la nouvelle concerne celui dont je ne veux pas écrire ici le nom pour ne pas salir ce blogue.

Cela fera plaisir à une autre hystérique qui, cinq fois par semaine, envoie le même commentaire sur tous les blogues, dénonçant le sombre individu. Bien que j'aie beaucoup de sympathie pour sa cause, je demanderais à cette hystérique, qui veut poursuivre en justice le petit agité, de ne plus utiliser mon blogue pour répéter ad nauseam son message ; c'est inutile, je ne le publierai pas car ce blogue est mon espace personnel et non un tableau d'affichage de toutes les revendications.

Des nouvelles du front

Une lectrice aussi attentive que fidèle et discrète m'écrit :

« ... Je viens aux nouvelles. Vos deux derniers articles sont tous deux des citations et ils n'arrivent pas à me masquer le fait que vous n'avez rien écrit de consistant, rien qui parle de vous depuis une semaine... Ce n'est pas un reproche, c'est tout juste une constatation, une inquiétude.
« Que se passe-t-il ? Pourquoi, si vous n'êtes pas capable d'écrire actuellement, n'arrivez-vous même pas à écrire que vous n'êtes pas capable d'écrire ? Il me semble que cela vous ferait tellement de bien de vous exprimer, puisque votre blog a été au centre de votre relation avec Alexander, du moins son point de départ. Si tout ce que vous pouvez mettre en ligne actuellement sont des citations, vous pourriez alors trouver des citations qui parleraient pour vous, qui parleraient de votre peine et de ce grand vide. Je me trompe sans doute, mais il me semble que même juste le fait de les chercher et de les trouver vous aiderait, vous soulagerait un peu. Vous verriez, décrites par des gens qui ont aussi souffert, des formes de sentiments qui correspondent à votre souffrance qui me semble vous étouffer un peu. À moins que vous soyez très bien entouré dans votre vie réelle, avec des proches qui vous soutiennent. Si oui, ce serait bien aussi de nous le signaler, pour qu'on s'inquiète un peu moins... ;)
« Et je termine avec mon dada habituel parce que j'y crois : prenez bien soin de vous. »

Je veux d'abord remercier chaleureusement cette lectrice de sa présence attentive et de son assiduité, même si on ne peut pas lire ses commentaires sur le blogue. Je la remercie également de me donner l'occassion de donner quelques nouvelles.

C'est vrai que je n'arrive pas vraiment à trouver quoi que ce soit d'intéressant à dire à mon sujet. Ces quinze derniers mois, de plus en plus intensément, ma vie s'est organisée en fonction d'Alexander, avec Alexander... Un samedi soir, au cours d'une longue conversation il m'a dit qu'il devait aller à l'hôpital le lundi suivant pour y faire des analyses, que je ne devais pas m'inquiéter, qu'il serait de retour à la maison le lundi soir et que nous pourrions alors nous parler. Le dimanche midi, il m'a écrit encore plein de belles choses, comme il en avait le secret ; il allait passer l'après-midi avec sa voisine et amie et nous pourrions sans doute nous parler ensuite. Quelques heures plus tard, il m'écrivait qu'il croyait qu'il dormirait mieux s'il allait dormir à l'hôpital, qu'il n'aurait pas à s'inquiéter de se réveiller à temps pour s'y rendre tôt le lundi matin et qu'il serait ainsi mieux reposé pour subir les examens ; il me disait encore de ne pas m'inquiéter, qu'il était sûr que je comprendrais, et que nous nous retrouverions lundi soir. J'ai vite répondu que c'était une très bonne idée, que je penserais à lui, comme je le fais toujours, à chaque instant, et que je l'attendrais lundi soir. Or, ce lundi, c'est quelqu'un d'autre qui m'écrivait qu'Alexander ne rentrerait pas ce soir-là, que les examens avaient été difficiles et qu'il avait besoin d'un peu de repos... Puis les nouvelles devenaient chaque jour de plus en plus inquiétantes et... Alexander n'est plus jamais rentré chez lui.

Il y a la douleur, le chagrin, et il y a aussi que ma vie a été tellement associée à la sienne que je me trouve en ce moment désorienté. Je n'ai plus au réveil très hâte de me lever pour aller lire ses messages de la nuit ; je n'ai plus, en fin d'après-midi, envie de rentrer très vite de ma promenade pour le retrouver et passer des heures avec lui ; je n'ai plus, au moment d'aller dormir, envie d'envoyer encore un message avec les mots qu'il aime et des images ; entre le réveil et le moment d'aller dormir, mon emploi du temps n'a pas beaucoup de sens.

Certaines personnes, dont les créanciers, aimeraient bien que mon emploi du temps soit plus productif et plus rentable, mais je dois dire que ces derniers mois, mon coeur et mon esprit étaient ailleurs. Je connais trop bien les raisonnements des « grandes personnes » et, si on adopte leur point de vue, on doit reconnaître qu'elles ont sans doute raison. Mais en ce moment, je n'ai pas trop envie d'être une « grande personne ».

Je n'ai pas l'habitude de raconter ici mes petits et mes grands problèmes personnels, il me semble, et je ne crois pas que je commencerai aujourd'hui. Je n'ai jamais trouvé intéressant d'écrire et de partager avec les lecteurs, toujours plus nombreux que l'on serait porté à le croire, le fait que j'aie pris ou perdu cinq cent grammes ; j'ai sans aucun doute en moi une bonne dose de narcissisme mais pas au point de penser que cinq cent grammes en plus ou en moins peuvent intéresser d'autres que la personne qui les perd ou qui les gagne. Je ne crois pas que mes difficultés personnelles soient plus intéressantes. Je sais que c'est une question de style : tout peut se dire si on a le talent pour le dire ; il semble que je n'aie pas celui-là.

Cela dit, je ne suis pas inactif. Alexander avait énormément de projets en tête, moi de même ; ensemble nous avions ceux-là et, bien entendu, nous en avions d'autres que nous avions élaborés ensemble. Il est fort probable qu'un grand nombre d'entre eux ne verront jamais le jour, mais je m'efforcerai d'en concrétiser quelques-uns, je le dois à Alexander, je nous le dois. Les « grandes personnes » diront que ce n'est pas cela qui mettra du pain sur la table (je ne parle même pas du beurre sur les épinards, car il faudrait d'abord avoir des épinards...) Qui donc a dit que « plutôt que d'ajouter des jours à sa vie, il vaut mieux ajouter de la vie à ses jours » ?

« À moins que vous soyez très bien entouré dans votre vie réelle, avec des proches qui vous soutiennent. Si oui, ce serait bien aussi de nous le signaler, pour qu'on s'inquiète un peu moins... » Je ne suis pas seul, bien sûr, pour vivre ce deuil atroce. Je le vis avec notre petite famille, la petite famille que nous nous sommes choisie, Alexander et moi, composée uniquement de personnes que nous aimons beaucoup et qui nous aiment autant, de part et d'autre de l'Atlantique. La grande famille, officielle, vit sûrement ce deuil à sa façon, mais nous, la petite famille, le vivons ensemble. Pour ce qui est des amis, du moins les miens, ils me donnent l'occasion de vérifier une fois de plus qu'un deuil n'est pas attirant ; après les témoignages de sympathie, seuls les vrais amis restent, et ceux-là, peu nombreux, sont précieux. Ils ne sont pas en mesure d'aider en tout, mais leur présence, leur écoute est réconfortante.

Quant au conseil de prendre soin de moi, je vous le promets : dès que je le pourrai, je le ferai.

Depuis hier, il y a un nouveau carillon dans la maison. Il y avait déjà le Big Ben qui sonne toutes les quinze minutes ; il y a maintenant celui qui sonne quand le vent ou un geste de la main le met en mouvement. Le son en est très beau. Il a tout de suite reçu un nom, le même qu'un certain petit lapin et qu'un petit chien adorables...

mercredi 22 juillet 2009

« Ne cherche pas à faire du bien - sois bon.
Ne pas éclairer mais être lumineux.
»
Léon Tolstoï

mardi 21 juillet 2009

« Ça ne fit même pas de bruit... »

7 juillet 2009

« ... Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas.
Il tomba doucement comme tombe un arbre.
Cela ne fit même pas de bruit... »
Saint-Exupéry


« Le Petit Prince... c'est un ami tres cher de moi vraiment. »
Alexander

vendredi 17 juillet 2009

Pour toujours

Tu te souviens, Alexander, de notre conversation du 17 juillet 2008 ? Il y a tout juste un an. Il nous avait été évident assez tôt que nous serions ensemble jusqu'à la fin, et au-delà. La question ne s'était pas posée : tu m'aimais et, comme tu me l'avais dit et comme me l'a confirmé notre amie très chère, quand tu aimes, c'est pour la vie. De mon côté, je n'avais pas vraiment réfléchi à la question, mais je sentais bien que cet amour serait sans fin, que jamais je n'aurais envie qu'il se termine. Il arrive, lorsqu'on est amoureux, que l'on souhaite que ça dure toujours, mais qu'il subsiste toujours un doute sur la durée. Entre nous, ce n'était pas le cas : c'était une certitude absolue.

Ce 17 juillet de l'an dernier, tu m'as donné l'occasion d'affirmer haut et fort cet engagement. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y avait énormément d'émotion dans cette conversation. J'imagine ta peur et ton angoisse dans les heures qui l'ont précédée, compte tenu de ce que tu voulais me dire. Je n'oublierai jamais cette conversation, l'une des plus fortes en émotion de toutes celles que nous avions eues jusque-là. Tu te souviens de cet engagement de ma part de t'aimer toujours et d'être toujours à tes côtés ?

Je n'ai jamais regretté un quart de seconde d'avoir pris et respecté cet engagement. Je sais que tu ne l'as jamais regretté non plus.

Le destin a voulu que tu partes le premier, et beaucoup trop tôt. Mais cela ne change rien à ma promesse, à mon engagement total. Je l'ai écrit et je l'écrirai encore : « Tant que je vivrai, tu vivras en moi et tout ce que je ferai, je le ferai autant pour toi que pour moi. » Et ces mots des Amitiés particulières restent pertinents : « Ainsi que nous l'avions souhaité, nous serons désormais toujours ensemble, et c'est à moi de redire : « Que c'est beau: toujours ! »

jeudi 16 juillet 2009

Dis-moi à qui tu ressembles...

...je te dirai qui tu es.

Au cours de nos premiers échanges de messages, j'ai envoyé à Alexander plusieurs photos de moi et, en retour, Alexander m'avait envoyé quelques images sans les commenter. Parmi les premières, il y avait celle-ci :


Comme il m'avait un peu parlé de ses goûts vestimentaires, qu'il m'avait dit qu'à l'occasion il aimait porter des tenues classiques, mêmes les plus formelles, en y ajoutant un élément fantaisiste, comme de porter un costume noir ou plus formel encore avec des chaussures fantaisistes et que, par ailleurs, il m'avait dit aimer porter le kilt (il m'avait parlé d'un très grand mariage où les hommes portaient le kilt), j'ai cru qu'il pouvait s'agir d'une photo de lui-même. Il a bien ri quand il a compris la méprise.


Alexander aimait la photo, mais la photo qu'il faisait ou celle des autres, sans nécessairement en être le sujet. La première photo reçue de lui le montrait en train de donner un baiser à Harry mais on y voyait davantage le chat qu'Alexander lui-même. Cette photo m'a tout de même fait fondre en larmes, mais c'étaient des larmes de bonheur. J'avais tellement envie d'en connaître davantage. Mon imagination essayait de compléter les parties manquantes. À l'exception du regard que je ne voyais pas aussi bien sur sa photo, j'aurais pu croire qu'Alexander ressemblait à cet inconnu dont j'ai trouvé par hasard la photo sur un site Internet où il y avait énormément de photos de personnes non identifiées.


Je n'ai pas montré cette photo car je pense qu'Alexander n'aurait pas apprécié la comparaison. Ce garçon est beau, mais Alexander, plus beau encore. En attendant de recevoir d'autres photos, celle-ci m'avait permis de me faire une image complète, provisoire et fausse, mais précise.


Enfin cette dernière image pourrait aussi représenter un Alexander sous un autre éclairage. Je ne sais pas qui est ce garçon mais, même s'il lui ressemble, il ne s'agit pas d'Alexander évidemment. Alexander avait choisi de m'envoyer cette photo, sans doute pour l'attitude pensive du garçon, attitude assez familière à Alexander. Je ne l'imagine pas très bien les bras croisés, cependant.

Est-ce que j'ai déjà écrit que je l'aime ? Est-ce que j'ai déjà dit qu'il me manque terriblement ?

lundi 13 juillet 2009

Tu me manques

« Ma vie cherche ta vie, c'est ma chanson
Car j'ai donné à ma vie ton nom.
»

Qu'ils soient d'un grand poète, d'un modeste écrivain ou ceux entendus au hasard, comme ceux de cette chanson, certains mots semblent surgir exprès dans un moment de calme pour réveiller la douleur qui sommeillait et déclencher l'orage intérieur, les torrents de larmes...

« Les mots n'aident en rien, sauf que sans eux le vide est toujours plus atroce », écrit Delest en commentaire à l'un des articles précédents. Il a en partie raison. Les mots ont joué un tel rôle pour Alexander et pour moi, et entre Alexander et moi, qu'ils seront toujours essentiels. Cependant, même le mot « mots » me fait si mal ce matin ! Car ce mot évoque surtout l'absence des siens. Et pour combler ce vide atroce, je ne trouve pas les miens.

samedi 11 juillet 2009

Un amour princier

« Tu n'es pas l'enfant des prières et des larmes, mais l'enfant de mon amour, de mes espoirs, de ma certitude. Tu n'es pas mort, tu n'as passé qu'un instant sur l'autre rive. Tu n'es pas un dieu, tu es le garçon que je suis, tu respires en moi, mon sang est le tien. Ce que j'ai, vraiment tu le possèdes. Ainsi que nous l'avions souhaité, nous serons désormais toujours ensemble, et c'est à moi de redire: « Que c'est beau: toujours !»

Ces derniers jours, ces dernières heures, j'ai souvent pensé à ces mots, ces phrases, les dernières lignes d'un roman qui a été déterminant pour moi à l'adolescence, comme il l'a été pour Alexander dans la sienne ; il s'agit, j'en ai parlé plusieurs fois déjà, du roman de Roger Peyrefitte, Les Amitiés particulières. Ce roman magnifique — certains diront que Roger Peyrefitte aurait dû s'en tenir à lui, mais il aurait été dommage de nous priver de La Mort d'une mère —, que j'ai lu durant les dernières années de mon adolescence, n'a pas seulement mis des mots sur ce que je vivais alors, il m'a permis aussi de découvrir la littérature, l'art, la culture de manière générale et, j'ose l'affirmer, il m'a proposé un art de vivre, un idéal. Un certain nombre d'années plus tard, Alexander a lu le même roman, avec le même émerveillement. Dans son cas, le livre ne lui ouvrait pas les portes de la culture puisqu'il est né dedans, mais il constituait tout de même une révélation, il lui proposait aussi un idéal. Je ne me souviens plus, si je l'ai su, quel âge avait Alexander exactement lorsqu'il a lu ce livre pour la première fois, le premier livre qu'il lisait en français, mais ce qui est certain c'est que depuis cette lecture, et sans négliger d’autres aspects de la vie, Alexander a lu énormément de livres puisqu'il lisait partout, dès qu'il avait une minute de libre, Alexander a adopté la loi de l'alternance : un livre en anglais, un livre en français.


Ces mots du roman de Roger Peyrefitte, ce sont ceux qu'adresse Georges, l'un des deux principaux personnages, au garçon qu'il aimait, Alexandre, qui s'est suicidé parce que les prêtres chargés de son éducation s'acharnaient à briser l'amour entre Georges et lui. Georges prononce ces mots au retour du service religieux (on a fait passer pour un accident le suicide du garçon ; il pouvait donc avoir accès aux sacrements). J'ai pensé à ces mots car ils étaient assez proches de ceux que, depuis quelques jours, j'adresse moi-même à un autre Alexander, le mien (qui, lui, ne s'est pas suicidé ; et, oui, Alexander est son prénom véritable — il en a bien d'autres, mais celui-ci est son prénom). Je sais que, dans la situation inverse, Alexander aurait pensé exactement aux mêmes mots, à cette citation tirée des Amitiés particulières. Nous évoquions souvent ce roman et, ces derniers jours encore, il m'avait dit qu'il voudrait discuter avec moi de certains aspects du roman ; comme pour tant d’autres projets restés orphelins, le temps a manqué. Je sais que le personnage de Georges l'agaçait un peu, cependant, avec son obsession de se prévaloir de son titre de « futur marquis » ; Alexander n'avait pas besoin d'un titre pour « vivre » vraiment, pleinement.

Le mot « enfant » revient deux fois dans ce court extrait. Alexander n'était plus un enfant, et moi non plus, mais il a conservé de l'enfance la capacité d'émerveillement devant tout, un insecte, un brin d'herbe, etc., ainsi qu'une infinie tendresse pour tout ce qui vit. D'ailleurs, 27, 72, 2, 7, Alexander n'accordait aucune importance à ces chiffres qui n’avaient pour lui aucun sens. Sur les papiers officiels, Alexander a 27 ans ; c'est ce que l'on publiera dans les journaux, c'est ce que, contrairement à sa volonté, on inscrira dans le marbre... Mais le véritable Alexander, celui que très peu d'entre nous avons le privilège de connaître, n'a pas d'âge. Il a quatre ans par moments, 7 ou 8 à d'autres, pour bien des gens dans la rue, il a 16 ans, pour ses amis, il a la sagesse des centenaires, pour son amoureux, il a tous les âges. Médecin sérieux et respecté, il savait être adulte responsable lorsqu'il le fallait ; en dehors du travail, il était l'enfant, l'adolescent, capable de s'amuser longuement avec rien, de passer des heures au musée ou dans les bibliothèques à poursuivre des recherches, à écrire son essai, ou d'organiser des jeux avec sa précieuse voisine et amie qui, à la retraite depuis plusieurs années, avait beaucoup de temps à consacrer à Alexander. L'âge n'avait donc pas d'importance, si ce n'était que les gens nés dans les mêmes années que lui ne présentaient pour lui pas beaucoup d'intérêt, sauf son cousin préféré avec qui il avait tissé, non pas une amitié particulière mais une solide affection renforcée par une tragédie qui les avait tous deux touchés au moment de leur adolescence.


L'enfant en lui ressemblait beaucoup au Petit Prince, sauf qu'il était moins impatient. Si nous faisions souvent allusion à des passages du livre de Saint-Exupéry, il m'arrivait rarement, en m'adressant à lui, de le désigner moi-même comme « mon » Petit Prince. Jusqu’à l’âge de quatre ans, avant de partir elle-même sur son étoile, en alternance avec « mon petit ange », sa mère l'appelait ainsi et quelques personnes de son entourage, celles qui l'aimaient le plus, ont continué de l'appeler ainsi et, dans ma correspondance avec une amie très proche d'Alexander, qui a pris la relève de sa mère en quelque sorte, je reprends parfois ce nom qui lui convient si bien à plus d'un titre. Je ne donnerai qu'un exemple de l'attention que ce garçon accordait aux choses, les plus simples comme les plus sérieuses, à tout ce qu'il touchait, tout ce qu'il faisait, tout ce à quoi il pensait.

Dès les premières conversations que nous avons eues sur MSN, et nous n'utilisions ni le micro ni la caméra, Alexander me disait que, pour venir me parler à l'heure convenue, il s'habillait tout spécialement pour moi. Je ne pouvais pas le voir et pourtant, il avait cette politesse exquise de soigner sa tenue vestimentaire, de choisir parmi ses vêtements ceux qui étaient davantage susceptibles de me plaire, et de se parfumer de cette eau de toilette que je retrouve encore dans des objets qui viennent de lui. Je ne le voyais pas à l'écran mais l'idée qu'il se faisait de notre conversation exigeait à ses yeux cette élégance morale et vestimentaire. Pour moi, c'était un signe supplémentaire de la qualité de ce garçon. Bien sûr, il a reçu une excellente éducation qui lui permettait d’être impeccable même dans les occasions les plus officielles, les plus protocolaires. Mais chacune de ses attentions provenait d’un élan spontané du cœur.


« Vous êtes celui qu’il cherchait depuis longtemps, celui qu’il attendait. Vous seul avez su le rendre heureux et embellir (malgré tout) la dernière année de son existence terrestre », m’écrivait celle qui, avec son frère, lui aura tenu la main jusqu’au dernier souffle. Je ne le cherchais pas, je ne l’attendais pas, car jamais je n’aurais osé imaginer qu’un garçon aussi extraordinaire pouvait exister. Jamais je n’aurais espéré qu’un tel garçon, dont le nom à lui seul pouvait ouvrir bien des portes, viendrait un jour frapper à la mienne en me demandant un peu d’attention et de tendresse et en m’offrant l’amour le plus total et le plus désintéressé. Il est impossible de douter un seul instant de son amour quand on sait que ses derniers mots ont été : « Je demanderai à Alcib. »


Si l’on voulait représenter par des livres les trois grandes étapes de sa vie, il faudrait choisir les trois livres les plus importants de sa jeune vie, trois titres essentiels à son cœur : Le Petit Prince pour l’enfance, Les Amitiés particulières pour l’adolescence et, pour sa vie de jeune adulte, Le feu du ciel, premier tome de la biographie d’Alexandre le Grand par Mary Renault. Il possédait quelques exemplaires de cette biographie en trois volumes. Il traînait surtout avec lui, partout où il allait, un exemplaire de poche de cette biographie lue trois mille fois plutôt qu’une ; il la connaissait par cœur… Depuis des années, il faisait des recherches sur le temps d’Alexandre le Grand, il était en correspondance avec des universitaires spécialistes de cette période afin de publier un jour son livre sur un aspect précis, jusqu’ici assez négligé par les biographes. Voilà un autre projet qui, comme son roman non publié, restera orphelin…


Alexander faisait ce matin sa dernière sortie, il participait à ses dernières activités terrestres. Mais je n’y étais pas, physiquement ; c'est extrêmement douloureux de voir partir celui que l'on aime et de ne pas être sur le quai pour lui dire un dernier au-revoir. J'ai toutefois la consolation d'y être dignement représenté par des amies très chères. Cette cérémonie des adieux ne l’intéresse pas lui-même, en ce moment ; il s’en serait très bien passé, préférant se dissiper dans le ciel comme la fumée d’un encens aimé. Pourtant, si familier lui-même de ces rituels de séparation, il sait leur importance pour ceux qui restent sur le quai… C’est déchirant de penser qu’il ne lui arrivera plus jamais rien sur cette Terre, qu’il ne sera plus jamais concrètement associé à quoi que ce soit que je puisse faire. Il n’en sera pas absent pour autant. Pour son dernier voyage, il aura emporté un peu de lecture : Le feu du ciel – Fire from Heaven –, bien entendu, puisqu’il ne le quittait jamais et, pour mieux penser à moi, son exemplaire en français du Petit Prince.

« Tu n'es pas l'enfant des prières et des larmes, mais l'enfant de mon amour, de mes espoirs, de ma certitude. Tu n'es pas mort, tu n'as passé qu'un instant sur l'autre rive. […] …et c'est à moi de redire : « Que c'est beau : toujours ! »

J'essaierai de conserver envers lui la même fidélité qu'il m'offrait, que nous avons assumée de part et d'autre, la seule qui lui était concevable, la fidélité indéfectible d'Héphaistion pour son Alexandre (qui ne fut pas toujours grand). Si un jour vous constatiez que ma route semblait dévier, je vous en prie, rappelez-le-moi.

Je l’entends me dire : « Ne sois pas triste ! Ne pense pas au fait que je ne sois plus là. Pense plutôt à tout ce que nous avons vécu ensemble. Je serai toujours près de toi. Ne l'oublie jamais. »

Tant que je vivrai il vivra en moi et tout ce que je ferai, je le ferai autant pour lui que pour moi.


vendredi 10 juillet 2009

Médecine d'urgence


En rentrant de son travail, l'année dernière à cette date, 10 juillet, Alexander m'annonçait, non pour s'en glorifier mais simplement pour partager avec moi une information le concernant, qu'il était officiellement devenu médecin spécialisé en médecine d'urgence (une semaine plus tard, il m'annoncerait une moins bonne nouvelle, mais c'est autre chose). Il en avait reçu la confirmation par écrit avant de quitter l'hôpital et, à l'exception de quelques collègues qui étaient là au moment d'ouvrir sa lettre, j'étais le premier à l'apprendre. Je me réjouissais pour lui et je lui ai demandé s'il allait répandre la nouvelle autour de lui ; non, il ne le ferait pas. Il me l'annonçait, à moi, c'était le plus important, et il le dirait à sa grand-mère pour qui il était le plus précieux des trésors. Le lendemain, lorsqu'il m'a dit que sa grand-mère lui demandait de choisir le cadeau qu'elle voulait lui offrir pour sa promotion, il m'a dit : « Devine ce que j'ai demandé. » Sans hésiter une seconde, j'ai répondu : « Une vache ! » Et j'avais raison ; il demanderait de trouver une humble vache sans arbre généalogique et qui, autrement, serait envoyée à l'abattoir ; il pourrait ainsi lui offrir quelques années d'une vie agréable à la campagne, où elle serait choyée comme toutes les bêtes « de la maison ». Elle s'appellerait... Claudia.

Ce qui l'intéressait, c'était de pratiquer la médecine, d'exercer sa profession le plus consciencieusement possible, pour sauver des vies, soulager des souffrances, rassurer des familles, et non de s'en faire une gloire. Pour des raisons que je ne dévoilerai pas, il avait plutôt demandé à l'hôpital de ne pas inscrire son nom sur la liste des promotions de l'année qui serait remise aux médias ; l'hôpital a accédé à sa demande...

Alexander avait choisi très tôt de devenir médecin ; des drames dans son entourage l'avaient décidé à étudier la médecine et, alors qu'il était adolescent, une tragédie lui a fait opter pour la médecine d'urgence plutôt que pour le travail auprès des personnes atteintes du VIH, son premier choix. Il lui avait fallu beaucoup de détermination pour atteindre son objectif, contre la volonté de certains membres influents de son entourage.

Alexander était un médecin très respecté et aimé de ses collègues et de ses patients. Il prenait très à coeur son travail et il lui arrivait d'être malheureux durant plusieurs jours lorsque survenaient des catastrophes, comme des incendies dans des quartiers défavorisés où les grands brûlés arrivaient en nombre. Contrairement à ce qui se fait souvent dans les services d'urgence, les pleurs d'un enfant ne déterminaient pas forcément ses priorités ; il y avait souvent là des blessés graves ou des personnes âgées qui réclamaient d'abord son attention, et c'était à ses yeux aussi important que de consoler un enfant qu'un bonbon aurait pu satisfaire un moment. Il se sentait personnellement responsable de chacun de ses patients. La perte d'une vie le bouleversait toujours au plus haut point ; il ne s'y faisait jamais, même si c'était celle d'une chauve-souris tombée dans sa cheminée et qu'il n'avait pu sauver parce qu'il était absent. Je me souviens qu'une nuit à l'urgence il dût pratiquer seul son premier accouchement ; il n'aimait pas beaucoup ce genre d'intervention, mais il était très fier d'avoir aidé à donner la vie. Le lendemain matin, même si la patiente ne relevait plus de son service, Alexander était allé la saluer et prendre des nouvelles du petit garçon.

Je me souviens avec tendresse d'une dame âgée transportée à l'urgence durant la nuit en raison d'un malaise cardiaque ; Alexander s'en était occupé et, lorsque le matin il retourna la voir pour prendre de ses nouvelles, tout allait bien. Mais Alexander remarqua que le sac de voyage posé par terre, dans lequel elle avait apporté quelques affaires, semblait pris de drôles de secousses. La dame aperçut le regard d'Alexander et l'anxiété se lut sur son visage. Alexander se pencha et sortit du sac un petit chien que sa maîtresse n'avait pas voulu laisser seul. Bien que les animaux soient interdits dans les hôpitaux, Alexander caressa le chien* et le remit dans le sac avant de sortir. Au moment de quitter l'hôpital, la dame reconnaissante vint serrer la main d'Alexander et le remercier. Souvent nous en avons parlé avec tendresse et nous aurions tant souhaité qu'Alexander puisse lui aussi amener son chien avec lui lorsqu'il était hospitalisé ; mais on ne cache pas facilement un bouledogue anglais dans un sac, quel qu'il soit.

La période la plus difficile pour lui fut sans doute celle où sa grand-mère était, durant plusieurs semaines, à la demande du petit-fils médecin, patiente en oncologie à l'hôpital d'Alexander. Chaque jour il allait passer des heures avec elle, avant ou après son travail ou durant des pauses qu'il s'octroyait, sans jamais s'accorder un seul jour de congé. Les murs de cette chambre en auront vu des larmes versées... Je me souviens de ce dimanche soir de septembre où la grand-mère quitta l'hôpital pour rentrer chez elle à la campagne ; ce fut pour la grand-mère comme pour le petit-fils un cruel déchirement. Je sentis ce soir-là qu'une fois de plus Alexander était devenu orphelin. « Ce soir, je voudrais rentrer à la pension », m'avait-il dit. Je n'ai pas eu besoin — et je n'en aurais pas eu le courage — de demander d'explication : je croyais que mon coeur allait s'arrêter de battre de douleur en pensant à la sienne. Je pouvais très bien imaginer le petit garçon qui, malgré toutes les personnes qui l'entouraient dans la grande maison, se sentait parfois si seul qu'il préférait retrouver ses camarades et la routine bien réglée de la pension. Dix mois plus tard, la même douleur déchirante me revient lorsque j'y pense.

Un jour, Alexander avait reçu un jeune homme qui n'avait pas eu de chance ; renversé par une voiture, il était passé sous les roues ; on l'avait conduit à l'urgence où il avait été pris en charge par Alexander ; le lendemain matin, ce qu'Alexander m'avait dit appréhender était arrivé : le jeune homme venait de mourir. Environ trois semaines plus tôt, en avril 2008, alors que j'apprenais à peine à le connaître, j'avais été bouleversé quand Alexander avait lui-même été renversé par une voiture en traversant la rue pour se rendre au travail. Dans son malheur, il avait eu la chance d'être projeté par-dessus la voiture plutôt que de passer sous les roues. Allongé dans la rue pendant qu'on lui prodiguait les premiers soins, Alexander s'inquiétait de son chat et de son chien, du sac à dos contenant ses trésors, traînant sur le sol, et de... moi. Ses collègues avaient eu la surprise ce matin-là de voir arriver Alexander... en ambulance. Tout le temps qu'il était allongé sur une civière, il ne pensait qu'à une chose, me disait-il : que je sois là pour lui tenir la main afin qu'il ait moins peur et se sente moins seul. Le soir venu, Alexander avait appelé sa voisine et amie pour lui demander de nourrir son chat, de s'occuper de son chien parce qu'il devait « travailler plus tard », sans lui dire qu'il avait été le matin même victime d'un sérieux accident. En dépit des côtes cassées, des contusions multiples et des nombreux points de suture, il avait voulu reprendre le travail le plus rapidement possible.

Ne t'inquiète pas Alexander, je ne raconterai pas ici toute ta vie. D'abord, Blogger risquerait de m'avertir que je manque d'espace et même si j'ai fait parfois le récit de choses très intimes à mon sujet, je n'ai pas l'ambition de raconter ici des choses trop personnelles. Parler de soi, c'est toujours parler des autres, car nous ne sommes, malgré tout, jamais seul ; que nous le voulions ou non, nous appartenons toujours à un réseau complexe de personnes aux obscurs destins que nous exposons en parlant de nous. Et parler des autres, et à plus forte raison de ceux que l'on aime, c'est encore parler de soi. Je ne commencerai donc pas à raconter ta vie ; au delà des événements qui l'ont jalonnée, il y aurait l'immense richesse d'une vie intérieure qui s'est arrêtée beaucoup trop tôt, à laquelle j'ai l'immense privilège d'avoir été associé... Je voulais simplement souligner cette date, qui n'était pour toi qu'une nouvelle étape et qui n'ajouterait rien de plus à ton dévouement pour les autres...

Alexander m'a toujours dit avec beaucoup de conviction qu'il aimait sa profession et que c'était ce qui comptait le plus dans sa vie, même si ses intérêts étaient si multiples et qu'il aurait pu consacrer tout son temps, entre autres, à la recherche historique et à l'écriture. Je pourrais comprendre cependant si la médecine lui avait laissé un goût amer : il avait choisi cette profession pour soulager des souffrances et sauver des vies et, pourtant, la médecine l'avait, lui, passablement fait souffrir sans vraiment soulager ses souffrances ni même sauver sa vie. Mais l'amertume ne fait pas partie de la palette de sentiments d'Alexander ; si on lui demandait ce qu'il choisirait si c'était à refaire, je suis convaincu que sa réponse serait la même : médecine d'urgence.

* Ce chien était d'une race précise et il portait un nom ; c'est moi qui les oublie. Lorsqu'on lui présentait un animal, la première question d'Alexander était toujours : « Quel est son nom ? » Grâce à lui, je mets en pratique cette courtoisie envers l'animal. Ainsi, j'ai fait la connaissance, dans un parc près de chez moi, d'Olive, la compagne bouledogue d'un jeune homme que je ne connais pas et, l'autre jour, en reconnaissant Olive qui passait pas très loin d'où j'étais, j'ai simplement prononcé son nom et elle s'est lancée sur moi comme si j'étais déjà un grand ami. Notre amitié s'arrêtera là, sûrement, mais j'étais heureux de ce moment d'affection entre un bouledogue et moi.

mardi 7 juillet 2009

Il tomba doucement comme tombe un arbre

Alexander
1982 - 2009

« J'aime la nuit écouter les étoiles. »

« Et aucune grande personne ne comprendra jamais
que ça a tellement d'importance ! »

* L'image et les textes sont tirés du Petit Prince, de Saint-Exupéry.

Amour et poésie

Je ne suis pas un grand amateur de poésie en vers. Je ne m'en vante pas, je m'en confesse. Il m'arrive toutefois, à l'occasion, de tomber sur des poèmes que j'aime beaucoup. La nuit dernière, j'ai trouvé ceux-ci que je voulais offrir à Alexander qui vit dans la poésie depuis sa naissance, non parce qu'ils contiennent quelque message codé entre nous, mais simplement parce que je les ai découverts et tout de suite aimés. Ils sont tous deux de Federico Garcia Lorca.

Sonnet de la douce plainte

J'ai peur de perdre la merveille
de tes yeux de statue et cet accent
que vient poser la nuit près de ma tempe
la rose solitaire de ton haleine.

Je m'attriste de n'être en cette rive
qu'un tronc sans branche et mon plus grand tourment
est de n'avoir la fleur ou la pulpe ou l'argile
qui nourrit le ver de ma souffrance.

Si tu es le trésor que je recèle,
ma douce croix et ma douleur noyée,
et si je suis le chien de ton altesse,

ah, garde-moi le bien que j'ai gagné
et prends pour embellir ta rivière
ces feuilles d'un automne désolé.

J'ignore qui a traduit de l'espagnol ce poème, mais on peut en lire ici la version anglaise.

Le suivant est en anglais ; il en existe sûrement une version française que j'ignore.

Ditty of First Desire

In the green morning
I wanted to be a heart.
A heart.

And in the ripe evening
I wanted to be a nightingale.
A nightingale.

(Soul,
turn orange-colored.
Soul,
turn the color of love.)

In the vivid morning
I wanted to be myself.
A heart.

And at the evening's end
I wanted to be my voice.
A nightingale.

Soul,
turn orange-colored.
Soul,
turn the color of love.

From Selected Verse, Songs, 1921-1924 ,
translated by Alan S. Trueblond

mercredi 1 juillet 2009

Il y a 2 785 ans...

Lampadédromie (relais de flambeaux),
œnochoé attique du IVe siècle av. J.-C.,
musée du Louvre


Le premier juillet 776 avant J-C naissaient à Olympie les plus célèbres compétitions sportives. Les Jeux Olympiques avaient pour but de rapprocher les Grecs entre eux et de suspendre un moment les guerres entre les cités. On peut voir ici de jolies photos d'Olympie

Les athlètes vainqueurs de ces compétitions, organisées d'abord à Olympie et ensuite dans d'autres cités grecques, recevaient parfois des cadeaux de grande valeur. Mais quatre des principaux sanctuaires ne remettaient aux gagnants qu'un cadeau symbolique, une couronne (d'olivier tressé à Olympie, de laurier à Delphes, de céleri à Némée et de pin à Corinthe).

« Il n'était pas permis aux femmes mariées d'assister aux jeux masculins, parce que les hommes et les garçons y étaient nus. Mais les jeunes filles en avaient le droit et elles étaient nombreuses. » (Roger Peyrefitte, La jeunesse d'Alexandre)

Alexandre et Héphaistion assistèrent pour la première fois aux Jeux d'Olympie alors qu'ils avaient quinze ans. En tant que Macédoniens, ils n'étaient pas appréciés de tous les Grecs (encore aujourd'hui, bien que les Grecs modernes soient souvent fiers de dire qu'Alexandre le Grand était de chez eux, il semble qu'on ne s'entende pas pour dire si, oui ou non, les Macédoniens étaient des Grecs). Démosthène était l'un des plus farouches adversaires de Philippe II et de la Macédoine ; Alexandre adolescent, fils de Philippe, et son fidèle ami Héphaistion, n'étaient donc pas les bienvenus. « Alexandre bouillait de colère. Ses yeux, dont le droit était d'un noir très foncé et le gauche bleu-vert, lançaient des flammes. Ses longues boucles blondes, séparées par une raie médiane, frémissaient sur sa tunique de pourpre. Près de lui, vêtu d'une tunique verte, les cheveux noirs aussi bouclés et les yeux bleus, Éphestion, son inséparable, partageait son courroux. Ils étaient nés le même jour de la même année, il y avait quinze ans. Leur beauté était différente, comme leur taille : Alexandre était plus viril et Éphestion plus grand. Arrivés la veille à Olympie, ils étaient ce matin, au lever du jour, dans l'hôtel de ville, en face du comité olympique. Derrière les dix juges, ils apercevaient l'ennemi de la Macédoine, qui prétendait faire exclure des jeux l'attelage du roi Philippe venu concourir pour les grands jeux : l'Athénien Démosthène, le fils du fabriquant de couteaux de Péanie, village de l'Attique. » (Roger Peyrefitte, La jeunesse d'Alexandre)

* On aura remarqué que d'un texte à l'autre, l'orthographe de l'ami d'Alexandre peut varier ; à certains moments on écrit « Héphaistion » et à d'autres, « Héphestion », puis « Éphestion ».

Note : On se demandera peut-être pourquoi, en ce premier juillet, je ne souligne pas la Fête du Canada : ceux qui me connaissent un peu ne seront pas surpris. En tant que citoyen du Québec, mon allégeance va d'abord au Québec. Puisque le Canada ne me reconnaît pas comme faisant partie de l'un des deux peuples fondateurs du Canada et que cette confédération qui s'est transformée en État centralisateur qui ne respecte pas les compétences constitutionnelles du Québec en intervenant partout où il ne devrait pas, je ne célèbre donc pas sa fête. Le jour où le Québec sera respecté par le Canada, je soulignerai la Fête du Canada exactement comme je souligne la fête des Anglais, des Belges, des États-Uniens, des Français, des Suisses... Chaque nation, chaque pays mérite qu'on souligne sa fête nationale. Quand le Canada dépense au Québec seulement 85 % de son budget des célébrations du premier juillet, alors que lorsqu'il s'agit d'accorder du financement à des programmes au Québec le gouvernement du Canada rappelle que le Québec ne représente plus 25 % de la population du Canada. Il y a dans cette propagande canadienne éhontée un mépris envers les Québécois ; au Québec comme ailleurs, il y a des gens qui vendraient n'importe quoi, même leur conscience ou leur mère.

vendredi 26 juin 2009

Le petit oiseau de toutes les couleurs


Hier, Béo parlait d'un oiseau qu'elle ne connaissait pas, aperçu dans son jardin ces derniers jours (quel que soit celui que j'utilise, mon ordinateur fige à chaque fois durant quelques minutes, et je dois parfois tout fermer ; mais comment se passer des billets de Béo ?|). Je n'aurais pas su dire non plus le nom de cet oiseau. Cet oiseau de moi inconnu m'aura tout de même fait penser à deux autres oiseaux que je connais bien. Le premier, ma perruche l'aime beaucoup, c'est celui de Gilberd Bécaud, « Le petit oiseau de toutes les couleurs ». que l'on peut entendre sur YouTube. L'autre, c'est celui de Jacques Prévert.

Pour faire le portrait d'un oiseau

Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
Placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
S
e cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau

Peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Jacques Prévert

Je vous conseille vivement d'aller regarder cette vidéo, pour apprendre vraiment comment faire le portrait d'un oiseau.

jeudi 25 juin 2009

Michael Jackson, l'essentiel

Michael Jackson (1958-2009)

Comme des centaines de millions de personnes dans le monde, j’ai appris hier avec stupéfaction la mort de Michael Jackson. À l’exception de quelques membres de son entourage immédiat, peut-être, personne ne pouvait prévoir la mort à cinquante ans du roi de ma musique pop. La nouvelle semble s’être répandue comme une traînée de poudre.

Je n’étais pas particulièrement amateur de la musique de Michael Jackson, non par choix en faveur d’autres musiques du genre, mais simplement parce qu’à l’époque où Michael Jackson est arrivé et, durant de très nombreuses années après, chez moi j’écoutais principalement de la musique classique. J’ai tout de même beaucoup entendu de chansons de Michael lorsque je sortais dans les endroits publics, en particulier dans les quelques boîtes où j’allais voir danser les autres. Au début, je reconnaissais des chansons sans même savoir qui les chantait et, du jour où j’ai pu mettre un nom sur cette voix hors du commun, je ne l’ai jamais oublié. Par la télévision, je ne pouvais pas non plus passer à côté de ce phénomène qu’était déjà Michael Jackson et je dois dire que sans me ruer chez les disquaires chaque fois que sortait un disque ou une nouvelle vidéo, le personnage ne pouvait passer inaperçu, même pour moi. Depuis sa toute première enfance, ce garçon était doué d’un talent exceptionnel et il a su l’exploiter de manière prodigieuse.

Rassurez-vous, je n’essaierai pas de faire un rappel de la carrière de Michael Jackson ; d’une part, à moins de recopier du texte trouvé ailleurs, j’en serais bien incapable et, d’autre part, on trouvera partout sur Internet ce genre de renseignement. Très conscient du rôle immense qu’aura joué Michael Jackson dans l’histoire de la musique moderne, au même titre qu’Elvis Presley et quelques autres (non, je regrette d’en décevoir certains, je ne pense pas du tout à Johnny Halliday), je pense aussi à ce qu’il lui en a coûté, personnellement, pour exploiter à l’extrême sa créativité et connaître le succès planétaire.

Ce qui pour moi est le plus triste dans la disparition subite de Michael « Bambi » Jackson, cet enfant prodige et génie de la musique, ce n’est pas la perte pour le monde de la musique et ses admirateurs ; ce que qui me fait le plus de peine, c’est le départ trop tôt de cet enfant qui a mal grandi parce que, selon moi, il était mal parti. Ce garçon m’a toujours donné l’impression d’une biche aux abois, d’un animal traqué, qui était tenté, et il en avait le talent, d’en faire trop en public pour compenser un mal-être intérieur.

Il a très rapidement connu la célébrité et la gloire. Bien des gens auront cru au génie musical de M. Jackson ; c’était facile, c’était évident. Mais combien auront su comprendre le garçon blessé ? Combien, dans son entourage, auront su croire à Michael le petit garçon ? A-t-il jamais eu près de lui quelqu’un qui sache l’écouter, le comprendre vraiment ? Est-il jamais arrivé à ce garçon de se sentir totalement accepté et aimé, vraiment confirmé dans son être le plus intime, le plus profond ? Aura-t-il jamais eu l’occasion, seul ou avec des gens qui l’aimaient, de prendre conscience de ce qu’il était au fond de lui-même, d’entrer en contact avec son être essentiel ? Sans vouloir faire de psychologie de cuisine ni vouloir proposer un sens à l’expérience d’un autre, l’essentiel, pour moi, il est là.

mercredi 24 juin 2009

Bonne Fête nationale, Québécois

Bonne Fête nationale,
Québécois de toutes origines !


Du 23 au 28 juin, des artistes locaux et internationaux s'assemblent pour l’inauguration du London Québec Culture Festival.
Cliquez ici pour en savoir plus.


Plus de 200,000 Canadiens et 300,000 Français résident à Londres. Du 23 au 28 juin, à l'occasion de ce festival, tous peuvent célébrer à Londres avec les Anglais.
Lieu : Rosemary Branch Theatre, 2 Shepperton Road, London N1 3DT
Métro : Old Street, Highbury & Islington or Angel (20 minutes de marche)
Bus : 76, 141, 21, 271, 38, 56, 73, 171A

Renseignements :
Box Office : 020 7704 6665 (24 heures)
Website : www.rosemarybranch.co.uk ou www.myspace.com/londonquebecfestival



mardi 23 juin 2009

Ambassades


« ... Georges [secrétaire d'ambassade de France à Athènes] n'en était pas affecté : il avait bu moins que les autres et ne regrettait pas de conserver sa lucidité. Profitant de la suspension d'armes, il songea à téléphoner à Rudolf [secrétaire d'ambassade d'Allemagne à Athènes].
« Devant le standard de l'entrée, il hésita : avec quel bureau brancher la communication ? Avec le sien ? La perspective de descendre au sous-sol l'ennuya. Avec celui de Redouté ? Ce cadre de travail austère ne l'attira pas davantage. Il préféra le bureau de l'ambassadeur. Il l'amusait de revoir, à cette heure indue et pour des explications sentimentales, la bataille du pont Milvius et la généalogie des Médicis.
« Rudolf eut plaisir à l'entendre. Il s'était déjà calmé et avoua que, peu épris de mondanités, même d'ordre juvénile, il n'avait pas été fâché de rentrer chez lui.
« — Je suis en train, poursuivit-il, de lire des vers de notre poète Stefan George — Georges de Sarre, Georges de Grèce, que de Georges !
« Il en traduisit lentement un passage :
Puisque sur ma couche soyeuse,
Le sommeil envieux m'a fui,
Ne m'amenez pas des conteurs ;
Je ne veux pas, non plus, les chansons berçantes
Des filles du pays attique,
Qui me plaisaient il y a bien des lunes.
Maintenant, enchaînez-moi dans vos liens,
Jours de flûte du Nil.
« — Est-ce pour moi que vous avez choisi ce poème ? demanda Georges.
« Rudolf ne répondit pas et Georges ne répéta pas sa question. Leur amitié était pleine de questions qui n'avaient pas reçu de réponses. Mais c'est pendant ces silences qu'ils entendaient battre leurs coeurs.»

Les Ambassades, Roger Peyrefitte, roman, Éd. Flammarion, 1951.

samedi 20 juin 2009

Dans un vieux livre

« Dans un vieux livre du siècle dernier, j'ai trouvé, oubliée entre les pages, une aquarelle non signée, mais due sans doute à un remarquable artiste. Son titre : Image de l'Amour.
« Mais il eût fallu ajouter : Du plus raffiné des amours sensuels.
« On comprenait en regardant cette oeuvre (l'intention de l'artiste était évidente) que le jeune homme du portrait n'était pas de ceux qui s'en tiennent à ce qui est plus ou moins sain, plus ou moins permis — avec ses profonds yeux bruns, son beau visage subtil (beauté des jouissances défendues), ses lèvres parfaites, dispensatrices de volupté au corps aimé, ses membres pleins d'une grâce idéale, faits pour des lits que la morale courante juge infâmes... »

Constantin Cavafy (1863-1933) ; traduction par Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras.

vendredi 19 juin 2009

Un anniversaire... pour agir

« Ce 19 juin 2008, Aung San Suu Kyi a 63 ans. Elle a passé plus de 12 des 18 dernières années de sa vie soit en prison, soit en résidence surveillée, le plus souvent coupée du monde par la Junte birmane. Son parti, la Ligue Nationale pour la Démocratie avait gagné les élections en 1990, mais la Junte a ignoré les résultats et s’est maintenue au pouvoir par des violations systématiques et à grande échelle des droits humains. Elle a réduit les Birmans à vivre sous les menaces et dans la peur. »

Voilà ce qu'on peut lire sur le site officiel de Jane Birkin, qui a composé et qui interprète une chanson pour Aun San Suu Kyi. On peut l'entendre sur une vidéo, vers le bas de cette page.

Actrice, chanteuse, réalisatrice, Jane Birkin est une artiste et une femme que j'aime beaucoup. Ses engagements font réfléchir. Il m'arrive de me demander : « Et moi ? qu'est-ce que je fais pour les autres, pour défendre la démocratie, pour défendre les droits de l'Homme, pour défendre la liberté ? » À Ottawa, le gouvernement canadien actuel, sous prétexte de combattre la criminalité, prépare des projets de lois très inquiétants pour les droits et libertés des citoyens. On sait qu'en France, un petit agité continue de mettre en place ses mesures inquiétantes pour restreindre les libertés (des blogueurs ont été surveillés, intimidés, convoqués à la préfecture de police ; pour plaire à qui, croyez-vous ?). En Italie, ils sont de plus en plus rares les médias qui osent s'en prendre à celui qui contrôle à peu près tout... sauf sa femme qui en a assez. Tout cela ce n'est rien en comparaison de ce qui se passe au Tibet, en Chine, en Birmanie... Mais il y a un début à tout. Quand les citoyens ne protestent pas aux premières entraves à la liberté, les agitateurs en mal de pouvoir n'hésitent pas à aller plus loin. Il faut rester vigilant dans nos propres démocraties. Mais dans certains cas, il faut aller plus loin. Il faut agir. Il faut protester. Il faut réclamer la libération des prisonniers politiques, surtout lorsque ces prisonniers sont privés de leur liberté alors qu'ils combattent justement pour la démocratie et pour la liberté.

Protestation de moines birmans

Alexander, qui aime Jane Birkin encore plus que moi, me signale à l'instant que c'est aujourd'hui l'anniversaire de Aun San Suu Kyi et que pour l'occasion, Jane Birkin a écrit un texte que l'on peut lire ici ; on peut aussi y voir la vidéo et entendre la chanson écrite pour la femme birmane emprisonnée.

Si vous ne l'avez pas encore fait, agissez dès maintenant ! Allez signer la pétition réclamant la libération des prisonniers birmans, victime de la dictature de la junte militaire. Ayez la conscience tranquille en posant un geste responsable. Signez la pétition.

Quand vous aurez fait votre devoir en signant la pétition, accordez-vous une très agréable pause en allant écouter cette délicieuse chanson, « Période bleue » que nous aimons, Alexander et moi ; vous y verrez Dora, la bouledogue coquine de Jane Birkin.

lundi 15 juin 2009

Le meilleur ami...

Le chien est, dit-on, le meilleur ami de l'homme. Et pour certains que je connais, ce titre d'« ami » n'est pas un vain mot. Il n'est pas sûr que l'homme soit toujours le meilleur ami de son chien ; je n'en connais pas personnellement (et je ne voudrais pas les connaître), mais je sais qu'il existe des gens qui attendent tout de leur chien et qui pourtant sont loin de leur donner eux-même ce que le chien est en droit d'attendre de leurs amis ; ceux-là préfèrent se dire qu'ils sont les « maîtres » plutôt que des amis.


L'image vient d'ici

Et malgré leurs bonnes intentions, les petits de l'homme ne sont pas toujours non plus les meilleurs amis des petits du chien. Alexander m'a envoyé l'histoire d'un pauvre chiot qui aurait pu avoir sur la terre une très brève existence si des adultes responsables n'avaient pas tout mis en oeuvre pour le tirer d'une fâcheuse position. J'imagine bien l'émotion d'Alexander en lisant cette histoire ; elle m'a ému aussi. L'aventure est éprouvante mais, heureusement, elle se termine bien.

Un garçon de quatre ans, Daniel Blair, de Northolt, à l'ouest de Londres, a voulu laver son chiot que Nicky, son frère jumeau avait laissé se rouler dans la boue dans le jardin de la maison. Daniel a déposé son cocker d'une semaine dans le bol de toilette et, accidentellement ou pas (je serais porté à croire qu'il a voulu envoyer un bon jet d'eau sur le chiot) ; le chiot a immédiatement disparu dans le tuyau d'évacuation lorsque Daniel a actionné la chasse d'eau.



Convaincue que le chiot était mort, Alison, la mère de Daniel, est tout de même allée au jardin, a réussi à soulever le couvercle du tuyau d'égout et a entendu pleurer le chiot. Les pompiers et la société de protection des animaux (RSPCA) ont été appelés mais n'ont pas réussi à sauver le chien. Alison a alors appelé un plombier ; à l'aide d'une caméra envoyée dans le tuyau, Will Craig, 22 ans, a pu repérer le chiot. L'opération n'a pas été simple (il a fallu pousser le chien dans la canalisation jusqu'à ce que les pompiers puissent le ramasser), mais après avoir passé quatre heures et demie dans le tuyau d'évacuation, le chiot a été rescapé et remis au jeune Daniel qui, a-t-il promis, ne recommencera jamais plus cette méthode pour laver son chien, même s'il devait absolument le laver. On a dû lui dire que le robinet de la cuisine ou de la baignoire sera aussi efficace et moins dangereux.

Après une nuit chez le vétérinaire, le chiot a pu rentrer chez lui, non sans avoir été l'objet d'un bain minutieux pour lui redonner sa fraîcheur première. On a donné au chiot rescapé le nom de Dyno, du nom de la société de plomberie qui lui a sauvé la vie.

La nouvelle sur YouTube, avec images de la famille.
La même nouvelle, selon le point de vue du plombier (images de l'intérieur du tuyau d'évacuation).

dimanche 7 juin 2009

L'amour des livres

La photo vient du site d'Alberto Manguel

Hier soir, avec Alexander, comme nous le faisons pratiquement tous les jours, nous avons parlé de lecture, de cinéma, de musées et... de livres. Il y aurait des pages et des pages à écrire sur la lecture, sur l'activité de lire, sur le contenu des livres, sur les univers dont ils nous ouvrent les portes, sur les rencontres qu'ils permettent, les amitiés qu'ils établissent... Mais je ne parlerai ici que des livres eux-mêmes, les objets qu'ils sont, qui habitent nos appartements, nos maisons.

À partir du moment où j'ai commencé à lire de façon continue, c'est-à-dire : assez tard dans ma vie, soit vers mes vingt ans, j'ai toujours rêvé de pouvoir acheter tous les livres qui me plairaient, aussi bien les romans que la philosophie, les essais politiques que les livres d'histoire, les dictionnaires et les manuels divers que les encyclopédies. Je rêvais d'avoir un jour un très grand appartement, puis une très grande maison, où les livres auraient la place d'honneur ; je me disais que le jour où je serai riche (j'écris bien le futur et non le conditionnel : le jour où je serai riche), je ferai construire un édifice rempli de tous les livres qui ont un minimum d'intérêt et que cet édifice sera ma bibliothèque personnelle ; je pourrai, à certaines conditions, en autoriser l'accès à d'autres amoureux. La tour de Montaigne, par exemple m'a longtemps fait rêver, puis la bibliothèque du « Nom de la rose », et tant d'autres... Avec le temps, j'ai laissé ce rêve en veilleuse, sans y renoncer vraiment. Je n'aurais peut-être pas en ce moment le courage d'entreprendre de réaliser ce projet mais je crois que si les moyens matériels étaient là, la motivation reviendrait.

Je ne me souviens plus si c'était à l'émission « Bouillon de culture » ou à « Double Je », on nous avait présenté une visite de la bibliothèque d'Alberto Manguel, cet écrivain d'origine argentine, citoyen canadien vivant en France. Deux choses m'avaient fasciné dans ces images : l'écrivain habite un ancien presbytère, ce qui est souvent un gage de tranquillité (Michel Tournier, comme certains autres écrivains dont j'oublie le nom pour l'instant, habite un ancien presbytère). J'ai un ami, au Québec, qui a longtemps habité le presbytère d'un petit village ; j'adorais cet endroit. Dans le dernier emploi que j'ai occupé avant de travailler à mon compte, je travaillais aussi dans un ancien presbytère ; je dois avoir conservé de mon enfance l'idée que je vivrais un jour dans un presbytère parce que le curé du village voulait faire de moi un prêtre.

L'autre aspect qui m'avait fasciné chez Alberto Manguel, c'est que son presbytère était rempli de livres, dans de très nombreuses langues, qu'il peut lire. Quel merveilleux cocon les livres peuvent-ils créer ! Je ne suis pas Alberto Manguel, nos intérêts ne sont pas les mêmes et nos choix de livres seraient sûrement différents, mais s'il voulait me céder son presbytère et tous ses livres, je les accepterais sans aucune hésitation.

Je ne suis ni jaloux ni envieux. Je suis plutôt heureux que l'univers d'Alexander soit peuplé de livres, sur tous les murs de son appartement, en piles aussi près du lit, attendant leur tour d'être lus. Il y en a sur plusieurs murs chez moi aussi ; j'ai cessé d'en acheter car je ne savais plus où les mettre et, avec l'avènement d'Internet et de la communication instantanée, je me rends compte que je lis moins de livres. Si je ne prends pas le temps d'ouvrir un livre très tôt le matin, avant de faire quoi que ce soit d'autre, je risque d'avoir du mal à me concentrer sur la lecture plus tard durant dans journée. Cependant, je ne peux passer devant une librairie sans jeter un coup d'oeil à la vitrine ni m'empêcher de rêver devant une fenêtre éclairée ouverte sur une bibliothèque domestique, si modeste soit-elle.

samedi 6 juin 2009

Commémoration du 6 juin 1944


L'insulte royale du nain impérial envers la reine Elisabeth II provoque en Angleterre une colère pleinement justifiée. Le petit homme, pas uniquement de taille, a simplement « oublié » d'inviter la reine, seule chef d'État encore en vie qui ait joué un rôle au cours de le Seconde Guerre mondiale. Le petit homme semble avoir voulu jouer les amitiés particulières avec Barak Obama en n'invitant pas la souveraine britannique aux Commémorations du débarquement des troupes alliées en Normandie le 6 juin 1944. La France semble vouloir oublier que 17 756 Britanniques et 5 316 Canadiens sont tombés au champ d'honneur et enterrés en France.

Parions que Barak Obama saura profiter de l'occasion pour souligner le manque de respect du président français du savoir-vivre, du protocole et de la diplomatie. Le nain impérial devrait, s'il était capable d'un peu de modestie, s'inspirer de cet autre chef d'État qui le fascine à juste titre, ne serait-ce que parce que le nouveau président des États-Unis n'a rien du bling-bling du petit homme et qu'il possède l'étoffe d'un véritable chef d'État que l'autre ne pourra jamais atteindre autrement que dans ses rêves les plus insensés.

vendredi 5 juin 2009

Attraction lunaire


En entrant dans ma chambre en toute fin de soirée, mon regard a été attiré par la fenêtre. Il n'y avait encore aucune lampe d'allumée dans la chambre et pourtant il y régnait une lumière blafarde. J'ai vite compris que la lumière venait de la lune et, au lieu d'allumer les lampes, je me suis avancé vers l'une des fenêtres, la plus près. Ce n'est pas la pleine lune, mais presque. Elle régnait dans le ciel et ne semblait vouloir céder sa place personne. Je suis resté un très long moment à la regarder, fasciné. J'aurais voulu , une fois de plus, avoir un balcon où j'aurais pu m'asseoir ; j'y serais sans doute resté le reste de la nuit à regarder cette lumière dans le ciel. J'étais bien conscient que je n'étais pas seul à tomber sous son charme. Ailleurs à Montréal, au Québec, en Amérique du Nord, aussi bien que de l'autre côté de l'Atlantique, d'autres personnes, d'autres êtres étaient fascinés par cette forte présence dans le ciel. Je lui ai longuement parlé en mon nom et au nom de celui que j'aime et, si je n'avais pas eu du travail à terminer, je serais encore, au petit matin, installé à ma fenêtre à contempler la lune.