mardi 21 mars 2006

Ma (mauvaise) humeur du mardi


Perdu plus d'une heure à essayer d'insérer
ici cette image ! Depuis quelques jours,
il faut une patience immense
pour insérer des images avec Blogger.

La sainteté n'étant pas facile tous les jours,
il est vivement temps que je quitte Blogger !


En réponse à un commentaire de Patata sur le billet « Vivement le printemps ! » du 17 mars dernier, j'ajoutais le commentaire suivant : « ... Les rues de la ville, les espaces vacants, les parcs, sont en ce moment d'une laideur indicible. La neige qui reste est sale ; les plaques de glace rappellent qu'il fait encore très froid ; les rues sont encore blanches du sel qu'on y a répandu pour tenter de faire fondre la glace ; les trottoirs ressemblent à des allées de gravier ; tout se fond dans le gris du ciel, le gris le plus déprimant qui soit, et pourtant très répandu à Montréal : le gris balcon. J'avais espéré que la pluie des derniers jours permettrait de laver toute cette saleté, d'effacer les traces de l'hiver urbain, en somme ; c'était en demander trop ; elle n'aura été juste assez présente que pour nous embêter sans rien laver. Et quand un rayon de soleil se risque à affronter le froid et la grisaille, il vaut mieux regarder le rayon lui-même que ce qu'il éclaire ; sa lumière jaune réchauffe le coeur. »


Quelques jours plus tard, rien n'a changé : il fait toujours aussi gris, aussi froid... Et ce matin, je ne sais pas si les employés de la ville de Montréal ont décidé de passer « l'aspirateur » sur ses trottoirs sales, mais j'entends depuis une heure un bruit fort provenant d'une rue voisine et qui fait vibrer les fenêtres de l'appartement et qui me tombe sur les nerfs. C'est un bruit qui rappelle celui d'un puissant aspirateur, mais d'une intensité vraiment désagréable. Pas moyen de l'oublier en se concentrant sur autre chose. Et si en plus « Espace musique », la chaîne culturelle de Radio-Canada, présente de la musique jazzée, rien ne va plus ! Je suis allergique à certains styles de jazz ; dans certains cas, ma réaction est immédiate et violente : il faut de toute urgence en éliminer la source.

En cherchant quelque chose sur Internet, j'ai eu le malheur d'ouvrir à quelques reprises des liens avec une adresse Lycos !!! Je déteste tomber sur une adresse Lycos : une fois sur une page « Lycos », plus moyen d'en sortir, les pages publicitaires s'affichent les unes après les autres comme sur les sites pornographiques et il est impossible de revenir en arrière pour retrouver les résultats proposés par la recherche demandée. Je ne comprends pas que ce Lycos ne soit tout simplement pas interdit, banni de la Toile pour pollution massive, harcèlement agressif et prises d'otages à répétition...

Puisque c'est comme cela, je vais devancer ma sortie et me diriger immédiatement vers la piscine ; j'aurai au moins le sentiment de faire quelque chose d'agréable et d'utile pour moi.

Ajout de fin d'après-midi : Je ne sais pas si c'est parce que j'ai protesté, mais il fait soleil depuis un bon moment ; alors, forcément, je suis un peu moins de mauvaise humeur.
Nouvel ajout de mi-soirée : Et ça continue ! J'ai voulu répondre à quelques commentaires reçus : j'ai donc rédigé mon texte et au moment de l'envoyer, Blogger m'affiche en plein écran que le site n'est pas accessible en ce moment pour des travaux de maintenance ! Oui mais mon texte, lui ? On me laisse écrire le texte et, sans prévenir, on ferme ! On pourra se dire que mes réflexions ne sont pas si importantes : la Terre continuera de tourner, mal, mais elle tournera.
Il semble que, depuis quelques jours, Blogger ne soit pas en train de se faire des amis.
Et à Lycos, adresse à éviter, il faudrait ajouter Tripod : jamais je ne suis passé sur un de ces sites sans connaître le sort de ces pauvres oiseaux qu'on attrapait à la glu !

L'image vient d'ici.

Sous le signe du Rat...


J'adore le fromage ; serait-ce parce que je suis né, selon l'astrologie chinoise, sous le signe du Rat ? En chinois, on l'appelle « Shu ».

* le Rat est associé au signe astrologique occidental du Sagittaire
* Son élément oriental est l'eau
* Sa direction est le Nord

« Pour la plupart des Occidentaux, être né sous le signe du Rat n'a rien de très valorisant, mais pour les Orientaux, cet animal représente la maîtrise et le pouvoir de la survie. L'histoire de Bouddha en témoigne. En ces temps plus modernes cela se traduira par : ne renonçant jamais devant aucun obstacle, il arrivera toujours bon premier. Signe d'abondance et de prospérité, le Rat est un insatiable investigateur. Il débusque tout, et plus symboliquement, cela signifie qu'on ne peut rien lui cacher, ce qui ne l'empêche pas d'être rusé et très méfiant. Débrouillard comme pas un, le Rat trouve toujours des solutions simples aux problèmes les plus complexes. Généreux, il aime démontrer son affection par l'achat de cadeaux personnalisés et toujours très pratiques d'une manière où d'une autre. Sa réserve est un leurre parce qu'il adore faire le clown. Il sera toujours très aimé et ne manquera jamais d'amis. Ne vous fiez pas à son apparence débonnaire; il peut devenir hyper exigeant en se montrant très critique. Futé comme pas un, le Rat trouvera toujours un moyen pour se sortir d'une situation délicate. Toutefois, il n'est jamais facile de savoir vraiment ce qu'il pense, c'est son jardin secret bien à lui!

Le feu du Sagittaire, son pendant occidental, lui prodiguera l'envie du lointain, des voyages et des études. Beaucoup de possibilités de hautes spécialisations spirituelles, scientifiques ou religieuses se présenteront à lui. Quand son coeur prend racine, c'est pour la vie. »

Platon, Tolstoï, Shakespeare, Mozart, Chateaubriand, George Washington, Saint-Exupéry, Julien Green, Michel Tournier, Truman Capote, et de nombreux autres, sont nés sous le signe du Rat.

Une histoire amusante trouvée ici : en Floride, un rat a été élevé par deux inséparables et, devenu lui-même inséparable... il se prend pour un oiseau, se laissant nourrir par ses deux parents adoptifs.


lundi 20 mars 2006

Un oiseau fait-il le printemps ?


« Une hirondelle ne fait pas le printemps », dit-on. Je ne sais pas quand vous avez vu une hirondelle pour la dernière fois, mais à Montréal, ça fait une éternité. Depuis quelques semaines, on nous annonçait pour aujourd'hui, 20 mars, l'arrivée du printemps ; longtemps avant l'heure dite, 13 h 26, j'étais appuyé au rebord de la fenêtre du salon, scrutant le ciel pour y voir passer l'hirondelle. J'aurais préféré l'attendre dehors, mais il faisait un froid nordique ; j'étais donc plutôt sceptique : je ne croyais pas vraiment qu'une hirondelle traverserait mon ciel. J'aurais été beaucoup moins surpris d'y voir passer une série de pingouins. J'ai bien attendu une heure à ma fenêtre et en fait d'oiseaux, je n'ai vu en me retournant que mes deux perruches qui se demandaient ce que je pouvais bien chercher dans le ciel ; je leur ai donné quelques feuilles d'épinards et j'ai cherché, pour me consoler de cette vaine attente, le beau poème de Jacques Prévert que voici :

Pour faire le portrait d'un oiseau

Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau
.


©Jacques Prévert


Si vous êtes plus auditif que visuel, vous pourrez entendre ce poème dit par René Clermont en cliquant ici.

dimanche 19 mars 2006

L'Apocalypse à Patmos


Voici l'un des courts textes de Michel Tournier que j'annonçais dans mon billet d'hier. Je l'ai choisi parce qu'il me parlait de la Grèce, de Patmos, en l'occurrence.


Saint Jean, selon Velasquez

Saint-Jean. C'était le plus jeune et le plus beau des disciples. « Celui que Jésus aimait », écrit-il pour se désigner lui-même. Avant de mourir, Jésus lui avait promis qu'il verrait la fin du monde. Exilé à Patmos, il ne cesse de ruminer la formidable aventure dont il demeure le dernier témoin. Mais rien ne venant, il finit par susciter l'Apocalypse sur le papier. Rarement la création littéraire aura joué son rôle de compensation.
Michel Tournier, Journal extime*


Saint Jean, selon Bosch

Même à l'époque où saint Jean l'Évangéliste y vivait, j'imagine que l'île de Patmos offrait à ses habitants le même ciel, la même lumière, la même mer fascinante. Or je me demande comment, dans un tel paradis terrestre, saint Jean ait pu écrire l'Apocalypse.



* Michel Tournier, Journal extime, Éditions La Musardine, 2002 ; édition revue par l'auteur, Éditions Gallimard, 2004, collection « Folio », page 40.

samedi 18 mars 2006

Bonheur d'occasion


Il fut un temps où je voulais lire tout ce qu'écrivait Michel Tournier et le plus possible ce qui s'écrivait à son sujet. La découverte de son premier roman, Le Roi des Aulnes, qui doit son titre à un poème de Goethe que Schubert a mis en musique, avait été pour moi une révélation. J'avais tellement aimé ce roman, tellement appris entre ses lignes, tellement réfléchi puis rêvé autour des thèmes qui y sont abordés. En lisant ce livre, je me sentais de plus en plus intelligent... Je savourais chacun de ses mots, chacune de ses phrases, chacune de ses pages... Je me souviens de la peine que j'ai eue en arrivant au dernier paragraphe.
Par la suite, j'ai lu Les Météores, roman sur la gémellité, que j'ai aimé presqu'autant que j'avais aimé Le Roi des Aulnes. Il s'agit là d'un autre roman riche, ambigu, peuplé de marginaux qui tentent de s'en sortir. Il y avait dans ce roman, si je me souviens bien, un écrivain, Alexandre, qui était l'oncle scandaleux, en quelque sorte, célibataire et, par conséquent suspect. Il me semblait inspiré directement d'Édouard, l'oncle écrivain des Faux-Monnayeurs de Gide. Et il m'est sans doute arrivé aussi de souhaiter avoir auprès de l'un de mes neveux, mon filleul, un rôle d'éveilleur, de révélateur, plutôt que celui de moralisateur, à la façon de ces deux oncles scandaleux, sans aller jusqu'à endosser envers ce neveu leurs comportements.
Puis il y a eu, dans mon ordre de lectures, Vendredi ou les limbes du Pacifique et Vendredi ou la Vie sauvage, qui sont deux versions différentes de la même histoire inspirée du Robinson Crusoë de Daniel Defoë. J'ai adoré l'une et l'autre.
Le cinquième livre de Tournier que j'aie lu avec beaucoup d'intérêt, c'est Le Vent Paraclet, sorte d'autobiographie intellectuelle. Au sujet de son projet littéraire, il y écrit ceci : « Mon propos n'est pas d'innover dans la forme, mais de faire passer dans une forme aussi traditionnelle, préservée et rassurante que possible une matière ne possédant aucune de ces qualités. » Et il s'efforce dans chacun de ses livres de faire avancer son histoire en faisant alterner le réalisme, la mythologie et la philosophie.
Après ces cinq livres, j'ai continué d'acheter et de lire les livres de Michel Tournier, sans être certain de les avoir tous lus, cependant. Il a publié notamment quelques livres qui sont des recueils de textes courts, tels que Le Vagabond immobile et Petites proses. J'aime ces textes courts : on peut en lire une page ou deux entre deux activités et laisser le livre de côté sans remords de conscience ni frustration. Pour la même raison, mais aussi pour tenter de découvrir « comment font les autres », j'aime lire les journaux, carnets, etc. Il y a longtemps que je voulais acheter le Journal extime, de Tournier aussi, mais à chaque fois que je le trouvais en librairie, je me disais que j'avais bien d'autres choses à lire et que celui-ci pouvait bien attendre un peu. Cette réflexion raisonnable m'étonne moi-même ; il devait y avoir une autre raison cachée, car je n'ai pas l'habitude de me priver d'acheter des livres si mon porte-monnaie me le permet. Au fond, je crois que l'esprit systématique de Tournier m'agaçait un peu, par moments. Or, en rentrant chez moi, hier après-midi, il y avait devant une librairie de la Place des Arts un étalage de livres en soldes ; en y jetant un coup d'oeil, j'ai trouvé un exemplaire du Journal extime, dont le prix était réduit de plus du tiers ; je n'avais plus de raison de remettre à plus tard l'achat de ce livre, dont je présenterai quelques extraits au cours des prochains jours.


vendredi 17 mars 2006

Saint-Patrick


J'allais oublier que c'est aujourd'hui, 17 mars, fête de la Saint-Patrick, patron des Irlandais. À la Saint-Patrick, tous les prétextes sont bons pour afficher la couleur verte, associée à l'Irlande et à la Saint-Patrick en particulier, car c'est la couleur du printemps. On associe aussi le trèfle à cette fête car c'est l'emblème floral de l'Irlande. On dit que de trouver un trèfle à quatre feuille porte chance et peut même conjurer les mauvais sorts. En raison du sang irlandais qui circule en moi, je devrais célébrer aujourd'hui avec tous les Irlandais. Si je ne participe pas concrètement aux célébrations qui, à Montréal, auront lieu dimanche surtout, je leur souhaite une bonne Saint-Patrick et que leurs voeux les plus chers se réalisent.
L'image vient d'ici.


Bientôt le printemps !



Vous vous souvenez du printemps ?
Vous le reconnaîtrez, quand il sera là ?
Qu'évoque pour vous cette saison ?
Avez-vous des souvenirs heureux liés au printemps ?
L'arrivée du printemps coïncide-t-elle avec de nouveaux rêves, de nouvelles résolutions ou de nouveaux projets ?
Sagit-il de votre saison préférée ?
Qu'est-ce qu'il changera dans votre vie ?

Personnellement, la date de son arrivée coïncidera avec un peu plus de liberté. Je me propose bien des choses qui, finalement, ne me laisseront peut-être pas beaucoup plus de temps libre. Je veux toutefois me réserver un peu plus de temps pour tenir à jour ce carnet en y écrivant tous les jours, ou presque...

Voici un court extrait des Nourritures terrestres dans lequel André Gide évoque le printemps ; pour moi, les Nourritures terrestres elle-mêmes évoquent le printemps, le renouveau, le nouveau départ, l'éveil à la vie, à la sensualité...

« À dix-huit ans, quand j'eus fini mes premières études, l'esprit las de travail, le coeur inoccupé, languissant de l'être, le corps exaspéré par la contrainte, je partis sur les routes, sans but, usant ma fièvre vagabonde. Je connus tout ce que vous savez : le printemps, l'odeur de la terre, la floraison des herbes dans les champs, les brumes du matin sur la rivière, et la vapeur du soir sur les prairies. Je traversai des villes, et ne voulus m'arrêter nulle part. Heureux, pensais-je, qui ne s'attache à rien sur la terre et promène une éternelle ferveur à travers les constantes mobilités. Je haïssais les foyers, les familles, tous lieux où l'homme pense trouver un repos; et les affections continues, et les fidélités amoureuses, et les attachements aux idées - tout ce qui compromet la justice ; je disais que chaque nouveauté doit nous trouver toujours tout entiers disponibles. »

dimanche 12 mars 2006

Envie de relire...

Il y a trop longtemps que j'ai lu ce conte magnifique d'Italo Calvino, Le baron perché (Il barone rampante, in italiano). Je croyais l'avoir encore sur les rayons de ma bibliothèque, mais je ne le retrouve pas ; j'ai dû le prêter à un ami avec qui je voulais vraiment partager un bonheur de lecture. Ce qui me fait penser que j'ai dû le lire en français, et non en italien, comme d'autres textes de Calvino que j'ai lus, car je ne vois pas à qui j'aurais pu prêter un livre en italien (il y a bien autour de moi des personnes qui parlent italien, mais qui ne lisent rien d'autre que le journal).

Ce conte m'avait séduit lors de la première lecture, il y a... très longtemps. Le personnage principal, Cosimo (Côme, en traduction française), a 12 ans et il est déjà un bel exemple d'anticonformisme et de contestation des règles et privilèges de son milieu social. À 12 ans, je n'étais sans doute pas aussi anticonformiste (je ne m'étais pas encore découvert ; il me faudra attendre une première révélation, à 20 ans, lors de mon premier séjour prolongé à Paris, puis ma vraie crise d'adolescence, vers 31 ans...).

J'ai trouvé ici un extrait de ce conte digne de Voltaire. Au cours des prochains jours, je me lance à la recherche du texte complet en librairie. En voici les premiers paragraphes :

« C'est le 15 juin 1767 que Côme Laverse du Rondeau, mon frère, s'assit au milieu de nous pour la dernière fois. Je m'en souviens comme si c'était hier. Nous étions dans la salle à manger de notre villa d'Ombreuse ; les fenêtres encadraient les branches touffues de la grande yeuse du parc. Il était midi ; c'est à cette heure-là que notre famille, obéissant à une vieille tradition, se mettait à table ; le déjeuner au milieu de l'après-midi, mode venue de la nonchalante Cour de France et adoptée par toute la noblesse, n'était pas en usage chez nous. Je me rappelle que le vent soufflait, qu'il venait de la mer et que les feuilles bougeaient.

— J'ai déjà dit que je n'en voulais pas et je répète que je n'en veux pas, fit Côme en écartant le plat d'escargots.
On n'avait jamais vu désobéissance plus grave.

Le baron Arminius Laverse du Rondeau, notre père, coiffé d'une perruque Louis XIV descendant jusqu'aux oreilles et démodée comme tout ce qui lui appartenait, siégeait à la place d'honneur. Entre mon frère et moi était assis l'abbé Fauchelafleur, chapelain de notre famille, notre précepteur. En face de nous, la générale Konradine du Rondeau, notre mère, et notre sœur Baptiste, la none de la maison. Au bas de la table, en costume turc, l'avocat Eneas-Sylvius Carrega, hydraulicien, régisseur de notre propriété et notre oncle naturel.

Côme était âgé de douze ans et moi de huit. Depuis quelques mois seulement, nous avions été admis à la table de nos parents ; j'avais bénéficié avant l'âge de la promotion de mon frère : on n'avait pas voulu me laisser manger tout seul… Bénéficier c'est une façon de parler. Pour Côme et pour moi, c'en était fini du bon temps et nous regrettions nos petits repas dans un réduit en compagnie du seul Fauchelafleur. L'Abbé était un petit vieillard sec et ridé ; on le disait janséniste ; de fait, il avait fui le Dauphiné, sa province natale, pour éviter un procès de l'Inquisition. Mais ce caractère rigoureux qu'on louait généralement chez lui, cette sévérité intérieure qu'il s'imposait et imposait aux autres mollissaient à chaque instant : l'Abbé avait une vocation foncière pour l'indifférence et le laisser-aller. Selon toute apparence, ses longues médiations les yeux dans le vide n'avaient abouti qu'à une grande aboulie et à un peu d'ennui. Il agissait comme s'il voyait dans la plus légère difficulté le signe d'une fatalité à laquelle il serait inutile de s'opposer. Nos repas en compagnie de l'Abbé ne commençaient qu'après de longues oraisons, et les évolutions de nos cuillers se devaient d'être dignes, rituelles, silencieuses : malheur à celui qui levait les yeux de son assiette ou faisait entendre, en absorbant son bouillon, la plus faible aspiration. Mais le potage fini, l'Abbé commençait à se sentir las, contrarié : il regardait dans le vide et faisait claquer sa langue à chaque gorgée de vin ; seules les sensations les plus éphémères semblaient le toucher. »

jeudi 9 mars 2006

Célébrons notre langue...

Depuis quelques jours, je voulais souligner cet événement annuel, au Québec : la Francofête, qui est une célébration du français et de la francophonie.

Il ne devrait pas y avoir de dates précises pour célébrer le français ; on devrait plutôt lui faire, selon la formule de Marcel Jouhandeau (qui ne la réservait pas spécialement à la langue elle-même), « chaque jour une fête ».

Toutefois, comme pour la Journée internationale de la femme, il y a un moment dans l'année où nous accordons une importance particulière à certaines causes... En mars de chaque année, donc, l'Office québécois de la langue française organise cet événement, la Francofête, pour permettre à tous les utilisateurs de la langue de lui accorder une attention spéciale. On nous propose plusieurs activités, dont un certain nombre de jeux, que l'on peut s'amuser à faire, en solitaire, en classe avec des élèves, au bureau avec les collègues...

Il y a deux ou trois ans, l'affiche disait : « Le français, je le parle par coeur », avec l'accent sur le coeur ; ça me plaisait. J'aime beaucoup, aussi, celle de cette année : « En français, par mots et merveilles ».

Ça me fait penser à un petit livre que j'ai lu, il y a deux ans, qui est un conte, un peu à la manière du Petit Prince, de Saint-Exupéry, et qui célèbre aussi la langue française ; il s'agit de La grammaire est une chanson douce, d'Érik Orsenna.



.

mercredi 8 mars 2006

Une pensée affectueuse pour...

l'autre moitié de l'Humanité.

8 mars 2006 - Journée internationale de la femme

dimanche 5 mars 2006

Les dragons de nos vies...


« Peut-étre que tous les dragons de nos vie sont des princesses qui n'attendent qu'à nous voir courageux et beaux. Peut-être que toutes les choses terribles ne manifestent au fond que de l'impuissance et réclament notre aide. »
Rainer Maria Rilke

Qui ne connaît pas les fameuses Lettres à un jeune poète, de Rainer Maria Rilke... devrait simplement les découvrir. Il n'y a pas de honte à ne pas les connaître encore si c'était le cas ; il faut parfois savoir attendre le moment propice pour être tout à fait réceptif à des oeuvres marquantes. La lecture de ces Lettres à un jeune poète m'avait été fortement recommandée par un ami et, dès que j'ai pu mettre la main sur un exemplaire, je les ai lues, relues, relues et relues... À différentes époques de ma vie, j'y suis revenu et à chaque fois avec le même profit. Dans les moments de solitude, de tristesse, de bouleversement émotionnel ou de grande inquiétude, la lecture de ces lettres m'a toujours redonné la sérénité perdue... Voici l'une de ces longues lettres qu'écrivait Rainer Maria Rilke à un jeune homme (M. Kappus) qui voulait devenir poète et qui se demandait s'il en avait vraiment la vocation...


Le 12 août 1904


Je veux de nouveau vous parler un instant, cher Monsieur Kappus, bien que je n'aie presque rien à dire qui soit de quelque secours, presque rien d'utile. Vous avez eu maintes grandes tristesses, qui ont passé. Et vous dites que ce passage, lui aussi, était difficile et déconcertant. Mais, je vous prie, réfléchissez : ces grandes tristesses ne vous ont-elles pas traversé ? Maintes choses en vous ne sont-elles pas transformées, n'avez-vous pas changé à tel ou tel endroit de votre étre lorsque vous étiez triste ? Seules sont dangereuses et mauvaises les tristesses que l'on traîne au milieu des gens afin d'en couvrir la voix, comme ces maladies que l'on traite à la légère et sottement et qui ne font que reculer un peu pour éclater peu après d'autant plus terriblement ; et elles s'accumulent au-dedans, elles sont de la vie, de la vie non vécue, dédaignée, perdue, dont on peut mourir. S'il nous était possible de voir plus loin que notre savoir ne porte, et encore un peu au-delà des avant-postes de nos institutions, peut-être alors supporterions-nous nos tristesses avec une confiance plus grande que nos joies. Car elles sont les moments où quelque chose de nouveau, d'inconnu, vient de pénétrer en nous ; nos sentiments brusquement se taisent, comme farouches et timides, tout en nous recule, il se fait un silence et ce qui est nouveau et que personne ne connaît s'y tient muet, au beau milieu. Je crois que toutes nos tristesses sont des moments de tension que nous ressentons comme une paralysie parce que nous n'entendons plus vivre nos sentiments retranchés. Parce que nous sommes seuls face à cet inconnu qui est entré en nous ; parce que nous nous trouvons au beau milieu d'un passage où nous ne pouvons pas nous arrêter. C'est pourquoi la tristesse, elle aussi, passe : ce qui est nouveau en nous, ce qui s'y est ajouté, est entré dans notre coeur, au coeur même du coeur, et, même là, n'y est déjà plus ; est déjà dans le sang. Et nous ne saurons pas ce que c'était. On pourrait facilement nous faire croire qu'il ne s'est rien passé, et néanmoins nous nous sommes transformés, comme se transforme une maison parce qu'un hôte est entré. Nous ne pouvons dire qui est venu, peut-être ne le saurons-nous jamais, mais bien des indices donnent à penser que l'avenir entre en nous de cette manière, pour se transformer en nous longtemps avant de survenir.

Et voilà pourquoi il est si important d'étre solitaire et attentif lorsqu'on est triste : parce que l'instant apparemment figé, où rien ne se serait produit, dans lequel notre avenir pénètre en nous, est tellement plus proche de la vie que cet autre instant, bruyant et fortuit, où l'avenir nous arrive comme du dehors. Plus nous sommes calmes, patients et ouverts dans notre tristesse, et le plus nouveau entre en nous profondément et sans se troubler, mieux nous le faisons nôtre, plus il sera notre destin, et nous nous sentirons, au plus profond de nous-mêmes, parents et proches de ce destin lorsqu'un jour, plus tard, il « adviendra » (c'est-à-dire : où, sorti de nous, il ira trouver les autres). Et cela est nécessaire. Il est nécessaire — et c'est ce vers quoi tendra peu à peu notre développement — que rien d'étranger ne nous advienne, mais seulement ce qui depuis longtemps nous appartient. Il a déjà fallu repenser tant de notions de mouvement ; on apprendra aussi à reconnaître progressivement que ce que nous appelons destin, sort des hommes, n'entre pas en eux en venant du dehors. C'est seulement parce qu'ils furent si nombreux à ne pas assimiler leurs destins tant qu'ils vivaient en eux et à ne pas les transformer en eux-mêmes, qu'ils n'ont pas reconnu ce qui s'échappaient d'eux ; ils le trouvaient si étrange, qu'ils pensaient dans leur frayeur et dans leur trouble qu'il venait à l'instant d'entrer en eux, car ils juraient n'avoir auparavant jamais rien découvert de semblable en eux. De la même façon qu'on s'est longtemps trompé sur le mouvement du soleil, on se trompe encore sur le mouvement de ce qui vient. L'avenir est fixe, cher Monsieur Kappus, c'est nous qui nous mouvons dans l'espace infini.

Comment les choses pourraient-elles étre faciles pour nous ?
Et si nous en revenons à la solitude, il apparaît de plus en plus clairement qu'elle n'est au fond rien qu'on puisse choisir ou refuser. Nous sommes seuls. On peut s'illusionner là-dessus, et faire comme s'il n'en était rien. C'est tout. Comme il vaut mieux cependant reconnaître que nous sommes libres, d'en faire carrément notre point de départ. Il nos arrivera alors sans doute d'avoir le vertige ; car tous les points sur lesquels notre oeil avait l'habitude de se poser nous seront dérobés, il n'est plus rien de proche, et tout ce qui est lointain est infiniment loin. Celui qu'on tirerait de sa chambre pour le placer, presque sans préparation ni transition, sur la cime d'une haute montagne, éprouverait sans doute quelque chose de semblable : une incertitude sans pareille, le sentiment d'étre livré en pâture à l'innommable qui l'anéantirait presque. Il aurait l'impression de tomber, ou bien se croirait expulsé dans l'espace ou dispersé en mille morceaux : quel monstrueux mensonge son cerveau ne devrait-il pas inventer pour recouvrer et éclaircir ses sens ! C'est ainsi que se transforment toutes les distances, toutes les mesures pour celui qui se retrouve seul ; beaucoup de ces transformations s'accomplissent subitement et, comme pour l'homme sur son sommet, naissent en lui des images inhabituelles et des sensations étranges qui semblent croître au-delà du supportable. Mais il est nécessaire que cela aussi nous le vivions. Il nous faut accepter notre existence aussi largement qu'il se peut ; tout, méme ce qui est inouï, doit y étre possible. C'est au fond le seul courage que l'on exige de nous : être courageux face à ce que nous pouvons rencontrer de plus étrange, de plus bizarre, de plus inexplicable.

Que les hommes, dans ce sens, aient été lâches a causé à la vie un tort infini ; les expériences qu'on appelle « apparitions », tout ce qu'on nomme « monde des esprits », la mort, toutes ces choses qui nous sont si étroitement apparentées, ont été refoulées si loin de la vie par la résistance quotidienne que les sens qui nous permettraient de les appréhender se sont émoussés. Et ne parlons pas de Dieu. Mais la peur devant l'inexplicable n'a pas seulement appauvri l'existence de l'individu, elle a restreint aussi les relations entre les hommes, extraites, pour ainsi dire, du lit du fleuve des possibilités infinies, et portées sur une berge déserte que rien n'atteint. Car l'indolence n'est pas seule à faire que les rapports humains se répètent, sans se renouveler d'un cas à l'autre, dans une indicible monotonie, il y a aussi la crainte devant une expérience nouvelle et à l'issue imprévisible qu'on ne se sent pas en mesure d'affronter.

Mais seul celui qui est préparé à tout, qui n'exclut rien, pas même le plus énigmatique, vivra la relation à autrui comme une chose vivante et épuisera sa propre existence. Car si nous nous représentons cette existence de l'individu comme un espace plus ou moins grand , nous voyons que la plupart n'apprennent à connaître qu'un coin de leur espace, une place près de la fenétre, une bande sur laquelle ils vont et viennent. Ainsi connaissent-ils une certaine sécurité. Et pourtant, elle est bien plus humaine, cette insécurité dangereuse qui, dans les nouvelles de Poe, pousse les prisonniers à reconnaître à tâtons la forme de leurs terrifiants cachots et à ne pas être coupés de l'indicible épouvante de leur séjour.

Mais nous, nous ne sommes pas des prisonniers. Autour de nous ne se dressent ni des embûches ni des pièges et il n'y a rien qui doive nous angoisser ou nous torturer. Nous sommes placés dans la vie comme dans l'élément auquel nous correspondons le mieux, et, de plus, une adaptation millénaire nous a rendus si semblables à cette vie que, si nous restons immobiles, on peut à peine nous distinguer de tout ce qui nous entoure grâce à un heureux mimétisme. Nous n'avons aucune raison de nous méfier de notre monde, car il ne nous est pas hostile. Recèle-t-il des effrois ? Ce sont nos effrois ; recèle-t-il des abîmes ? Ces abîmes nous appartiennent ; y a-t-il des dangers ? Nous devons tenter de les aimer. Et pour peu que nous organisions notre vie selon le principe qui nous conseille de toujours nous tenir au plus difficile, alors ce qui nous paraît aujourd'hui encore le plus étranger nous deviendra familier et le plus fidèle. Comment pourrions-nous en arriver à oublier ces vieux mythes qui se trouvent au commencement de tous les peuples, les mythes de dragons se transformant en princesses au dernier moment ; peut-étre tous les dragons de notre vie sont-ils des princesses qui attendent seulement de nous voir un jour beaux et vaillants. Peut-être tout l'effroyable est-il, au plus profond, ce qui, privé de secours, veut que nous le secourions.

mercredi 1 mars 2006

Hommage au féminin


Pour une fois, je serai en avance d'une semaine sur la date officielle de la
Journée internationale de la Femme...

Je ne crois pas être ce que l'on appelle un homme rose, du moins pas comme certains qu'il m'est arrivé de croiser, plus féministes que les plus militantes et qui ne semblaient avoir conservé de leur virilité que des attributs physiques. Je suis cependant pour toutes les libérations, même si parfois, souvent même, il faut un peu dépasser les bornes pour réveiller les mous défenseurs du confort douillet et des injustices établies, et atteindre les objectifs d'équité. Je crois que bien souvent les mouvements féministes ont su (ou dû) dépasser les bornes et « pousser pépé dans les orties ». Les femmes, comme les homosexuels, ont dû lutter pour conquérir une légitime reconnaissance et revendiquer des droits équivalents à ceux de la majorité dominante. Ces mouvements de libération ont selon moi assez déstabilisé l'identité masculine, qui ne s'en est pas encore remise ; peut-être sortira-t-il quelque chose de bon de la vulnérabilité actuelle chez les hommes hétérosexuels : je le crois.

Je n'ai jamais regretté de ne pas être né fille et je n'ai jamais eu la tentation de revêtir des vêtements féminins. Je suis un mâle, fier de l'être, et j'agis comme tel. Cependant, je crois avoir assez bien exploré la part de féminin en moi et je l'assume pleinement. Je suis capable, par exemple, de laisser s'exprimer l'émotion et couler les larmes en évoquant une lecture ou un film, même devant d'autres hommes, qu'ils soient collègues ou clients, seuls ou en groupes... Mes relations amoureuses ont toujours été des relations homosexuelles, même s'il m'est arrivé quelques fois d'être follement amoureux de jeunes filles. Et si j'aime bien la part de féminité chez un garçon, il est très clair pour moi que j'aime les garçons pour ce qu'ils sont, naturellement, spontanément ; autrement dit : je ne cherche pas chez les garçons des caricatures féminines. Au fond, ce que j'aime, je crois, c'est l'être qui vit le plus complètement possible en harmonie avec lui-même, qui assume aussi bien sa part de féminité que sa virilité, sans forcer ni l'une ni l'autre. Rien n'est acquis à jamais, je le sais ; cet équilibre est sans cesse à rétablir comme la bulle d'air dans le liquide d'un niveau.



Mâle et fier de l'être, donc, je n'ai cependant aucune honte à lire des livres de femmes et à vibrer au diapason avec certaines d'entre elles. Marguerite Yourcenar, bien sûr, mais avant elle, Simone de Beauvoir, Anne Philippe,puis, après, Françoise Dolto, Elisabeth Badinter, Jacqueline de Romilly, Gabrielle Roy, Annie Ernaux... et, évidemment, les carnets de plusieurs de nos collègues : Miss Lulu, Fuligineuse, !Béo!, Cyb, Anne Printemps, Brigetoun et... de nombreuses autres. Chacun de ces carnets m'intéresse et me touche à sa manière ; j'ai l'impression de m'être découvert ainsi une famille où personne ne ressemble aux autres et où pourtant les sensibilités et les valeurs se rejoignent si bien.

Hier soir, pendant que j'essayais d'avancer un peu dans diverses tâches, j'avais laissé le téléviseur fonctionner dans un coin du salon. J'écoutais distraitement les propos de Mireille Dumas et de ses invités, à l'émission Vie privée, vie publique ; dans la dernière partie de l'émission, mon attention a été attirée par une voix, puis par un nom : la voix était celle de Daniel Duval et le nom, celui de Jeanne Cordelier. Celle-ci est écrivaine et, il y a trente ans, son roman La dérobade avait été adapté au cinéma par Daniel Duval ; ceux-ci ne s'étaient pas revus depuis la sortie du film. Je suis toujours curieux d'entendre les gens raconter les difficultés et les épreuves par lesquels ils sont passés, puis de découvrir comment ils ont surmonté ces épreuves et comment ils sont devenus ce qu'ils sont.

En faisant le tour de mes carnets préférés, je me suis attardé un peu plus ce soir sur celui de Samantdi qui parlait justement de cette rencontre entre Jeanne Cordelier et Daniel Duval ; il serait souhaitable de lire le billet de Samantdi car ce qui suit est une forme de commentaire que j'ai voulu laisser chez elle, commentaire qui s'est allongé, au point de ne plus oser le laisser en commentaire ; le voici donc :

Je n'ai pas lu La dérobade, mais le nom de Jeanne Cordelier me disait quelque chose ; j'ai dû lire dans le passé quelque chose à son sujet et entendre parler d'elle, mais c'est très flou. Je me souviens avoir vu le film que Daniel Duval a réalisé en plus d'y avoir interprété le principal rôle masculin. Mais au moment où je l'ai vu, je ne suis pas sûr que j'étais en mesure de faire l'analyse que je pourrais en faire aujourd'hui. J'ai lu les Mémoires d'une jeune fille rangée et les autres livres autobiographiques de Simone de Beauvoir ; je ne suis pas sûr non plus qu'à l'époque où j'ai lu ces livres, j'aie cherché à mieux comprendre la situation de la femme (il m'en est sûrement resté quelque chose, malgré tout) ; je crois que ce qui m'attirait dans les livres de Beauvoir, c'était la volonté de mieux connaître la façon dont pouvaient vivre les bourgeois puis, avec la même curiosité, la vie de Montparnasse où j'ai vécu durant un certain temps, rue Campagne-Première, dans un studio d'artiste qui appartenait à un vieux peintre qui lui-même habitait désormait un bel immeuble moderne, au 11, rue Schoelcher, où il était voisin de Simone de Beauvoir. Si j'ai plusieurs fois croisé Jean-Paul Sartre sur les trottoirs du boulevard Raspail, je n'ai jamais eu l'occasion d'apercevoir Simone de Beauvoir, à moins de l'avoir croisée sans la reconnaître. Je suis touché de lire ici (chez Samantdi) le nom de Pauline Julien. C'est une femme que j'ai toujours aimée, admirée ; je crois qu'un très grand nombre de Québécoises et de Québécois ont éprouvé pour elle le même respect admiratif, même celles et ceux qui n'étaient pas attirés par ses chansons. Avant tout, elle était une femme passionnée, engagée, comédienne, interprète, militante, etc. J'ai eu l'occasion de la croiser, de la rencontrer, de lui parler brièvement, à quelques reprises ; et j'ai fait un peu d'action politique avec celui qui fut durant de nombreuses années son compagnon de vie, le poète Gérald Godin qui, grâce à nos efforts conjugués, fut élu député et nommé ministre : nous n'étions pas peu fiers. Je ne peux pas dire que l'euthanasie soit un sujet qui m'enthousiasme, mais j'admire tout de même le courage de Pauline Julien qui, quelques années après la mort de son compagnon, se sachant atteinte d'une maladie dégénérative sans espoir de guérison, a choisi le moment du grand départ. Mais pour finir sur une note plus joyeuse, j'ai aussi beaucoup aimé cette rencontre chez Mireille Dumas entre Jeanne Cordelier et Daniel Duval.

lundi 27 février 2006

Merci de votre patience...

Je n'ai pas abandonné l'écriture et la publication de billets dans ce carnet, publication que je souhaiterais quotidienne. Cependant, le nouvel emploi que j'occupe depuis une semaine a pris beaucoup de mon temps et il a, surtout, bouleversé mon emploi du temps et mes habitudes de sommeil. Tout va très bien au travail et si parfois je fais de plus longues heures, je serai payé en fonction du nombre d'heures travaillées. On m'a embauché parce qu'il y avait en ce moment beaucoup de travail à livrer dans une période de temps relativement courte. Il m'a fallu, par exemple, apporter à la maison en fin de semaine des épreuves à corriger que je dois remettre à huit heures et demie ce matin. Je travaille sur des documents qui, en attendant d'être rendus publics, sont très confidentiels car ils pourraient intéresser les médias, les marchés financiers, etc. Je craignais que cela augmente le taux de stress, mais je me rends compte que je gère assez bien les attentes, le niveau de responsabilité ainsi que les délais très courts dans lesquels il faut souvent livrer le travail. Qu'il s'agisse de revoir le discours du président de cette multinatonale, une simple invitation à une personnalité publique ou tous les textes du rapport annuel de l'entreprise, je sais que le moindre détail compte puisqu'à chaque fois c'est l'image publique de l'entreprise et de ses dirigeants qui est en jeu ; je m'efforce d'accorder la même importance à tous les textes et de remettre aux dirigeants qui me les confient des documents impeccables. Je n'ai pas vraiment d'influence sur le contenu lui-même de ces documents, mais je peux faire en sorte que leur lecture présente le moins d'irritants possible...
Parallèlement à cet emploi, je suis membre de deux organismes aux sein desquels j'assume des responsabilités. On dirait que tout arrive en même temps : les réunions, les documents à préparer, les assemblées générales, etc. Et dans la réorganisation de ma vie personnelle, les événements se bousculent également. Résultat : je suis très occupé, sollicité, préoccupé ; pour l'instant j'arrive à coordonner tout cela et je crois que je vais y arriver ; dans quel état ? ça c'est une autre histoire : j'en reparlerai. J'aimerais toutefois avoir un peu plus de temps pour la lecture, l'écriture, les relations affectives ; j'espère bien trouver un peu de temps au cours des prochains jours. Merci de votre patience : si j'ai pu continuer de lire quelques carnets amis, je n'ai pas toujours eu le temps de laisser les commentaires que j'aurais voulu ; votre présence virtuelle me donne l'énergie nécessaire et le goût de continuer. Je reviendrai.

lundi 20 février 2006

Quête de sens...

Depuis quelques semaines, j'ai entrepris une profonde réflexion, une sérieuse remise en question de mes valeurs, de mes façons de penser et d'agir, etc.
Ne croyez pas que je sois téméraire ou courageux ; je n'avais simplement plus le choix.
Animé d'un noble idéal, j'ai nourri de beaux rêves, couvé de grandes ambitions. Depuis des années, j'ai travaillé comme un fou, sauf que... tout ce que j'ai fait ne s'inscrivait pas forcément dans un plan d'action devant mener à l'atteinte de mes objectifs. Je me suis laissé envahir par les responsabilités que l'on voulait me confier ou par les missions dont je me suis cru investi... J'ai toujours rêvé d'avoir tout mon temps pour rêver et, au lieu de cela, je me suis noyé dans l'engagement et dans l'action. Or le résultat de tout cela, c'est que rien ne va plus, je suis devant un beau fiasco.
Le stress constant des dernières années a sérieusement menacé ma santé. Ma situation financière est une catastrophe. Ma vie affective est un désert — et je n'aime même pas les chameaux. Et j'en suis venu à ne plus m'intéresser à rien (ou presque) ; je fonctionne par automatismes sauf que, de plus en plus souvent, j'ai envie de faire la grève : j'avance à reculons. Je réponds plus souvent par la fuite que par adhésion.
Depuis quelques semaines, donc, j'essaie de mettre de l'ordre dans tout cela, de régler quelques problèmes parmi les plus criants. Et ces dix derniers jours, les événements se sont précipités, me laissant peu de temps pour réfléchir, pour prendre du recul et tenter de donner un sens à tout cela. Je peux très bien fonctionner dans l'action et même rester calme et efficace dans les situations d'urgence ; dans ces situations, j'ai cependant tendance à m'oublier, à faire abstraction de mes propres besoins et de mon propre équilibre (et alors, il n'est même plus question de rêves, de plaisirs, de bonheurs, de quelque ordre qu'ils soient ; même les livres, la musique et tout ce qui normalement donne un sens à ma vie, ne m'attire plus). Depuis deux semaines, j'ai des dizaines d'idées à explorer, j'ai commencé à rédiger plusieurs billets que je n'ai pas pu finir parce que je sens qu'il leur manque une étincelle de vie.
Parmi les événements des derniers jours, certains sont plus désagréables ou pénibles que d'autres. Il en est cependant un certain nombre qui sont plutôt agréables ; je m'attarderai à ces derniers. Mercredi dernier, on m'a fait une offre d'emploi que je n'avais nullement sollicité et que je n'aurais même pas osé essayer de décrocher ; on m'avait appelé quelques jours plus tôt pour vérifier mon intérêt et ma disponibilité et, bien que flatté d'être sollicité, je n'ai pas montré beaucoup d'enthousiasme, car je voulais vraiment mesurer mes chances de réussite. Quand j'ai vu la proposition écrite que me faisait cette entreprise, je me suis dit que je ne pouvais pas refuser : je travaillerai sous la direction d'une femme que je respecte énormément pour ses qualités professionnelles et avec qui j'ai des relations des plus cordiales ; j'assumerai des fonctions que j'aime et, pour couronner le tout, on me propose des conditions financières très intéressantes (il s'agit d'un contrat à court terme, mais si jamais il devait se prolonger, je n'aurais plus jamais d'ennuis d'argent : on a doublé le salaire de mon emploi précédent, qui était tout de même convenable). Comme je le disais dans un courriel à un confrère de la blogosphère, je sais que l'on m'a offert ce poste parce que l'on connaît mes compétences ; je crois aussi qu'on a pensé à moi parce que, quand je le veux, je sais être aimable.
Après avoir reçu cette offre d'emploi, à laquelle je n'avais pas encore donné mon accord, j'ai reçu un appel téléphonique de Californie ; mon ancien petit voisin (que j'adore, si ce n'était pas encore évident) ne m'avait pas donné de nouvelles depuis quelques semaines et il a eu envie d'entendre ma voix...
Vendredi dernier, j'ai reçu quelques exemplaires d'un magazine publié par un ordre professionnel regroupant des langagiers ; j'étais particulièrement curieux de voir ce numéro consacré aux communications écrites, pour la simple raison qu'on m'avait demandé d'y rédiger un article, que j'ai soumis en novembre dernier (j'en ai parlé les 27 et 28 novembre).
Quelques autres événements, aussi nouveaux que sympathiques, sont venus éclairer ces derniers jours.
Tout n'est pas réglé ; il y a encore beaucoup de travail à faire, ne serait-ce que pour redonner un sens à ma vie. C'est tout de même stimulant d'avoir quelques bonnes nouvelles en si peu de temps.

Les marrons sont chauds

L'une des qualités indispensables à un chef d'État, c'est sans doute son leadership. Parmi les présidents français des cinquante dernières années, il en est un dont on ne peut pas dire qu'il n'ait pas été un chef. Le général de Gaulle avait l'autorité d'un vrai chef ; et je me demande même si, pour embrasser la carrière militaire puis celle d'homme politique, il n'avait pas renoncé à une carrière de chef cuisinier. Rêvons un peu (rêve ou cauchemar, selon le rêveur) : il devait certainement aimer le veau, puisqu'il aimait dire que les Français étaient des veaux ; imaginons un peu toutes les manières d'apprêter le « veau » qu'il aurait inventées.
S’il était encore vivant, je crois qu’il aurait plaisir à lire quelques-uns des carnets virtuels que nous fréquentons et qui, jour après jour, nous font saliver. En épluchant ses discours, il devient évident qu’il avait le sens de la cuisine, notre Général, pour faire ce commentaire : « On n’intègre pas des nations comme des marrons dans une purée. » ... À moins que ce ne soit un conseil adressé au ministre de l'Intérieur.
.

dimanche 19 février 2006

Le cours de la vie...


« Le fleuve fait des détours parce que
personne ne lui montre le chemin. »
Proverbe gabonais

Quand j'étais enfant, puis adolescent, je vivais à la campagne et, en marchant un peu, pas très loin de chez moi, il y avait cette rivière où l'on n'aurait eu qu'à se pencher pour attraper du saumon (sauf que les droits de pêche étaient vendus à des organisations privées américaines et gare au Québécois qui s'approchait trop près de la rivière ; en ce temps-là, cette rivière, comme bien d'autres au Québec, étaient gardées par des « polices » privées américaines, aussi soupçonneuses, pas plus aimables et sans aucun sens de l'humour, exactement comme les policiers du président d'aujourd'hui) :

(En cliquant sur les images, vous devriez
pouvoir les voir en plus grand format)

Aujourd'hui, en sortant de chez moi, je tombe sur ceci (c'est moi qui ai pris cette photo) :


Heureusemement, il me suffit de marcher un peu dans le sens contraire de la circulation automobile et, au bout de ma rue, je débouche sur le parc du mont Royal :

(Cette image a été empruntée ici.)

En voici une vue d'ensemble :

Le parc du mont Royal et le Lac-des-Castors en avant plan, le Centre-ville et le fleuve Saint-Laurent à l'horison. Le chemin de la Côte-des-Neiges à droite, le chemin Remembrance et la voie Camillien-Houde qui traversent la montagne. Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges à gauche. (Cette image et sa légende viennent d'ici).

vendredi 17 février 2006

Paris, réel et imaginaire


« À mes yeux Paris restera le décor d'un roman que personne n'écrira jamais. Que de fois je suis revenu de longues flâneries à travers de vieilles rues, le coeur lourd de tout ce que j'avais vu d'inexprimable ! S'agit-il là d'une illusion ? Je ne le crois pas. Il m'arrive souvent de m'arréter tout à coup devant telle grande croisée drapée de fausses dentelles, au fond d'un vieux quartier, et de réver sans fin aux destinées inconnues qui se déroulent à l'abri de ces vitres noires. Mon regard distingue un petit bouquet qui change ou disparaît selon les saisons, placé au milieu d'une table que recouvre une étoffe sombre ; et c'est tout, mais c'est peut-étre assez. Qui vit, qui meurt entre ces murs ? Pour un romancier, toute existence, fut-elle la plus simple, garde son irritant mystère, et la somme de tous les secrets a quelque chose qui tantôt le stimule et tantôt l'accable. Quel énorme gaspillage de situations, de mots, de coups de théâtre, de personnages, de mises en scènes ! Comment ne pas s'émouvoir d'une telle concurrence ? Copier n'est pas possible. Il n'y a que les impuissants et les nigauds qui copient. Non, il s'agit de faire aussi bien, si l'on peut, avec des moyens à nous. Commence alors l'étrange supplice de la page blanche dans laquelle il faut ouvrir une fenétre qui ne soit pas celle que j'ai vu tout à l'heure, mais d'une vérité aussi impérieuse. »
Julien Green, Paris, éd. du Seuil, 1983 ; coll. « Points Littérature », 1989.


Avec mon vieil ami parisien, la promenade le long du canal Saint-Martin était un rituel que nous faisions le dimanche, au moins une fois durant mon séjour chez lui. La dernière fois, c'était à l'automne 2001. Nous avions fait un arrêt à l'hôtel du Nord pour prendre quelques photos de l'ami devant ce lieu mythique de la littérature, du cinéma et des promrnades dans Paris. Ce sera l'une des dernières photos que j'aurai de cet ami qu'une tumeur au cerveau emportera deux ans plus tard sans que je l'aie revu.


Qui peut dire où se trouve cette maison ?

Les photos ne sont évidemment pas de moi ; la photographie ne fait pas (encore) partie de mes nombreux talents.

mercredi 15 février 2006

Entreprendre...


« Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le
L'audace a du génie, du pouvoir, de la magie. »

Goethe

« La difficulté de réussir ne fait qu'ajouter
à la difficulté d'entreprendre. »

Beaumarchais

« Lorsque tu fais quelque chose,
sache que tu auras contre toi,

ceux qui voudraient faire la même chose,
ceux qui voulaient le contraire,
et l'immense majorité de ceux
qui ne voulaient rien faire
. »
Confucius

« Échouer, c'est avoir la possibilité
de recommencer de manière plus intelligente
. »

Henry Ford

« Rien de grand n'a jamais pu
être réalisé sans passion
. »

Hegel

mardi 14 février 2006

Émigrer... au Québec ou au Canada ?


Depuis que j'ai découvert l'univers des carnets virtuels, je constate que nombreux sont les Européens, principalement des Français (je parcours surtout les carnets francophones), qui veulent venir vivre ici. Certains parlent de s'établir au Québec, alors que d'autres parlent plutôt de déposer leur pénates au Canada. Pour les uns, la distinction est très claire entre le Québec et le Canada ; d'autres n'y comprennent pas grand-chose. S'ils ont en tête Montréal plutôt que Toronto ou Vancouver, les premiers sont susceptibles de mieux réussir leur intégration, alors que les autres risquent de trouver plus difficile l'adaptation à la réalité québécoise. Indépendamment des considérations juridiques et politiques, la vie au Québec n'est pas tout à fait comme la vie en Ontario, en Alberta, etc.

Et si vous vouliez tester votre aptitude (actuelle) à bien vous intégrer au Québec, je vous présente une blague qui a circulé ces derniers mois ; si vous pouvez la comprendre et l'apprécier, vous méritez tout de suite un visa ; sinon, il vous faudra étudier encore un peu avant de présenter votre demande d'immigration. (Je conseille aux yeux sensibles de mettre des lunettes fumées, car il y a dans ce texte des mots « liturgiques » et d'autres quelque peu vulgaires).

Dans un café bondé de Paris, seul à sa table, un touriste déguste une crème brûlée. Soudain, un autre touriste s'approche de lui :
- Est-ce que pouvoir m'asseoir ici ?
- Pas de problème...
- Merci, vous être gentil...
- Vous êtes en vacances ?
- Oui, moi arrivé hier...
- Vous venez de quel pays ?
- De Norvège. Et vous ?
- Du Québec.
- Québec ? Moi pas connaître...
- Ben, je viens du Canada...
- Ah ! Canada ! Ça connaître ! Mais pourquoi avoir dit que vous venir du Québec ?
- Parce que je viens d'abord du Québec !
- Ah, vous être né au Québec et avoir immigré au Canada...
- Non, moi être né au Québec pis être resté au Québec...
- Ah, votre père vient du Canada ?
- Non, mon père, ma mère, ma femme, mon chien, tout le monde vient du Québec...
- Alors pourquoi avoir dit Canada ?
- Parce que vous saviez pas c'était quoi le Québec, saint-crème !
- Mais si vous pas avoir su c'était quoi Norvège, moi pas vous avoir dit que mon pays être Japon...
- Le Canada, c'est pas le Japon câlisse. Le Canada, c'est mon pays.
- Ah, votre pays plus être Québec ?
- Mon pays, c'est le Québec. Mais mon pays, ça peut aussi être le Canada, si la personne à qui je parle sait pas c'est quoi le Québec ciboire...
- Moi pas comprendre...

- Regarde, c'est simple : Je viens de la province de Québec dans le pays du Canada.
- Ah! Mais moi pas avoir demandé de quelle province vous venez, mais de quel pays... Moi venir de région Lofoten en Norvège, mais avoir répondu Norvège quand vous avoir demandé de quel pays je venais...
- Je l'sais, j'suis pas cave, sacrament ! Mais moi, quand on me demande de quel pays je viens, je réponds le Québec ! Même si c'est le nom de ma province. Pour moi, c'est comme mon pays.
- Oh ! Moi comprendre. Vous être séparatiste. Vouloir que votre province du Québec devienne votre pays...
- Es-tu fou, ostie? Je veux rien savoir de ça !
- Moi plus comprendre...
- C'est simple ! Tu m'as demandé de quel pays je viens, j'ai répondu le Québec, parce que le Québec c'est mon pays, mais je veux pas que ce le soit vraiment, parce que ce serait trop de troubles. Je veux juste pouvoir le dire. Faque je peux-tu le dire ?
- Moi tout mêlé. Toi avoir passeport de quel pays :
Québec ou Canada ?

- CANADA, Tabarnak !!!
- Alors pourquoi toi pas avoir répondu tout de suite Canada ?
- Parce que ça me tente pas. Pour moi, le Canada, c'est Anne Murray, le Stampede, la police à cheval, Toronto, le SRAS, et c'est pas chez nous tout ça. Chez nous, c'est Séraphin Poudrier, la P'tite Vie, Félix Leclerc, la poutine et les pitounes, les Canadiens, les Bougons... Tu comprends-tu ???
- De moins en moins...
- Regarde, on va oublier ça. Pose-moi une autre question.
- De quelle ville tu viens ?
- Euh... Ben là, je l'sais pus...
- Toi pas savoir c'est quoi ta ville ?
- Oui, je sais c'est quoi ma ville. Mais ma ville, c'était une ville qui a fusionné avec une autre ville mais qui, là, va peut-être défusionner avec la ville qui serait censée être devenue ma ville...
- Toi pas évident ! Quand toi écrire ton adresse, toi écrire quoi ?
- Je le sais pus non plus. Avant, j'écrivais Hull, mais Hull est devenue Gatineau, mais y nous ont dit d'attendre trois ans avant de ne plus écrire Hull pour pas mêler le facteur. Mais là, les libéraux ont passé une loi qui permet à Gatineau de redevenir Hull, mais je sais pas s'il va falloir attendre encore trois ans avant de pouvoir l'écrire ou si quand les trois premières années vont être finies, il va falloir écrire Gatineau durant trois ans, et après écrire Hull. À moins que le PQ soit revenu au pouvoir et que là, on ait refusionné avec Gatineau, ce qui ferait qu'on devrait écrire Gatineau pendant trois ans...
- Je pense que moi partir, avoir mal de tête...
- Pourtant, c'est simple tabarnak ! : Ma ville, c'est Hull, mon pays, c'est le Québec. Mais si t'aimes mieux, ma ville c'est Gatineau, pis mon pays, c'est le Canada.
- OK, là, je comprends !
- Y était temps en crisse. En tout cas, ça été ben l'fun de jaser avec toi, pis si jamais tu viens dans mon coin, tu viendras me voir...
- OK. Mais tu vas être où ? À Hull au Québec... ou à Gatineau au Canada ?
- Ah ! pis va chier, 'stie !

Sans présumer de ses opinions politiques (il est toujours discret sur ce point), je vous invite, si vous ne le connaissez pas déjà, à lire régulièrement le blogue d'Olivier - un Français au Québec, qui me semble présenter tous les « symptômes » d'une intégration réussie.

lundi 13 février 2006

Consentir...

Pour faire suite à la citation d'Eleanor Roosevelt (le 7 février dernier), abondamment commentée, il me semblait pertinent de souligner ici l'exposition qui se déroule en ce moment à Paris, depuis le 18 janvier dernier jusqu'au dimanche 9 avril 2006, dans les locaux de la Fondation Henri Cartier-Bresson.

Cette exposition présente une centaine de photographies de Cartier-Bresson, des plus anciennes aux plus récentes. On y trouve des photos de Jean-Paul Sartre, de Marilyn Monroe, de Samuel Beckett, d'Irène et Frédéric Joliot-Curie...


Je mentionne cette exposition pour quelques raisons : d'abord parce que j'ai toujours été fasciné par les images en noir et blanc de Cartier-Bresson, qu'il s'agisse de portraits, de scènes de rues, etc. Chacune de ces images révèle une présence, une profonde intériorité ou encore une vitalité débordante, quand ce n'est pas une grande tendresse. Ensuite, la Fondation Henri Cartier-Bresson est située dans le quartier de mes premières amours parisiennes, à Montparnasse, qui aura été pour moi le lieu de mon passage du cocon à l'état de papillon pas trop volage encore (j'en reparlerai dans un billet à venir). Et, finalement, j'aime le titre de cette exposition : « Le silence intérieur d'une victime consentante »...

La Fondation Henri Cartier-Bresson est située au 2, Impasse Lebouis, 75014 Paris.

L'image d'Édith Piaf provient d'ici.

mardi 7 février 2006

Rien, ni personne...


« Personne ne peut réussir
à vous faire sentir inférieur
sans votre consentement. »

Eleanor Roosevelt

Sur des rameaux trop frêles...


« Soyez comme l'oiseau, posé pour un instant

Sur des rameaux trop frêles,
Qui sent plier la branche et qui chante pourtant,
Sachant qu'il a des ailes ! »
Victor Hugo

Do you speak english ?

Depuis que j'ai entrepris de tenir ce carnet virtuel, j'ai plusieurs fois pris la défense de la langue française et dénoncé des pratiques que je trouve pour le moins discutables.

Pour vous démontrer que je suis pas qu'un monomaniaque, sectaire, pisse-vinaigre, je vous propose aujourd'hui deux leçons d'anglais. Si, si, vous avez bien lu : deux brèves leçons d'anglais.

En fait, ce sont deux leçons de prononciation anglaise.

Pour ne pas décourager les débutants, je vais d'abord vous proposer une première phrase française, puis je vous proposerai sa traduction anglaise que vous devrez vous exercer à prononcer sans erreur, cinq ou six fois, de plus en plus vite.

Voici la première phrase : « Trois sorcières regardent trois montres Swatch. Quelle sorcière regarde quelle montre Swatch ? »

Ça y est ? vous avez bien saisi ; à vous, maintenant : prononcez la phrase suivante plusieurs fois, à voix haute, sans erreur :

"Three witches watch three Swatch watches. Which witch watch which Swatch watch ?"

Si vous avez bien réussi cette première étape, et seulement si vous l'avez réussie (je compte sur votre honnêteté pour respecter la consigne), vous pouvez passer à l'étape suivante.

Voici la deuxième phrase, en français : « Trois sorcières suédoises et transsexuelles regardent les boutons de trois montres Swatch suisses. Quelle sorcière suédoise transsexuelle regarde quel bouton de quelle montre Swatch suisse ? »

Et cette phrase, en anglais, que vous devez prononcer cinq ou six fois, à voix haute et sans erreur, de plus en plus vite :

"Three Swedish switched witches watch three Swiss Swatch watch switches... Which Swedish switched witch watch which Swiss Swatch watch Switch ?"


Fin des deux premières leçons !
Vous pouvez maintenant... nettoyer votre écran.

lundi 6 février 2006

Retour à la normale ?

Je rédige ces quelques lignes, sans trop de conviction... Les problèmes techniques que Blogger a connus ces derniers jours ont miné ma confiance, refroidi mes ardeurs et ralenti mon élan... Il m'est arrivé quelques fois de perdre des fichiers électroniques et, à chaque fois, il m'a fallu plusieurs jours pour m'en remettre ; j'ai beau savoir que l'informatique n'est pas aussi infaillible que le pape, j'ai tendance, comme la plupart des gens, à lui accorder toute ma confiance, même après de malheureuses expériences... Accorder toute ma confiance ? Peut-être pas ; il serait sans doute plus juste de dire que je lui accorde « toute mon inconscience », dans la mesure où je ne prends peut-être pas toutes les précautions d'usage pour ne pas trop souffrir des pannes et des autres problèmes que l'informatique peut faire subir à un usager. Après quelques jours de déception, de frustration, je reprends normalement mes activités normales... sauf en ce qui concerne mes écrits personnels, mon journal intime, par exemple. Là, j'ai beau essayer de renouer le fil, de reprendre le récit de ma vie trépidante comme s'il ne s'était rien passé, ça ne fonctionne pas. C'est un peu comme si, en rentrant un soir, on constatait que certaines pages de son journal intime avaient été arrachées ; il est difficile dans les jours qui suivent de continuer d'écrire comme si de rien n'était, de faire semblant que personne ne viendra lire ce que l'on aura confié à son carnet secret. Avec les problèmes informatiques, on peut toujours se consoler en pensant que la perte de documents importants n'est pas le fait d'une personne de son entourage, voire de la personne aimée, en qui l'on place toute sa confiance ; cela relève plutôt de l'anonymat, comme tout ce qui relève de l'administration publique : les pertes ont beau être considérables, personne n'en est responsable...
Durant l'été 2001, j'ai beaucoup écrit, et j'ai sans doute écrit là les pages les plus enjouées, les plus heureuses, les plus empreintes de tendresse et de joie de vivre. Or, quelques mois plus tard, je me suis rendu compte que je n'avais plus accès à ces pages, que je n'avais pas eu la prudence d'imprimer. J'avais bien fait des copies de mes fichiers, mais les copies des fichiers en question étaient aussi corrompues que les fichiers originaux. Il m'aura fallu plusieurs mois pour retrouver le goût d'écrire des lignes aussi personnelles, aussi intimes. Ce qui composait ma vie d'alors était toujours là et contribuait encore à mon bonheur et à mon inspiration, mais il manquait désormais cette dimension supplémentaire, celle des traces laissées jour après jour et qui témoigneraient un jour, non pas de mon passage en ce monde, mais du passage du bonheur dans le mien.


J'ai reçu, au cours des derniers jours, un certain nombre de commentaires que je ne peux malheureusement pas publier, car Blogger ne semble pas les reconnaître. J'ai renvoyé les commentaires à ceux d'entre vous dont j'ai pu trouver l'adresse de courrier électronique ; si vous le souhaitez, vous pourrez les réinscrire, car il semble que Blogger ait réglé les problèmes techniques qui ont affecté certains blogueurs depuis vendredi dernier.

dimanche 5 février 2006

Is Blogger really sorry ?

Blogger says : « We're sorry, but we were unable to complete your request. »

Mais, Blogger ne dit rien quand il fait disparaître mes billet !

Et, moi, je ne suis vraiment pas content !!!
Je n'ai toujours pas accès aux commentaires laissés !
Mes nouveaux billets sont systématiquement effacés !
Si Blogger ne règle pas rapidement ce problème, je songe à passer... ailleurs !
Je suis désolé : je ne publierai rien d'autre pour l'instant, car tout disparaît dans les minutes qui suivent...

jeudi 2 février 2006

Vive la France... française

Le premier Ministre français Dominique de Villepin répond en ce moment précis (18 h 30, heure française) aux questions des Internautes sur la situation de l'emploi en France. Je ne sais si ce qu'il aura à dire saura satisfaire les chômeurs, les demandeurs d'emplois et tous les détenteurs actuels d'emplois précaires, à durée déterminée ou pas... Ils jugeront après l'avoir entendu.

Pour l'instant, je veux simplement souligner que pour avoir le bonheur de dialoguer, ou tout au moins d'entendre parler M. Villepin en direct, il fallait inscrire dans notre navigateur l'adresse suivante : ht tp://hemicycle[point]videolivemeeting[point]com/livegp/
Vous aurez sûrement remarqué dans cette adresse le choix des mots : « hemicycle » (à part l'accent aigu qui manque, ça va ; on ne met pas les accents dans les adresses informatiques) ; « video » (même commentaire) ; « live » et « meeting » (là, franchement, pour annoncer une communication avec le bureau du premier Ministre de la France, je suis presque sûr que l'on pourrait faire mieux ! Les termes « direct » et « rencontre » sont encore des mots français !). Un collègue carnetier dénonçait l'autre jour cette tendance des Français de l'Hexagone, tendance incompréhensible pour un Québécois qui, tous les jours et à tout instant, doit se battre contre l'envahissement de l'anglais, à utiliser de plus en plus de mots et d'expressions anglaises dans leurs conversations et mêmes dans les communications publiques des représentants de l'État et des élites de tout poil.

* Ajout : Le sujet avait déjà été abordé chez Olivier le 18 janvier dernier ; et le débat se poursuit surtout dans les commentaires.

Je sais : on pourra dire, comme l'a dit il n'y a pas longtemps monsieur Maurice Druon, ex-secrétaire perpétuel de l'Académie française, que ce n'est pas au Québec qu'il viendra « prendre des leçons de langue française » ; le vieux dinosaure de l'Académie était furieux de voir que, contre ses directives, le Québec avait autorisé la féminisation de certains titres, comme « madame LA ministre, alors que lui insiste pour que l'on continue de dire « madame LE ministre ». Si le Québec doit s'inspirer plus souvent de la France pour la syntaxe de sa langue (car les constructions québécoises sont, hélas, trop souvent des traductions syntaxiques de l'américain), il aimerait pouvoir s'inspirer aussi de la France pour l'adoption de mots nouveaux pour désigner des réalités nouvelles. Or, sur ce point, les linguistes de l'Office québécois de la langue française seraient-ils plus vigilants et plus créatifs que ceux de la France ? Ne prenons qu'un seul exemple : le terme « courriel » (contraction de deux mots français « courrier électronique ») me semble plus respectueux de la langue que les fameux « mail », « mél », et autres variantes...

Le premier ministre Villepin était, il n'y a pas longtemps encore, ministre des Affaires étrangères. Sur le site de ce ministère, on fait allusion à la Francophonie ; parmi d'autres énoncés, on y lit ceci :

Pourquoi parler français ?
  • En Amérique du Nord, c’est affirmer une identité culturelle.
  • En Afrique subsaharienne, le français permet d’accéder à l’éducation de base. Le français y est la langue du développement, de la modernité.
  • En Europe centrale et orientale, la connaissance du français est associée à l’appartenance à l’Europe unie : ses trois capitales, Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg, sont francophones et, au sein des institutions de l’Union européenne, le français est langue de travail avec l’anglais.
  • Le français est l’une des deux langues de travail à l’ONU, l’une des deux langues officielles du Comité international olympique, la seule langue universelle des services postaux, la langue principale de l’Union africaine.
  • Le français est une langue de plus en plus présente sur la toile.

Certes, la langue de la majorité des Français est riche et vivante ; celle des écrivains et autres créateurs est la plupart du temps admirable ; mais quand donc les communicateurs et autres animateurs, les élites américanisantes, politiques et autres, fascinées par l'« American Way of Life », retrouveront-elles la fierté de cette langue qui est certes un très bel outil de communication, mais surtout la première et la plus évidente expression d'une culture ?


Il y a une phrase que j'aime et que j'ai souvent proposée à tous ceux que je croise, surtout dans ma vie professionnelle, et qu'il m'arrive de conseiller sur la façon d'atteindre leur objectif, quel qu'il soit. « On ne pense qu'avec les mots que l'on a ». Cette phrase d'Hervé Sérieyx est une incitation, selon moi, à enrichir son vocabulaire de façon à pouvoir nuancer sa pensée ; mais ne serait-elle pas aussi une façon de rappeler qu'à force d'utiliser les mots d'une autre langue, on finira par penser comme les premiers usagers de cette langue ? À force d'employer les termes de l'« American Way of Life », ne court-on pas le risque de penser de cette façon, en faisant semblant d'oublier qu'alors l'ex-francophone sera devenu un expatrié linguistique et, par conséquent, un expatrié culturel.