samedi 7 juillet 2007

Humeurs variées ou... monologue sans intérêt



Hier matin, je m'étais levé tôt car je devais rédiger un contrat pour un mandat que j'ai obtenu et pour lequel la représentante du client tient à ce que les conditions soient écrites et que nous puissions nous rencontrer pour signer ce contrat. Je voulais envoyer le contrat par courriel avant son arrivée au bureau ; ce fut fait. Si elle s'imagine que je vais lui rendre compte tous les jours du travail accompli, elle se trompe. Elle me rappelle l'un de mes amis qui, lorsqu'il a besoin de mes services pour écrire une lettre, par exemple, croit m'aider en restant derrière moi, regardant par-dessus mon épaule et m'arrêtant à chaque fois que je saute une virgule. Comme si Louis XIV avait vraiment été utile à Le Nôtre en lui signalant chaque brin d'herbe qu'il aurait pu oublier pendant qu'il concevait les jardins de Versailles. Certains anxieux ne voient que le brin d'herbe manquant pendant que l'on élabore des chefs-d'oeuvre...

Après cet envoi, je ne voulais pas entreprendre immédiatement de travail qui demande trop de concentration car j'attendais quelqu'un qui devait passer prendre des clés que j'avais accepté de remettre au nom de quelqu'un qui était absent. Je voyais le temps passer et je commençais à m'impatienter car la personne n'arrivait pas ; j'attendais en silence car je craignais de ne pas entendre le timbre de l'interphone si la musique jouait. Et quand il n'y a pas de musique, la perruche la réclame. Finalement, une après l'heure convenue, j'ai reçu un courriel de la jeune femme que j'attendais pour me dire qu'elle ne pourrait pas passer...

La veille, alors que j'étais absent, j'avais reçu un message de ma jeune conseillère financière ; il y aurait encore des délais avant que je puisse toucher l'argent que j'attends. Elle devait obtenir de moi d'autres signatures et, disait le message, elle avait laissé dans ma boîte aux lettres le formulaire qu'elle me demandait de signer et qu'elle viendrait elle-même chercher. Avant d'aller me coucher, je lui avais envoyé un courriel disant que j'avais signé le formulaire et que j'aurais le plaisir de le lui remettre en main propre. Je dois dire que, depuis quelques semaines, nous nous sommes parlé au téléphone à plusieurs reprises, mais je ne l'avais encore jamais rencontrée. Elle est passée plusieurs fois laisser des documents dans ma boîte aux lettres. Or, dans mon dernier courriel, je lui proposais de l'inviter au restaurant pour la remercier de tout ce qu'elle fait pour moi depuis des semaines sans que cela lui rapporte un sou. Elle m'a répondu qu'elle ne pouvait accepter mon invitation car elle devait assister à une conférence en début d'après-midi. Elle est toutefois venue chercher le formulaire signé et nous avons parlé durant près d'une heure, de mes projets, de voyages, de piscine, de l'Italie (sa mère est italienne), etc. Dans ma vie, je n'ai connu qu'un seul autre conseiller financier qui soit aussi disponible pour ses clients. Ça change du service impersonnel que l'on reçoit habituellement dans les banques.

Après avoir mangé (seul), je suis allé faire quelques courses. Me voyant arriver, la pharmacienne m'a simplement demandé si je voulais tel médicament, sans même me demander mon nom ou que j'aie à lui remettre quoi que ce soit ; deux minutes plus tard, mon ordonnance était prête. En passant à la caisse, je me suis rendu compte que mes médicaments ne me coûtaient pas un sou ; j'imagine que le laboratoire pharmaceutique avait fourni gratuitement un certain nombre de boîtes du médicament pour souligner le changement de couleur de l'emballage. Et cette pharmacienne, d'origine asiatique, se souvient de mon nom simplement parce qu'elle a déjà eu un patron qui portait le même nom que moi et qui était, semble-t-il, particulièrement désagréable.

Depuis quelques semaines, je sens une pression énorme sur mes épaules. Je devrais consacrer tout mon temps à l'élaboration de mon projet professionnel. Or, j'ai déjà des clients qui attendent et, avec tout ce que j'ai en tête en ce moment, j'ai du mal à travailler efficacement. J'ai toujours envie d'être ailleurs, de faire autre chose que ce que je dois faire. Je n'éprouve donc pas beaucoup de plaisir car, si je m'accorde une distraction, un plaisir dérobé, je me sens coupable de ne pas être en train de travailler. J'ai refusé des invitations à manger dans de bons restaurants parce que je sais que je ne serais pas détendu et agréable. Je sens que je suis en train de devenir un adulte, trop adulte, et je ne suis pas sûr d'en être heureux.



Et ce soir, je pense à un ami qui fête ses quarante ans dans un théâtre parisien ; j'aurais aimé être là, pas pour tout le monde qui doit y être, mais pour le plaisir de le voir, lui, entouré et heureux.

Pour me consoler ou pour noyer ma nostalgie dans le sirop musical, j'écoute en boucle depuis un bon moment, une bonne chanson country (que je n'ai pas trouvée sur Radioblog ni sur YouTube), interprétée par Loretta Lynn, Dolly Parton et (diminuez un peu le volume) Tammy Wynette.

Maison natale de Loretta Lynn


7 commentaires:

Brigetoun a dit…

la pession, la sensation en faisant quelque chose qu'il y a autre chose qui est sans doute plus urgent, et puis telle autre, que je suis contente de ne plus connaître cela !
mais me semble que quand vous avez pu rencontrer des humains ils étaient de bonne ualité, non ?

Anonyme a dit…

Il est loin d'être sans intérêt ton monologue. Au contraire, je trouve que partager, un peu, le quotidien et les humeurs des gens qu'on apprécie (et nous, lecteurs, si nous te lisons régulièrement, c'est que nous t'apprécions !) ça vous les rend plus proches. Et puis on se sent aussi moins seul face à nos propres soucis et notre propre quotidien qui ne sont pas toujours, hélas, des plus réjouissants.

Beo a dit…

Ce n'est pas très agréable d'être à la merci de tout un chacun pour son emploi du temps, surtout si ça te coupe de tes petits plaisirs d'une journée!

C'est agréable de te lire avec les 2 extraits musicaux ;)

Allez; bon dimanche!

Les Pitous a dit…

Je suis surpris : je te pensais consciencieux à la virgule près!

Alcib a dit…

Brigetoun, je crois que la pression actuelle sera de courte durée. C,est que les mandats sont arrivés trop tôt, au moment où j'étais déjà occupé à me réorganiser. C'est toute une façon de vivre que je suis en train de revoir.
En effet, j'ai eu la chance et le bonheur de rencontrer énormément de personnes de qualité dans ma vie. Au départ, j'accorde le bénéfice du doute à chacun, je crois que tout le monde est intelligent, jusqu'à preuve du contraire. Et je ne perds pas trop de temps avec ceux qui ne le sont pas ; je passe au suivant...

Vincent, je te remercie de ce commentaire généreux. Je me demande souvent si mon quotidien mérite que je le note ici, mais c'est vrai que j'aime bien lire ailleurs celui des autres.

Béo : je peux comprendre qu'un client ou un fournisseur soit un peu en retard parce que je peux comprendre son point de vue. Mais que quelqu'un que je ne connais pas, à qui j'accepte de rendre service, me fasse attendre inutilement, là j'apprécie un peu moins.

Précision : la chanson de Tammy Wynette n'avait rien à voir avec moi ou avec mon état d'âme, sinon que j'ai souvent entendu cette chanson ; elle n'était là que pour montrer qui est Tammy Wynette. Je ne me reconnais pas dans le rôle de cette femme décrite dans la chanson ;o)

Pitous G., je savais bien que cette histoire de virgule viendrait me hanter pour le reste de mes jours. Et c'est bien pour cela, sans doute, que j'ai intitulé ce billet « Humeurs variées ou... monologue sans intérêt » ; je sentais bien que je manquais un peu de rigueur dans ce paragraphe surtout en laissant entendre que je pouvais négliger la place d'une virgule dans un texte. Mais j'écrivais un billet sur des humeurs et non pas sur les règles de composition d'un texte. Je voulais simplement dire qu'au moment où je conçois le texte, où je rédige une ébauche, les fautes de frappe n'ont aucune importance ; ce qui compte, c'est de ne pas perdre les idées de génie qui me viennent (c'est le 10 % d'inspiration) ; il sera toujours temps de transpirer ensuite sur la mise en forme. Et quand cet ami m'arrête en plein élan créateur pour signaler une faute de frappe, c'est lui que je devrais frapper car toute entrave au processus créateur est un crime ;o))

Les Pitous a dit…

Alcib, c'était juste une boutade, tu sais ;)

Alcib a dit…

Cher Pitou, je sais bien que c'était une boutade, mais ça m'agaçait de voir que j'avais laissé cette impression qu'une virgule est un détail négligeable dans un texte. Certaines personnes, dont cet ami, ne semblent pas distinguer les diverses étapes de l'élaboration d'un texte ou la de la construction d'une maison. Ils ont en tête la couleur lavande de leur future chambre mais ils oublient qu'avant de peindre les murs en lavande il faut monter la charpente...
Pour un Mozart qui semble improviser ses chefs-d'oeuvre, combien y a-t-il de Johannes Brahms qui mettent 40 ans à composer leur première symphonie ?