jeudi 31 janvier 2008

Champagne !


Aimez-vous le champagne ? Si oui, vous avez bien raison ! On l'apprécie pour ses bulles, sa légèreté, pour l'ivresse raffinée qu'il promet, pour la volupté qu'on lui connaît, etc. On doit maintenant le boire aussi pour les effets bénéfiques qu'il a sur la santé.

Le numéro 731, janvier 2008, du magazine Science et Avenir présente un article intéressant sur le champagne. On y apprend que le vin que l'on appelait autrefois le « nectar des rois » possède notamment d'excellentes propriétés anti-inflammatoires en raison de sa teneur en polyphénols.

De plus, grâce à l'acide phénolique qu'il contient, le champagne est un excellent antioxydant qui protège les cellules des dommages causés par les radicaux libres et empêche le vieillisement du cerveau.

Alors que la consommation de vin blanc provoque généralement le sommeil, le champagne « entraîne une augmentation significative de la sécrétion de dopamine, un neuro transmetteur stimulateur impliqué dans les comportements d'éveil, de découverte et de vigilance. »

Et le champagne rosé serait encore meilleur pour la santé. Le resvératrol qu'il contient possède en effet des propriétés anticancer, anti-Alzheimer, antidiabète et antivieillissement.

Si vous n'avez plus de champagne à portée de la main, courez donc en acheter. Puis, après avoir bu quelques gorgées, écrivez vite à votre ministre de la santé pour demander que le champagne soit inscrit sur la liste des médicaments remboursés.

Mais attention ! La légèreté du champagne est trompeuse : ses bulles augmentent rapidement l'ivresse. « La présence de bulles de dioxyde de carbone dans le Champagne augmente significativement le taux d'alcool dans le sang. »

Wikipédia est une source intéressante pour en savoir plus sur le champagne. Je vous suggère aussi cet article de Philippe Margot, pour mieux comprendre le champagne.

samedi 26 janvier 2008

Consentement

« Personne ne peut réussir
à vous faire sentir inférieur
sans votre consentement. »


Eleanor Roosevelt



Ajout : Comme le souligne Dr Caso en commentaire, j'avais déjà publié cette citation le 7 février 2006 ; elle avait suscité de nombreux commentaires. Si vous êtes curieux de voir à quel point une simple phrase peut susciter des réflexions et des discussions, vous pouvez lire les commentaires en cliquant ici.

vendredi 25 janvier 2008

"Red Bull Crashed Ice"

"Red Bull Crashed Ice", tel est le nom de la compétition de patinage de vitesse qui aura lieu demain à Québec, dans le cadre des festivités du 400e anniversaire de fondation de la très francophone Capitale nationale du seul État francophone d'Amérique du Nord. Cette compétition sera suivie du spectacle du groupe canadien Three Days Grace, qui sera donné au parc de la... Francophonie. Rappelons que la fameuse boisson Red Bull est interdite dans plusieurs pays dont la France, le Danemark et la Norvège pour le risque cardio-vasculaire que sa consommation pourrait induire, alors qu'au Canada, elle est en vente libre puisque le gouvernement canadien l'a classée en 2005 parmi les « produits de santé naturels » (rien de moins !). Dans le même esprit, ça m'étonne qu'un vendeur de cocaïne ne commandite pas l'un des événements. L'entreprise qui diffuse la boisson énergisante Taureau rouge est installée à Fuschl am See, un petit village autrichien situé à vingt kilomètres de Salzbourg et réalise un chiffre d'affaires annuel de plus de 1,5 milliard d'euros. Elle n'a pas jugé utile de trouver un nom français pour cette compétition organisée à Québec dans le cadre des célébrations du 400e anniversaire. Les organisateurs de la fête ont-ils seulement pensé à le demander ? Peut-être se sont-ils dit, même en ignorant le nom de Musset qui a écrit ces mots : « Aimer est le grand point, qu'importe la maîtresse ? Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ? »

Je n'ai pas vu le programme officiel, mais on a écrit dans les journaux que ce programme officiel ne contient aucune fleur de lys, emblème officiel du Québec. En revanche, les feuilles d'érable du principal commanditaire, le gouvernement du Canada, y foisonnent, semble-t-il. Voilà bien un autre scandale : que le Canada ait la main-mise sur les célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec. Tout ne semble pas baigner dans l'huile dans l'organisation de ces célébrations. Les « démissions » des organisateurs tombent les unes après les autres. Quelqu'un saura-t-il prendre les choses en main pour éviter, maintenant qu'on a commencé à braquer les projecteurs, que la Capitale nationale du Québec ne soit perçue, pour ses capacités d'organisation, pour un un village de province. Il semble loin déjà le temps où Jean-Paul L'Allier savait faire honneur à la Ville et à l'État du Québec ; il n'aurait certes pas accepté le chantage de la jovialiste ministre du Patrimoine canadien et de la Condition féminine et ministre des Langues officielles qui, lorsque l'armée du Canada a décidé de réduire la présence du français dans ses rangs, n'a rien trouvé de mieux à dire qu'elle n'y voyait rien de mal.

La langue française perd du terrain à Montréal et la Ville de Québec, par ailleurs Capitale nationale du Québec, me semble peu consciente du rôle qu'elle devrait jouer dans la défense de la langue, de la culture, de l'identité québécoise.

Dans le même ordre, on a appris aujourd'hui que la très Canadian Société des Postes a fait imprimer des calendriers qui devaient être distribués à tous ses employés. Or, ce calendrier souligne divers événements et fêtes, comme la Journée de la Terre, le Yom Kippour, le Ramadam, mais pas la Saint-Jean, fête officielle des Québécois et des francophones. Maintenant que tout le monde s'est indigné au Québec, les responsables présentent des excuses en disant qu'il s'agit d'un « oubli inacceptable ». On sait à quel point cette fête nationale des Québécois indispose le Canada qui n'arrive pas à obtenir le même succès, une semaine plus tard, pour ses propres célébrations au Québec. Tout le monde sait très bien, cependant (sauf les fédéralistes de mauvaise foi), que lorsqu'il s'agit des Québécois ou des francophones au Canada, les « oublis » viennent souvent. L'esprit de Lord Durham n'est jamais loin...

mercredi 23 janvier 2008

Ce garçon a deux pères...

...et il semble s'en porter très bien, merci.




Grâce à Pitou G, du Mont de Pitous, j'ai découvert cette touchante vidéo.

Un jeune garçon - il doit avoir dix ou onze ans - y raconte en chanson qu'il a deux pères. C'est en néerlandais, mais il y a des sous-titres anglais.

En quelques mots, ce garçon, Terrence, raconte que Bas et Diederick l'ont adopté alors qu'il avait un an, qu'ils habitent une maison joliment aménagée et qu'ils mènent une vie très agréable. L'un de ses parents travaille dans un journal et l'autre dans un laboratoire. Jusqu'à ce jour, Terrence est fils unique mais il ne s'en plaint pas car il obtient ainsi toute l'attention et tout l'amour de ses deux parents. Bas le conduit à l'école et il fait du violon avec Diederick ; tous les trois, ils regardent ensemble les feuilletons à la télé. Parfois accommodants, parfois sévères, ses deux parents peuvent très bien, au besoin, devenir deux mères. Quand il est malade ou qu'il a de la fièvre, il n'y a personne qui soit plus attentif que Diederick et Bas. Il lui arrive de se faire harceler à l'école par ses camarades qui n'aiment pas que ses parents soient homosexuels mais Terrence s'en fiche car il est leur fils.

Ce n'est pas de la grande musique, mais je crois qu'il s'agit là d'un événement que l'on ne voit pas souvent. Qu'un garçon soit en train de chanter à la télévision que ses parents sont homosexuels mais qu'il les aime et qu'il mène avec eux une vie tout à fait normale, c'est très prometteur. Je ne sais pas si le même garçon aura envie, dans trois ou quatre ans, de chanter si ouvertement que ses deux parents sont du même sexe, mais peut-être bien que oui car il sera déjà prémuni contre la bêtise des intolérants et des homophobes. À quant une telle chanson à la télévision au Québec ?

Bonne nouvelle : La Cour Européenne des Droits de l'Homme « a condamné la France pour violation de l'article 14 (interdiction de la discrimination), dans une affaire portant sur le refus des autorités françaises de faire droit à une demande d'adoption. Dans son arrêt, la Cour a notamment estimé que l'homosexualité de la requérante avait eu un caractère décisif sur l’appréciation de sa demande d'adoption. »
Je ne sais plus quelle ministre du gouvernement Sarkozy a plus ou moins demandé à la Cour Européenne des Droits de l'Homme de se mêler de ce qui la regarde. Ça promet !

Moins bonne nouvelle : À Cambrai, deux jeunes hommes, 18 et 26 ans, ont été arrêtés en rapport avec le meurtre d'un homme d'une soixantaine d'années, mortellement frappé à coups de poings et de pieds portés à la tête dans un parc connu pour être un lieu de rencontres d'homosexuels. Son corps, partiellement dévêtu, a été retrouvé dimanche dernier par des joggers. La raison du meurtre : on le croyait homosexuel. Excellent motif, vous ne trouvez pas ? Pour plus de détails.

mardi 22 janvier 2008

En souvenir de Brokeback Mountain

L'un des deux acteurs principaux du film Brokeback Mountain, Heath Ledger, a été retrouvé mort dans son domicile de New York. Le décès pourrait être lié à la prise de stupéfiants, selon la police. Il n'avait que 28 ans. Quelle tristesse !

La fiancée du président

On voit tout de suite qu'il fait plus chaud en Espagne qu'au Québec. Alors que, chez moi, dans un appartement où le thermomètre indique tout de même 23 degrés Celsius, je suis habillé comme un Esquimau afin de combattre un coup de froid qui me paralyse depuis plusieurs jours, la Carla du président français pose pour le journal espagnol El Pais, vêtue d'une paire de bottes et d'une... alliance. C'est vrai que pour un bon nombre de personnes, une alliance, ça tient chaud.


Si le sujet photographié vous intéresse vraiment, vous trouverez ici une vidéo et ici un article de Libération.

P.-S. (pour post-scriptum, et non pour Parti Socialiste, on l'aura bien compris) : Vous aurez remarqué que j'ai une certaine suite dans les idées dans la publication de mes billets. Hier je parlais de drapeau ; aujourd'hui, de peau sans drap. L'actualité indienne me fera-t-elle parler bientôt de peau cendrée ? Bourvil et Maurice Chevalier, inspirés de Francis Lemarque, auraient sûrement le même commentaire chanté : Dans la vie, faut peau sans fer ...

lundi 21 janvier 2008

Symboles


Le 21 janvier 1948, le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, surprit tout le monde, y compris les députés de l'Assemblée Nationale (qui s'appelait encore l'« Assemblée législative »), en annonçant un peu avant quinze heures qu'au moment même où il parlait le drapeau du Québec était hissé sur la tour du Parlement du Québec. Le drapeau avait été adopté par décret ministériel avant tout débat officiel sur la proposition du député indépendant René Chaloult de doter le Québec d'un drapeau marquant le caractère distinct du Québec.

Jusqu'alors, le seul drapeau officiel était celui que le Canada avait choisi, marquant bien sa soumission à l'Empire britannique. Il aura fallu attendre 1965 pour que le Canada se dote de son propre drapeau où seul le rouge indique encore son appartenance à la couronne britannique.


Le drapeau étant l'un des plus importants symboles qu'utilisent les peuples pour affirmer leur identité, il n'est pas étonnant que le Québec ait su dès 1948 adopter son propre drapeau et ses propres couleurs.

Il y a 60 ans, les Québécois se sont donné un drapeau exprimant leur identité. Espérons qu'il ne faudra pas attendre encore 60 ans pour qu'ils se donnent enfin le pays qui représente cette identité, et la langue, la culture et les valeurs qui l'expriment.

Note : Symbole de l'absurde réalité politique actuelle ? Sur Wikipédia, l'image représentant le drapeau du Québec porte le très doux nom de « Flag of Quebec ».

dimanche 20 janvier 2008

Procès d'animaux

Les animaux et la justice
Texte de Remy de Gourmont
17 mars 1914

Dans la pratique de jadis qui condamnait à mort selon toutes les formes de justice, et on sait si elles étaient compliquées, un animal coupable de mort d'homme, qui, d'autres fois, les citait en justice pour des méfaits contre la propriété, on n'a longtemps vu qu'une preuve d'ignorance ou de bêtise. J'ai eu récemment la surprise de découvrir qu'il y a cependant des gens sérieux d'une autre opinion et qui considèrent au contraire ces vieux procès d'animaux comme une preuve de respect envers l'animalité, comme la reconnaissance de leur droit à l'existence. Mais tout cela pouvant n'être pas très bien connu de beaucoup de lecteurs, j'exposerai quelques faits, tels qu'ils ont été recueillis par Desmaze et aussi par le docteur Cabanès, dans la cinquième série de ses « Indiscrétions de l'histoire ». Je les trouve d'ailleurs résumés dans la revue bien connue qu'il dirige, la « Chronique médicale », et commentés par le docteur Bon, qui a heureusement cherché à comprendre, au lieu de se moquer, ce qui est toujours facile. Le plus ancien jugement porté contre un animal remonte à l'an 1094 ; le dernier fut prononcé par le tribunal révolutionnaire, le 17 novembre 1793. Cette pratique ne s'étend donc pas sur moins de sept siècles exactement. En 1094, c'est un pourceau qui, pour avoir dévoré l'enfant de Jehan Lenfant, vacher, près de Clermont, est condamné à être pendu et étranglé. Le jugement de 1793 condamne à mort, en même temps qu'un invalide, son maître, un chien dressé à aboyer contre les uniformes de la garde nationale. On a tort d'ailleurs de rendre le moyen âge responsable de cette pratique, attendu qu'elle est beaucoup plus ancienne. Les lois de Solon contiennent un article punissant de mort l'animal qui a tué ou blessé grièvement un homme. Il en était de même chez les anciens Perses et de même encore chez les Juifs, comme on voit au chapitre de l'Exode : « Si un bœuf frappe de sa corne un homme ou une femme et que la victime meure, le bœuf sera lapidé et l'on ne mangera pas sa chair. »

S'en suivent toutes sortes de distinctions selon les cas où le bœuf naturellement doux est devenu tout à coup furieux et les cas où le bœuf était déjà connu par son maître pour être un animal difficile, connaissance qui engage la responsabilité du propriétaire. La loi mosaïque ne punit l'animal que lorsqu'il ne peut y avoir d'homme responsable. C'est assez bien le principe qui présidera aux jugements contre les animaux méchants durant tout le moyen âge. La pratique en était si bien reconnue qu'elle est enregistrée et discutée dans les traités de jurisconsultes tels que Guy, Pape et Jean Duret. Ils déclarent, et personne ne le trouvera déraisonnable, que les pourceaux qui tuent des enfants doivent être punis de mort. Cela donnait à l'opinion publique une satisfaction incontestable et cela mettait le propriétaire d'un animal dangereux hors d'état de s'opposer à une exécution jugée nécessaire. En examinant ces jugements du côté pratique, et en faisant abstraction de ce qu'ils peuvent contenir de comique, on ne peut que les approuver. Ce sont les cochons, alors élevés en grand nombre et en liberté, qui passèrent le plus souvent en jugement pour leurs méfaits. En 1266, par ordre des officiers de justice, « un porcel » est ars ou brûlé à Fontenay-aux-Roses pour avoir mangé un enfant. Un siècle plus tard, on voit un juge de Falaise condamner une truie qui avait mutilé et tué un enfant à être mutilée, puis pendue.

Quelques années après, à Dijon, c'est la justice ecclésiastique de l'abbaye de Flavigny qui décrète qu'un cheval qui avait occis un homme serait remis au bras séculier pour que justice soit faite contre la bête homicide. En 1457, une truie qui, aidée de six petits cochons, « avait commis et perpétré meurtre et homicide en la personne de Jehan Martin, en âge de cinq ans, fils de Jehan Martin, fut condamnée par le juge seigneurial de Savigny à être mise à justice et au dernier supplice et être pendue par les pieds de derrière à un arbre ». Même sorte de procès intenté à un porc, près de Chartres. Cette fois, signification du jugement est faite audit porc dans sa prison, ce qui est probablement une facétie. Dans tous ces cas, il s'agit d'animaux domestiques commettant un dommage envers des individus et que la justice pouvait aisément atteindre. « Mais, dit le docteur Henri Bon, des procès en règle étaient aussi instruits contre des animaux divers, tels que rats, vers, insectes, qui causaient du tort à la collectivité. Et dans ce cas, il arrivait parfois que le bras séculier, soit qu'il se reconnût impuissant à agir efficacement, soit qu'il estimât qu'il s'agissait d'animaux non soumis à l'homme et pouvant être considérés comme relevant de Dieu même, leur créateur, faisait appel, par l'intermédiaire du clergé, à l'assistance divine. » Cette manière de raisonner peut sembler enfantine, mais elle ne manque pas d'une certaine logique. Il est parfaitement permis, surtout au premier abord, de trouver ridicule cette intervention de la justice dans une invasion de sauterelles, mais il faut se souvenir que c'est à peu près le seul moyen d'obtenir l'exécution d'une décision prise dans l'intérêt de tous. L'autorité administrative n'avait guère que des pouvoirs fiscaux et redevenait à peu près nulle, quand elle avait fait rentrer les impôts. Seule la justice, tant civile qu'ecclésiastique, était assez bien organisée pour obtenir l'exécution de ses sentences ; mais pour qu'une sentence pût être organisée, il fallait qu'elle fût rendue dans les formes. Jamais la justice ne fut si pointilleuse. Il fallait assignation, comparution (il fallait bien s'en passer quelquefois), jugement, signification et d'autres formalités encore. Des bêtes incriminées pouvaient de plus faire opposition et on leur commettait un homme de loi chargé d'exprimer leur volonté. On leur avait d'abord désigné un avocat. Il y eut de ces procès menés avec un respect des formes absolu. Maintenant, qui saura jamais si tous les acteurs judiciaires d'un tel procès furent également sérieux ? Je suppose que plus d'une fois il se rencontra un huissier facétieux, un avocat décidé à bien s'amuser. Les gens n'étaient pas plus bêtes qu'aujourd'hui. S'il y avait quelques naïfs dans ces affaires, il y avait certainement aussi des moqueurs qui trouvaient là une occasion de railler sans danger une justice trop solennelle. Mais si on ne veut voir en tout cela qu'un immense spectacle de crédulité et de naïveté, est-ce bien à nous de railler, nous qui avons vu se dérouler, pendant dix ans et plus, des procès reposant sur des impostures, des mensonges, des fantômes ? Et puis, peut-on jamais blâmer les gens de se servir contre un fléau des moyens qu'ils croient utiles ? La moindre croyance, la moindre superstition, tient à un ensemble de doctrines dont, à un moment donné, les hommes sont investis. On croit toujours que les gens agissent volontairement. Du tout. Ils sont menés par quelque chose de plus fort qu'eux-mêmes, les idées de leur milieu, les idées de leur époque.

REMY DE GOURMONT

jeudi 17 janvier 2008

Exercice de lecture

Un ami m'envoie ce texte et me demande de vérifier si je peux le lire. J'ai lu le texte entier, presque sans hésitation. Et vous ?

is vuos pvueoz lrie ccei, vuos aevz asusi nu dôrle de cvreeau.

puveoz-vuos lrie ceci? Seleuemnt 55 porsnenes sur cnet en snot cpalabes. Je n'en cyoaris pas mes yuex que je sios cabaple de crpomendre ce que je liasis. Le povuoir phoémanénl du crveeau huamin.
Soeln une rcheerche fiat à l'Unievristé de Cmabridge, l'odrre des lrettes n'a pas d'iromtpance ; la suele cohse imotprante, c'est que la priremère et la derènire letrte du mot siot à la bnone
palce.
La raoisn en est que le ceverau hmauin ne lit pas les mtos par letrte mias ptuôlt cmome un tuot. Étonannt n'est-ce pas? Et moi qui ai tujoours psneé que de svaoir élpeer éatit ipomratnt ! Si vuos poevuz le lrie, smuottez vos aims à cette épuerve.

mardi 15 janvier 2008

Petit déjeuner

À peu près tout le monde, du moins dans nos sociétés privilégiées, s'entend sur le fait qu'il faut manger le midi et le soir. Tout le monde ne s'entend pas, cependant, sur l'importance du petit déjeuner. Je connais des gens qui ne prennent absolument rien le matin, si ce n'est un café. Certains ne sortiront même pas du lit avant d'avoir fumé au moins une cigarette alors qu'ils se passeront du café et plus encore de nourriture solide. D'autres attendront d'arriver au travail pour prendre leur premier café.


Certains prendront le temps de manger une tranche de pain grillé, un croissant ou quelqu'autre produit céréalier avant de sortir de la maison. D'autres s'arrêteront en route vers le travail ou attendront la pause de l'avant-midi pour aller prendre un café, accompagné parfois d'une viennoiserie. Cela ressemble un peu à ce que je connais du petit déjeuner français : pain ou croissant, beurre et confiture, café au lait...


Les Anglais ont un petit déjeuner plus substantiel, plus riche en protéines mais aussi en matières grasses. On y ajoutera parfois du boudin, des pommes de terre...


Je suis de ceux pour qui le petit déjeuner est très important. Je n'entreprends rien, le matin, avant d'avoir pris mon petit déjeuner. Je ne répondrai même pas au téléphone si un jour je me fais réveiller par la sonnerie de l'appareil parce que je me suis levé tard ou parce que mon numéro est dans le carnet d'un lève-tôt. Je n'ai pas de mérite. Au réveil, j'ai faim, peu importe ce que j'aurai mangé la veille et l'heure à laquelle je me serai couché. J'ai besoin de d'absorber des protéines ainsi que du thé ou du café. Je ne serais pas trop malheureux, si j'étais en voyage, de tomber sur une table comme celle-ci :


Elle contient des fruits, que j'ai tendance à négliger le matin parce que je préfère du salé, mais s'il y en avait sur la table, j'en mangerais sûrement. Je trouverais sans doute un pain qui me convienne dans l'assortiment offert. J'aime beaucoup le fromage et c'est un des aliments importants pour avoir de l'énergie jusqu'au repas suivant. J'évite les charcuteries parce qu'elles contiennent beaucoup de gras et de sel mais je pourrais manger un peu de jambon. J'évite évidemment les confitures parce que trop sucrées mais j'aime bien le yaourt avec des fruits, que je mange plutôt en dessert plus tard dans la journée, normalement.

En voyage, j'essaie de m'adapter, mais je ne saurais me passer longtemps de fromage le matin. Quand je passais un mois chez mon ami André, à Paris, il achetait pour moi du yaourt nature et du fromage spécialement pour mon petit déjeuner. Chez moi, cependant, la composition de mon petit déjeuner n'a pas tellement varié depuis des années.

Dès le réveil, je me dirige vers la cuisine. Je bois deux grands verre d'eau fraîche et je fais bouillir l'eau pour préparer le thé. Je fais infuser du thé noir, en feuilles, dans un litre d'eau bouillante. Pendant ce temps-là, je fais griller un très bon pain fait de plusieurs céréales, qui contient notamment des graines de lin et des graines de tournesol. Je prépare quelques tranches de fromage ; ce peut-être du cheddar (la conquête anglaise fait que le cheddar est le fromage le plus répandu au Québec), mais ce peut aussi être de l'emmenthal ou encore de la ricotta. J'accompagne tout cela de tranches de tomates ou, ces jours-ci, de tomates en boîte, sur lesquelles je verse un filet d'huile d'olive. J'ajoute un peu de basilic et, très souvent, des gousses d'ail tranchées. Depuis quelques semaines, j'ajoute à cela quelques amandes naturelles.

Ce moment du petit déjeuner est le plus important moment de la journée. Non seulement je donne à mon corps l'énergie dont il aura besoin pour travailler toute la journée, mais c'est aussi du temps précieux que je me réserve. C'est pour moi le meilleur moment pour lire, réfléchir, écrire, planifier, rêver... Le temps que je consacre au petit déjeuner dure au moins une heure ; et cela, c'est quand je suis pressé.

On ne le dira jamais assez : le petit déjeuner est le plus important repas de la journée. De nombreuses études ont démontré que le petit déjeuner ne fait pas que stimuler l'énergie en début de journée ; il contribue aussi à maintenir la santé cardiovasculaire. Et ces recherches démontrent que l'on peut maximiser les bienfaits du petit déjeuner en mangeant le plus tôt possible le matin et en choisissant des aliments sains.


Je pourrais sauter le repas du midi ou celui du soir, mais vous ne me ferez jamais sauter le petit déjeuner. N'essayez pas de m'appeler le matin pour tenter de me faire oublier le petit déjeuner : je ne vous répondrai même pas.

C'était le sujet de la rédaction du mois. Sur le même sujet du petit déjeuner, allez lire ce que vous ont préparé les autres blogueurs qui ont participé ce mois-ci : Laurent, Bergere, Bertrand, JvH, Jean-Marc, Lady Iphigenia, Julien, Chantal, Hibiscus, Bluelulie, Anne, Hpy, Joël, Looange, Jo Ann v, V à l'Ouest, Marie, William, Catie, Nanou, Isabelle, Lelynx, Cecfrombelgium, Gally, Froggie, La Nymphette, Julie70.

P.-S. 1 : En raison d'un horaire très chargé aujourd'hui, j'ai pris l'initiative de publier un peu avant l'heure ce billet. Une autre solution aurait été de me coucher très tôt et de me lever avant six heures pour pouvoir respecter la consigne ou encore, ce qu'il m'est arrivé de faire à quelques reprises, d'attendre six heures pour publier le billet avant d'aller dormir mais ni l'une ni l'autre solution n'était possible. À ce que je sache, Blogger ne permet la publication automatique à l'heure choisie d'avance.

P.-S. 2 : Ce sera ma dernière participation à la rédaction du mois.

P.-S. 3 : Les photos ne sont pas de moi ; je les ai empruntées à divers sites Web. J'aurais bien aimé vous mettre une photo personnelle de mon petit déjeuner, mais il y avait trop de papiers sur la table pour que la photo soit appétissante.


lundi 7 janvier 2008

Il silenzio

Bonsoir mon amour
Aujourd'hui je ne t'ai pas écrit
Pardonne-moi
J'ai trop de peine...

Où vont donc toutes ces lettres d'amour que l'on n'a pas écrites ?
Retombent-elles dans le coeur, comme toutes les larmes qui n'ont pas été versées ?
Si c'est le cas, il y a de quoi l'alourdir ! (Je ne sais pourquoi, je pense à Cavafy, dont je n'ai rien lu depuis si longtemps).

Aux larmes retenues, faudrait-il préférer celles qui, selon Chateaubriand, « coulaient de leurs yeux jusqu'aux lèvres » ? (Les Natchez).

Oui, oui, croyez-moi, j'assume totalement la part de Dalida en moi...

samedi 5 janvier 2008

Désenchantée

Cette cabane, que j'ai déjà utilisée en novembre 2005, représente
ma vie intérieure plutôt que l'appartement que j'habite


En vérifiant les statistiques de fréquentation de ce blogue, j'ai constaté que le plus récent lecteur, de Marseille, était arrivé chez moi en effectuant une recherche sur un titre de Montherlant, titre que j'avais donné à mon billet du 21 janvier 2006 : Mais aimons-nous ceux que nous aimons ? Par curiosité, je suis allé relire ce billet et, surtout, les commentaires qu'ils ont suscités. J'ai longuement répondu à l'un de ces commentaires et, dans cette longue réponse je disais, entre autres, ceci que je pourrais encore écrire aujourd'hui.
J'avais un peu, ces dernières années, perdu le fil qui me liait à un certain nombre de choses que j'aimais : des livres, des musiques... Je me suis perdu de vue et j'en ai souffert. J'essaie, depuis quelques semaines, de renouer ce fil, ou tout au moins de retrouver la curiosité, le désir, le plaisir de la lecture, de l'écriture... J'ai l'impression d'avancer à tâtons dans une grande maison que j'ai déjà habitée, où j'ai déjà été heureux, mais une maison qui a été désertée depuis quelques années, d'où la lumière et l'air frais sont absents depuis trop longtemps ; j'avance en repoussant les toiles d'araignées, en me demandant si j'aime encore ce que j'ai aimé, si j'aimerais retrouver tous ces trésors... Et je me demande parfois si ces toiles d'araignées ne sont pas plutôt dans ma tête...
Cette maison désertée, je l'habite toujours, cependant, car c'est la seule que j'aie. La lumière, la musique, l'esprit, l'amour, la tendresse, bien d'autres fées et bien d'autres anges, s'en sont éloignés et cette maison a perdu son âme. Je n'y cohabite pas avec des fantômes : le fantôme, c'est moi.

mercredi 2 janvier 2008

Bonne année 2008

Je vous souhaite une bonne année,
sous le signe de la paix, de la santé,
de la sérénité, de la joie et de l'amour.

Puissiez-vous conserver votre âme d'enfant
et vous émerveiller à tout moment.

Puissiez-vous vivre au présent
tout en souriant à l'avenir.

Bonne année 2008 !

dimanche 9 décembre 2007

Cervelles d'oiseau

« Rien n'est plus vivant qu'un souvenir »
Federico Garcia Lorca



Ma perruche aime beaucoup cette chanson, qu'elle écoute à l'occasion. Elle est interprétée ici par Nana Mouskouri et Mercedes Sosa. Bien qu'elle ait l'oreille musicale, je ne crois pas que la perruche comprenne l'espagnol ; je pense plutôt que ce qui lui plaît dans cette chanson, c'est son rythme... Quant à moi, cette chanson évoque le souvenir d'un garçon que j'ai beaucoup aimé et qui était devenu comme un jeune frère que j'aurais choisi...

Je l'avais dragué toute la soirée et, toute la soirée, il n'avait cessé de me fuir. Je fus donc surpris quand au moment de rentrer chez moi, il s'approcha pour demander si j'avais du feu. Je crois que j'avais sur moi des allumettes que je lui tendis. Il alluma sa cigarette et continua de marcher à côté de moi sans rien dire. Il était tard et nous étions seuls ; je lui dis que, puisque nous semblions aller dans la même direction, aussi bien faire la conversation en marchant. Il me répondit que les Québécois n'aimaient pas trop parler aux étrangers qui ne parlent pas bien français. Je lui répondis que je n'étais pas « les Québécois » et que je ne savais pas qu'il ne parlait pas bien français puisque je n'avais entendu de sa bouche que les quelques mots qu'il avait prononcés pour me demander si j'avais du feu.

Il était chilien et avait interrompu ses études à Santiago pour venir au Québec. Sa connaissance du français n'était pas parfaite ; s'il avait du mal à terminer sa phrase, je lui demandais de le dire en espagnol ; nous parvenions très bien à nous comprendre. Je ne me souviens plus de la conversation que nous avons eue ensuite, mais elle était assez intéressante pour que je le raccompagne devant la porte de son appartement avant de rentrer chez moi.

Le lendemain, en fin de soirée, je le vis arriver dans le bar que je fréquentais tous les soirs depuis quelques mois. J'avais dû lui dire, en le raccompagnant, que je fréquentais ce bar ; et je crois me souvenir qu'il y allait assez souvent aussi. Il se dirigea directement vers moi, m'embrassa et resta à mes côtés pratiquement jusqu'à la fermeture du bar. La conversation n'était pas facile à cause du volume de la musique. Mais nous prenions tous deux plaisir à voir danser les garçons. Quand je décidai de rentrer, il me demanda s'il pouvait partir en même temps que moi. Comme la veille, je le raccompagnai à la porte de l'appartement qu'il partageait avec son amoureux.

Vers la même heure, le lendemain il vint me trouver dans ce bar où j'aimais observer la faune garçonnière et où j'étais devenu une sorte d'« animateur ». Je trouvais un peu triste que tous ces garçons qui cherchaient à briser leur solitude ne se parlent pas entre eux ; j'avais donc commencé à parler aux uns et aux autres et, au fil des soirées, des semaines, j'étais devenu pour un grand nombre d'entre eux la personne qu'ils pouvaient saluer et à qui ils pouvaient parler un moment s'ils en avaient envie. Très souvent, à mon arrivée un peu avant minuit, le portier, l'un des deux propriétaires ou le barman me disait : « Vas voir un tel ; je pense qu'il est déprimé ou que ça ne va pas. » J'allais donc saluer celui que l'on m'avait désigné et tenter de voir ce qui n'allait pas. Il m'arriva de donner rendez-vous à un jeune homme qui voulait se suicider parce qu'il venait de perdre son poste de gérant de restaurant ; je l'ai aidé à refaire son curriculum vitae et je l'ai encouragé à relancer ses démarches ; quelques semaines plus tard, j'appris qu'il avait non seulement décroché un poste dans un bon restaurant mais qu'en plus il donnait des cours de cuisine à la télévision. La plupart du temps, il suffisait de parler un peu et d'accorder à l'un et à l'autre un peu d'attention affectueuse dont tout le monde a besoin, surtout quand la solitude pèse, notamment après une déception amoureuse. Ces sorties me faisaient du bien mais, en plus, j'avais le sentiment d'être, par ma seule présence, utile aux autres. Chacun se sentait ainsi moins seul, puisqu'il avait l'impression d'avoir un « ami » qui l'attendait dans ce bar. Mon jeune Chilien le comprit très vite.

Deux ou trois jours plus tard, au moment où je le raccompagnais, il me demanda quand je l'inviterais à prendre le thé chez moi. Je lui répondis qu'il était le bienvenu quand il le voudrait, que je ne le lui avais pas proposé pour ne pas l'effrayer, puisqu'il m'avait fui toute la soirée quelques jours plus tôt. Il me dit qu'il devait rentrer, mais que le lendemain il m'inviterait chez lui. Le lendemain, en fin de soirée, je le raccompagnai comme les jours précédents et, au lieu de me quitter devant chez lui, il m'invita à monter. Il prépara du thé et quelques petits trucs à grignoter et nous nous installâmes au salon pour écouter de la musique. Son copain était au Chili pour quelques semaines ; nous pouvions donc écouter de la musique toute la nuit sans déranger personne. Je rentrai chez moi au petit matin. Nous nous retrouvâmes au bar en fin de soirée et chaque soir, à la fermeture ou un peu avant, nous rentrions chez lui pour boire du thé et parler en écoutant de la musique.

Federico Garcia Lorca - l'image vient d'ici

Il me fit découvrir beaucoup de musique chilienne et latino-américaine. Je me souviens particulièrement des chansons de la Chilienne Violeta Parra et de l'Argentine Mercedes Sosa. En écoutant cette musique, il me parlait de lui, du Chili, de l'Amérique latine. Avec lui, je découvrais tout un univers qui ne me disait pas grand-chose auparavant. Il me parla avec beaucoup d'émotion du poète espagnol Federico Garcia Lorca, fusillé en 1936 et dont l'évocation du nom et des oeuvres fut pratiquement interdit en Espagne jusqu'à la mort de Franco en 1975.

Un soir, ou plutôt : une nuit, après avoir écouté pas mal de disques de musique chilienne, il me demanda ce que je voulais écouter ; sachant qu'il jouait de la guitare et qu'il chantait, je lui répondis simplement : « Toi ! ». Il me dit : « D'accord, pour toi, je vais chanter ». Il prit sa guitare et commença à chanter. Je fondis littéralement, de bonheur et de joie. Il chantait merveilleusement bien. Et j'étais très touché qu'il chante pour moi sans fausse pudeur. J'étais ravi, mon coeur et mon âme étaient transportés et je ne m'appartenais plus. J'étais véritablement sous le charme de ce garçon...

Il n'était pas question d'être amoureux. Ni lui ni moi ne le souhaitions et une relation amoureuse entre nous aurait été catastrophique, voire incestueuse, puisque je le considérais comme un frère. Nous ne parlions pas la même langue, mais nous parlions le même langage. Je voyais de plus en plus ce charmant Chilien, pas seulement le soir dans ce bar que nous fréquentions, mais durant la journée aussi. Il venait chez moi, j'allais chez lui ; nous passions de longues heures ensemble. Il lui arrivait de m'appeler à quatre heures du matin pour me demander s'il pouvait passer prendre un café ou si je voulais venir manger avec lui. Il faisait partie d'un groupe musical chilien et je suis allé plusieurs fois le voir et l'entendre sur scène. Je rencontrais tout un réseau d'amis...

Puis un jour, il a été plus occupé ; je le voyais moins souvent. Il me donnait parfois rendez-vous sans venir. Je l'attendais parfois durant des heures alors qu'il avait oublié qu'il devait passer chez moi ou me téléphoner... Il se passait parfois des jours, puis des semaines, sans qu'il m'appelle. Je commençai à compter les mois. Puis je décidai que je ne le verrais plus. Ce fut douloureux, mais je tins ma résolution.

Plusieurs mois plus tard, je l'ai croisé un jour dans la rue. Nous avons échangé quelques politesses, quelques nouvelles. Au moment de nous quitter, il me demanda si j'allais l'appeler ; je répondis : « Non ! ». Il voulut savoir pourquoi ; je lui répondis que j'avais eu assez de mal à ne plus attendre son appel et que je ne voulais pas recommencer à attendre en vain. Il eut l'air de comprendre. Il est reparti blessé, sans doute. Moi aussi. Malgré tout, j'étais satisfait d'avoir eu assez de force pour ne pas retomber sous le charme.

Je crois qu'il m'a dit qu'il était devenu professeur de langue et de littérature espagnoles. Je suis persuadé qu'il est un excellent professeur car ce qu'il m'avait enseigné, il l'a fait avec beaucoup d'intelligence et de finesse. Je me demande s'il écrit encore sur la belle table ancienne que j'avais achetée chez un antiquaire quelques années plus tôt et que je lui avais cédée puisqu'il souhaitait l'avoir...

Ajout : Voici les paroles de la chanson « Credo - misa campesina », interprétée par Nana Mouskouri et Mercedes Sosa :

Creo señor firmemente
Que de tu pródiga mente
Todo este mundo nació
Que de tu mano de artista
De pintor primitivista
La belleza floreció
Las estrellas y la luna
Las casitas las lagunas
Los barquitos navegando
Sobre el rio rumbo al mar
Los inmensos los cafetales
Los blancos algodonales
Y los bosques mutilados
Por el hacha criminal
Los inmensos los cafetales
Los blancos algodonales
Y los bosques mutilados
Por el hacha criminal

Creo en voz
Arquitecto ingeniero
Artesano carpintero
Albañil y armador
Creo en voz
Constructor de pensamiento
De la musica y el viento
De la paz y del amor

Yo creo en voz Cristo obrero
Luz de luz y verdadero
Unigénito de Dios
Que para salvar al mundo
En el vientre humilde y puro
De Maria se encarnó
Creo que fuiste golpeado
Con escarnio torturado
En la cruz martirizado
Siendo Pilatos pretor
El romano imperialista
Puñetero desalmado
Que lavandose las manos
Quiso borrar el error
El romano imperialista
Puñetero y desalmado
Que lavandose las manos
Quiso borrar el error

Creo en voz
Arquitecto ingeniero
Artesano carpintero
Albañil y armador
Creo en voz
Constructor de pensamiento
De la musica y el viento
De la paz y del amor

Creo en voz
Arquitecto ingeniero
Artesano carpintero
Albañil y armador
Creo en voz
Contrustor de pensamiento
De la musica y el viento
De la paz y del amor

Paroles et musique de Carlos Garcia Godoy, musicien, compositeur et chanteur du Nicaragua.
Si vous lisez l'espagnol et que vous voulez en savoir plus sur l'histoire de cette chanson qui, à l'image de nombreux Latino-américains, ne dissocie pas la Foi de l'Engagement politique, je vous suggère cet intéressant article.

mercredi 5 décembre 2007

Au delà du miroir

Pendant plus de dix ans, j'ai vécu avec deux petites perruches ondulées que m'avait données l'un de mes beaux-frères. Quand, un matin de l'été dernier, je me suis levé et que je n'ai vu que l'une des perruches sur le perchoir, je me suis douté que l'autre était inerte au fond de la cage ; à vrai dire, je m'y attendais depuis quelques jours. J'ai vite retiré le petit cadavre que j'ai enveloppé dans une serviette de papier avant de le déposer dans une boîte de carton que j'ai placée au frais en attendant d'en disposer autrement.

Cette image vient d' ici

J'ai été assez surpris de la réaction de l'autre. Je croyais qu'elle serait très triste de voir ainsi disparaître sa compagne. Rien ne semblait changé dans son comportement. J'ai cependant eu la bonne idée d'installer immédiatement dans la cage un petit miroir à deux faces. Quelques minutes plus tard, elle avait accepté dans sa cage ce nouvel objet qui ne lui était pourtant pas tout à fait inconnu puisqu'il avait déjà fait partie de son décor ; je l'avais retiré il y a longtemps parce que l'une ou l'autre des perruches passait trop de temps à dialoguer avec le miroir pendant que l'autre se demandait ce que sa compagne ou son compagnon avait ainsi à soliloquer. Durant plusieurs jours, j'ai eu l'impression que la petite perruche ne se rendait pas compte de la disparition de l'autre. Elle continuait de chanter et de parler longuement au miroir comme s'ils avaient toujours vécu ensemble ou comme si elle voulait séduire. Par moments, je la sentais s'impatienter de la froideur de l'autre qui persistait à se tenir derrière la vitre...

Quelques mois ont passé et la perruche continue d'accorder beaucoup d'attention à son miroir, à lui parler, à chanter, à essayer de faire des câlins à l'image qui l'attire. Parfois, j'ai le sentiment qu'elle n'est pas tout à fait dupe. Alors qu'au début, elle ne s'éloignait que très brièvement du miroir, elle s'en éloigne maintenant un peu plus longtemps mais elle y revient toujours. Si elle sort de la cage pour faire le tour du salon, elle revient vite au miroir pour lui raconter sa sortie ou pour demander à sa compagne pourquoi elle ne l'a pas suivie. Parfois, durant la journée, je la sens un peu triste ; on dirait qu'elle attend de sa compagne en deux dimensions un peu plus de chaleur et d'affection. Hier, je la voyais caresser de sa tête le cadre du petit miroir puis, durant plusieurs minutes, elle glissa sa tête sous le cadre comme si elle demandait à sa compagne de lui caresser la tête...

Elle m'a fait prendre conscience que nous vivons un peu la même situation. Je sais bien que c'est ma propre image que me renvoient les miroirs du salon et cette forme de narcissisme ne m'attire pas particulèrement. Toutefois, je suis abonné à Internet depuis plus de sept ans et si, comme je l'ai raconté longuement ici, ce réseau permet de formidables rencontres et permet d'entretenir le dialogue avec des amis, il peut aussi se transformer à l'occasion en miroir aux illusions... « Alouette, gentille alouette... »

Comme ma perruche, je me surprends certains soirs à me pencher la tête sur l'écran et à attendre que l'on me caresse le crâne... Quelle différence y a-t-il donc entre moi et une cervelle d'oiseau ?

samedi 17 novembre 2007

Mornifle

Paul Verlaine

J'ai lu quelque part, sur le blogue d'un jeune Français en stage au Québec, dans le domaine du journalisme, si j'ai bien compris, que le mot « mornifle » était un terme québécois que tout Français de passage au Québec devait apprendre. Pourtant, le poète français Paul Verlaine publiait en 1891, dans son recueil Chansons pour elle un poème contenant le mot « mornifle ». Je dois dire que lorsque j'étais à Paris, j'ai souvent entendu ce mot dans la bouche de Français. Ce n'est là qu'une illustration de plus que, parfois, les chocs culturels relèvent autant du conflit des générations que du dépaysement géographique.

« Je n'avais qu'à me tenir coi
Sous l'aimable averse des gifles
De ta main experte en mornifles
Sans même demander pourquoi. »*

*On trouvera ici le texte complet.

jeudi 15 novembre 2007

Chocs culturels

Le 15 de chaque mois, un certain nombre de blogueurs, à l'initiative de Laurent et d'Olivier, rédigent un billet sur un sujet commun ; ce mois-ci, le sujet choisi est celui des chocs culturels.

J'avais vraiment l'intention d'y participer. J'avais commencé un long billet sur ce sujet ; hélas, je n'ai pas pu le terminer à temps. J'en suis désolé et je demande pardon à tous les participants.

Ne cherchez pas mon billet plus tard : je n'aurai pas le temps non plus au cours de la journée ou de la soirée.

Allez tout de même lire ce qu'ont écrit mes collègues : Laurent, Olivier, Bergere, Bertrand, JvH, Jean-Marc, Lady Iphigénia, Julien, Isabelle, Christophe, Hibiscus, Fred, Anne, Hpy, Joël, Chantal, Loïc & Hyun-Jung, Marie, Looange et V à l'ouest, Froggie.

Je ne suis pas sûr que la liste des participants qui précède soit complète : quand j'ai voulu récupérer la liste sur la page qu'a créée Laurent, le site n'était pas disponible : j'ai donc utilisé la liste du mois précédent.

mardi 13 novembre 2007

Tout est dépeuplé

Rodin, La cathédrale

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. »
Alphonse de Lamartine

Parfois, j'aimerais simplement connaître le nom de cet absent.

lundi 12 novembre 2007

L'Airbus A380 dans mon ciel

L'image vient d'ici

À Montréal, aujourd'hui, dans la rue, dans les médias, sur les blogues, on ne parlait plus que de lui. Les yeux de centaines de milliers de Québécois étaient rivés sur l'écran de leur téléviseur. D'autres, voulant le voir de plus près, s'étaient rendus sur le chemin Saint-François près de l'aéroport de Montréal-Dorval alors que bien des Montréalais sont tout simplement sortis sur leurs balcons puis dans la rue, à la poursuite photographique du géant.

Alors que le Réseau de l'information de Radio-Canada avait annoncé que le géant survolerait Montréal quelques minutes après midi, je l'ai vu tout à fait par hasard, un peu plus tôt que prévu, en levant les yeux vers la grande fenêtre du salon qui me permet de voir assez loin vers l'Est. Le ciel était serein (je parle de celui de l'extérieur) ; pas tout à fait aussi bleu qu'il était ce matin, mais pas encore assez nuageux pour m'empêcher de voir le gros oiseau planer en silence sur Montréal en direction de l'aéroport où il était attendu.

Vers la fin de l'après-midi, alors que j'étais sorti faire une course rue Sainte-Catherine, j'ai croisé des Français très élégants, du genre de ceux qui doivent circuler normalement sur les Champs-Élysées, dans les environs du Fouquet's ; à les écouter parler, je me suis vite rendu compte qu'il s'agissait de distingués invités d'Airbus ou d'Air France qui avaient eu la chance d'effectuer la traversée à bord de l'Airbus A380.

Les Européens, les Français en particulier, ont raison d'être fiers de cette nouvelle réalisation. Le cocorico de certains Gaulois ressemble aux cris des amateurs de sport (« On est les champions ! ») qui croient que s'il y a quelque part une réussite il y a forcément des perdants (ceux qui ne sont pas associés au succès du jour) ; cette puérile compétition ne doit pas nous empêcher de célébrer avec eux cette réussite dans le domaine de l'aéronautique. Mais s'il s'agit d'agiter des drapeaux, prenons la peine de mentionner que les Québécois sont associés à cette réussite. En effet, trois entreprises ont participé à la construction de ce nouveau géant des airs : le train d'atterrissage a été conçu à Mirabel par l'entreprise Messier-Dowty ; tout le groupe auxiliaire qui sert au démarrage des moteurs et à l'alimentation du système de conditionnement de l'air a été réalisé chez Pratt & Whitney de Longueuil ; et, enfin, la CAE Electronics a fourni les simulateurs de vols et tout le matériel qui serviront à la formation des pilotes d'Airbus.

Image de l'atterrissage à Montréal
prise de la caméra dans la queue de l'avion
vue de l'écran du siège d'un passager


vendredi 9 novembre 2007

Zone de turbulence

L'image vient d'ici


Je traverse présentement une zone de turbulence.
Je garde ma ceinture attachée (il est souvent bon d'être attaché à quelque chose ; on fait ce que l'on peut avec ce que l'on a).

mercredi 7 novembre 2007

Suivre sa pente...

La Monnaie de Paris : Colombes d'Hadrien

« ... À chacun sa pente : à chacun aussi son but, son ambition si l'on veut, son goût le plus secret et son plus clair idéal. Le mien était enfermé dans ce mot de beauté, si difficile à définir en dépit de toutes les évidences des sens et des yeux. Je me sentais responsable de la beauté du monde... »

« ... Pour moi, je comprenais mal qu'on quittât volontairement un monde qui me paraissait beau, qu'on n'épuisât pas jusqu'au bout, en dépit de tous les maux, la dernière possibilité de pensée, de contact, et même de regard. J'ai bien changé depuis. »

lundi 22 octobre 2007

La mauvaise note

Une petite fille de 9 ans demande à sa mère :
« Maman, quel âge as-tu ?
— On ne demande pas son âge à une femme, ma chérie, lui répond sa mère.
— Combien tu mesures, maman ?
— Cela n'est pas important ma chérie, reprend la mère.
— Maman, pourquoi avez-vous divorcé, toi et papa ? poursuit la petite fille.
— Cela ne te regarde pas, ma chérie », dit la mère en mettant fin à la discussion.

La petite fille demanda à sa meilleure copine pourquoi les adultes ne parlent pas de ces choses-là. Sa copine lui répondit : « C'est vraiment simple, toutes les réponses à nos questions se trouvent leur carte d'identité. »

Le lendemain la petite fille fouille dans le sac à mains de sa mère et trouve sa carte d'identité. Elle est ravie de voir que son amie disait vrai : les réponses à ses questions sont inscrites sur la carte d'identité. Elle court alors voir sa mère et lui dit :
« Maman, je sais ton âge.
— Ah oui ? Et j'ai quel âge ?
— 36 ans. Et je sais combien tu mesures.
— Ah oui ? Combien ?
— 1 mètre 71. Et je sais aussi pourquoi toi et papa avez divorcé.
— Et bien cela m'étonnerait fort !
— Tu as eu un F en sexe... et çà, ce n'est vraiment pas une bonne note !



Si l'on devait évaluer les diverses dimensions de ma vie, ces derniers mois, je n'obtiendrais pas mieux qu'un « F » en matière de vie sexuelle, pas davantage pour la qualité de vie. Sur le plan professionnel, les nouvelles sont plutôt bonnes : j'ai obtenu des mandats intéressants, j'ai eu des clients satisfaits au point de me confier un nouveau mandat immédiatement après la réalisation du premier ; le plan d'affaires qui m'avait donné tant de mal a reçu un accueil favorable ; on m'a fait des propositions d'affaires qui sont encore à l'étape de la négociation ; bref, il semble que mes compétences soient reconnues et en demande, et cela, sans que j'aie encore commencé à faire de la promotion.

Tout n'est pas rose, cependant : sur le plan personnel, quelques événements sont venus ébranler mon bel optimisme. Je ne veux pas entrer dans les détails ici et l'une des raisons à cela, c'est que je ne sais pas moi-même ce que je pourrais en dire. L'une des grandes inquiétudes du moment concerne la santé et je dois me rendre à cette évidence : si ces inquiétudes peuvent s'estomper au cours des prochains mois, c'est qu'elles seront peu à peu remplacées par des actions qui, si elles ne règlent pas les problèmes, pourraient contribuer à en atténuer les conséquences.

Ces dernières semaines, j'ai plusieurs fois été tenté de mettre fin à ce blogue ; il ne s'agissait pas vraiment d'une intention, d'une décision à prendre, mais plutôt d'une absence de motivation à continuer, là comme ailleurs. Il me semble pourtant nécessaire, avant de tourner la dernière page et de fermer le livre, de faire un bilan, une forme de conclusion ; et cela, je ne suis pas en mesure de le faire maintenant. Laissons du temps au temps ; la conclusion s'imposera peut-être d'elle-même...

lundi 15 octobre 2007

Les fous du volant

L'idée de Laurent et de son complice Olivier est plutôt séduisante : chaque mois, le même jour, à la même heure, les blogueurs qui le souhaitent peuvent écrire sur un sujet commun. Ce mois-ci sur le sujet « Les fous du volant » m'accompagnent : Laurent, Olivier, Bergere, Bertrand, JvH, Jean-Marc, Lady Iphigénia, Julien, Isabelle, Christophe, Hibiscus, Fred, Anne, Hpy, Joël, Chantal, Loïc & Hyun-Jung, Marie, Looange, V à l'ouest et Froggie. Allez lire leur point de vue ! Soyez indulgent avec les éventuelles erreurs de synchronisation dues aux décalages horaires.

Voilà donc un sujet que j'ai souvent été tenté d'aborder dans ce blogue et auquel j'ai renoncé à chaque fois pour la simple raison qu'il risquait de faire augmenter ma pression artérielle... J'habite le centre-ville de Montréal et, le plus souvent possible, je circule à pied ; par conséquent, j'en aurais long à dire sur le comportement des automobilistes en milieu urbain... Je ne crois pas, cependant, que ce sera aujourd'hui que j'entreprendrai de faire le procès des conducteurs âgés qui conduisent de vieilles voitures et pour qui les piétons sont des nuisances publiques, ni celui des jeunes trentenaires qui, au volant de leurs bolides, considèrent plutôt les piétons comme des balises mobiles qu'il s'agit d'éviter de renverser en s'amusant à les effrayer...

Il y aurait beaucoup à dire aussi sur le comportement des cyclistes. Chez eux comme chez les automobilistes, les mieux équipés sont les plus téméraires et, par conséquent, les plus dangereux pour les autres, pour les piétions, surtout.

Certains cyclistes sont même atteints de l'épidémie qui frappe bon nombre de nos contemporains, qu'ils soient piétons, automobilistes ou cyclistes : ils ont le téléphone vissé à l'oreille (et ce n'est même plus une image). Si la vitesse et l'alcool sont souvent la cause d'accidents mortels, le téléphone est en train de prendre une place de plus en plus importante dans les causes d'accidents. Quand je vois un automobiliste, homme ou femme, tenir à l'oreille un téléphone en conduisant, je ne peux m'empêcher de penser au risque qu'il représente pour les piétons, pour les cyclistes, pour les autres automobilistes et pour lui-même ; si les lois ne font pas de l'utilisation du téléphone au volant une infraction majeure, je considère les utilisateurs comme des dangers publics. J'ai plusieurs fois failli me faire frapper par l'un de ces abrutis et j'espère n'être jamais témoin d'un accident majeur causé par l'utilisation du téléphone.

Il y a quelques jours, un événement rapporté par le Journal de Québec illustrait bien selon moi la bêtise de ces intoxiqués du téléphone ; jugez-en par vous même :

Distraction électrisante

Un camionneur fauche des fils

Le Journal de Québec
11/10/2007 09h24

Un conducteur d'un camion dix roues qui roulait avec sa benne relevée a causé tout un émoi hier matin au Saguenay après avoir accroché des fils électriques transportant entre 14 000 et 25 000 volts chacun.

Le camion a poursuivi sa route après avoir accroché les premiers fils sur la rue René-Bergeron dans l'arrondissement Chicoutimi-Nord vers 11h10. Deux poteaux d'Hydro-Québec sont tombés sur des véhicules qui se trouvaient à proximité. Heureusement, les écoliers qui débarquent de l'autobus scolaire à cet endroit précis n'étaient pas encore revenus à la maison pour l'heure du dîner.

Selon des témoins, le camionneur parlait au téléphone cellulaire lorsqu'il a accroché les fils électriques transportant entre 14 000 et 25 000 volts avec son camion.

Ce n'est qu'en entendant le fort bruit provoqué par l'explosion d'un transformateur que le camionneur s'est aperçu de sa bévue. Appelés sur les lieux, les pompiers de Saguenay ont dû sortir le camionneur de sa fâcheuse position. L'homme a été conduit à l'hôpital de Chicoutimi pour un violent choc nerveux.

Deux voitures

«J'étais dans la maison lorsque j'ai entendu un grand bruit. Je suis sorti et j'ai vu que les fils avaient soulevé ma camionnette qui est retombée sur ma voiture», a expliqué Eric Proulx dont les deux véhicules stationnés dans son entrée ont été endommagés.

Rapidement il s'est dirigé vers le devant du camion afin d'aviser son conducteur de demeurer à l'intérieur de son poids lourd jusqu'à l'arrivée des secours.

«Les dommages sont considérables. Deux poteaux sont tombés sur quatre véhicules. Nous devions nous assurer que le courant était bel et bien coupé avant de faire sortir le camionneur de son véhicule», a expliqué, Miguel Gagnon des pompiers de Saguenay.

Une centaine d'abonnés ont été privés de courant pendant une bonne partie de la journée. Les équipes d'Hydro-Québec ont corrigé la situation aux alentours de 18h00 hier.


Je me demande simplement s'il faudra aux autres autant de dommages et un choc nerveux pour que leur deuxième neurone se mette à fonctionner pour leur faire comprendre qu'un volant et un téléphone sont incompatibles.

Ajout. Autre nouvelle du jour sur Canoe :

Montréal - Vingt-et-un piétons tués depuis le début 2007
Montréal
Vingt-et-un piétons tués depuis le début 2007

Mise à jour : 15/10/2007 09h41

Octobre est le mois du piéton au Québec et l'occasion est belle pour les autorités de rappeler aux citoyens délinquants de respecter les règles de sécurité à respecter dans les rues de la province.

Plusieurs piétons imprudents n'hésitent pas à traverser la rue à n'importe quel endroit, où il n'y a ni intersection ni passage piétonnier. Certains d'entre eux ne regardent même pas des deux côtés avant de s'engager dans la rue.

Depuis le début de l'année, au moins 21 piétons sont morts à Montréal et au moins 80 autres ont été blessés grièvement. Environ 10 piétons sont victimes d'un accident de la route chaque jour au Québec.


samedi 22 septembre 2007

Au coin de la rue, l'aventure

Il y a 25 ans, les éditions du Seuil publiaient un livre au titre évocateur : Au coin de la rue, l'aventure, le livre de deux jeunes auteurs qui font toujours partie de notre paysage culturel, littéraire et philosophique, voire politique, soient Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut.

Je n'ai pas lu le livre, mais j'ai toujours aimé ce titre qui me semble annoncer un programme intéressant. C'est le genre de titre que je trouve si évocateur qu'on ne se sent pas le besoin d'acheter le livre car on a l'impression d'en connaître déjà le contenu (ce n'est pas très intelligent comme attitude, je le sais, mais on ne peut pas tout lire, surtout quand on est un lecteur lent comme moi, qui aime rêver autour de certains livres). Je me suis plu à imaginer ce que pouvaient bien dire les deux auteurs...

Le contenu que j'imaginais à ce livre n'a peut-être rien à voir avec le texte des deux auteurs. Mais qu'importe ? Si j'ai pu imaginer une réflexion sur la société, sur le mode de vie, sur les changements importants qui se déroulaient dans nos sociétés occidentales... J'ai pensé aussi que ce titre pouvait essayer de faire comprendre que l'on n'a pas besoin d'être astronaute ou explorateur pour que la vie soit palpitante, que l'aventure peut faire partie de la vie de chacun sans qu'il se sente obligé d'aller la chercher au bout du monde ou dans de continuels déplacements. La possibilité de renouveler sa capacité d'émerveillement est à la portée de chacun...

Il y a quelques années, à la sortie d'une très intense et très belle relation amoureuse, je suis redevenu célibataire et, après un long processus de deuil, j'ai pris ma vie en main, j'ai fait en sorte que le célibat soit un état intéressant plutôt qu'une catastrophe. J'ai réapprivoisé la solitude qui est redevenue une amie qui n'attendait pas de moi l'exclusivité ; je l'ai abondamment trompée. Et comme il arrive très souvent dans ces cas-là, celui qui trompe est le premier trompé. Il faut cependant, au risque de se tromper, sortir de chez soi et aller vers les autres pour apprendre à les connaître et, par conséquent, à se découvrir soi-même. Fort de ce qu'avait fait de moi cette relation amoureuse de cinq ans, je pouvais aller vers les autres en toute confiance... J'ai croisé beaucoup de monde, j'ai même fait de belles Rencontres, avec un « R » majuscule, de celles qui nous marquent à jamais. Et j'ai eu aussi de nombreuses aventures, de celles qui, au mieux, laissent un aimable souvenir... Puis je me suis assagi... Il y aurait beaucoup à dire sur cette période qui a tout de même duré quelques bonnes années, mais je ne voudrais pas effaroucher les bonnes âmes. Et, au fond, y a-t-il vraiment quelque chose à dire ? Si je suis vraiment devenu sage, tout cela n'a plus d'importance.

Au coin de la rue, l'aventure, donc ? Certainement ! Du moins, elle se présente, elle s'offre ; libre à chacun de la percevoir, de lui accorder ou pas de l'attention, de la choisir ou de s'en éloigner.

Hippolyte Frandrin

Il y a quelques semaines, alors qu'il faisait très beau et que je revenais du restaurant, je n'avais pas envie de remonter tout de suite chez moi où le travail m'attendait. En arrivant devant l'entrée de mon immeuble, j'ai décidé de prendre l'air encore quelques minutes et je me suis assis à l'extérieur et j'ai sorti un livre que j'avais apporté avec moi pour en faire la lecture au restaurant. Je lisais depuis quelques minutes quand j'ai vu venir sur le trottoir un jeune homme de dix-neuf ou vingt ans ; je l'ai aperçu d'assez loin car ce qui a frappé mon attention, c'est qu'il était torse nu et, sous le soleil de fin d'après-midi, cette peau lisse et mordorée faisait éclat ; j'avais alors levé les yeux pour vérifier s'il était vraiment torse nu ou si c'était le fruit de mon imagination. J'avais discrètement levé les yeux et à la distance où il se trouvait, il n'avait pas pu remarquer que j'avais levé les yeux de mon livre sans bouger la tête. Le garçon s'était cependant arrêté, comme s'il hésitait entre deux directions à prendre ; celle, déjà amorcée, de remonter ma rue ou celle d'emprunter plutôt la rue transversale.

J'étais curieux de voir ce qu'il allait faire. Dès que j'ai vu qu'il avait choisi de remonter ma rue, donc de venir vers moi, je me suis replongé dans mon livre afin qu'il ne voie pas que je l'avais observé. Il venait donc dans ma direction et je m'attendais à ce qu'il passe devant l'immeuble et poursuive sa route. Pas du tout : en levant les yeux, je l'ai vu se diriger carrément vers moi, dans l'entrée de mon immeuble ; il est venu à moins d'un mètre de moi et, comme s'il se rendait compte que j'étais là ou que peut-être il avait été trop pressé, il a rebroussé chemin, il a repris le trottoir et il s'est arrêté encore devant l'immeuble, comme s'il cherchait quelque chose, une adresse ou quoi encore... Puis il est revenu vers moi et m'a demandé, en anglais, s'il pouvait s'asseoir. Je lui ai fait une place tout en poursuivant ma lecture, ne voulant pas lui laisser croire que je m'intéressais à lui.

Il était donc là, assis à quelque trente centimètres à ma gauche, regardant devant lui comme s'il attendait quelqu'un qui allait passer sur le trottoir. Assis de biais, je pouvais discrètement lever les yeux et épier ses gestes, son attitude sans qu'il puisse voir mon regard, à moins de se tourner carrément vers moi. Ce torse nu était glabre et légèrement bronzé, olivâtre et sans éclat ; il avait l'air tout juste sorti de l'adolescence et, d'une certaine façon, il me faisait penser au Tadzio de Mort à Venise de Visconti, qui aurait vieilli légèrement, l'air maladif et fragile en moins. Il était assez beau, si ce n'était un manque de grâce dans l'expression ; il avait dans l'attitude quelque chose du félin hésitant entre le ronronnement ou le coup de griffes en réponse au geste caressant. Il se dégageait de lui le léger parfum âcre du garçon qui n'est pas rentré chez sa mère depuis quelques jours.

Je l'observais mais il ne le savait pas puisqu'il n'osait pas me regarder en face. Et je sentais que cela l'agaçait que je ne m'occupe pas de lui. Il a commencé à tirer un peu sur la ceinture du caleçon, qui dépassait largement la ceinture du pantalon à taille basse, comme pour y laisser entrer un peu d'air frais ; il a recommencé son jeu plusieurs fois et à chaque fois son geste laissait voir un peu plus la fine lisière de duvet qu'il avait sous le nombril, sans aller tout à fait jusqu'au poil un peu plus viril. Son jeu m'amusait beaucoup et, si je ne m'étais pas assagi, je ne l'aurais pas laissé douter ainsi de son pouvoir de séduction ; je lui aurais au moins parlé. Mais là, devant chez moi, je n'avais pas de marge de manœuvre ; si je lui adressais la parole, je savais qu'il aurait voulu prendre une douche, au moins. Il y a quelques années, j'aurais sûrement joué le jeu pour le plaisir du jeu, sans intention arrêtée. Mais là, je n'avais pas envie de jouer ce jeu, surtout parce que j'étais trop absorbé par le travail et que tout l'appartement ressemblait davantage à un chantier qu'à un terrain de jeu.

Finalement, le garçon s'est impatienté, s'est levé et s'est dirigé vers la rue transversale. Il aura sans doute eu un peu de mal à y trouver quelqu'un qui l'invite à prendre une douche, qui lui offre à manger et peut-être un peu d'argent.

En remontant chez moi, je souriais intérieurement en pensant qu'effectivement, si l'on y est un peu attentif, la vie peut nous offrir des surprises, même à la porte de chez soi. Dans ce cas-ci, puisque je ne cherchais pas une aventure, l'aventure m'a beaucoup amusé. Je repense avec plaisir à une autre aventure qui m'était arrivée un soir d'hiver où j'étais sorti prendre l'air et qui s'était terminée différemment ; je vous la raconterai peut-être un jour, quand les enfants seront couchés.