samedi 24 décembre 2005

Tu seras un homme...


Je conserve de mon enfance assez peu de souvenirs. J'ai probablement voulu jeter un voile sur ces premiers chapitres de ma vie et il suffirait probablement de peu de chose pour que je consente à lever un coin du voile pour en arriver à faire la lumière sur les raisons qui m'ont amené à vouloir « oublier » ces bases sur lesquelles j'ai tenté par la suite de construire quelque chose de solide.

Fils, frère, beau-frère d'institutrices et d'instituteur, j'ai été un élève sage. J'ai habité l'école et durant quelques années, je m'y sentais chez moi. Presque toujours premier de classe, j'étais, du moins à l'école, l'enfant modèle. Je ne peux pas dire que cela m'ait permis de me faire de nombreux amis, surtout pas à l'adolescence quand la timidité, la conscience de soi, la pudeur sont venues compliquer encore davantage les relations avec mes camarades. Les hommes dans nos familles étaient assez peu présents : très souvent, ils devaient aller travailler à l'extérieur du village ; dans certains cas, ils pouvaient revenir à la maison à chaque fin de semaine, dans d'autres, ils ne revenaient qu'après quelques mois d'absence. Quand ils étaient à la maison, ils semblaient aussi à l'aise qu'un poisson dans un fauteuil et ils en devenaient muets comme des carpes.

Les seuls modèles masculins que les adolescents pouvaient avoir sous les yeux restaient les instituteurs, assez peu nombreux, les quatre ou cinq commerçants et le curé du village. Le moins que je puisse dire, c'est que je n'étais pas très inspiré par tous ces exemples. Non pas parce que ces adultes avaient des comportements qui soient repréhensibles. Ils manquaient simplement d'idéal, de rêve ; du moins c'est la perception que j'en avais. Certains professeurs pouvaient néanmoins inspirer le goût de la connaissance même si je sentais que, bien souvent, leurs connaissances ne semblaient pas dépasser le contenu de nos programmes scolaires.

Les livres, autres que les manuels scolaires, n'existaient pas dans notre environnement. Puisque ma mère enseignait et qu'elle devait à l'occasion commander des manuels, j'ai eu la chance un jour d'avoir mon propre dictionnaire, le Nouveau Larousse classique ; j'en ai passé des heures à lire la définition des mots ; quand venait le temps de rédiger des compositions, j'avais cette chance de pouvoir puiser dans cet immense réservoir pour y trouver les mots les plus justes pour exprimer ce que je voulais décrire. Mon amour des mots et mon souci du mot le plus juste vient de là, à n'en pas douter. J'ai gardé ce dictionnaire, dont la couverture est arrachée et auxquel il manque des pages, car ma soeur cadette avait eu la bonne idée d'y découper des images pour illustrer ses propres travaux scolaires.

Il y avait bien eu déjà une bibliothèque municipale, mais elle était fermée et les livres prenaient la poussière dans une pièce de la salle paroissiale, sans doute parce que l'on jugeait que les lecteurs n'étaient pas assez nombreux et que cela coûtait trop cher de payer quelqu'un pour s'occuper de la bibliothèque. C'est révoltant de constater que c'est toujours la culture qui fait les frais des restrictions budgétaires de toutes les administrations. À l'époque, je ne pouvais ni m'en indigner, ni revendiquer, ne sachant même pas qu'il existât une telle chose nommée « culture » (sauf celle de la pomme de terre), une autre chose nommée « littérature »...


Dans ce contexte, je ne me souviens plus comment j'ai pu tomber un jour sur un texte que j'ai oublié, mais dont j'ai retenu très précisément les mots de cette phrase du docteur Alexis Carrel : « Tous les petits garçons rêvent de devenir des hommes ; combien d'hommes ont la méme ambition ? » Cette phrase m'a marqué et durant de nombreuses annnées, elle m'a accompagné, nourri, fait réfléchir. Elle me permettait de croire que les exemples masculins qui avaient entouré mon enfance et mon adolescence n'étaient pas les seuls modèles possibles. Si je n'avais pas encore rencontré ces maîtres qui m'inspireraient l'idéal, de nobles ambitions, cette phrase avait le mérite de nourrir en moi l'espoir d'une vie meilleure, plus stimulante, plus exaltante...




Puis un jour, je suis tombé sur ce poème de Kipling, que j'ai trouvé drôlement inspirant. Je l'ai lu et relu de nombreuses fois, et à diverses périodes de ma vie. Je viens de le relire, et je le trouve toujours aussi inspirant. Pour le plaisir de le relire, pour le rappeler à la mémoire de ceux et celles qui l'auraient oublié, et surtout pour permettre à des lecteurs égarés de le découvrir à leur tour, voici ce poème :


Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un Homme, mon fils.


Rudyard Kipling, traduction de Paul Éluard

vendredi 23 décembre 2005

jeudi 22 décembre 2005

Soutien moral

Notre ami Guillaume, l'un des Pitous du Quai de Somme a vu sa voiture emboutie par « une voiture vaguement bleue » qui ne s'est même pas arrêtée pour montrer ses papiers et encore moins pour « laisser un numéro de téléphone ». Les voitures sont d'un tel sans-gêne de nos jours ; elles font preuve d'un tel manque de civisme que je partage tout à fait l'indignation et la frustration de Guillaume. Je comprends aussi très bien ses « mots de tête ».

Pour tenter de l'encourager et, qui sait, peut-être aussi pour lui donner un peu d'inspiration pour les réclammations à son agent d'assurance, reprenons ici quelques-unes de ces perles que l'on a tous lues un jour ou l'autre.


- Je prends un moment de silence pour vous envoyer un mot.
- J'ai pris contact avec votre répondeur et celui-ci m'a aimablement conseillé de vous écrire.
- Pour l'instant, je n'ai aucune assurance chez vous, sinon celle de votre considération distinguée.
- Je viens, par la présente, vous déclarer un accident qui, pour être banal, n'en est pas moins inhabituel. Je vous donnerai tous les détails quand j'aurai retrouvé mes esprits.
- Vous me dites que l'accident ne rentre pas dans le champ de la garantie, mais, en tous cas, la voiture de mon voisin est rentrée dans mon champ.
-Ayant prononcé quelques invectives à l'encontre de cette conductrice, celle-ci m'a semblé froissée, mais moins pourtant que la tôle de ma voiture.
- Vous m'avez conseillé d'assurer ma voiture pour l'usage promenade, mais j'ai oublié de vous préciser que tous les dimanches, j'allais raccompagner ma belle-mère qui vient déjeuner à la maison. Puis-je, en toute honnêteté, considérer ce déplacement comme promenade ?
- Ma femme s'entête à vouloir conduire de nouveau la voiture quand elle sera à la retraite. Je lui ai dit que vous nous feriez payer plus cher parce qu'elle n'a pas conduit depuis dix ans et que vous aviez dit qu'elle était novice, mais ça lui fait plaisir. Pas de payer plus cher, mais d'être encore novice à son âge.
- J'avoue que je n'aurais pas dû faire demi-tour sur l'autoroute avec ma caravane, mais j'avais oublié ma femme à la station-service.
- Ma voiture a été heurtée, alors qu'elle était en stationnement, par un automobiliste qui effectuait une marche arrière. En rédigeant le constat amiable, j'ai commis une erreur : j'ai signalé que j'étais à l'arrêt et non en stationnement. Puis-je faire marche arrière ?
- J'espère que vous n'aurez aucune difficulté pour exercer un recours et récupérer ce qui m'est dû. En effet, bien qu'il ne soit pas assuré, ce monsieur a les moyens : on dit qu'il est propriétaire d'une fabrique de chaussures qui marche bien.
- Il est exact que mon chien a mordu le petit garçon alors qu'ils jouaient ensemble gentiment, mais je n'étais pas assez près pour savoir lequel des deux a commencé à mordre l'autre.
- Vous refusez de régler mon incendie sous prétexte que je n'ai pas payé ma prime. Je vous rappelle pourtant que, l'année dernière, j'avais payé ma prime sans avoir d'incendie. Où est la justice là-dedans ?
- Préférez-vous que je vous règle mon assurance incendie avec un mois de retard ou que je vous adresse un chèque sans provision ?
- L'homme prenait toute la rue et j'ai dû effectuer de nombreuses manoeuvres avant de le frapper.

- En voulant éviter de frapper le pare-choc de l'auto qui me précédait, j'ai écrasé un piéton.
- Je conduisais ma voiture depuis quarante ans lorsque je me suis endormi au volant et que j'ai eu cet accident ! Une voiture invisible est arrivée de nulle part, a frappé mon véhicule et est disparue.
- Le poteau de téléphone s'approchait rapidement, j'ai essayé de l'éviter mais il a frappé l'avant de ma voiture.
- J'étais certain que le vieil homme ne se rendrait jamais de l'autre côté de la route, alors je l'ai frappé.
- Je viens d'acheter un camion en remplacement de mon ancien qui est décédé sur la table d'opération de mon garage local. La cause est un cancer généralisé qui s'était développé dans la transmission, l'embrayage et les freins. Il est mort à l'âge respectable de 11 ans et 338 424 km parcourus (sans accidents) et laisse dans le deuil, outre son propriétaire, les nombreux clients qui n'ont pas été livrés à temps (sic !). La dépouille sera exposée en arrière du magasin pour environ une semaine ; après quoi, elle sera écrasée.

Assistance en ligne...

Il vous est sûrement arrivé d'avoir de la difficulté à obtenir le service que vous recherchiez ou l'aide dont vous aviez besoin. Quand on se raconte cela entre nous, il y a parfois de quoi désespérer du genre humain ou encore... en rire franchement.
Et si on regardait les choses de l'autre bout de la lorgnette et que l'on voyait un peu le point de vue d'un préposé au service technique. Voici une petite histoire enregistrée dans un service d'assistance en ligne :

Service technique
; que puis-je pour vous ?
• Et bien j'ai un problème avec WordPerfect.
Quelle sorte de problème ?
• Et bien j'étais en train de taper et soudain tout est parti.
Parti ?
• Ça a disparu.
Mmm. Et a quoi ressemble votre écran à présent ?
• À rien.
À rien ?
• Il est vide ; il se passe rien quand je tape.
Vous êtes toujours dans WordPerfect ou vous en êtes sorti ?
• Comment je sais ?
Pouvez-vous voir le prompt C:? à l'écran ?
• C'est quoi un "prompte-ce"
Laissez tomber. Pouvez-vous bouger le curseur à l'écran ?
• Y a pas de curseur. Je vous ai dit, il se passe rien quand je tape.
Est-ce que votre moniteur est allumé ?
• C'est quoi un moniteur ?
• L
e truc avec l'écran qui ressemble à une télé. Est-ce qu'il y a une petite lumière qui vous dit qu'il est allumé ?
• Je ne sais pas.
Et bien regardez à l'arrière de votre moniteur et regardez où va le fil électrique. Vous pouvez voir ?
• Je pense...
Bien ! Suivez le cordon jusqu'à la prise, et dites-moi s'il est branché.
• Oui.
Derrière le moniteur, avez-vous remarqué qu'il y avait deux câbles branchés à l'arrière ?
• Non.
Et bien il y en a deux. Regardez de nouveau et trouvez le deuxième.
• ...Oui, c'est bon.
Suivez-le et dites-moi s'il est solidement branché à l'ordinateur.
• Je ne peux pas l'atteindre.
Oh ! Pouvez-vous le voir ?
• Non.
Même en vous penchant ou en vous mettant à genoux ?
• Oh non, c'est juste que je n'ai pas le bon angle, il fait si sombre.
Sombre ?
• Oui, le bureau est éteint, la seule lumière vient de la fenêtre.
Et bien allumez la lumière.
• Je ne peux pas.
Pourquoi ! ?
• Parce qu'il y a une panne de courant.
Une panne... Ah ! Voilà la raison. Est-ce que vous avez encore les manuels et les boites et l'emballage que vous avez eus avec l'ordinateur ?
• Heu... Oui, c'est dans le placard.
Bien ! Allez les chercher, débranchez votre système, emballez-le comme c'était quand vous l'avez eu. Et apportez-le au magasin où vous l'avez acheté.
• Vraiment ? C'est si sérieux ?
J'en ai peur.
• Et qu'est-ce que je leur dis ?
Dites-leur que vous êtes trop con pour posséder un ordinateur.


Et à propos de la devinette...
Merci à celles et ceux qui ont participé au jeu de la devinette et merci de votre patience pour la réponse ; j'espère que le Père Noël vous récompensera en conséquence.
Béo était sur une bonne piste ; le mot vient du verbe « touiller »...
Koyot avait trouvé le sens exact : félicitations ! La touillette est un petit objet qui sert à remuer le café, par exemple.
Pour entendre l'explication qu'en donne France Culture, cliquez
ici ; vous verrez à l'écran 50 mots dont vous pourrez entendre la définition par un simple clic de souris.

mercredi 21 décembre 2005

Un authentique hiver...

Si j'habitais aujourd'hui une telle maison (celle-ci est probablement située dans un quartier résidentiel de la ville de Québec), je préparerais sans doute un bon feu dans la cheminée, je me ferais du thé chaud et fort, je mettrais de la musique (probablement des airs de concert de Mozart, l'Ave verum corpus, le Vorrei spiegarvi, etc. ; peut-être bien que j'aurais aussi le goût de réentendre le triste mais sublime Misere d'Allegri) ; je m'installerais dans un fauteuil confortable, avec un livre choisi et un carnet de notes...
Sachant que presque tout le monde est en train de courir à gauche et à droite dans des magasins bondés, que chacun essaie de jongler avec un emploi du temps surchargé et un budget à respecter, c'est peut-être cruel de ma part de vouloir m'arrêter et de prendre le temps de lire, en plein milieu de l'après-midi, au beau milieu de la semaine, à moins de quatre jours de Noël... Mais justement, j'ai décidé que je ne jouais pas le jeu. Vous ne me verrez pas en train de courir les magasins pour encourager la culture Coca Cola (c'est à croire qu'on a fait dériver le nom de la marque de cette boisson du nom de saint Nicolas). Je ne veux pas en faire une leçon : chacun fait ce qu'il veut ; je dis simplement que j'ai choisi de ne pas jouer le jeu...

Pour connaître l'histoire de la fête de Noël et tout ce qui tourne autour, je vous conseille d'aller voir le blogue d'Olivier (au 20 décembre), ainsi que celui de Miss Lulu, qui donne la parole à plusieurs blogueurs (que ce mot est laid !) dispersés sur la Planète (il faut absolument cliquer sur les portes).

Joyeuses fêtes à tous !

mardi 20 décembre 2005

Question de... languette

Je n'ai pas d'affection particulière pour les mots de la langue française qui se terminent en « ette » ; ce sont généralement des diminutifs et, pour tout dire, je préfère « les vraies choses » à leurs diminutifs respectifs.
Toutes les calculettes, causettes, trempettes, et autres branlettes ne sont souvent pour moi que des agaçe... J'aime bien la sapinette et la racinette, cependant, surtout en été, dans une guinguette...
Certains Québécois utilisent, pour désigner un sous-vêtement masculin (il se répand de plus en plus pour désigner l'équivalent féminin), un terme dont j'ai horreur et que vous ne m'entendrez jamais prononcer... ni même écrire (du moins dans cette acceptation). Durant des années, je ne l'entendais que dans la bouche de Québécois venant d'une certaine région du territoire ; cela permettait d'identifier immédiatement la provenance de la personne qui le prononçait et c'était amusant... Or de plus en plus, on utilise ce terme dans le milieu de la couture, de la mode, des médias... J'ai bien prévenu mes amis que si jamais je les entendais prononcer ce mot pour désigner la pièce de vêtement en question, c'en était fini de notre amitié. Et s'il m'arrivait dans un dîner en ville ou une soirée mondaine d'entendre quelqu'un le prononcer, ce serait sans appel : cette personne serait inscrite à jamais sur ma liste noire.
À la lecture de ces lignes, les Québécois auront sans doute compris assez vite quel est ce terme à proscrire ; pour les Européens, surtout si vous êtes amateurs de bandes dessinées, pensez au personnage féminin du duo créé par Willy Vandersteen...
Comme la langue française est vivante et que, conséquemment, elle évolue, elle ne cesse de nous offrir des mots nouveaux qui ne sont pas toujours des plus heureuses trouvailles. Tiens, si nous faisions un jeu ; je vous propose une devinette : qui peut me dire le sens exact du mot « touillette » ?
Réponse demain.

lundi 19 décembre 2005

Un nouvel ordi...

Depuis quelques semaines, j'entends parler les gens, je lis un peu partout que plusieurs personnes de mon entourage ou de mon univers s'achètent ou ont l'intention d'acheter un nouvel ordinateur... J'ai beau essayer de croire que je ne suis pas influençable, mais j'ai suivi l'exemple d'Oscar Wilde qui disait qu'il « résistait à tout, sauf à la tentation » ; je suis donc allé m'acheter un nouvel ordinateur. Qu'en dites-vous ?


dimanche 18 décembre 2005

Adieu, Sol !












11 novembre 1929 -
17 décembre 2005


Le Québec et la langue française sont en deuil ! Sol, le magnifique clown s'est éteint hier, en même temps que son créateur, le comédien Marc Favreau, à 76 ans, des suites d'un cancer virulent.

Créé dans les années 1950 pour la télévision, ce personnage de clown volait des ses propres ailes depuis 1972... Depuis 40 ans, Sol avait 40 ans ; on avait fini par oublier que son créateur prenait de l'âge : le vice et la laideur en moins, Sol était le Portrait de Dorian Gray de Marc Favreau, en somme. À 76 ans, ce grand enfant et ce rigoureux artiste qu'était Marc Favreau continuait d'écrire des textes qui amusaient peut-être les enfants, mais qui enchantaient surtout les adultes par la magie de sa langue.

Génie de la langue française au même titre que Raymond Devos et Jacques Prévert, Marc Favreau a reçu quelques reconnaissances officielles : le Conseil de la langue française lui a décerné, en 1989, la médaille de l'Ordre des francophones d’Amérique ; en 1995, il a été nommé Chevalier de l'Ordre national du Québec. Puis, en 1999, enfin, le prix Georges-Émile-Lapalme, soulignait sa contribution à l'amélioration de la langue française au Québec. Sa véritable reconnaissance, toutefois, c'est sans doute l'admiration et l'affection qu'il suscitait partout où il passait.
Je garde un souvenir ému de la dernière fois où je l'ai vu en personne ; c'était il y a deux ans, je crois : alors que je faisais des courses au Complexe Desjardins, centre commercial près de chez moi, je m'étais arrêté pour manger un peu avant de continuer ; j'avais eu la joie de voir venir vers moi le clown magnifique qui recueillait de l'argent pour les sans-abri. En lui remettant un peu d'argent, feignant la surprise je lui avais dit : « Sol, vous faites la manche, maintenant ! » En ce moment même, j'oublie la réponse qu'il m'avait faite, qui était tout à fait pertinente et tout à fait dans l'esprit du personnage...

Sol n'avait certes pas l'intention de prendre sa retraite, et son créateur non plus ; Marc Favreau préparait encore des spectacles pour le mois de février et il n'a jamais pensé un instant à cesser de créer des monologues ; sa créativité était sa source de vie.
La photo de gauche est de Yanick Macdonald

samedi 17 décembre 2005

L'ordre des choses...

Il est bon de mettre régulièrement
de l'ordre dans sa bibliothèque
si l'on veut pouvoir s'y retrouver
quand on a besoin d'un livre en particulier...
Habituellement, je fais cela le vendredi, en fin de journée,
avant d'aller promener le chien.

Mais où est donc passé ce chien ?
Vous n'auriez pas croisé un chien perdu ?

vendredi 16 décembre 2005

Candide, vraiment ?

Hier soir, en revenant de la Poste, près de chez moi, mon attention a été retenue par un jeune homme qui traversait tranquillement la rue dans ma direction ; il devait avoir tout juste un peu plus de vingt ans, beau, élégant... Ce qui m'a frappé, c'est qu'en dépit de la neige qui jonche les rues et les trottoirs, en dépit du fait que le mercure devait indiquer en négatif l'équivalent de l'âge de ce jeune homme, celui-ci ne portait pas de manteau. J'ai compris pourquoi quand il est arrivé près de moi, sur le trottoir : il a ouvert la porte d'un de ces luxueux et polluants véhicules utilitaires sports (VUS)... Je me suis dit que ce jeune homme devait faire bien des ravages (dans tous les sens du terme) autour de lui. Puis je me suis demandé comment ou pourquoi un garçon de cet âge pouvait conduire un véhicule qui vaut trois ou quatre fois mon revenu annuel... Plus tard dans ma réflexion, je me demandais quel devait être le rapport de ce garçon avec la philosophie. Et ce matin, puisque « Chaque homme dans sa nuit » me donne l'occasion d'y repenser, je me demande quelle serait la lecture de ce jeune homme du chef-d'oeuvre de Voltaire, Candide.

p. s. : « Chaque homme dans sa nuit » : http://chaquehomme.canalblog.com/archives/2005/12/16/1114280.html

jeudi 15 décembre 2005

Savoir recevoir...


Non, non, même si je suis sorti à cinq heures, il ne s'agit pas d'un billet de Louise Masson ou de la baronne Nadine de Rotschild sur l'art de recevoir des invités, même si la saison s'y prête et que les prochains jours seront pour un très grand nombre de personnes sur cette Planète (sur les autres, je ne sais pas) l'occasion de partager des voeux, des cadeaux, des aliments et des boissons avec leur familles, leurs amis, les gens qu'ils aiment. Certains seront invités, d'autres auront invité ; dans certains cas, il y aura réciprocité. Puis il y a tous ceux et celles de par le Monde qui seront seuls parce qu'ils n'ont pas de famille, pas d'amis, personne qui se préoccupe d'eux. Il faut ajouter à ce nombre ceux qui ne pourront pas célébrer avec les autres parce qu'ils sont malades, qu'ils sont éloignés ou parce qu'ils travaillent afin de permettre que la vie continue. Et il ne faut pas oublier ceux qui, pour une raison ou pour une autre, n'ont pas le coeur à la fête ; je serais plutôt de ceux-ci. J'ai une famille, très grande même, assez pour s'y perdre ; l'ennui, c'est que je n'ai pas vraiment l'esprit de famille et que ça ne semble pas s'améliorer avec le temps. Je n'ai rien contre qui que ce soit dans cette famille ; on dirait que le sentiment d'appartenance ne s'est tout simplement pas développé. Je crois savoir pourquoi le ciment n'a pas pris entre eux et moi, mais ce n'est pas le but de mon billet aujourd'hui.
Depuis quelques jours, je réfléchis aux arguments que je pourrai donner pour ne pas participer aux célébrations qui auront lieu dans mon entourage, tant dans le milieu professionnel que dans le milieu familial. Quant aux amis, ils sont tous assez dispersés ; certains, parmi les plus chers, ne sont même pas au pays (j'appelle « pays » le Québec, cet espace géopolitique où je vis). Je pourrai difficilement refuser de perpétuer la tradition établie depuis plusieurs années ; un couple d'amis m'invitera à venir monter avec eux l'arbre de Noël et nous dégusterons ensuite le sublime repas qu'aura préparé Laure pendant que Marc et moi aurons accroché au sapin les multiples décorations, colorées et lumineuses. J'irai sans doute dîner aussi chez un autre ami qui, comme moi, n'a pas tellement l'esprit de famille ; le repas sera simple, mais il y aura du très bon vin. Au cours de la semaine prochaine, je devrais aussi manger avec « mon voisin » avant qu'il ne retourne à Las Vegas...
J'en étais donc là de ces réflexions en fin d'après-midi quand je suis sorti pour aller faire quelques courses. Je devais passer à la Poste prendre livraison d'un envoi qui m'était destiné ; on avait sonné à la porte ce matin et je me doutais bien que ce devait être le facteur, mais je n'avais pas envie de répondre à cette heure si matinale : je me suis dit que si c'était important, je le saurais bien assez tôt et, pour être tout à fait franc, je n'attendais rien de bon qui puisse venir par la poste et qui exige une signature. J'avais déjà reçu un colis au début de la semaine...
C'était donc un colis qui m'attendait à la Poste : j'ai immédiatement reconnu l'écriture du Premier Grand Amour de ma vie ; j'ai cru qu'il pouvait s'agir d'une cassette vidéo ou d'un DVD de ses dernières émissions de télévision. Je verrais bien en arrivant à la maison... Je me suis arrêté chez le marchand de journaux du coin pour faire vérifier si le billet de loterie acheté mardi rapportait quelque chose ; surprise : je gagnais un petit montant, pas assez pour faire des folies, pas même pour acheter un billet d'avion, mais c'était déjà quelque chose. En rentrant, j'ai écouté les messages sur le répondeur : il y avait encore des invitations tardives pour des repas du temps des fêtes ; même chose dans le courrier électronique, en plus des très belles cartes électroniques venant notamment de Bruxelles.... Parmi la correspondance, il y avait aussi une lettre de l'un de mes anciens professeurs d'université, un mentor, pour qui j'ai beaucoup d'admiration et je dirai pourquoi un jour prochain ; sa lettre est accompagnée d'un texte qu'il présentera dans quelques mois lors d'un colloque réunissant des universitaires et des professionnels des communications ; il me demande mon avis sur son texte et des suggestions pour l'améliorer : c'est plutôt flatteur, non ?
Il y avait aussi dans mon courrier électronique un message affectueux et très touchant de mon ami Poeri, d'Aix-en-Provence, en commentaire à mon billet du 26 novembre dernier. Le soleil a été magnifique, aujourd'hui, à Montréal. La vraie lumière et la vraie chaleur sont cependant venues d'Aix-en-Provence.
Et, curieusement, le colis que j'ai fini par ouvrir, provenant de Toronto, contenait... dans une boîte métallique si joliment emballée, des savons à l'huile d'olive, au miel, à la verveine et à la lavande, des produits de la Savonnerie de l'Occitane, de Manosque en Provence. Je ne sais pas pourquoi cette référence à la Provence de la part de ce Premier Grand Amour de ma vie ; souvenir de vacances récentes dans ce pays merveilleux, peut-être ? Il y avait bien une carte magnifique avec le colis, contenant quelques mots et... autre chose ; mais rien qui explique la raison de ce choix. Je le saurai bientôt.
Cette journée qui s'annonçait sans histoire et plutôt terne si je pense aux activités que j'avais au programme, se sera donc terminée dans la joie et l'émotion. Pendant un moment, je me suis demandé ce qui m'arrivait, quelle était la raison de tous ces témoignages d'affection aujourd'hui. Puis je me suis dit que je n'avais pas à me poser la question ; il suffisait que je ne les aie pas sollicités. Et il me reste à les accepter avec une gratitude au moins équivalente à la générosité des personnes qui me les ont offerts. Merci, du fond du coeur.

mercredi 14 décembre 2005

Douceur, charme et virilité

Il y a des êtres qui, sans le savoir, et surtout sans le vouloir, ont le don de vous réconcilier avec l'humanité, avec la douceur des choses... Il y a quelque temps déjà, j'ai commencé à rédiger un billet, assez long, que je n'ai pas encore terminé ; j'y reviendrai. Dans ce billet, je voulais parler de ce jeune jeune homme, probablement inconnu au Québec, sauf des téléspectateurs de TV5, mais dont la popularité semble s'affirmer en France. Il s'agit de Samuel Benchetrit. Il est écrivain, auteur de théâtre, réalisateur de cinéma. Il a écrit pour Jean-Louis Trintignant la pièce Moins 2, une pièce pour rire de la mort, qui a quelque peu aidé Trintignant à mieux vivre après la mort de sa fille Marie (celle-ci avait été la femme de Samuel Benchetrit).
Il a 32 ans ; il a grandi dans les banlieues de Paris, là où de nombreuses voitures ont été incendiées ces dernières semaines. Ce n'est pas le genre de garçon que l'on invitera dans les salons bourgeois ; il est timide et ne se tient pas bien droit dans un fauteuil Louis XVI. Il a la pudeur et la réserve de ceux qui préfèrent agir et créer plutôt que de parler. Mais il est loin d'être bête et, si on le provoque un peu, il dit des choses plutôt sensées. Il parle avec beaucoup de sympathie de ses anciens voisins de banlieue. Et lui qui est tout en douceur et en tendresse n'accepte pas du tout le discours d'un certain ministre de l'Intérieur français à l'ego plus grand que la France et au discours belliqueux, accusateur et répressif ; il exècre même le personnage et le dit franchement. Comme quoi la douceur n'est pas forcément incompatible avec la virilité (dans le bon sens du terme, celui de la force d'âme et du courage de ses opinions). Il dit avoir eu beaucoup de chance de s'en sortir ; ses meilleurs copains des cités sont morts à cause de la drogue. Si le monde autour de lui était plein de violence, il avait la chance de trouver chez lui la douceur et l'amour de ses parents.
Il a un charme fou, fait de timidité et de tendresse, qui rappelle un peu celui de son « beau-père », Jean-Louis Trintignant. Puis il est authentique ; on l'écouterait longtemps : pas de langue de bois chez lui... Il a commencé à raconter sa vie dans les cités ; le premier tome, Chroniques de l'asphalte, chez Julliard, raconte ses trente premières années ; il compte publier quatre autres volumes. Il aime ses parents. Son père qui était serrurier avait l'habitude de dire : « Il ne faut jamais forcer une serrure. Si tous les hommes ouvraient doucement leur porte, le monde irait mieux. »

mardi 13 décembre 2005

Sieste au soleil...

Quand on dit que la planète se réchauffe... On a beau annoncer moins onze degrés Celsius en début d'après-midi, je n'allais pas me priver d'une petite sieste au soleil.
Puisque je me suis couché tard et levé relativement tôt, je sentais que le manque de sommeil allait affecter de façon négative mon humeur pour le reste de la journée. Or, en passant devant la porte de ma chambre, je n'ai pu résister : je me suis allongé sur mon lit et... je me suis endormi au soleil, la fenêtre ouverte. Je n'ai pas l'habitude de dormir le jour, mais là, c'était bon, à cause du soleil, sans doute.
Au réveil, j'ai déjeuné et... me voilà en pleine forme et prêt à tout.

Actualité brûlante

lundi 12 décembre 2005

Alcib citoyen...


Alcib sera occupé toute la journée et une bonne partie de la soirée... La démocratie réclame sa contribution à l'action politique... À plus tard...

dimanche 11 décembre 2005

Les images de Thomas...

J'aime les images et, parmi celles auxquelles on a accès sur Internet, j'ai un intérêt particulier pour celles de Thomas. Il y a quelques jours, j'ai parlé du jardin de ce copain de Bruxelles, jardin photographié par Thomas, le fils de ce copain. En plus de représenter l'accueil, la tranquillité, la sérénité, ce jardin représente le printemps dans toute sa splendeur...
Hier, Thomas a mis en ligne de nouvelles images. Pour moi qui ai dû chausser hier pour la première fois de la saison mes bottes de neige, celle-ci évoque déjà la nostalgie de l'automne qui semble vraiment céder la place à l'hiver.


Quant à celle-ci, elle me tiendrait bien lieu de sapin de Noël, cette année.

Vous, les deux ou trois personnes qui, discrètement, venez voir ce qu'on trouve dans ce blogue, allez jeter un coup d'oeil sur les images de Thomas ; elles sont tellement plus belles mises en page par Thomas lui-même ; et si le coeur vous en dit, laissez-lui aussi un petit commentaire : ça fait toujours plaisir de savoir que quelqu'un est passé : http://tom.byethost15.com/category.php

samedi 10 décembre 2005

La peur d'aimer...

Je me demande si au fond nous ne parlons pas toujours que de deux types de choses dans la vie : les choses que nous aimons et les choses dont nous avons peur... Il arrive que nous parlions des choses que nous aimons pour tenter d'oublier celles dont nous avons peur. Il arrive aussi, sans doute, que nous parlions des choses dont nous avons peur, de peur de parler de celles que nous aimons...

Mais, non, tout va bien, je vous assure...

Puisqu'il est aussi mon cri du coeur d'aujourd'hui, je reprends ici le commentaire que je viens de laisser à la suite du billet de Marie-Magique...

Comme je t'envie, Magique, cette humilité, cet orgueil finalement bien placé, ce sentiment retrouvé qui te fait croire que, toi aussi, tu mérites un peu d'attention des autres, un peu d'encouragement et d'aide si cela se présente... Je ne suis pas de ceux dont tu parles (je constate que je tutoie ; l'ai-je fait auparavant, je ne m'en souviens plus) ; les regrets, les excuses et les remerciements ne me concernent donc pas. Mais comme je suis heureux de voir que tu acceptes que l'on pense sincèrement à toi, que l'on veuille t'aider si on le peut... Je me reconnais tellement dans tes refus, dans tes « mais, non, tout va bien, je vous assure » ; et le pire, c'est qu'on y croie nous-même au moment où on l'affirme... Faut-il que nous ayons été négligé durant l'enfance, pas reconnu, pour entretenir si solidement ce sentiment d'abnégation ! Faut-il qu'elles soient si solides, ces murailles que l'on a appris à dresser autour de soi, ces murs de Berlin que si peu de personnes sauront franchir pour comprendre ce qui vraiment se passe au-delà du mur ! Faut-il qu'ils soient efficaces, ces mécanismes de défense développés depuis si longtemps qu'on ne remarque même plus leur déclenchement ! Si efficaces en effet, pour nous donner l'illusion que nous n'attendons rien des autres, de crainte d'être déçu... Faut-il qu'elle ait été bafouée, trahie, cette confiance qu'il y a longtemps, nous voulions accorder aux autres, aux « adultes » autour de nous ! Faut-il qu'elle ait été détruite en nous pour que nous n'osions plus croire à l'ouverture désintéressée des autres, à leur générosité si magnifiquement offerte ! Faut-il qu'il soit malheureux, cet enfant en nous que trop souvent nous essayons d'oublier pour présenter l'image de l'adulte que nous avons cru devoir devenir ! Faut-il qu'il soit malheureux en effet d'avoir été bafoué, pour qu'enfin il ose crier à tue-tête : « J'ai mal ! », alors que l'adulte en nous essaie encore de lui mettre un coussin non pas sous la nuque, mais carrément sur la tête, pour étouffer ses cris... au cas où les voisins entendraient.
C'est bizarre, ce soin que nous prenons des autres, ces considérations que nous avons pour tout le monde autour de soi, mais que nous nous refusons et que nous refusons de ceux qui veulent penser à nous. C'est étrange, en effet, la protection que nous voulons apporter aux enfants autour de soi, qu'ils soient à nous ou à d'autres, mais que nous refusons à l'enfant en nous qui est blessé, qui crie, qui appelle à l'aide... Devenir adulte, certes, nous n'y échappons pas. Mais on ne peut pas devenir un adulte équilibré si l'enfant en nous n'a pas réglé ses comptes avec l'enfance et avec la vie, adultes compris.


Marie-Magique : http://marie-magique.blogspot.com/

vendredi 9 décembre 2005

Mon voisin

Parmi les quelques blogues que j'essaie de lire régulièrement, il y a celui d'un jeune Québécois qui travaille à Paris depuis quelques mois et qui raconte son adaptation à la vie parisienne... Son dernier billet date de quelques jours déjà et s'intitule « Mon voisin » ; il fait allusion à un garçon de vingt ans qui semble rentrer très tard la nuit, quand ce n'est pas au petit matin ; comble de bonheur, ce jeune homme à la bonne habitude de claquer la porte de son appartement à chaque fois qu'il y entre ou qu'il en sort, réveillant ainsi notre jeune Québécois qui est habitué à dormir dans la tranquillité.
Depuis que j'en ai fait la lecture, j'ai envie de répondre à ce billet pour lui parler aussi de mon voisin ou plutôt : de mon ex-voisin, qui est arrivé dans cet immeuble il y a près de cinq ans, dans l'appartement voisin du mien, mais qui n'a rien en commun avec le jeune voisin parisien sans-gêne, si ce n'est son âge, au moment de son arrivée (19 ans) et... le fait d'avoir été aussi « mon voisin ».
Quand il est arrivé, « mon voisin » était étudiant ; il venait de terminer à Québec des études collégiales en arts graphiques et il allait entreprendre des études d'interprétation théâtrale ou des études en arts du cirque. Il fut admis à l'École Nationale du Cirque et il y étudia durant trois ans. À la fin de la troisième année, il représenta son école au Festival international de cirque de Tournai, en Belgique, et y remporta l'un des trois premiers prix. Peu de temps après cela, il a commencé à recevoir des offres et six mois plus tard, il partait travailler à Copenhague. Revenu à Montréal au milieu de l'été, pour y vider son appartement (et me présenter un jeune Danois venu participer à un colloque au Palais des congrès), il est reparti quelques semaines plus tard, pour Las Vegas...
Je ne saurais pas parler ce soir de l'importance qu'a pris ce jeune homme dans ma vie au cours des dernières années qu'il a passées dans cet immeuble, allant et venant à son gré de son appartement au mien et vice-versa... Je puis néanmoins affirmer que son envol du cocon de Montréal fut l'occasion pour moi de faire un deuil très douloureux...
Ce soir, je dialoguais sur Internet avec un copain parisien que je n'ai jamais rencontré ; je sais cependant qu'il est musicien, qu'il gagne bien sa vie et qu'il connaît bien le milieu culturel québécois puisqu'il a eu souvent l'occasion de travailler avec nos artistes et nos artisans... Il plaisantait, ce soir, en disant qu'il viendrait me prendre à Montréal et que nous irions passer quelques jours à Las Vegas, qu'il me présenterait à Céline et à René et qu'il en profiterait pour faire connaissance avec mon jeune « voisin », dont j'avais parlé un peu plus tôt, je ne sais plus à quel sujet... Or, après avoir mis fin à cette conversation, détendue, enjouée, j'allais replonger dans la solitude de début de soirée, quand les amis européens sont couchés, que les Québécois sont en train de manger, quand le téléphone a sonné. C'était « mon voisin » qui m'appelait... de Montréal ! Il est en vacances pour deux semaines. Il ira passer une semaine dans sa famille à Québec et, quand il reviendra, nous mangerons ensemble...
J'ai cherché une image pour illustrer ce billet ; je suis tombé sur ce tableau de Francis Picabia, intitulé « Les acrobates, gymnastique banale ». Mon cher voisin en comprendra le sens, le clin d'oeil complice et affectueux...

Une source prête à jaillir...

« Je crois qu’au fond de nous-mêmes,
au plus secret de notre coeur,
il y a une source prête à jaillir... »
Julien Green, Journal — 14 juin 1934

Je crois, moi, qu'en ce moment la source en moi se terre plutôt ici... et il faudrait peu de chose, l'évocation de l'un des nombreux sujets sensibles, pour que la source s'exprime ainsi :

jeudi 8 décembre 2005

Il y a 25 ans...

Il y a 25 ans, John Lennon était assassiné devant le Dakota, immeuble qu'il habitait en face du Central Park, à New York... Je n'ai appris sa mort que le lendemain, par un appel téléphonique d'une amie, Moyra, chez qui j'avais passé une partie de la soirée, la veille.
Moyra est photographe et, quelques mois plus tôt, elle avait pris une série de photos chez moi, dont un certain nombre nous montraient, mon « grand amour » et moi... Hors, depuis quelques semaines, cet amour qui cinq ans plus tôt avait transformé ma vie et qui, depuis, n'avait pas cessé de l'enrichir énormément, semblait de plus en plus mis entre parenthèse par l'être aimé. Il n'y avait pas eu de dispute, il n'y avait pas de désaccord exprimé ; il n'y avait qu'une absence qui s'allongeait, qui se renouvellait de jour en jour, qu'un silence toujours justifié... Mon amour était assez fort pour accepter cette absence sans en faire un drame ; je savais aussi que son amour ne pouvait pas s'éteindre ainsi. J'avais donc décidé de respecter son silence et d'attendre que soit terminée sa période de réflexion, même si cette réflexion devait déboucher sur la remise en question de ce que nous vivions depuis cinq ans...
Le 8 décembre 1980, j'étais en train d'encadrer certaines des photos prises par Moyra et j'ai voulu obtenir sa signature sur l'une des photographies. Je lui ai téléphoné et elle m'a invité à passer chez elle. Elle a préparé du café et nous avons parlé. Bien entendu, elle m'a donné quelques nouvelles de l'être aimé qui avait entrepris depuis septembre des études en cinéma (plus tard, dans le cadre du Festival des films du monde, j'aurai l'honneur de voir mon nom sur le grand écran du cinéma Le Parisien car son film, qui m'était dédié, avait remporté le premier prix du festival de cinéma étudiant et, à ce titre, était présenté au Festival des films du monde). En fin de soirée, j'ai donc quitté Moyra pour rentrer chez moi avec mes photos dédicacées.
Le lendemain, Moyra m'a appelé pour me dire qu'elle était inquiète après mon départ ; elle sentait qu'il y avait du drame dans l'air et craignait qu'il ne m'arrive quelque chose. En m'appelant, elle venait prendre de mes nouvelles ; rassurée à mon sujet, elle pouvait donc réserver à la mort de John Lennon, qu'elle venait de m'annoncer, l'intuition funeste qu'elle avait eu la veille.
Ce qui s'est gravé dans ma mémoire, c'est le souvenir de la soirée passée chez Moyra ; je ne me souviens plus trop de la journée suivante, après avoir appris la mort de John Lennon. Bien entendu, je reçus la nouvelle comme un choc et je crois bien en avoir été assommé durant un moment. Non pas que j'aie porté à John Lennon une admiration particulière ; il était l'un des Beatles, groupe musical qui avait marqué mon adolescence et je continuais d'aimer les chansons du groupe aussi bien que celles de chacun de ceux qui poursuivaient leur carrière en solo. Je dois cependant ajouter que, chez moi, à cette époque, je n'écoutais pratiquement que de la musique classique. Et j'avais été quelque peu agacé quelques années plus tôt par les déclarations de John Lennon à l'effet que les Beatles étaient plus populaires que le Christ. Il me semblait qu'il se prenait un peu lui-même pour le Messie qui sauverait le monde en lui apportant la paix. C'est un noble idéal, certes. Sauf que j'ai un peu de mal avec l'ego démesuré de certaines vedettes...
Quoi qu'il en soit, les mort violentes ont la plupart du temps le même effet sur les humains ; la violence est un viol de la tranquillité des esprits. Il est toujours triste d'apprendre la mort de quelqu'un, d'autant plus s'il s'agit de quelqu'un que nous connaissions ou que nous admirions, même à distance. On a tendance à penser que les personnalités et les célébrités font partie de l'univers dans lequel nous vivons et que, quel que soit leur âge, elles devraient toujours en faire partie. Ce qui est ironique, dans la mort de John Lennon, c'est que celui qui l'a tué l'a fait pour devenir célèbre à son tour, comme s'il suffisait de voler la vie de quelqu'un pour assurer la sienne et lui donner un sens...

mercredi 7 décembre 2005

J'aime les jardins...

J'aime les jardins depuis longtemps, si non depuis toujours. J'en ai vu quelques-uns, et de très beaux... Lors de mon dernier séjour en Europe, invité par son propriétaire à prendre l'apéritif et à voir le jardin, j'ai eu l'occasion de marcher un peu dans celui-ci, qui est un jardin privé, à Bruxelles. La photo a été prise par Thomas, qui sait voir les choses et nous en faire voir la beauté. Sans sa permission, je me permets de publier ici cette image et d'ajouter l'adresse du site sur lequel vous pourrez voir bien d'autres photos, toutes plus belles les unes que les autres... Si Thomas me le demande, je supprimerai ce billet et la photo...

Site de Thomas B. : http://tom.byethost15.com/category.php

mardi 6 décembre 2005

Le flacon bleu... (rêverie)

François avait encore un peu de temps devant lui avant de se rendre dîner chez ses amis. Il pouvait relaxer en écoutant un peu de musique... Il avait pris une douche, s'était habillé et mettait une dernière touche à sa toilette quand le téléphone sonna ; il alla répondre à son bureau. La conversation fut brève, mais agréable. Bien assis dans son fauteuil, il avait raccroché et s'était plongé dans une douce rêverie.

Distraitement, il manipulait un flacon d'eau de toilette qu'il avait dans les mains au moment où le téléphone avait sonné. Il tournait et retournait dans ses mains ce flacon, qu'il semblait regarder sans le voir. Il palpait cependant cette longue bouteille aux quatre côtés égaux, comme un socle de statue de style empire ou une obélisque tronquée, inversée, aux angles adoucis, sur laquelle on aurait posé un chapeau militaire ou l'un de ces bibis qu'affectionne particulièrement la Reine d'Angleterre... François dévissa le bouchon de plastique noir et le posa sur le bureau ; le parfum s'exhala, dégageant un arôme qu'il connaissait bien, une fine odeur de propreté, fraîche et distinguée...

François reconnaissait bien ce parfum, à base de fruits agrumes, de chèvrefeuille et de fleurs d'oranger, sur un fond boisé de cèdre, de mousse de chêne et de bois de santal. Mais en ce moment précis, plus qu'un parfum, cet arôme subtil évoquait le souvenir d'un après-midi d'octobre, à Paris.
Ce jour-là, après la toilette, il avait enfilé un jean, un léger col roulé et un blouson de daim, puis, avant de sortir, s'était généreusement aspergé de cette nouvelle eau d'Hermès, achetée la veille, avenue de l'Opéra.

Il sortit et marcha longuement, boulevard Raspail, en direction de Saint-Germain-des-Prés, sans but précis. Le soleil était magnifique, l'air était frais et sec ; il faisait bon marcher sur ces grands trottoirs jonchés des feuilles mortes des marronniers et des platanes, qui crissaient sous les pas... François se sentait bien ; libre comme l'air, il marchait lentement, en regardant l'architecture des maisons, observant les gens qu'il rencontrait, répondant d'un sourire s'il surprenait un regard curieux ou complice... Prêt à tout et n'ayant besoin de rien, il pouvait s'offrir ce luxe d'être heureux.



Cliquez sur les photos pour les voir en format réel.
La photo des feuilles d'automne est de Max Sauter
http://perso.wanadoo.fr/sauter/paris/paris.htm

lundi 5 décembre 2005

Fenêtre...


« Un livre est une fenêtre
par laquelle on s'évade. »
Julien Green

dimanche 4 décembre 2005

Nostalgie confortante... et déconcertante

Depuis deux ou trois jours, j'ai commencé la rédaction de billets à publier ici, mais je n'ai pas eu le temps de les terminer... J'ai été assez sollicité par la « vie réelle » et, outre le temps que j'ai passé à diverses occupations, j'ai eu du mal à trouver la concentration nécessaire pour rédiger ce que je voulais écrire ici...

Fatigué, j'ai décidé que ce dimanche serait jour de repos et j'ai annulé ma participation à une activité politique. Cependant, je n'arrivais pas aujourd'hui non plus à retrouver l'émotion de départ, l'étincelle qui avait déclenché la rédaction des quelques billets qui sont en attente.

J'ai donc entrepris de mettre un peu d'ordre dans de vieux papiers, de vieux souvenirs. J'ai ainsi numérisé une série d'articles de magazines que je conservais depuis longtemps, de façon à pouvoir me débarrasser du papier...

Ce retour dans mes souvenirs m'a donné des idées et je suis parti à la recherche d'images plus ou moins associées aux souvenirs que réveillaient en moi les articles numérisés. Je crois que j'aurai assez d'images pour alimenter ces pages durant quelques mois... Parmi les photos retrouvées, il y en a quelques-unes de la série américaine « The Walton », qui raconte l'histoire d'une famille nombreuse et unie qui habite les montagnes de la Virginie durant la récession, je crois. John Boy Walton en est le narrateur. Celui-ci écrit quotidiennement son journal intime, prétexte à raconter les événements qui se déroulent sous ses yeux et auxquels il est mêlé à l'occasion. La plupart du temps, ce sont de petits drames familiaux qui se terminent toujours bien...
C'est un jeune ami anglophone (qui ressemblait beaucoup au personnage principal, selon moi) qui m'avait fait découvrir cette série et, après en avoir vu quelques épisodes en sa compagnie, je ne pouvais plus m'empêcher de regarder les reprises de ces émissions... Je crois que les émissions étaient enregistrées en noir et blanc ; je ne peux pas vraiment l'affirmer puisque durant plus de huit ans, je n'ai pas eu de téléviseur chez moi et quand j'en ai acheté un, c'était un téléviseur noir et blanc...

Je me reconnaissais assez bien dans cet univers : grande famille, vie à la campagne (ce que j'ai connu durant mon enfance était à peine moins rustique que ce nous était présenté dans cette série). John Boy, s'il n'était pas l'aîné des enfants était tout au moins l'aîné des garçons (je n'étais ni l'un ni l'autre), tenait un journal et il voulait devenir journaliste... Là où je ne reconnaissais pas notre famille, c'est qu'il y avait dans celle-ci beaucoup de communication, beaucoup de dialogue entre tous les membres de la famille et beaucoup d'affection et de tendresse les uns envers les autres. Dans cette famille pourtant nombreuse, chacun avait sa personnalité, affirmée et reconnue, de la plus jeune jusqu'au grand-père et à la grand-mère qui partageaient la maison... J'ai dû essuyer souvent des larmes de regret quand je voyais et que j'entendais ces membres d'une même famille se parler entre eux, se préoccuper de l'autre et trouver le moyen de faire en sorte que, au moment où s'éteignaient les lumières (tout le monde se couchait au même moment), on pouvait se souhaiter une « bonne nuit » en toute sérénité. Quand la dernière lampe était éteinte, la paix régnait sur la maison et dans les coeurs...
John Boy, pourtant encore adolescent, était un modèle à suivre. L'acteur Richard Thomas a vraiment été marqué par ce personnage qu'il n'a pourtant pas joué si longtemps, mais les téléspectateurs ont surtout retenu de lui ce rôle de bon garçon que chaque famille voudrait avoir... J'imagine que la demande a dû être tellement forte qu'on a demandé au comédien vedette, plusieurs années plus tard, d'enregistrer le texte du roman de Earl Hamner Jr, Spencer's Mountain, dont on tiré la série télévisée « The Walton ».

Pour ma part, je reverrais avec plaisir cette série d'émissions. Je crois qu'on peut maintenant la trouver en dvd...

Parmi les autres images retrouvées, il y a celles d'un comédien que j'ai aimé dans deux films que j'ai vus il y a plusieurs années ; il s'agit de Brad Davis.

Dans le film de Rainer Werner Fasbinder, Querelle, on le voit notamment avec Jeanne Moreau. Je reverrais sans doute avec beaucoup de plaisir ce film que je n'ai encore jamais revu.

Le second est un film d'Alan Parker, Midnight Express (L'Express de minuit, en français, je crois). Je ne sais trop que dire de ce film, absolument bouleversant... Il raconte l'hisoire de Billy Hayes, un jeune Américain arrêté à l'aéroport d'Istambul pour avoir sur lui quelques grammes de hashisch. Les Turcs décident d'en faire un exemple et le condamnent à la prison à perpétuité ; on l'enferme dans des cellules où il n'y a plus rien d'humain... Le titre du film fait référence à une réplique que l'on entend dans le film ; l'un des codétenus dit au jeune Américain qu'il ne faut pas compter su la justice : « La seule façon de sortir d'ici, c'est de prendre L'Express de minuit... » Il ne s'agit pas du train qui vient prendre les prisonniers en fin de journée, mais de l'évasion... Coeurs sensibles s'abstenir. De même que si vous projetez un voyage en Turquie dans les prochains jours (la Turquie a bien changé en trente ans, mais il est clair que si le gouvernement de Turquie décidait de remettre un prix pour sa contribution au tourisme turc, ce n'est certainement pas celui-ci qui l'obtiendrait).

L'histoire de Billy Hayes est une histoire vraie et Alan Parker y réalise là un chef-d'oeuvre de mise en scène et de réalisation, faisant revivre tout le drame et toute la cruauté de cet univers carcéral.

La peine, la pitié, l'angoisse, la colère, la révolte... les sentiments des spectateurs ne sont pas épargnés... Et personne ne pourra rester indifférent à un tel film...

Des années et des années plus tard, le seul fait de penser à ce film me bouleverse encore. Et je regrette un peu d'avoir pris le temps ce soir ce revoir certaines photos tirées de ce film. Je risque d'avoir du mal à dormir...

Et ce qui ajoute à l'émotion, c'est que Brad Davis, le comédien qui incarne le personnage de Billy Hayes dans ce film et qui a obtenu plusieurs récompenses dans les mois qui ont suivi la sortie du film, en 1978, est mort du Sida en 1991. Il aurait été contaminé par des seringues lors de la consommation d'héroïne. Sa veuve continue, semble-t-il, de militer pour la prévention du VIH.

Bref, c'est un film que j'ai adoré, un film qui m'a bouleversé, troublé, révolté, un film dont je n'ai pas cessé de parler à chaque fois que j'en ai l'occasion... Je crois cependant que c'est un film que je ne pourrais plus revoir.


Avec le recul, je me rends compte qu'il n'y a pas que le hasard qui provoque des rencontres... Les choix que nous faisons dans la vie, qu'il s'agisse d'amitiés, de livres, de musique, de cinéma, etc., ont sûrement entre eux des liens plus profonds que ce que nous avions d'abord cru...

Je mentionnais cet ami qui m'a fait découvrir la série « The Walton » et qui lui-même me faisait tellement penser au personnage principal, narrateur John Boy... Cet ami a fait un peu de journalisme par la suite, mais il a surtout fait du cinéma... Son frère plus jeune disait m'écouter avec tellement de fierté quand il était adolescent et que je lisais les nouvelles à la radio ; John rêvait d'écrire et d'une certaine façon j'étais un modèle pour lui, d'autant plus intéressant que j'étais l'ami de son frère ; John a écrit et publié des livres, mais il est d'abord devenu réalisateur de cinéma. Et, autre fait troublant, j'ai souvent constaté une ressemblance frappante entre John, le petit frère, et Brad Davis, l'interprète de Billy Hayes dans « Midnight Express »...

jeudi 1 décembre 2005

Souvenir ému

À l'été 1994, André, mon vieil ami parisien, est venu passer un mois au Québec. Peu de temps après son arrivée, nous sommes partis à Baie-Saint-Paul, en compagnie d'un ami de Montréal qui nous avait trouvé un chalet très calme et confortable, loin de la route principale et en retrait par rapport aux autres chalets du domaine. Les deux autres chalets les plus près ont été inoccupés durant presque tout le temps que nous avons été là. Le matin, je me réveillais très tôt, vers cinq heures et j'allais lire à l'extérieur près de l'étang qui s'étendait sous les fenêtres de la cuisine et de la salle à manger. Tous les matins, pendant que je lisais, un héron se tenait sur une patte au bord de l'étang, immobile devant moi, comme s'il faisait de sa méditation matinale ; un peu avant huit heures, il quittait l'étang et disparaissait pour la journée. Je ne le retrouvais que le lendemain matin...
Chaque jour, après le petit déjeuner et la toilette, nous allions faire des courses, nous prenions un peu le temps de lire, d'écrire, de relaxer. Puis André préparait le déjeuner qui était en soi un chef d'oeuvre aussi esthétique que gustatif ; l'agencement des saveurs, des formes, des textures et des couleurs était du grand art. Puis, peu de temps après le déjeuner, nous prenions la voiture de location et nous partions explorer un coin de la région de Charlevoix. Chaque jour nous réservait son lot de surprises et d'émerveillement.
L'un de ces jours, nous nous sommes arrêtés à Petite-Rivière-Saint-François, calme village le long du fleuve Saint-Laurent ; Gabrielle Roy, écrivain, y avait une petite maison un peu à l'écart du village. Depuis sa mort, la petite maison appartient à la Fondation Gabrielle Roy qui chaque année décerne à un écrivain québécois une bourse ainsi que le privilège d'habiter cette maison durant six mois (six mois seulement, probablement parce que cette petite maison n'est pas assez bien équipée pour y passer l'hiver).
Je n'ai pas lu tous les livres de Gabrielle Roy, loin de là ; il n'empêche qu'elle est un monument de notre littérature et que j'avais lu avec émotion le premier tome de son autobiographie qui me rappelait ce qu'avait dû être aussi la vie de mes parents et celle de ma mère en particulier qui, comme Gabrielle Roy, avait été institutrice dans les écoles de campagne. C'était suffisant pour que j'aie envie de voir cette maison où elle passait tous ses étés. Nous nous sommes renseignés au village ; on nous a dit que la maison était fermée à ce moment-là, mais que nous pouvions sans doute entrer sur le terrain et marcher dans le jardin ; c'est ce que nous avons fait.
Quelques semaines plus tard, je recevais de Paris une lettre d'André gonflée de plusieurs photos de nos vacances dans Charlevoix, lettre à laquelle j'ai répondu :


Montréal, le 21 novembre 1994

Cher André,
Je viens de recevoir ta belle et longue lettre qui me donne d'agréables nouvelles de Paris et à laquelle j'apporterai au cours des prochains jours la réponse qui lui convient. Je veux cependant te remercier sans délai des photographies qui l'accompagnent et qui prolongent ainsi en images nos vacances de l'été dernier et ton trop court séjour au Québec.
Je suis particulièrement ému de retrouver sur l'une de ces images le paysage que pouvait contempler Gabrielle Roy des fenétres de sa petite maison d'été. C'est ici, en effet, dans cette modeste maison de Petite-Rivière-Saint-François que, pendant plus de trente ans, elle viendra chaque été se recueillir et écrire ses livres.
En pénétrant dans ce domaine privé, rappelle-toi comme nous sentions tout autour l'esprit quasi palpable de ce grand écrivain, que tu ne connaissais pourtant pas encore. Et ce n'est qu'avec un profond respect, et en ayant l'impression d'accomplir un sacrilège, que nous avons marché dans ce jardin, où nous ne parlions qu'à voix basse, comme si nous avions peur de déranger son travail ou sa méditation. Autant que toi, ce court pèlerinage m'a bouleversé ; c'est pour en prolonger la grâce, que j'ai voulu me replonger dans les textes de celle dont la présence a imprégné ces lieux, et que j'ai cherché quelques-uns de ses livres pour te les offrir.
Comme tu le dis si bien en commentaire à l'endos de cette photo, la simple et calme beauté de ce jardin a dû l'inspirer ; j'ajouterais pour ma part que la vue du fleuve ne pouvait pas ne pas lui rappeler que toute vie s'écoule imperceptiblement et que, pauvres mortels que nous sommes, nous passons aussi dans ce flot inexorable du temps.
Cette religieuse émotion partagée dans le périple profane de nos dernières vacances me confirme encore que, à travers le temps et l'espace, je suis et je reste, plus que jamais, ton ami.

Jean-Marc
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La liste des livres de Gabrielle Roy (1909-1983) est longue ; son premier roman, Bonheur d'occasion, a été adapté au cinéma. Parmi ses derniers écrits publiés de son vivant, il y a la première partie de son autobiographie, La détresse et l'enchantement.

Biographie de Gabrielle Roy par François Ricard (Éditions Boréal)

mercredi 30 novembre 2005

Poireaux vinaigrette...

J'apprends, par le blogue d'Olivier que le poireau est le symbole floral du pays de Galles... À dire vrai, je m'en moque un peu, n'ayant pour l'instant pas de lien affectif particulier avec le pays de Galles (rien contre non plus ; j'ai des amis qui y sont allés et qui ont aimé). Je trouve cependant amusant que l'on puisse choisir le poireau comme emblème floral...

Comme je l'écrivais en commentaire dans le blogue d'Olivier, je me suis demandé si Agatha Christie ne s'était pas inspirée de ce légume pour nommer le plus célèbre de ses personnages, le fameux Hercule, inspecteur d'origine belge... Oui, je sais que l'Hercule de la dame anglaise, c'est « Poirot » qu'il s'appelle (faut pas me prendre pour un illettré simplement parce que je suis Québécois, que je ne suis pas professeur et que je ne mets pas toujours sur les « i » plus de points qu'il n'en faut : il faut faire confiance à l'intelligence du lecteur). Si j'avais voulu donner un nom de légume à un personnage belge, je l'aurais plutôt appelé Chicon, il me semble ; mais peut-être que la romancière anglaise craignait la sonorité finale de cet autre légume...

Cela me rappelle l'histoire d'un important promoteur immobilier qui construisait à Montréal un hôtel assez important ; puisque le projet devait s'élever rue Sherbrooke, à l'angle de la rue City Councillors, les promoteurs avaient décidé de lui donner le nom de « Shercon ». On aura vite compris pourquoi ce projet qui devait avoir un certain prestige risquait de faire parler de lui pour autre chose que la qualité de son architecture... Comme j'ai eu à l'époque, pour le compte de l'État, un petit rôle à jouer dans les démarches administratives concernant la raison sociale et la déclaration du siège social de l'entreprise, j'avais suggéré aux conseillers juridiques de l'entreprise en question qu'il serait préférable de choisir une autre raison sociale. Évidemment, les conseillers juridiques n'aiment pas se faire dire ce qu'ils doivent faire ; il y a toujours quelque chose d'un peu humiliant pour eux de rappeler le client, de lui demander de choisir un autre nom ; pourquoi l'avocat n'y a-t-il pas pensé plus tôt, en effet ? Pourquoi payer des conseillers juridiques s'ils ne peuvent prévoir les problèmes à venir ? Mon conseil de changer de nom a tout de même fait son chemin, conforté par d'autres qui n'ont sûrement pas manqué de venir de part et d'autre et, ce n'est pas négligeable, par quelques articles dans les journaux ; l'entreprise a fini par changer de nom...

Pour moi, cependant, les poireaux n'évoquent ni le pays de Galles ni Agatha Christie. J'ai dû manger des poireaux quelques fois dans mes premières années de jeunesse, mais je n'en gardais aucun souvenir et par conséquent aucun désir de recommencer. C'est un légume que j'ai vraiment découvert il y a plusieurs années, lors d'un séjour à Paris. Lors de mon premier séjour dans la capitale française, à vingt ans, j'avais commencé à faire du spectacle en professionnel (avec cachet, déductions, cotisations) ; depuis, j'étais resté en contact avec quelques personnes, dont le professeur de danse de quelques amis que j'allais souvent attendre à la fin de leurs cours... Quand, après quelques mois, il fallut prolonger mon permis de séjour en sol français, ce professeur de danse de mes amis fit vraiment tout ce qu'il put pour me permettre de rester en France plus longtemps : il me fit inscrire au Conservatoire de musique dans la classe de chant que dirigeait une amie, il me fit embaucher chez un commerçant de son voisinage en attendant que je reparte en tournée de spectacles, etc. Mais un artiste lyrique ne gagne pas une fortune à vingt ans ; si les engagements sont un peu espacés, il faut trouver d'autres sources de revenus. On voulait bien m'engager dans des commerces, dans des bureaux ; mais après quelques jours, quand on se rendait compte que je n'étais pas Français, je comprenais que je devais partir... Je finis par rentrer à Montréal, la mort dans l'âme...


Par la suite, chaque fois que je venais à Paris, je venais chez cet ami, André ; j'y avais « ma chambre » (c'est ainsi qu'il désignait lui-même cette pièce qui lui servait de petit salon de musique et de lecture ainsi que de salle à manger pour les repas sans cérémonie et dans laquelle je m'installais quand j'étais là ; il me disait parfois : « J'ai reçu telle ou telle personne ; j'ai dû prêter "ta chambre" ».) Comme il avait fait une belle carrière, qu'il avait été une « star » en son temps, son appartement était un véritable musée, rempli de collections diverses et de beaux objets. Son train de vie était aussi à la hauteur de sa réputation. Quand je venais à Paris, c'était habituellement pour trois semaines ou un mois. Et tout le temps que j'étais là, chacun des repas était particulièrement bien planifié pour me faire goûter les délices de la cuisine française. Des poissons au poulet, en passant par les fruits de mer, le veau, le canard, le lapin, le steak tartare, j'aurai mangé là la meilleure cuisine qui soit et rien que d'y penser, j'en salive encore ; tous les amis que je lui ai fait connaître et qui ont eu l'occasion de manger chez lui diront la même chose : protocole en moins, chacun de ses repas était un repas princier... Le midi, c'était évidemment plus léger, mais toujours délicieux et bien équilibré ; nous prenions un peu moins de vin au déjeuner, mais il fallait tout de même un verre ou deux de ce qu'il appelait en riant son « porto soviétique », qui était en fait son bordeaux de table, son vin de tous les jours. Pour les grandes occasions, il descendait à la cave chercher du champagne et, surtout, de grands crus du Bordelais pour les vins rouges... C'est de là que me vient l'habitude de n'acheter pour moi que des vins de bordeaux, sans que ce soit les grands crus. Et c'est aussi chez lui, donc, que j'ai mangé pour la première fois des poireaux vinaigrette en entrée, que j'ai souvent préparés moi-même depuis et qui restent ancrés dans ma mémoire comme un plat associé à l'automne, au mois de novembre plus particulièrement, et surtout comme un plat associé à André. C'est aujourd'hui la Saint-André, qui était sa fête et la grande occasion de recevoir quelques amis pour lesquels il sortait le champagne, la belle vaisselle, le cristal et l'argenterie ; pour l'occasion, les grands traiteurs parisiens étaient mis à contribution : D'Aloyau, Fauchon, Hédiard.... J'ai une pensée affectueuse et triste pour cet ami, décédé en novembre il y a deux ans et qui fut durant... plus de vingt ans, pas forcément un maître à penser car nous avions parfois des positions politiques assez divergentes, mais un mentor dans l'art de vivre et un fidèle ami.

Le blogue d'Olivier (un Français au Québec).





Rien à déclarer !

Rien à ajouter non plus, merci.



mardi 29 novembre 2005

Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir...

« Nous naissons, pour ainsi dire, provisoirement, quelque part ; c'est peu à peu que nous composons en nous le lieu de notre origine, pour y naître après coup, et chaque jour plus définitivement. » (Rainer Maria Rilke)

lundi 28 novembre 2005

Ouf !

Ça y est : j'ai terminé cet article et, pour tout dire, il était temps... Je me dis parfois qu'il faut être un peu masochiste pour s'engager à produire un article pour telle ou telle publication. À mesure qu'approchent la date et l'heure de tombée, la tension augmente et je ne suis pas persuadé que l'adrénaline en fasse toujours autant...
Enfin, je peux dire : mission accomplie, mais à quel prix ? J'ai vraiment trop attendu avant d'en commencer la rédaction ; je savais ce que je voulais mettre dans cet article, mais je ne voyais toujours pas quelle forme lui donner... Au fond, tout cela, ce sont des questions de cuisine qui n'intéressent personne : ceux qui écrivent les connaissent et les autres ne veulent pas savoir...
Même après avoir envoyé l'article (car il fallait bien l'envoyer), je ne savais pas trop ce qu'il valait ; j'étais épuisé et je n'avais plus assez de recul pour en évaluer la pertinence et la qualité... Une heure plus tard, j'ai reçu un message d'un membre du comité de rédaction, exprimant son heureuse surprise de la forme et sa satisfaction du contenu ; je pouvais ainsi commencer à relaxer... Relaxer ? C'était essayer de faire abstraction du mal de tête violent qui ne me lâchait pas et de la nausée qui me guettait : voilà le résultat des heures supplémentaires de travail et du chambardement du rythme de vie. J'ai beaucoup de sympathie pour Rimbaud, mais je crois que j'ai passé l'âge du dérèglement de tous les sens.


Au sujet de Rimbaud, quelqu'un a lu ce roman de Philippe Besson, Les jours fragiles ? Il nous révèle les derniers jours d'Arthur racontés par sa soeur Isabelle qui aura toujours vécu dans son ombre... Ombre ou absence ? Ombre d'autant plus troublante, peut-être, qu'elle était celle d'un frère qu'elle n'avait jamais vraiment eu le temps de connaître. Au retour d'exil du frère prodige et prodigue, elle décide de ne plus le quitter et reporte sur lui toute l'affection qu'elle auraît dû pouvoir consacrer à un mari, à des enfants...

Si vous ne connaissez pas encore Philippe Besson, c'est un jeune romancier contemporain dont chaque nouveau roman est attendu. Il a écrit Son frère, dont Patrice Chéreau a tiré un film (dans lequel on peut voir Éric, un copain de Paris, jouer un rôle muet ; son nom est au générique. Salut Éric, toi qui ne connais pas encore l'existence de ce blogue. C'est promis, je t'en envoie l'adresse dans les prochaines minutes.)

Les romans de Philippe Besson (1967), tous parus chez Julliard, sont : En l'absence des hommes (2001), Son frère (2001), L'arrière-saison (2002), Un garçon d'Italie (2003), Les jours fragiles (2004) et Un instant d'abandon (2005). J'apprends que Claude Berri aurait conclu une entente avec Philippe Besson pour porter à l'écran Les jours fragiles ; Julie Depardieu y jouerait le rôle d'Isabelle Rimbaud et Guillaume Depardieu, celui d'Arthur.

dimanche 27 novembre 2005

Heure de tombée...

Durant quelques heures aujourd'hui, il a fait beau ; le soleil est sorti, mais un peu tard ; il a dû rapidement aller se coucher. Au fond, le temps est encore assez doux : le mercure se maintient autour du point de congélation ou légèrement au-dessus. Alors j'en ai profité, en fin d'après-midi, pour aller prendre l'air avant de me mettre au travail. En fait, je suis très en retard, car je dois envoyer ce soir un article d'environ 1 500 mots et il est... encore dans mes neurones. Je devrais commencer à être pris de panique, mais depuis trois semaines, j'ai débranché le bouton d'urgence. J'ai décidé de m'accorder un peu de répit et de faire d'abord ce qui me plaît... quand c'est possible. Cet article, je ne peux cependant pas le remettre à plus tard, car déjà il devait être remis lundi dernier, sauf qu'on m'a demandé de faire un peu plus long pour occuper un espace que des articles de collègues devaient remplir ; or les articles commandés à des collègues n'étaient simplement pas à la hauteur, m'a-t-on dit ; on m'a donné quelques jours de plus pour me permettre d'étoffer le mien. Je ne peux pas non plus me permettre de bâcler cet article, qui sera lu surtout par des pairs, des collègues qui n'appartiennent pas à la même association que moi, mais à une autre association de langagiers, regroupant principalement des traducteurs, des réviseurs, terminologues et autres linguistes. Je me fais donc un peu de thé noir et je m'installe au clavier... jusqu'au moment où je pourrai inscrire au bas de mon quatrième feuillet le code bien connu :

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