mardi 24 octobre 2006

Devant la porte sombre

En donnant ce titre à son Journal 1940-1943, Julien Green avait en tête la période sombre qui s'annonçait avec la Deuxième Guerre mondiale ; il évoquait sans doute aussi la part d'inconnu que représentait, pour lui personnellement, un exil au pays de ses parents, où il avait vécu durant trois ans au moment de la Première Guerre mondiale et dont il était revenu avec beaucoup de nostalgie mais avec une certitude : bien que né de parents « américains », il était vraiment français.

En mettant de côté la situation politique actuelle, on peut dire que nous sommes en ce moment devant une autre porte sombre : l'arrivée de l'automne, la diminution des heures d'ensoleillement, l'augmentation des jours gris et pluvieux. Et pour certains, l'arrivée de l'automne apporte sa dose d'angoisse à cause du froid, de la pluie et de l'hiver qui, tôt ou tard, montrera le bout de son nez.

Personnellement, l'automne ne me déplaît pas et l'hiver non plus, du moins au début. Je suis conscient toutefois que pour bien des gens les changements de saison ne se passent pas toujours en douceur ; et l'automne est particulièrement difficile pour bon nombre de personnes en raison des longues journées sans lumière. Il semble qu'une personne sur cinq souffre de troubles affectifs saisonniers, liés à la baisse d'intensité de la lumière et à la réduction des heures d'ensoleillement.


En recevant moins de lumière du jour, notre cerveau commencerait à fonctionner comme si c'était la nuit et enverrait aux corps des messages de « préparation du mode sommeil ». Cette perturbation serait d'ordre biologique, et non psychologique, et la coupable en serait une hormone, appelée mélatonine, qui joue un rôle important dans le besoin de sommeil ; la mélatonine, pour préparer au sommeil, exerce sur le corps un effet de fatigue. Nous subissons tous, à des degrés divers, les effets de la réduction de la lumière, sauf que certaines personnes en souffrent assez pour voir leur vie perturbée. Les travailleurs de nuit ou ceux qui vivent dans des endroits où il entre peu de lumière peuvent aussi en souffrir, même en été.

Si, avec l'arrivée de l'automne, vous ressentez les symptômes suivants, il y a bien des chances que vous souffriez de dépresssion saisonnière ou de troubles affectifs saisonniers :
  • changement des habitudes alimentaires, avec notamment un désir d'aliments sucrés, de féculents, de chocolat
  • prise de poids
  • baisse de l'énergie
  • plus grande sensation de fatigue
  • mauvaise humeur, irritabilité
  • tendance à dormir plus longtemps que d'habitude
  • difficulté à se concentrer
  • tendance à vouloir éviter les situations sociales
  • sentiments d'angoisse et de désespoir.

Fiat lux !

S'il n'y a pas d'autre cause, psychologique ou autre, à ces symptômes, n'allez pas dépenser une fortune en psychanalyse ou en médicaments. Le traitement pourrait être beaucoup plus simple que vous le croyez. En effet, la luminothérapie est efficace à 80 %.

C'est le Dr Norman E. Rosenthal, psychiatre et chercheur au National Institute of Mental Health, qui a été le premier à démontrer, en 1984, le lien entre lumière et dépression et à définir ce que l'on nomme maintenant la luminothérapie. « C'est en constatant que l'exposition à la lumière artificielle à large spectre pouvait bénéficier aux personnes souffrant de symptômes dépressifs pendant la saison hivernale que Rosenthal a pu démontrer le rôle joué par la luminosité sur les rythmes circadiens et l'humeur, et ainsi définir avec précision cette maladie. Rosenthal a publié de nombreux écrits, études et livres sur le sujet. Il demeure la référence incontournable en la matière. »


Pour bénéficier de la luminothérapie, il suffirait de s'exposer quotidiennement à une lumière à large spectre dont l'intensité varie entre 2 500 et 10 000 lux durant une demi-heure. L'exposition à cette lumière aurait un effet bénéfique sur notre horloge biologique qui régit un certain nombre de nos fonctions, comme la vie sexuelle, le rythme veille/sommeil, l'humeur, la capacité de concentration. Certains s'en servent pour combattre les effets du décalage horaire et l'on dit que la lumière aurait aussi un effet bénéfique sur le traitement de la maladie d'Alzheimer...


Je connais plusieurs personnes (amis, clients, psychologues) qui, souffrant des symptômes associés aux troubles saisonniers, se sont procuré des lampes spécialement conçues pour donner l'intensité lumineuse nécessaire. Il en existe différents modèles ; vous les trouverez sur ce site (français, mais l'équivalent existe au Québec et en Amérique du Nord).

Personnellement, même si je ne souffre pas trop de ces symptômes, j'ai bien l'intention de m'acheter le « simulateur d'aube », qui permet de s'éveiller en douceur, ainsi qu'une lampe de table que j'utiliserai en prenant mon petit déjeuner. Pour être efficace, la lampe doit être placée à la hauteur des yeux, car c'est par les yeux que le cerveau reçoit la lumière ; et même si l'intensité de la lumière est grande, on peut très bien continuer ses activités, que ce soit la lecture, le travail, la télévision... Il existe aussi un modèle de lampe que l'on peut fixer au-dessus de l'écran de l'ordinateur.


Il ne faut évidemment pas confondre ces lampes avec les lampes de bronzages, aux rayons UV ; celles-ci peuvent aussi avoir des effets bénfiques (je connais aussi des personnes qui utilisent les lampes solaires pour maintenir un bronzage et qui disent en tirer aussi un surplus d'énergie et une accélération de leur métabolisme), mais ces effets n'ont rien en commun avec ces lampes recommandées pour la luminothérapie. Et pour ceux qui n'aiment pas l'hiver, dites-vous que l'hiver, surtout lorsqu'il y a de la neige, est généralement plus lumineux que l'automne.

Ajout : À la demande générale, j'ajoute le site d'un distributeur nord-américain. Au Québec (et peut-être au Canada), il semble qu'il n'y ait qu'un distributeur de ces lampes. On peut bien sûr les trouver dans certaines boutiques de matériel orthopédique ; il faudrait vérifier si les prix sont moins élevés dans ces boutiques (je n'en suis pas sûr) : l'avantage, c'est qu'on peut y voir le produit avant de l'acheter. À Montréal, la boutique Medicus, par exemple, boulevard Saint-Laurent, au nord du boulevard Saint-Joseph, offre ces lampes. Autrement, on peut les commander par téléphone (un numéro sans frais) ; on trouvera les renseignements nécessaires et les coordonnées à cette adresse ; on trouvera ici aussi une liste de boutiques qui vendent ces lampes. Vous trouverez ici quelques suggestions de lecture et des liens supplémentaires.

samedi 14 octobre 2006

Tel qu'il est, il me plaît...

... ou ne pas prendre ses désirs pour la réalité

Non, non, ne vous réjouissez pas trop tôt : je n'ai pas encore rencontré un nouvel amour (même si mon coeur bat souvent plus vite à l'évocation d'un certain être). Je veux simplement vous faire entendre une chanson qui n'est pas tout à fait dans le style que l'on entend aujourd'hui (et je dis cela sans nostalgie particulière puisque j'écoute aussi bien de la chanson contemporaine que des chanson plus anciennes et si l'on pouvait trouver des enregistrements de musique de l'Antiquité grecque, par exemple, je serais sans doute un fidèle auditeur).

Le 2 octobre dernier, dans mon billet « Fleur bleue », j'évoquais une certaine bohème que me rappelait une chanson de Renaud que je venais de découvrir. Dans les commentaires à la suite de ce billet, Simeric suggérait Fréhel comme chanteuse évoquant le Paris d'avant-guerre (la Deuxième Guerre mondiale). Je connaissais l'existence de Fréhel, qu'il m'arrive d'écouter. Dans mes souvenirs indirects (je n'ai pas connu personnellement cette époque mais quand j'étais à Paris, on m'en parlait souvent), Fréhel est en bonne compagnie : Misstinguet (qui l'a précédée), Josephine Baker, Édith Piaf, Lucienne Boyer, Marie Dubas, Patachou, pour ne nommer que quelques femmes.


Fréhel est née en 1891 et décédée en 1951. Si on veut en savoir plus à son sujet, on aura plaisir à parcourir
ce site que je viens de découvrir.

En fait, je suis content de pouvoir enfin mettre de la musique dans ce blogue, grâce à Danaé qui m'a fourni l'adresse de
Radioblogclub. Merci Danaée.

Voici Fréhel :




Et pour les nostalgiques du vieux Montmartre (que je n'ai pas connu, rassurez-vous) :

mardi 3 octobre 2006

Un an, ça se fête



C'est aujourd'hui le premier anniversaire du blogue de mes amis Les Pitous et cela mérite un bon gâteau.
Le blogue des Pitous, Quai de Somme, a été celui qui m'a décidé à essayer d'ouvrir le mien. Merci G. et V., les deux Pitous d'Amiens et, surtout, joyeux anniversaire !

Comme nous sommes gourmands, j'ai pensé que deux gâteaux de chez LeNôtre, ce ne sera pas trop...

Je n'ai pas trouvé de chocolats pour les amateurs de Lettres classiques, mais pour l'occasion, j'ai pensé que Pythagore serait tout de même le bienvenu.

lundi 2 octobre 2006

Fleur bleue

Je n'ai pas grand-chose en commun avec Renaud, le chanteur (compositeur, écrivain, acteur), sinon d'avoir vécu un moment à Montparnasse. Pourtant, le personnage m'a toujours intéressé et, quand j'en ai l'occasion, j'aime entendre ses chansons...

Je ne sais pas pourquoi j'ai toujours été touché par ces garçons et ces filles qui ont connu la vie difficile des rues de Paris, des chambres de bonnes quand ils ne dormaient pas carrément sous les ponts ou dans des chambres qui devaient rapporter et qui, par conséquent, ne servaient pas qu'à dormir. Je n'ai toujours connu de la bohème que les bons côtés car, même en crevant de faim dans un studio de la rue Campagne-Première lorsque j'avais vingt ans, j'avais tout de même un toit sur la tête et quand je chantais, c'était sur les scènes des théâtres de France et de Belgique, et non pas au coin des rues ou sur un pont, fût-ce celui des Arts. Cependant, quand à l'adolescence j'ai voulu devenir chanteur, je lisais avec beaucoup de curiosité la biographie, souvent romancée, de ces chanteurs orphelins qui, se sauvant des foyers où ils étaient placés par les services sociaux, cherchaient la liberté où ils pouvaient la trouver, sous les ponts ou dans des chambres louches de Pigalle. J'ai sans doute enregistré dans mon subconscient qu'il fallait, pour atteindre son idéal, être prêt à laisser de côté le confort et tout ce qui n'était pas directement associé à son ambition, à sa vision de la liberté et de la réalisation de soi.

Même si j'ai habité quelques mois dans un hôtel du boulevard Raspail et quelques autres mois dans un studio d'artiste de la rue Campagne-Première, ma vie à Paris n'avait rien du confort des touristes de luxe. D'abord parce que l'argent que j'avais en arrivant devait être suffisant pour vivre à Paris durant trois semaines, et non pas des mois. Heureusement que des amis m'ont invité à chanter avec eux lorsqu'ils ont appris ma décision de rester à Paris plutôt que de rentrer à Montréal au bout des trois semaines que devait durer ce premier séjour ; l'argent que me rapportaient ces spectacles me permettait de vivre... tant que duraient les tournées. Les derniers mois furent difficiles car je n'avais pas de permis de séjour et si je trouvais facilement du travail dans des commerces ou dans des bureaux, on me faisait vite sentir, dès qu'on apprenait que je n'étais pas français, qu'on ne pourrait me garder puisque je n'avais pas de permis de travail.

Cette période de ma vie reste toutefois l'une des plus riches et des plus constructives. Si j'en ai longtemps gardé une profonde nostalgie, c'est que j'ai eu à ce moment-là le sentiment que ma vraie vie commençait à prendre forme. Malheureusement, il m'a fallu laisser là tout ce qui commençait et rentrer à Montréal, non pas parce que quelque chose d'intéressant m'y attendait, mais simplement parce que j'étais déjà depuis quelques mois en séjour illégal en France...

Depuis deux jours, j'écoute en boucle une chanson que je ne connaissais pas. Il s'agit d'une chanson de Renaud, « Le gringalet ». Je l'écoute pour les paroles, qui pouraient me faire pleurer bêtement en trouvant en moi des résonances profondes, mais aussi pour la musique qui a un petit air nostalgique, avec ses arrangements à l'accordéon qui, bien sûr, évoquent une certaine image des rues de Paris, et qui, par moments, rappellent... (non, je ne le dirai pas). Cette chanson me rappelle aussi « le clown » que chante Angélique Ionatos et que je voudrais que l'on puisse écouter... à mes funérailles (je ne suis pas pressé, cependant).

Je voudrais pouvoir mettre ici ces fichiers musicaux pour vous permettre de les entendre, mais je ne sais pas encore comment faire. Je vous mettrai au moins les paroles de la chanson de Renaud que j'écoute en alternance avec des airs de Bénabar, de Vincent Delerm et d'Yves Simon (« Diabolo menthe », « Au pays des merveilles »).




Le Gringalet

C'était un gringalet
pas vraiment laid,
mais il était
né à Paname,
tous ceux qui l'connaissaient
y disaient
qu'y savait
causer aux dames.

C'était pas un tocard,
un ringuard,
un traîne-boul'vard,
on l'app'lait l'Saint-Bernard,
le Mozart,
du pont des Arts.

C'était pas un dragueur,
un flambeur,
de fin d'semaine,
il amenait nos p'tites sœurs
un quart d'heure
su'l'bord d'la Seine.

Il avait pas eu d'père,
pas eu d'mère,
ni d'anniversaire,
il était né un soir,
rue Rochechouart,
près d'une poubelle.

Il avait pas eu d'chance,
ni d'vacances,
dans son enfance,
mais quand fallait d'l'ambiance,
sa seule présence,
c'était Byzance.

C'était un bon copain,
y méritait bien
cette chansonnette,
car il est mort de faim,
un beau matin,
rue d'la Roquette.

Cette chanson se termine,
ça m'déprime,
c'est pas humain,
moi j'aime pas les chansons
où les héros
y meurent à la fin.

dimanche 1 octobre 2006

Pour saluer Béo ;o)


Il ne s'agit pas d'une image de mon village natal, mais ça lui ressemble. Celui-ci n'est pas tellement loin du mien et il fait partie de cette superbe région du Québec : le Bas-Saint-Laurent ou, plus précisément : la vallée de la Matapédia.

Chez moi, ce serait plutôt par ici.

Et ici.


Et ici encore.



Le lac Matapédia, c'est pas mal non plus.


Et c'est par là.


Toutes les photos sont de Stéphane Gauthier et viennent d'ici.

mardi 26 septembre 2006

Sainte-Anne-de-Beaupré en octobre...

Olivier et Jean-Marc sont allés à Sainte-Anne-de-Beaupré et en ont rapporté de magnifiques photos (c'était l'automne dernier). C'est vrai que la région est très belle et peut faire plaisir aux voyeurs et aux capteurs d'images. Il y a quelques années, en route vers Charlevoix, je m'étais arrêté à Sainte-Anne et j'en avais rapporté... cette photo (et quelques autres du même genre).


Si vous voulez vraiment découvrir le lieu de pèlerinage, je vous suggère, à défaut d'aller vous-même sur place, d'aller admirer les photos de Jean-Marc sur le blogue d'Olivier de Montréal.

lundi 25 septembre 2006

... bien fol qui s'y fie.

Hier, je suis allé rejoindre l'un de mes frères à la sortie d'une station de métro. En sortant, je suis tombé sur ce massif de fleurs et je n'ai pu m'empêcher d'en prendre quelques photos.

En partant de chez moi, il faisait très beau, ainsi qu'en sortant du métro. Quelques minutes plus tard, le vent qui n'a pas beaucoup cessé de souffler ce dimanche, avait repris et malmenait ces fleurs.

Je ne crois pas que ce soit dû à la force du vent ni aux rigueurs d'un automne précoce, mais certains arbres avaient déjà perdu leurs feuilles. C'est vrai que chez les humains aussi, on voit souvent des calvities précoces.

En route vers Terrebonne, où j'allais manger au restaurant avec quelques membres de ma famille (nous étions 22), le ciel était devenu plus menaçant...

... et le vent, plus violent.

Si, dans les aéroports les gros porteurs continuaient d'arriver et de décoller, les petits avions étaient cloués au sol ; c'est encore heureux que le vent n'ait pas essayé de s'amuser à les faire voler sans pilote et sans moteur.

Heureusement, en arrivant au restaurant, l'ambiance était à la fête ; on a vite oublié qu'à l'extérieur le vent était menaçant et que quelques centaines de mille concitoyens étaient privés d'électricité.

jeudi 14 septembre 2006

Pas de retraite à la Santé

Jacques Chirac n'a pas envie de prendre sa retraite à la prison de la Santé. Et pour tenter de se réserver des jours meilleurs où le soleil sera plus présent que l'ombre de sa conscience, il n'a pas trouvé de meilleur moyen que de nommer Procureur général un ami personnel. Quand on sait quel pouvoir suprême a le Procureur général sur toute l'administration de la Justice, on se dit que Monsieur le Président, qui prendra sa retraite en 2007, et qu'attendent de nombreuses poursuites et enquêtes, notamment pour détournement de fonds publics, n'a pas la conscience tranquille.


Il ne souhaite pas aller en prison et au fond, c'est par pur altruisme : il veut éviter aux contribuables français des dépenses inutiles. Car si le rôle de la prison est de permettre au condamné de s'amender et de se réinsérer dans la société après une période d'isolement, Jacques Chirac sait bien, lui, qu'il n'a aucune chance de s'amender ; pourquoi alors lui assurer le gîte et le couvert jusqu'à la fin de ses jours ?


Ces deux caricatures de Delize montrent bien la subtilité du procédé ; je n'ai pas pu résister à la tentation de les afficher ici. Merci Delize.

On s'étonnera ensuite que les citoyens ne croient plus à la Justice ni à la Politique ! Juppé, Tibéri, Chirac, ... Certains, plus à droite qu'à gauche, confondent « vouloir » et « avoir » le bien public.

mercredi 13 septembre 2006

As-tu ta fiole, Carole ?


Quelques mots en vitesse pour vous tenir au courant de mon emploi du temps.

En ce moment, je suis partout à la fois :
- devant mon ordinateur à écrire des textes et à en effectuer la mise en page pour un site Web qui, en principe, sera en ligne... ce jeudi (et je ne connais pas grand-chose à l'informatique)
- près de mon téléphone à répondre à des demandes de renseignements ou à régler les détails d'un événement à venir
- à ma table de travail à planifier des activités pour les prochain mois
- devant mon programme de messageries électroniques à écrire de longs courriels à des éventuels partenaires ou à des personnes que nous voulons honorer
- dans des salles de cours ou des bureaux de professeurs d'université
- dans des salles de réunion ou des restaurants à discuter d'affaires diverses

Mais lundi matin, je me suis sauvé de chez moi pour aller assister à un lancement officiel et prendre une verrée (pardon, je ne suis pas en Suisse : un verre), même plus d'un, de ce liquide pétillant qui a donné son nom à la couleur chic dont on on aime parfois repeindre ses murs. En fait, pour porter un toast, cette fois, il aurait fallu plutôt dire « prendre une fiolée », car le champagne était servi dans ce récipient de verre.

Les mots, d'esprit, de préférence, étaient à l'ordre du jour. Le chiffre dix était à l'honneur — ou « X » comme l'écrivaient les Romains dont les Gaulois aimaient bien se moquer.

Ni Astérix ni Obélix n'étaient présents, mais il y avait une foule de savants druides. Il y avait là sans doute près deux cents personnes, au moins, qui ne brillaient pas forcément de l'éclat de leur tenue vestimentaire. Si tout le monde n'a pas pris la parole, la plupart d''entre eux n'avaient pas la langue dans leur poche. Nous n'avons pas parlé de poison, mais de son remède... Bref, ce fut quelques heures délicieusement bien remplies, pour le corps et pour l'esprit.

Je vous en reparlerai un autre jour, car je suis en retard pour une réunion.

samedi 9 septembre 2006

Benoit XVI, mêlez-vous de vos affaires !

J'ai été baptisé dans les jours qui ont suivi ma naissance et j'ai été élevé dans la religion catholique. J'aurais même pu devenir prêtre... J'ai depuis longtemps cessé de pratiquer mais je suis toujours resté en bon termes avec les pratiquants et il m'arrive même de participer activement à des cérémonies religieuses (lors de mariages ou de funérailles, par exemple - le mot « funéraille » est toujours au pluriel, n'en déplaise à l'archevêque de Montréal). Je n'ai jamais apprécié que l'on dénigre la foi, la religion, l'Église, préférant m'abstenir plutôt que de dénigrer, pas seulement pour assurer mon salut comme celui qui dit qu'il n'est pas superstitieux mais qui agit comme s'il l'était, mais parce que je considère que l'agressivité est de l'énergie négative et que je préfère me concentrer sur ce qui est plus positif.

Cependant, quand je lis ou que j'entends que l'Église, des évêques ou le pape s'en prennent aux lois, québécoises, canadiennes et autres, lois qui accordent à des minorités les mêmes droits et privilèges des majorités, lois qui empêchent la discrimination et permettent à toutes les personnes de vivre dans la même dignité et la même liberté que s'arrogent toutes les majorités, là mon sang ne fait qu'un tour.

Que cette institution, au nom de la morale, veuille imposer la censure et la répression à la façon du triste régime soviétique, que son Pasteur suprême, du haut de son infaillibilité, joue le jeu politique des régimes totalitaires et répressifs pour tenter d'influer sur les politiques de pays pour qui les droits des uns et des autres sont équivalents, là je m'insurge.

Ce n'est pas moi qui tenterai de monter en épingle la jeunesse nazie de celui qui aujourd'hui se fait appeler chef de l'Église sous le nom de Benoît XVI. Cependant, je n'hésiterai pas à dénoncer le crime contre l'humanité, le génocide dont il est responsable, tout comme son prédécesseur, en interdisant en Afrique l'utilisation du condom pour empêcher la prolifération de l'épidémie du VIH. Et je n'hésiterai pas non plus à dénoncer catégoriquement son intrusion dans la vie démocatique des pays qui croient qu'un citoyen, quelle que soit sa foi ou son orientation sexuelle, reste une personne dont la dignité et les droits méritent le respect.

Que le chef suprême de l'Église répande sa doctrine à ses fidèles, c'est dans l'ordre, mais qu'il joue le jeu politique de tous les groupes conservateurs qui nient aux minorités les droits et libertés qu'ils s'arrogent, c'est tout à fait inacceptable. Cela ne m'inspire qu'une expression bien sentie : « Benoît XVI, mêlez-vous de vos affaires ! » Et j'ajouterais : « Et répandez partout l'amour et l'accueil au lieu de semer toujours l'intolérance et la répression ! Car, vous devriez le savoir, de tels discours donnent des munitions aux tabasseurs de tous ordres qui, au nom de la morale et de l'amour de Dieu, ont le bâton plus meurtrier que celui du pèlerin. Vos idéaux d'amour et de respect de la vie, formulés en termes politiques comme ceux que vous avez prononcés devant des évêques canadiens, justifient aux yeux de tous les voyous intolérants la violence envers tous ceux qui, au nom de l'égalité et de la justice, osent réclamer le droit d'aimer au grand jour qui ils aiment. »

Le pape dénonce le Canada
Mathieu Perreault (Le samedi 9 septembre 2006)
La Presse

Le pape Benoît XVI a dénoncé hier la loi canadienne permettant le mariage homosexuel, dans un discours aux évêques ontariens qui le visitent au Vatican. Il a aussi attaqué la permissivité canadienne à l'égard de l'avortement.
« Au nom de la tolérance, votre pays a fait la sottise (folly) de redéfinir le concept d'époux et, au nom de la liberté de choix, il fait face chaque jour à la destruction d'enfants non nés », a déclaré le pape en anglais.
Il s'agit des propos les plus directs et les plus durs que Benoît XVI ait faits sur cette question depuis son élection. En juillet dernier, au cours d'une visite en Espagne, un pays qui vient de permettre le mariage homosexuel et de bouter la religion hors des écoles, il s'était limité à dénoncer le sécularisme et le relativisme.
Selon plusieurs observateurs, le ton musclé qu'a pris le pape signifie qu'il veut influer sur le vote libre que pourrait tenir le gouvernement Harper sur le mariage homosexuel, cet automne. « C'est sûr que ce n'est pas une coïncidence», explique Donald Tremblay, prêtre dans le diocèse de Saint-Jérôme. « Le secrétariat d'État du Vatican est sûrement au courant du vote libre.»
Ce discours tranche aussi avec ceux que le Saint-Père avait prononcés lors des visites des évêques du Québec et des Maritimes, en mai dernier. Aux Québécois, il avait aussi parlé des méfaits du sécularisme et du relativisme alors que, avec les évêques des Maritimes, il avait déploré le faible taux de natalité du Canada. Cette année, les évêques canadiens se rendent tous au Vatican, en quatre groupes, pour une visite ad limina, une tradition qui a lieu tous les cinq ans.
« Les discours du pape durant les visites ad limina sont souvent influencés par les demandes des évêques», indique Gilles Routhier, théologien à l'Université Laval. « Or, l'Église catholique est assez différente au Québec et en Ontario, où elle a une force croissante et s'appuie beaucoup sur des communautés qui ont connu la vie derrière le rideau de fer, comme les Hongrois, les Polonais et les Ukrainiens. Cela rend l'Église ontarienne plus prompte à affirmer ses valeurs.»
« Il est possible que, dans sa déclaration à Benoît XVI, elle ait fait référence au mariage homosexuel et à l'avortement, poursuit-il. Cela dit, on peut aussi penser que les différents discours du pape aux évêques canadiens constituent plusieurs chapitres de sa réflexion et qu'il est normal qu'il dise des choses différentes chaque fois.»
La référence à l'avortement est issue de l'opposition des catholiques ontariens à Jean Chrétien et à Paul Martin, selon John Henry Weston, éditeur du site Lifesitenews à Toronto.
« Ils avaient déjà déclaré qu'ils étaient catholiques, dit M. Weston. Or, ils ont amené le Parti libéral très à gauche sur les questions sociales. On avait souvent évoqué à ce moment la possibilité de leur refuser la communion. » M. Weston pense lui aussi que la référence au mariage homosexuel est due au vote libre.


mercredi 6 septembre 2006

Billet à venir

Ce billet est en cours de rédaction...

mardi 5 septembre 2006

Denis nostalgie...

Quelle pernicieuse curiosité m'a fait effectuer sur Internet une recherche simple dans sa démarche mais combien troublante dans ses résultats ! Après avoir évoqué dans le billet précédent l'ami Denis, séduisant jeune homme que je voyais assez régulièrement du temps que je vivais à Paris, mais que je n'aurai vu que très rarement par la suite, j'ai cherché son nom, sachant qu'il avait fréquenté les gens riches et célèbres et qu'il avait lui-même connu un peu de succès...

J'ai eu la surprise de voir apparaître son nom sur plusieurs pages de sites Web divers. Je n'ai trouvé aucune trace de ses fréquentations avec Noureev, mais j'ai trouvé son nom dans le générique d'un film dont Éric Rohmer était le scénariste ; j'ignorais qu'il avait fait du cinéma et, étrangement, j'étais à Paris quelques jours avant la sortie en salle du film dans lequel il avait joué et, par hasard, en allant chercher mon ami André au studio de la rue de la Michodière, j'avais croisé Denis qui venait de terminer une leçon de danse. Il y avait dix ans que je ne l'avais vu et il n'avait pas beaucoup changé ; nous avions parlé un moment, échangé des souvenirs. Il ne m'avait pas mentionné ce film qui allait sortir quelques jours plus tard dans les salles de cinéma ; André ne m'en avait pas davantage parlé, ni à ce moment-là, ni plus tard.

J'ai trouvé aussi sur Internet plusieurs curriculum vitae d'artistes qui avaient exposé à la galerie qu'il avait ouverte quelques années plus tôt, qui portait son nom, et où j'étais allé rencontrer Marc qui gérait la galerie à ce moment-là. J'avais d'ailleurs reçu, quelques mois plus tôt, une invitation à un vernissage qui devait avoir lieu à la galerie ; je ne pouvais bien entendu pas me rendre à Paris pour ce vernissage que Marc était fier de m'annoncer, mais je dois dire que j'étais très ému de reconnaître sur l'enveloppe et dans les quelques mots qu'il avait ajoutés sur le carton l'écriture de Marc que je n'avais pas revu non plus depuis quelques années. Marc avait quitté Paris au moment où j'y étais encore pour aller travailler à Monaco avec une compagnie de danse réputée.

Les résultats de cette recherche m'ont aussi conduit sur un site faisant état de la récente vente aux enchères d'un meuble qui avait fait partie de la collection de Denis et qui s'était vendu quelques milliers d'euros.

Tout cela a éveillé en moi la douleur de l'annonce de sa mort, il y a tout de même plusieurs années. Je connais presque par coeur la lettre de sa mère adressée à mon ami André pour lui décrire le départ de Denis au cours de l'été, alors que presque tout le monde était en vacances et loin de Paris. Étonné de constater la peine terrible que me causait la mort de Denis, André m'avait fait lire la lettre de sa mère, sans doute quelque peu soulagé de pouvoir partager avec moi sa propre douleur devant la disparition de l'un de ses meilleurs élèves et l'un des merveilleux complices de joyeuses vacances à La Baule.

lundi 4 septembre 2006

4 septembre

J'ai une mémoire qui fonctionne beaucoup par associations (comme la mémoire de chacun de nous, peut-être : je n'ai pas l'esprit scientifique au moment d'écrire ces lignes). Très souvent le matin, en pensant à la date du jour, il me vient à l'esprit des images, des souvenirs ou encore le nom d'une personne dont c'est l'anniversaire ou bien un événement, ancien ou récent, politique ou historique...

Le 4 septembre, par exemple, évoque pour moi d'abord le nom d'une station de métro, à Paris, et la rue du même nom. Quand j'avais vingt ans et que je vivais à Paris, des amis qui faisaient partie de la même troupe de spectacles que moi et d'autres qui étaient des amis de ces amis, devenus mes amis, prenaient des leçons de danse classique chez un professeur du conservatoire qui avait son école privée au 11, rue de la Michodière, presque à l'angle de la rue du Quatre-Septembre. J'allais souvent chercher là, à la fin de sa leçon de danse, Marc, un ami qui m'était un peu plus cher que les autres ; parfois nous partions seuls tous les deux ; d'autres fois, nous allions à plusieurs prendre un verre ou manger au café La Côte-d'Azur, à l'angle des deux rues précédemment citées ; mais le plus souvent, si je ne restais pas seul avec Marc, nous sortions avec Denis, un garçon fabuleusement beau et séduisant dont l'annonce de la mort, plusieurs années plus tard me fit un choc terrible...


L'année suivante, j'étais à Montréal, inconsolable de ne plus être à Paris et de ne pas savoir quand je pourrais y retourner. Dans ce cruel exil que constituait pour moi le retour à Montréal, je me plongeai dans les livres et je découvris rapidement Chateaubriand, d'abord Atala et René puis, un peu plus tard, les Mémoires d'outre-tombe dont, durant de nombreuses années, j'entreprenais chaque automne la lecture. Or François-René de Chateaubriand est né le 4 septembre 1768 ; le 4 septembre de chaque année je ne peux m'empêcher de penser à cet écrivain, surnommé « l'Enchanteur » et qui a réellement enchanté mes jours par la poésie de ses écrits...

dimanche 3 septembre 2006

Pauvre Corneille !

Si je dis : « Pauvre Corneille ! », qu'est-ce que vous croyez que j'ai en tête ?

Cet oiseau à la robe aussi noire que celle de certaines de nos vedettes de la radio ou de la télévision ? Cet oiseau qui craille, graille ou corbine, comme vous voudrez l'entendre, que certains identifient aux oiseaux de malheur ou à la mort parce qu'il se nourrit de cadavres d'animaux et qu'on l'imagine hanter les cimetières. C'est un oiseau d'autant plus inquiétant qu'il est craintif et qu'il fuit l'homme...


Ou plutôt ce
chanteur d'origine rwandaise établi au Québec, qui connaît plus de succès que l'oiseau précédent.


Ou bien cet auteur classique, auteur de cette phrase classique des joueurs de carte : « Rodrigue, as-tu du coeur ? »


Vous avez 15 secondes pour deviner la bonne réponse...


Si vous avez choisi la troisième option, vous avez gagné.


Sauf que lui, le pauvre, on l'a bien oublié en 2006. Lui qui a tant fait pour l'honneur et la gloire de la France, pour le théâtre et la littérature classique, a vu passer son 400e aniversaire de naissance, le 6 juin dernier, dans la plus complète indifférence. Ni le Premier ministre français, trop occupé à essayer d'éviter les coups de Jarnac de son rival sarkarriviste, ni le ministre de l'inculture n'a songé à marquer de façon digne de la France et du mérite cet auteur classique son 400e anniversaire de naissance. Pauvre Corneille, deux fois enterré !




samedi 2 septembre 2006

Les effets (amusants) de Brokeback Mountain ? chapeau !

Je ne sais pas si c'est la saison, le temps frais, le fait que je sois occupé ou plutôt le fait que mes efforts semblent porter fruit, je suis assez de bonne humeur ces jours-ci.

Quand je suis chez moi, la plupart du temps, je suis concentré sur des plans d'actions, des textes de site Web à mettre en ligne bientôt, des lettres et des courriels à envoyer pour obtenir des rendez-vous ou pour proposer des collaborations...

Mais j'ai souvent envie de sortir, d'être dehors, dans la rue ou dans les commerces ; j'ai souvent envie d'aller manger au restaurant plutôt que de cuisiner et, si je m'écoutais, j'achèterais tous les jours des livres, des dictionnaires, des logiciels, des appareils électroniques... à condition que mon compte bancaire soit capable de supporter mes envies (et ce n'est pas le cas ; mais au lieu de m'en attrister, je me dis que bientôt je le pourrai : je ne sais pas encore comment, mais je veux y croire).

Quand je suis à l'extérieur, je suis donc plus détendu et souriant que lorsque je suis chez moi (à moins qu'un appel téléphonique ou une communication sur Internet ne m'apporte une joie que je n'attendais pas). En sortant de l'épicerie et en voulant prendre l'escalier (le commerce est sous-terrain) pour rentrer chez moi, j'ai un croisé un jeune homme dont l'allure m'a fait sourire. Grand, mince, il détonnait un peu à cet endroit ; avec son grand chapeau de cowboy de couleur écru, on l'aurait dit tout droit sorti des décors de Brokeback Mountain.

vendredi 1 septembre 2006

Le charme discret d'une voix...


J'ai toujours été sensible à la voix des personnes que je rencontre. Et s'il m'arrive d'être séduit par l'apparence, l'attitude, la tenue, la personnalité de quelqu'un, je suis subjugué si, en plus, la voix me plaît.

La voix, c'est d'abord, comme pour un instrument de musique, un timbre ; la qualité du son dépend en grande partie du genre d'instrument et de sa qualité. Les violonnistes, par exemple, rêveront de jouer sur des Stradivarius, réputés pour la qualité exceptionnelle de leur sonorité. Mais l'instrument ne fait pas tout : nous avons ici une violonniste réputée qui joue sur un Stradivarius qu'on lui a confié et que, personnellement, je n'aime pas écouter ; il me suffit d'entendre à la radio un extrait de ses disques pour que je puisse l'identifier, non pas au son de l'instrument lui-même mais à l'ennui que distille le jeu de l'interprète.

Une voix peut se travailler comme on travaille un instrument. Quand j'entends un animateur de télévision qui se prend désormais pour le pape de la culture au Québec dire qu'il n'aime pas sa voix, je suis plutôt d'accord avec lui : elle est très désagréable. Mais qu'il se refuse à faire quoi que ce soit pour y rémédier, c'est ne pas aller assez loin dans son constat car, si vraiment il était sincère, il prendrait les moyens requis. Les professeurs d'art dramatique et les professeurs de chant diront, à l'instar du célèbre docteur Tomatis, qu'une voix est un instrument, sans doute le plus sensible et le plus riche des instruments et qu'à ce titre, on peut lui faire produire les sons les plus variés et les plus agréables qui soient.

Adolescent, je n'aimais pas non plus ma voix et je n'aimais surtout pas que l'on m'appelle « mademoiselle » quand j'appelais dans un bureau ou que je répondais au téléphone. Ma voix a bien entendu mûri avec l'âge, mais je n'ai pas attendu le plein épanouissement de ma virilité pour tenter de tirer le meilleur de mon instrument vocal. Je me suis acheté un magnétophone d'une excellente qualité (Adamo avait le même, sans avoir la même voix que la mienne) et durant des heures, tous les jours, je m'amusais à enregistrer ma voix et à essayer d'en modifier le timbre, les sonorités, à changer ce que je n'aimais pas entendre en accentuant ce que je trouvais bien. J'écoutais des enregistrements de grands acteurs ou de chanteurs dont la voix parlée me plaisait autant que la voix chantée. Puis je lisais et relisais des textes que j'aimais (Corneille, Racine, Molière, Voltaire, Chateaubriand, ...)

J'ai vite compris aussi que pour être bien compris, un son devait être bien articulé. J'ai travaillé la prononciation, la diction, l'articulation... Puis, un peu plus tard, j'ai pris des leçons de chant, de pose de voix et des leçons d'interprétation dramatique. Il ne me restait plus qu'à permettre ensuite à ma sensibilité de trouver sa voie dans tout cela...

Je suis de moins en moins intéressé à participer à des événements mondains où la tenue vestimentaire que l'on porte est plus intéressante que quoi que ce soit d'autre. S'il m'arrive d'y être, je suis souvent choqué quand, voyant tout le soin que certains femmes ont apporté au choix de leur robe, à leurs bijoux, à leur coiffure, à leur maquillage et à leur parfum, elles révèlent une étonnante vulgarité dès qu'elles font entendre leur voix. Cela arrive à des hommes aussi, bien entendu, mais sans doute parce que, la plupart du temps, ils accordent moins d'importance à leur apparence physique, on ne s'attend pas à autant d'élégance dans la voix. Et pourtant, il nous arrive d'être surpris...

Hier, j'étais en train de choisir des fruits à l'épicerie quand j'ai vu arriver un jeune homme dont la beauté m'a saisi ; il était suivi d'une jeune fille dont l'apparence ne jurait pas trop à côté de son ami. Chaque année, à la fin du mois d'août, les étudiants de l'université débarquent dans mon quartier et je suis souvent émerveillé de constater la santé et la beauté de la relève... Tout en choisissant mes fruits, j'étais attentif aux gestes du jeune homme et de son amie, amusé de voir à quel point ils étaient assortis et que semblait régner entre eux une belle complicité. Puis j'ai entendu sa voix : horreur ! la belle avait une voix de canard !

jeudi 31 août 2006

Les effets (pervers ?) des blogues


Quand on tient un blogue, la plupart du temps, on écrit pour soi, tout en appréciant le plaisir de se savoir lu par quelques fidèles et par quelques visiteurs ponctuels. On peut mesurer la fidélité des uns et des autres par les commentaires qu'ils laissent la plupart du temps.

On ne sait cependant pas qui sont tous les autres lecteurs qui découvrent l'existence de notre blogue en suivant les liens sur d'autres blogues, en cliquant sur notre pseudo dans les commentaires que nous laissons ici et là, ou encore en parcourant les sites que leur ont suggérés les résultats des moteurs de recherche.

Il y a quelques jours, j'ai reçu dans mes commentaires un message qui n'était pas destiné à la publication ; le recherchiste d'une émission de télévision bien connue au Québec souhaitait pouvoir discuter avec moi de la possiblité d'accorder une entrevue à la caméra pour raconter ce que j'écrivais dans l'un de mes récents billets.


J'ai plusieurs fois participé à des émissions de télévision, mais c'était habituellement pour parler de mon travail, pour donner des conseils aux auditeurs, répondre aux questions ou pour faire la promotion des services de l'organisation qui m'employait. L'idée d'aller à la télévision parler de ma vie privée ne fait pas partie de mes priorités en ce moment, car j'ai d'autres chats à fouetter. Je n'ai pas l'habitude de me cacher ou de mener une double vie ; je n'ai donc pas d'objection à parler de mes intérêts personnels ni de mes préférences affectives ou sexuelles (du moment qu'il ne s'agit pas de curiosité malsaine). Sauf qu'en ce moment, j'ai d'autres priorités et je ne voudrais pas trop attirer l'attention sur ma vie pivée. J'ai des objectifs qui sont tout à fait d'un autre ordre et une trop grande attention sur ma vie affective risquerait de nuire aux objectifs que je vise pour l'association professionnelle que je dirige.


Je n'ai donc rien à gagner à accepter cette entrevue à la télévision, dans une émission diffusée aux heures de grande écoute. Cela pourrait être intéressant si je le faisais en y associant ouvertement ce blogue ; ce serait une excellente façon d'attirer ici une foule de visiteurs d'un jour ; qui sait si, sur le nombre, il n'en resterait pas quelques-uns à revenir régulièrement. Mais comme, pour l'instant, je ne tiens pas à sortir totalement de cet anonymat relatif que me permet ce blogue, un entretien à la télévision ne me paraît pas pertinent.

mardi 29 août 2006

De choses et d'autres, sans importance... 01


Déjà, la couleur de la lumière du jour a changé, le soleil se couche plus tôt, l'air est plus sec et plus frais. Pour moi, tout est parfait : j'adore ce temps-ci de l'année, qui marque la fin des chaleurs inhumaines et de l'insupportable taux d'humidité sur l'île de Montréal. Je l'oublie à chaque fois, mais quand le mois d'août arrive, année après année, j'entre dans une période où je ne me sens plus intelligent, où je ne suis pratiquement plus qu'une bête souffreteuse, un corps égrotant...


Dès que mon anniversaire de naissance est passé, je sens déjà l'énergie revenir et, avec cette énergie renouvelée, le goût de bouger, de retrouver les activités faisant appel autant aux facultés intellectuelles qu'aux capacités musculaires. Cette fébrilité coïncide avec la rentrée, dans les établissements scolaires et universitaires, mais aussi dans la plupart des entreprises.

Je n'ai pas, en ce moment, de patron qui attende quoi que ce soit de moi. Je suis cependant très occupé à essayer d'atteindre des objectifs que je me suis fixés et de respecter des échéanciers que j'ai moi-même négociés avec des collègues et des fournisseurs. J'essaie de rédiger des textes qui seront mis en ligne dans quelques jours, tout en travaillant à un plan d'action à moyen terme et en assumant mes responsabilités d'administrateur d'association. L'alternance entre les activités qui exigent concentration et créativité et celles qui demandent plutôt de la stratégie et du doigté ne se fait pas toujours sans mal et il arrive qu'elles s'interrompent mutuellement et se chevauchent...

Je prends le temps, surtout le matin avant de me mettre au travail, de lire certains blogues et de laisser parfois des commentaires. Je n'aurai cependant pas toujours la concentration nécessaire pour rédiger un billet quotidien ; je vous prie de m'en excuser. Dès que je le pourrai, j'essaierai de reprendre mon rythme normal.

lundi 28 août 2006

Retour aux choses sérieuses.

J'allais écrire que ce qu'il y a de bien avec la convalescence, les vacances et les anniversaires, c'est que ça finit par passer. Mais il me semble que cela mérite d'être nuancé.
La convalescence, en général, on ne tient pas à s'y attarder et, une fois passée, on essaie de l'oublier.
On voudrait, au contraire, souhaiter que les vacances se prolongent et qu'une fois passées, on puisse y penser encore avec plaisir.
Quant à l'anniversaire, une fois qu'il est passé, on peut se dire que c'est une bonne chose et que l'on peut passer à autre chose.
Mais voilà que les vacances me font rêver encore ce matin, puisque je n'ai pas eu de vraies vacances (une convalescence, si légère soit-elle, ne remplace pas des vacances).
Je n'ai cependant pas trop le temps de rêver aujourd'hui, et il en sera probablement ainsi toute la semaine. J'essaierai tout de même de rédiger ce soir un billet, sur un sujet que j'ignore encore.

En attendant, puisque je dois assumer mes responsabilités, je vous propose un peu d'humour sur les personnes « responsables ».

Au cours de la visite d'un asile psychiatrique, le président des États-Unis, le W Buisson, demande au directeur comment il peut vérifier la guérison d'un patient avant de le laisser partir.
- « Eh bien, dit le directeur, c'est assez simple : nous remplissons d'eau une baignoire ; nous offrons ensuite au patient une petite cuillère et une tasse à thé en lui demandant de vider la baignoire. »
- « Je comprends, dit W Buisson... Une personne normale choisit la tasse, parce que ça ira plus vite. »
- « Non ! répond le directeur. Une personne normale tire le bouchon de la baignoire. »

Un fils dit à sa mère :
- « Personne ne s'intéresse à moi, au collège... Les professeurs ne m'aiment pas, les autres non plus. L'inspecteur voudrait me renvoyer et les chauffeurs des bus scolaires ne peuvent plus me sentir. Je ne veux plus aller au collège ! »
- « Allons ! dit sa mère. Il faut pourtant que tu ailles au collège ! Sois courageux et responsable... Après tout, tu as 48 ans et si tu n'y retournes pas, que feront-ils sans leur directeur ? »

vendredi 25 août 2006

Au voleur !

La semaine dernière, Simeric établissait une comparaison entre la Poste française et Postes Canada. Il y parlait de la mauvaise qualité des services, des délais de livraison, de la perte du courrier et, pis encore, du vol de courrier, d'argent, de colis, etc.
J'ai eu envie de laisser un commentaire sur le blogue de Simeric pour y parler de mon expérience, en général très positive, aussi bien avec les services français qu'avec ceux de Postes Canada. Depuis plusieurs années, je reçois du courrier de France et j'en envoie assez régulièrement et je n'ai pratiquement jamais connu de difficulté. Une lettre qui m'était adressée de Paris m'arrivait normalement trois jours plus tard, ce que je considère comme un délai très acceptable. Il semble qu'une lettre postée à Montréal prenne un peu plus de temps pour arriver à son destinataire parisien ; c'est donc en France que la distribution est un peu plus lente. Mon expérience des dernières années me démontre qu'une lettre postée à Montréal pour un correspondant de la région de Montréal parvient normalement à son destinataire le lendemain, presque sans exception.
Quant au vol de courrier ou du contenu de certains envois, nous n'avons à Montréal pas souvent entendu parler d'histoire du genre. J'ai moi-même envoyé à plusieurs reprises des lettres ou des cartes de voeux avec un peu d'argent à l'intérieur et jamais je n'ai eu à me plaindre : les lettres et les cartes arrivaient à destination avec leur contenu.


Or c'était aujourd'hui mon anniversaire et ma soeur qui habite en banlieue de Toronto et qui voulait s'assurer que je la recevrais à temps m'a envoyé hier une carte par le service Xpresspost (« C'est un service d'expédition qui garantit la livraison rapide des documents », dit le site Web de la société d'État canadienne) ; elle avait glissé dans l'enveloppe de l'argent afin que je puisse m'offrir un bon repas au restaurant ou quelque chose qui me ferait plaisir. En ouvrant ma boîte de courrier (qui ferme à clé), j'ai bien reconnu l'écriture de ma soeur et j'étais à peu près assuré qu'elle m'aurait envoyé de l'argent, puisqu'elle ne sait plus trop quoi m'offrir. J'ai voulu décacheter l'enveloppe et, en tirant la pointe du rabat, j'ai constaté que le rabat se décollait très facilement et ça me semblait un mauvais présage. J'ai ouvert et j'ai lu ce que m'écrivait ma soeur ; c'était clair qu'elle avait mis de l'argent dans cette enveloppe et qu'il n'y était plus. L'enveloppe avait été soigneusement décachetée puis recachetée.
J'ai immédiatement appelé ma soeur pour la remercier de son geste mais aussi pour lui signaler le vol, car il ne peut s'agir que d'un vol. (D'ailleurs, si quelqu'un ne répond pas à vos lettres ou ne vous donne aucun signe de vie, envoyez-lui un mot en disant que vous glissez dans l'enveloppe de l'argent, mais n'y mettez pas l'argent ; il est presque certain que la personne communiquera avec vous pour vous dire que l'argent n'y était pas. Ça fonctionne spécialement bien avec les adolescents. Mais je ne suis plus adolescent, du moins pas tous les jours, et ma soeur est trop sérieuse pour faire ce genre de blague.)
Elle a d'abord cru que je plaisantais, puis elle m'a pris au sérieux. L'argent qu'elle avait mis dans cette enveloppe a bel et bien été volé. Bien sûr que l'on dit toujours de ne pas envoyer d'argent par la poste, mais pour que quelqu'un puisse s'assurer qu'il y a de l'argent glissé dans une carte, dans une enveloppe opaque et cachetée, il faut d'abord qu'il ouvre l'enveloppe et cela en soi est un crime : nul n'a le droit d'ouvrir du courrier qui ne lui est pas adressé. Dans ce cas-ci, il y a eu violation de la vie privée suivie d'un vol. Je ne voulais pas y croire, mais je le sais maintenant : il y a des voleurs au sein de Postes Canada, société d'État !
Ma soeur m'a pourtant raconté que son facteur avait été perspicace et avait déjoué une fraude dont ma soeur et mon beau-frère (banquier) auraient pu être victimes. Il a sonné à la porte un jour pour demander qui exactement, dans cette maison, avait déménagé au centre-ville de Toronto et avait demandé que l'on fasse suivre son courrier à la nouvelle adresse. Ma soeur lui a répondu que personne n'avait déménagé et que personne à cette adresse n'avait demandé que l'on fasse suivre le courrier. Le facteur lui a dit en s'excusant qu'avant de vérifier, il avait sans doute déjà envoyé du courrier à la nouvelle adresse. Ma soeur en a eu la confirmation dans les jours suivants : ils ont commencé à recevoir de très nombreuses cartes de crédit qu'ils n'avaient jamais demandées. Morale de cette histoire : à qui peut-on encore faire confiance ? Bien des citoyens ne cessent de dire avec cynisme, surtout au moment de payer leurs impôts, que l'État est le plus grand voleur qui existe ; si c'est le cas, l'État ferait bien de surveiller son commerce, car il est sur le point de se faire doubler à la fois par ses employés et par certains usagers de ses services.

jeudi 24 août 2006

Caius Plinius Caecilius Secundus

Le 24 août de l'an 79, tout s'est arrêté à Pompéi : le temps, la vie elle-même. Vers dix heures, ce matin-là, le Vésuve, qui dormait depuis environ mille ans, se réveille. Une immense fumée noire s'élève dans le ciel pendant qu'il se met à pleuvoir des pierres. Les habitants de Pompéi essaient de se protéger comme ils peuvent, avec des coussins sur la tête ou en se réfugiant dans la cave de leur maison. Mais rapidement Pompéi est ensevelie sous les pierres. Après les pierres, ce fut la cendre chaude. En quelques heures la ville est recouverte d'une épaisse couche de cendre, comme si c'était une abondante couche de neige noire. Plus de 30 000 personnes seraient mortes dans la destruction des villes de Pompéi, d'Herculanum et de Stabies. Selon les scientifiques modernes, les habitants de ces villes voisines du Vésuve n'auraient pas eu le temps de se protéger car ils n'auraient pas eu le temps de voir ce qui se passait ; ils auraient été saisis sur place dans les gestes qu'ils étaient en train d'accomplir par une chaleur immense avant que la couche de cendre ne vienne les pétrifier, les statufier.

Évidemment, je n'étais pas sur place et ce que je viens d'écrire au sujet de cet événement n'est qu'un immense raccourci. Les chaînes de télévision, même celles qui diffusent de l'information continue, n'étaient pas sur place pour nous montrer des images de la catastrophe, ni leurs correspondants pour nous en faire le récit sous l'effet de fortes doses d'adrénaline. Mais il y eut des témoins de cette fin du monde ; parmi eux, deux témoins qui sont passés à l'Histoire : Pline l'Ancien et son neveu Pline le Jeune.

Le premier, né à Côme en 23 et mort à Stabies en 79, est l'auteur d'une importante encyclopédie en 37 volumes, portant le titre d'Histoire naturelle. Il se trouvait à Misène lorsque l'éruption du Vésuve eut lieu ; avec son neveu qui voulut aller secourir un ami, il prit la mer en direction de Pompei, le 24 août. Il durent s'arrêter à Stabies. Il est mort asphyxié par des vapeurs de souffre en faisant des observations sur la plage et son corps a été découvert deux jours plus tard.



Quant à Pline le Jeune, né à Côme en 61, il est le neveu par sa mère de Pline l'Ancien qui l'adoptera. Il deviendra sénateur et haut fonctionnaire sous l'empire de Trajan. Sa correspondance avec l'empereur est une précieuse source de renseignements sur la vie de l'époque et tout particulièrement sur la vie politique et adminstrative. Son récit de l'éruption du Vésuve, qui a presque la précision des textes scientifiques, est le seul qui nous soit parvenu ; ce témoin privilégié n'avait que 17 ans au moment de la catastrophe.

Les portraits de l'oncle et du neveu sont en noir et blanc car à l'époque la photo numérique n'était même pas encore balbutiante. Toutefois, si vous souhaitez voir de très belles photos de Pompéi, je vous suggère d'aller voir chez Olivier de Montréal.

Pline le Jeune a entretenu une importante correspondance avec Trajan, mais aussi avec de nombreux autres épistoliers. Ses lettres sont un peu des prétextes à raconter les événements qui composent sa vie ou ceux dont on parle ; elles servent aussi à exprimer son opinion sur des sujets aussi divers que le bon emploi du temps, les diverses façon de trouver le bonheur ou la sérénité, l'amitié, la vie politique, le suicide, etc.

J'ouvre au hasard un recueil de lettres de Pline et je cite la première qui me tombe sous les yeux :

« Si moi-même, objet de vos éloges, je commence à vous louer, je crains de paraître non pas exprimer mon opinion, mais vous payer de retour. Mais, devrait-il en être ainsi, j'avoue tout net que vos écrits me semblent fort beaux, et plus encore ceux que vous avez composés pour moi. Cela tient à une seule et même raison : vous qui écrivez sur des amis, vous le faites fort bien, et moi qui lis ce qui est écrit en ma faveur, je le trouve fort bon. Adieu. » Lettre de Pline le Jeune à Augurinus (IX, 8).

Dans sa préface à la Correspondance de Pline le Jeune, traduites par Yves Hucher et publiées dans la collection « 10/18 » en 1966, Marcel Jouhandeau écrit ceci :

« À l'égard d'autrui, la conduite de Pline était sans relâche exemplaire. Deux mots reviennent à son esprit, comme un rappel à l'ordre qui l'honore : justitia et humanitas. Jamais il n'outrepassait ses droits et avait-il affaire à un ami, sa générosité n'avait pas de mesure. Il suffit de lire les lettres qu'il adresse à Tacite (VII, 20) pour juger de la tendresse qu'il apporte à ses affections. On sait quels services il a rendu à Suétone. Il faut entendre son langage passionné, à l'idée qu'Atilius Crescens pourrait perdre son procès : "Hun ego, non ut multi, sed artissime diligo." "La parfaite noblesse de son esprit ne saurait pardonner ni l'offense ni le préjudice et si par hasard il en allait autrement", écrit-il "j'estimerais que c'est à moi que vont l'outrage et le préjudice, et je ne les ressentirais pas seulement pour moi mais pour lui." Voilà un ami. Avec ses gens, affranchis ou esclaves, il portait le respect de la personne humaine à ses confins. Zosime, un de ses affranchis, est-il malade, il l'envoie se reposer chez un riche collègue, dont la villa est située dans un endroit particulièrement salubre et il le recommande en ces termes : "J'ai de longue date pour lui une inclination encore accrue du péril où il se trouve. Telle est notre nature. Rien n'excite et n'enflamme autant notre tendresse que la crainte de perdre qui nous aimons." S'agit-il de ses esclaves : "Je suis accablé, écrit-il, par leurs maladies, par leurs morts, surtout s'ils sont jeunes." À ces moments pénibles il les assiste et quand ils ont cessé de vivre il observe leurs dernières volontés avec cette seule restriction que "cela soit à l'intérieur de la maison". Les réflexions qui suivent sont touchantes : "en dépit, nous confie-t-il, de l'apaisement que me donnent ces consolations, je suis abattu et accablé par l'affliction même qui m'a dicté ces consolations".
« [...] À cette noblesse d'âme, les philosophes grecs, des sept sages aux Stoïciens, en passant par Socrate, ont préparé Pline... »


mardi 22 août 2006

« Maintenant, foutez-moi la paix ! »

« Autour de son cou, un petit foulard
que l'on peut suivant son sentiment
qualifier de douteux ou d'aristocratique »
(Philippe Delerm)

La première fois que j’ai rencontré Paul Léautaud c’était… à la télévision. Lui ne fit pas attention à moi car il était mort déjà depuis plusieurs années… Je dînais ce soir-là boulevard Arago avec un groupe d’amis dans l’appartement moderne et très confortable de cette amie qui tenait une boutique de fine maroquinerie, boulevard du Montparnasse. Nous étions toujours quatre ou cinq artistes bohèmes à nous retrouver tous les jours, en fin d’après-midi, dans cette boutique pour faire la conversation et tenir compagnie à Édith jusqu’à ce que vienne le temps de décider où nous irions manger : c’était parfois au café du Rond-Point, à l’angle du boulevard Raspail, parfois chez Rosalie, rue Campagne-Première, ou ailleurs si nous avions un peu plus d’argent. Il nous arrivait souvent d’aller ensemble faire des courses et de se retrouver soit chez André, soit chez Édith.

André habitait boulevard du Montparnasse, deux pièces très sombres au rez-de-chaussée, au fond d'une cour, qui devaient avoir été au préalable le garage et la chambre du chauffeur d'une famille qui habitait à l'étage. C'était loin d'être luxueux ou même confortable ; mais tout de suite, j'ai aimé ce décor. Je découvrais déjà ce que je n'avais encore connu que dans cette chanson d'Aznavour, La Bohème.

Quant à Édith, elle était très fière de son appartement, très joliment décoré et qui avait surtout l’avantage d’être bien chauffé. Comme nous étions au mois de janvier, nous avions accepté avec plaisir la proposition de manger chez elle ce soir-là. Nous avions acheté tout ce qu’il fallait et, chacun mettant la main à la pâte, nous avions cuisiné une paëlla dont j’ai encore le goût en bouche.

Le téléviseur alimentait la conversation pendant le dîner. Et c’est là que j’ai découvert cet être qui m’avait fasciné : Paul Léautaud.

Plus tard, j’ai habité avec quelqu’un qui avait lu tout ce qui avait été publié des écrits de Léautaud ainsi que tout ce qui s’était écrit à son sujet. J’ai commencé à lire son Journal, en plusieurs volumes. Depuis lors, Léautaud fait partie de mes fidèles amis.

Né à Paris le 18 janvier 1872, d’un père souffleur à la Comédie française et d’une compagne provisoire de son père. Sa mère l’abandonna cinq jour après sa naissance et il ne la reverra qu’à quelques reprises au cours de sa vie, entretenant envers elle des sentiments plutôt troubles.

Il vécut très modestement et consacra presque tous ses revenus à acheter de la nourriture pour les animaux de toutes sortes qu’il recueillait, surtout à partir du moment où il s’installa à Fontenay-aux-Roses.

Il est mort le mercredi 22 février 1956, à la Vallée-aux-Loups, dans cette « maison de jardinier » où Chateaubriand s’était installé en 1807 pour fuir les rugissements de Napoléon et qu’il dut revendre en 1816, la mort dans l’âme… mais c’est une autre histoire. En 1914, le docteur Henry Le Savoureux, racheta la maison et le jardin (et tous ces arbres qu'y avait plantés Chateaubriand...) qui, depuis 1816, avaient connu plusieurs autres propriétaires. Grand admirateur de Chateaubriand, le docteur Le Savoureux y installa une clinique pour une clientèle privilégiée, tout en y tenant un salon littéraire. C’est ainsi qu’il invita Léautaud à venir finir ses jours à sa clinique de Châtenay-Malabry. C'est après avoir accepté quelque chose à boire de la part d'une employée de la clinique qu'il s'est retourné dans son lit en lançant ces mots : « Et maintenant, foutez-moi la paix ! » Ce furent ses derniers mots, car quelques minutes plus tard, il était mort.

« Le Docteur Le Savoureux m'a expliqué il y a quelque temps qu'il est fort question d'exproprier une partie de la Vallée aux Loups pour l'établissement de je ne sais quelle ligne de tramway. Il cherche à parer à cette tuile en cherchant à faire classer la Vallée aux Loups comme lieu historique. Sa Société Chateaubriand, son Musée Chateaubriand, ses dîners auxquels il convie toutes sortes de gens plus ou moins notoires, et je crois bien jusque ses fonctions de conseiller municipal et ses générosités pour les écoles et patronages de l'endroit, tout cela doit être encore en vue de la réussite qu'il désire. Il connaît fort bien Chateaubriand, il a fait de la Vallée aux Loups une maison délicieuse, parfaitement restaurée, et son Musée est plein de choses intéressantes, remarquables, rares », écrivait Paul Léautaud dans son Journal littéraire, quelque deux ans avant sa mort.

« Misanthrope à la trogne voltairienne, d'une efficacité incisive dans son écriture, il fait le choix d'une existence retranchée, bien que toujours en contact avec les gens essentiels du microcosme littéraire (il compte parmi ses amis Guillaume Apollinaire, Paul Valéry et André Gide) », peut-on lire sur Wikipédia.

« J'ai toujours plus joui de mes chagrins que de mes bonheurs », écrit Léautaud dans ses Propos d'un jour.

« Je n'ai vécu que pour écrire. Je n'ai senti, vu, entendu les choses, les sentiments, les gens, que pour écrire. J'ai préféré cela au bonheur matériel, aux réputations faciles. J'y ai même souvent sacrifié mon plaisir du moment, mes plus secrets bonheurs et affections, même le bonheur de quelques êtres, devant le chagrin desquels je n'ai pas reculé, pour écrire ce qui me faisait plaisir à écrire. Je garde de tout cela un profond bonheur. » (Léautaud, Journal)


Dans Passe-temps, faisant le portait de madame Cantili, il précise :

« J'ai toujours aimé les êtres originaux, bizarres, chimériques, singuliers. Ils sont pour moi le sel de la vie, autant qu'en sont l'horreur les gens qui ressemblent à tout le monde. J'aime leur fantaisie, leur folie. Je les suis quand je les rencontre dans la rue, je cherche à me renseigner sur eux, je voudrais les connaître et les fréquenter, je n'ai que dégoût pour ceux qui se retournent et rient sur leur passage. Ils ont encore pour me plaire qu'ils sont souvent très bons, bien qu'étant toujours très pauvres. N'est-ce pas curieux, cet assemblage si fréquent de l'originalité et de la bonté, alors que les gens qui se ressemblent par milliers sont, dans leur médiocrité, en général si égoïstes et si malfaisants ? Je rattache encore cela à tout ce qui sépare des êtres qui sont libres d'autres qui ne sont que des esclaves. S'habiller à sa guise, agir et vivre de même, sans souci des sots qui s'étonnent ou qui se moquent, c'est encore, dans un petit domaine, le signe d'un esprit libre. »

Philippe Delerm a publié en 2006 un très bel hommage à Paul Léautaud, qui porte justement le titre de... Et maintenant, foutez-moi la paix !, mais qui est une délicieuse invitation à découvrir Léautaud ou à passer quelques heures en sa compagnie avant de se plonger dans ses écrits.