En 1867, les Canadiens-français que nous étions alors et qui occupions le Bas-Canada, avons négocié de bonne foi avec les habitants du Haut-Canada un partenariat politique et économique, donnant naissance à la confédération canadienne.
De bonne foi, les Canadiens-français que nous étions avons cru à la bonne foi de nos partenaires d'origine britannique. De bonne bonne foi, nous avions négocié d'égal à égal un partenriat où les deux parties seraient égales ; il s'agissait d'un partenariat entre deux États, entre deux nations.
La bonne foi n'a pas duré longtemps. Le Canada nouveau, fort de ses nouveaux pouvoirs, a mis en application les recommandations du rapport Durham, celles de noyer les Canadiens-français dans le nombre des Canadiens d'origine britannique. Dès lors, le Canada a favorisé l'immigration massive de personnes d'origine britannique. Il y a près d'un siècle et demi, c'était déjà par dizaines de milliers qu'ils arrivaient chaque année. De majoritaires qu'ils étaient chez eux, les Canadiens-français sont vite devenus minoritaires dans un pays de plus en plus britannique qui ne respectait même plus l'accord négocié et signé entre les deux nations fondatrices. De nation fondatrice, les Canadiens-français sont vite devenus un groupe minoritaire dont l'égalité n'était plus reconnue.
Depuis 1867, la négation de cette égalité et le refus de reconnaître la nation canadienne-française (on ne parlait pas encore de Québécois ; le citoyens du Québec ont commencé dans les années 1960 seulement à se désigner ainsi) se sont perpétués. 1867 a institutionnalisé le statut minoritaire des Canadiens-français d'un Canada britannique où tout se passe en anglais. Encore tout récemment, en 2007, le gouvernement canadien a exempté les hauts gradés de l'armée canadienne de l'obligation de comprendre le français, abolissant des décennies de luttes des francophones pour se faire reconnaître le droit d'exister au sein de l'armée et d'avoir accès aux promotions. Les hauts gradés n'ayant plus l'obligation de connaître le français, toutes les communications se feront donc en anglais ; c'est-à-dire que les francophones devront forcément travailler en anglais. Et la ministre canadienne responsable de la francophonie, une bonne québécoise représentant la région de Québec, ne trouve rien de mal à cette nouvelle politique !
She is so sweet ! Une potiche à un dollar (fabriquée à Taïwan) ferait aussi bien l'affaire et les Canadiens feraient l'économie d'une limousine.
Les Canadiens de souche britannique se sont donnés tous les postes clés, tous les leviers économiques et politiques, marginalisant les Canadiens-français comme s'ils étaient des réfugiés écoomiques ou politiques. De plus en plus, on (les) nous a traités comme une minorité culturelle comme les autres, ces minorités culturelles si chères au premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau (PET) qui, de 1968 à 1984, n'a pas trouvé assez d'occasions de faire comprendre aux Québécois qu'ils avaient autant de chance de s'épanouir dans le Canada que les Ukrainiens ou les Polonais de l'Ouest canadien. Il faisait simplement semblant d'oublier que les Canadiens-français, dont descendait son père, avaient été l'un des peuples fondateurs de ce pays et qu'ils méritaient un peu mieux que l'étiquette de minorité culturelle.
Dès 1871, le Canada abolissait le français langue d'enseignement au Nouveau-Brusnswick (au printemps 2007 encore, le propre fils de ce fameux PET, Justin, nouveau sauveur autoproclamé de l'unité canadienne, n'a rien trouvé de mieux à dire aux francophones du Nouveau-Brunswick qui ont péniblement reconquis au fil des ans une reconnaissance de leur langue, qu'il serait plus économique d'abandonner leur système d'éducation francophone).
En 1837, les représentants de Sa Majesté britannique pendent et fusillent des Patriotes au Québec. En 1885, on pend Louis Riel au Manitoba. En 1890, on abolit le français au Manitoba. En 1912, le Canada abolissait les services français en Ontario... La survie du français et des Canadiens-français eux-mêmes à l'intérieur de ce pays britannique ne se fait, encore et toujours en 2007, qu'au prix d'efforts de tous les instants.
En 1967, un général français a le courage et la générosité de briser les sacro-saintes règles de la diplomatie et, du haut du balcon de l'Hôtel de ville de Montréal où il ne devait même pas s'adresser à la foule massée devant, il lance spontanément ce que les Québécois veulent entendre, ce cri du coeur qui a indigné les représentants de Sa Majesté mais qui a donné déjà une légitimité à la lutte des Québécois pour la défense de leur langue et de leur culture et une certaine reconnaissance avant l'heure de leur pays... en retard sur son horaire. L'un des grands tribuns de la souveraineté du Québec, soldat mal aimé des institutions à cause de son caractère flamboyant capable d'électriser les foules, Pierre Bourgault, commente ainsi le cri du
Général.
En 1970, le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau, le fameux apôtre de la Justice et de la Liberté, suspendra toutes les libertés individuelles et enverra l'armée au Québec sous prétexte de combattre une insurrection armée, alors que tout au plus une dizaine de personnes causent quelques perturbations. Plusieurs centaines de personnes, artistes, écrivains, chanteurs, poètes, seront emprisonnées durant des semaines sans savoir de quoi on les accuse, simplement parce qu'on les soupçonne d'avoir des sympathies souverainistes (c'est alors la moitié du Québec qu'il aurait fallu emprisonner si les agents de Sa Majesté avaient un peu compris le Québec). Comme le disait si bien René Lévesque, le plus grand démocrate que le Québec ait connu : « La loi des mesures de guerre imposée au Québec en 1970, sans doute inspirée d'une grande panique de l'Establishment britannique à Toronto (principal appui au gouvernement canadien), est
la pire humiliation qu'ait jamais imposée une démocratie à une population en temps de paix. »
Malgré tout, on en rit. On veut agir comme s'il s'agissait d'une rigolade organisée par des étudiants pour épater leurs amis. Quand les journalistes, tout de même un peu conscients que nous n'étions pas sous la dictature franquiste, demandaient au grand démocrate canadien Pierre Elliott Trudeau comment, en tant que premier ministre du Canada, il pouvait justifier l'abolition de toutes les libertés civiles et justifier la présence de l'armée canadienne à toutes les intersections et devant tous les immeubles à Montréal, celui-ci répondait de son ton habituel si méprisant dès qu'il s'agissait du Québec, que si nous n'avions rien à nous reprocher, nous ne risquions pas de nous faire faire mal par les soldats armés jusqu'aux dents. Belle moralité, chez ce grand homme !
Si vous voulez avoir un aperçu du ton sympathique de ce grand démocrate, flamboyant célibataire milionnaire qui aimait se donner en spectacle, voici un extrait des réponses qu'il donnait à quelques journalistes qui l'attendaient à l'entrée du parlement ; c'était en
octobre 1970 (c'était sans doute le 17 octobre).
En 1982, afin de respecter un engagement envers le Québec de rapatrier et d'amender la Constitution canadienne que Sa Majesté conservait sous ses jupes à Londres, le même Pierre Elliott Trudeau modifie bel et bien la Constitution mais... sans l'accord du Québec. Voulant supposément rallier le Québec à une constitution modernisée, le Canada n'a rien trouvé de mieux que d'en exclure le Québec. On pourrait donc dire que, depuis 1982, le Québec ne fait plus partie du Canada, puisqu'il n'a jamais adhéré à la constitution qu'on a voulu lui entrer de force dans la gorge, de façon moins subtile, moins insidieuse, que celle de tous les hommes politiques anglophones avant lui. Le lièvre qu'il était avait un tempérament de coq ; plus Elliott que Trudeau, il lui suffisait de voir un Québécois devant lui pour se hisser sur ses ergots et, la crête rouge et le regard de feu, s'apprêter à lui sauter au visage ou, comme il l'a fait déjà, aux parties sensibles d'un être humain mâle. Son homme de main, qui a vagument tenté de marcher dans ses pas par la suite, le premier ministre Jean Teflon Chrétien, lui ressemblait en cela : il n'a rien trouvé de mieux, pour répondre intelligemment à un chômeur qui protestait contre les politiques de son gouvernement, que de le prendre à la gorge et de tenter de l'étrangler avant de le repousser violemment.
Lors du référendum de 1995 sur l'accession du Québec à la souveraineté, le Parti Libéral canadien de Pierre Elliott Trudeau et de Jean Chrétien, ce dernier ayant été l'homme de main du premier et lui a succédé au poste de premier ministre du Canada, ont illégalement et frauduleusement dépensé des dizaines de millions de dollars pour faire croire aux Québécois que le Canada les aimait. Alors qu'au Québec la loi sur les Consultations populaires réglemente très rigoureusement les dépenses électorales, le gouvernement du Canada a dépensé sans compter et a financé illégalement des organismes illégaux chargés de combattre l'option souverainiste. Le vice-président du comité du Non (à la souveraineté) était l'actuel premier ministre du Québec, Jean Charest, venu finir à l'Assemblée nationale du Québec sa besogne d'étouffement de toute identité et de toute fierté québécoise. L'enquête du Directeur général des élections du Québec sur les dépenses frauduleuses faites par le camp de Jean Charest et de Jean Chrétien, premier ministre canadien d'alors, s'est terminée en queue de poisson, comme toute tentative de véritable négociation avec le gouvernement du Canada et comme toute tentative d'obtenir des explications crédibles en cas d'abus trop flagrants de manipulation et de fraude, parce que ce gouvernement canadien refuse d'y participer, laissant entendre qu'il se situe au-dessus des lois adoptées par l'Assemblée nationale du Québec.
Plus je fouille l'histoire du Québec et de son mauvais mariage avec le Canada, plus je constate que, depuis 1867, le Québec se fait humilier, voler, bafouer, etc., par le gouvernement canadien, à très forte majorité anglophone, à l'image du Canada lui-même. Et l'on voudrait que, moi, Québécois, je célèbre la fête de cette imposture ? Non, merci. Je respecterai le Canada, pays anglais, quand il me respectera, et d'autant plus facilement quand il sera un un pays voisin.
Vive le Québec... libre, si possible !

Pour entendre l'un des meilleurs premiers ministres du Québec parler sommairement de ces questions, et de façon courtoise puisqu'il est invité à la télévision française, je vous invite à regarder cette vidéo de
René Lévesque, qui a dû être enregistrée entre 1980 et 1981.
René Lévesque répliquait ici à l'un des nombreux épouvantails que les défenseurs de l'unité canadienne ont toujours invoqué pour convaincre les Québécois de renoncer à la souveraineté : « Si vous votez pour la souveraineté, vous allez perdre votre passeport » (que le premier ministre actuel du Québec continue de prononcer
passepart, comme si c'était plus chic de parler de
part que de
port) ; ou « Si vous votez pour la souveraineté du Québec, vous ne recevrez plus votre pension de vieillesse » (le gouvernement canadien administre ce programme de pensions, mais ce sont les citoyens qui le financent) : ce devait être en mai 1980, mais le même genre d'arguments idiots continuent d'être invoqués en 2007 ;
voilà.
Et pour finir en musique, sur un ton pas forcément plus réjouissant mais sur un air plus entraînant, voici une chanson que le groupe Les Cowboys fringants a enregistrée en hommage à cet ancien premier ministre du Québec, décédé le 1er novembre 1987. Le tutoiement, ici, n'est pas du tout irrespectueux, pas plus que le surnom de Ti-Poil que l'on donnait affectueusement à l'homme politique qui a plus fait pour les Québécois en une décennie que des successions entières de premiers ministres.
C'est ici.