lundi 7 août 2006

Le mont Royal vu de l'Hôtel-Dieu


Voici quelques précisions sur ce que nous pouvons voir ou deviner sur cette photo.

On aperçoit sur la deuxième photo, après la première rangée d'arbres, une bâtiment de pierres qui sert surtout au jardinier ; juste à côté, il y a une toute petite chapelle, en pierres également, mais que l'on n'aperçoit pas sur la photo. En haut à gauche, on peut apercevoir quelques bâtiments d'un autre hôpital, anglophone celui-là, le Royal-Victoria. Vers le centre-droit de l'image, entre la cime des arbres du premier plan et la croix du mont Royal, on peut voir un toit vert ; il fait partie des installations sportives de l'Université McGill, autre institution anglophone. Ce que l'on ne voit pas, perdues dans les arbres, ce sont les résidences étudiantes de la même université (presque toutes les vues intéressantes de Montréal appartiennent à ceux qui ont longtemps dominé la vie économique et culturelle de Montréal : les anglophones de souche britannique). L'Université McGill et l'hôpital Royal-Victoria ne se gênent pas pour, de temps à autre, couper des arbres et envahir peu à peu du terrain dans ce parc du mont Royal qui appartient aux Montréalais ; ils sont passibles d'amendes pour ces délits, mais qu'est-ce qu'une amende de quelques centaines de dollars pour ces riches institutions ? les places ainsi récupérées pour garer quelques dizaines de voitures rapporteront au centuple en quelques semaines le montant de ces amendes. Conclusion : ce n'est pas parce qu'ils dirigent des institutions à caractère social ou humanitaire que les administrateurs de ces institutions font preuve de civisme et de respect de la propriété collective des Montréalais. Hélas, ces infractions, pratiquées parfois avec insolence dans le cas des deux institutions précédentes, ne sont pas isolées : il y a quelques années, les soeurs hospitalières, pour répondre sans doute aux demandes pressantes des administrateurs de l'Hôtel-Dieu, ont laissé se détériorer quelques très belles maisons qui leur appartenaient, rue Saint-Urbain, forçant ainsi les locataires à quitter les lieux, afin de pouvoir démolir ces maisons datant du XIXe siècle et de les remplacer par un terrain servant à garer des voitures. J'avais toujours rêvé d'occuper un logement dans l'une de ces maisons, non seulement à cause de l'architecture de ces maisons, mais aussi pour la vue superbe sur le parc Jeanne-Mance et sur le mont-Royal ; cette vue superbe, ce sont maintenant des dizaines de voitures qui en bénéficient.

dimanche 6 août 2006

Quatre jours loin de chez moi (suite et fin... enfin)

Cette première nuit après l'opération n'a pas été trop difficile ; les anti-douleurs qu'on m'avait administrés sous différentes formes en fin de soirée avaient dû jouer leur rôle avec beaucoup d'efficacité. Je ne me souviens pas de m'être réveillé au cours de la nuit, mais au petit matin, j'avais les yeux bien ouverts avant que l'on vienne s'occuper de moi et dès qu'un préposé s'est approché, je lui ai demandé d'abaisser les barres d'appui escamotables de mon lit électrique aux multiples panneaux de commandes, dont deux sont insérés dans les barres d'appuis de chaque côté du lit... Je pouvais ainsi contrôler moi-même la hauteur du lit, le relèvement de la tête ou du pied, et bien d'autres fonctions que je n'utilisais pas ; il m'était cependant impossible de descendre moi-même les barres d'appui escamotables de chaque côté du lit. Le préposé m'a demandé pourquoi. « Parce que je veux pouvoir m'asseoir sur le bord du lit ». « Ah non, vous ne pouvez pas faire cela avant qu'on ait fait avec vous le premier lever. Après une anesthésie, une chirurgie, vous pourriez avoir un malaise, vous évanouir... Nous viendrons avec les infirmières vous aider à vous lever, mais dans une heure ou une heure et demie ; en ce moment, nous n'avons pas le temps. »
J'allais me résigner à attendre quand, cinq minutes plus tard, trois personnes sont arrivées pour m'aider à me lever et, voyant que je n'éprouvais ni faiblesse ni vertige, m'ont autorisé à m'asseoir sur le bord du lit, non sans me recommander la plus grande prudence dans mes mouvements. Dans les minutes qui ont suivi, je suis descendu du lit et j'ai commencé à marcher dans la chambre. Quand le préposé est revenu pour me demander si j'étais prêt à faire ma toilette, il a été surpris : je l'avais déjà faite. L'infirmière est revenue me donner quelques comprimés et me faire une injection, après avoir vérifié l'état du drain qu'on m'avait posé et des pansements. Le petit déjeuner est arrivé, liquide seulement, afin de ne pas imposer au foie un effort trop grand : « jus d'orange, sauce aux pommes, gruau coulé, cassonade, lait et café ». Après avoir absorbé tout cela, c'est-à-dire quelque dix minutes plus tard, j'étais prêt à faire face à ma principale préoccupation de la journée : comment occuper mon temps. J'ai commencé à marcher un peu dans le couloir, en m'aventurant de plus en plus loin. Puis j'ai découvert, à quelques pas seulement de ma chambre, une grande salle, avec de grandes fenêtres en saillie qui donnaient sur le jardin privé des soeurs hospitalières et, un peu plus loin, de l'autre côté de l'avenue du Parc, sur le parc Jeanne-Mance et le mont Royal. Puis, plus intéressant encore, il y avait, de chaque côté de ces grandes fenêtres, un petit balcon avec deux fauteuils.
Comme il faisait très beau et très chaud, j'étais ravi de pouvoir m'asseoir sur un de ces balcons et d'y passer de longues minutes à rêver, à lire ou tout simplement à admirer le jardin des soeurs, pas très fleuri, mais très agréablement planté d'arbres et d'arbustes d'essences diverses. Finalement, je pouvais jouir du soleil, de l'air, du calme, de la vue sur un jardin, sur un parc, sur la montagne et, en tournant légèrement la tête vers la gauche, sur tout le centre-ville de Montréal. Je n'ai pas de balcon chez moi et, paradoxalement, il fallait que je sois hospitalisé pour pouvoir profiter d'un balcon, comme si j'étais dans un grand hôtel. Au fond, l'Hôtel-Dieu portait bien son nom... Où donc aurais-je pu profiter du soleil de cette façon, à peine vêtu d'une légère blouse de coton, avec une vue magnifique, sans voisin immédiat car, étrangement, j'étais toujours seul sur l'un ou l'autre dec es deux balcons, sauf durant quelques minutes où un infirmier est venu manger son sandwich à côté de moi. Comme il fallait que je boive beaucoup d'eau et que, par conséquent, je doive aussi l'éliminer, j'ai souvent fait l'aller-retour entre ma chambre et ce balcon et c'est ainsi que j'ai passé la plus grande partie de mon temps ce lundi trois juillet, lendemain de l'opération chirurgicale pour m'enlever la vésicule biliaire. Quand j'ai rencontré le chirurgien, le mardi suivant, et qu'il m'a dit que je pouvais rentrer chez moi, j'avais l'air plus en santé que lorsque j'étais arrivé ; j'étais bronzé comme je ne l'ai pas été depuis des années.


Voilà, au fond ce qu'au départ je voulais raconter : ces quatre jours de « vacances » passées à l'hôpital, où j'ai été très bien reçu et très bien traité, où l'on s'est occupé de moi comme personne ne l'a fait ces dernières années, sauf mon charmant voisin par moments quand il était là, avant qu'il n'entreprenne pour de bon sa carrière d'acrobate...

En sortant de l'hôpital, le mardi quatre juillet, de nombreuses tâches m'attendaient, auxquelles je ne pouvais pas vraiment me soustraire, au risque de retarder de plusieurs semaines, voire de quelques mois l'avancement de certains dossiers que je trouvais importants. Officiellement, j'étais en convalescence pour un mois ; j'avais avisé mon employeur que je n'irais pas au travail durant quelques semaines, sauf un jour ou deux pour régler certaines affaires urgentes et ramasser mes affaires avant les vacances car le bureau serait fermé durant deux semaines. J'étais donc en congé de mon emploi alimentaire, mais je ne pouvais pas vraiment abandonner les responsablilités que j'assume, bénévolement, à la présidence de l'association professionnelle...

Je devais me reposer, mais je n'en avais pas le temps... Heureux de mon séjour à l'hôpital, qui m'avait forcé à me reposer durant quatre jours, et heureux aussi de rentrer chez moi, de retrouver ma musique, mes livres, mes outils de travail, mon ordinateur, Internet, etc... J'avais du pain sur la planche, mais en même temps, j'avais envie d'écrire, de raconter ce que je venais de vivre. Il s'agissait pour moi d'une expérience intéressante, positive, et je sentais le besoin de l'écrire, ne serait-ce que pour moi-même. Je ne savais pas au départ que ce serait aussi long et, honnêtement, je ne croyais pas qu'on se donnerait la peine de lire jusqu'à la fin ces deux longs billets et... d'en réclamer la suite. Mon intention, au départ, c'était de parler du balcon, du soleil, des vacances... et non des détails au sujet de l'hospitalisation elle-même... Mais voilà que, deux jours après avoir commencé ce long récit, j'ai été pris dans un tourbillon d'activités qui m'ont pris du temps, qui m'ont fait perdre le fil de ce récit en me prenant un peu mon âme, en quelque sorte.

Quand j'ai commencé ce récit, je me sentais bien. J'avais retrouvé ma sensibilité, ma capacité de m'émouvoir, de bien ressentir les choses. Je me sentais sensible et vulnérable ; un rien me faisait pleurer, de joie comme de tristesse. J'aurais voulu avoir près de moi quelqu'un avec qui je puisse partager ces émotions, avoir quelqu'un que j'aurais pu serrer contre moi et embrasser, quelqu'un avec qui partager un repas, etc. Mais ce n'était pas le cas.

Et, le temps passant, je me suis senti tout à fait déphasé. Je devais être en convalescence, me reposer, mais j'étais très pris par des obligations. À défaut de pouvoir partager avec un être proche des émotions, des confidences, j'aurais voulu pouvoir écrire des pages personnelles mais, au lieu de cela, je devais rédiger des rapports, concevoir et élaborer des stratégies d'affaires, etc. J'ai été si bien happé par les responsabilités habituelles que je n'avais plus d'énergie ensuite pour m'occuper de ce qui me touchait vraiment et dont j'avais retrouvé le chemin...

Puis un jour, il m'a fallu décrocher totalement. J'ai eu besoin de ne rien faire. J'étais fatigué. J'avais besoin de dormir. Les quelques heures de la journée au cours desquelles je ne dormais pas étaient consacrées aux courses, à la préparation des repas, aux repas eux-mêmes, à la lecture, à quelques brefs commentaires laissés à la suite de la lecture de quelques blogues. Je ne pouvais pas vraiment répondre aux commentaires laissés ici, à la suite des deux billets précédents car je voulais d'abord écrire cette troisième partie mais... je n'y arrivais pas. J'en suis désolé. Il m'aura fallu de nombreuses tentatives pour arriver à écrire ce billet, qui ne ressemble en rien à ce que j'avais en tête au départ ; j'ose espérer que je pourrai ensuite retrouver le goût et la capacité d'écrire plus régulièrement, des billets plus... courts et plus légers.

Merci de votre patience et de votre compréhension. Merci aussi de votre impatience si tel a été le cas...

Voici une photographie de l'Hôtel-Dieu de Montréal. Le salon vitré auquel je fais allusion se trouve à chaque étage au centre du pavillon le plus foncé, qui donne sur le jardin. Je me trouvais au quatrième étage, et les fenêtres de ma chambre, à quelques mètres seulement de ce salon vitré et des deux balcons, donnaient aussi sur le même jardin et sur le parc... (en cliquant sur les images, vous devriez pouvoir les agrandir).


Voici une image, prise par un autre patient de l'Hôtel-Dieu, et qui montre la vue qu'il avait de sa chambre ; c'est à peu près la vue que j'avais de la mienne, sauf que j'étais un peu plus haut : les arbres du premier plan ne me paraissaient pas si près. Ce que l'on ne voit pas sur cette image, c'est tout le centre-ville, qui se trouve à gauche de ce jardin, quelques rues plus loin... J'ai donc emprunté cette image à un autre patient de l'Hôtel-Dieu, dont j'avais lu le blogue il y a près d'un an, mais dont j'ai malheureusement perdu l'adresse ; j'avais conservé cette image, sans me douter qu'un jour j'aurais l'occasion de l'avoir sous les yeux en format réel.

vendredi 4 août 2006

Mon anniversaire...


... s'en vient à grands pas : ce sera dans 21 jours.

jeudi 6 juillet 2006

Quatre jours loin de chez moi... (2e partie)

Plus tard, vers la fin de la journée de ce ce même samedi 1er juillet, le mystérieux chirurgien est apparu aussi subtilement qu'il était disparu un peu plus tôt. Sans transition, à la manière des enfants et des grandes personnes qui ont conservé la même pureté, je l'entendis prononcer ces mots comme dans un souffle : « Nous allons opérer. Ce sera probablement dimanche matin, vers neuf heures. » Voyant à mon expression et à mon calme que je ne m'y opposerais pas, il est reparti, me laissant aussi songeur que si j'étais devenu moi-même l'un des personnages de ces contes où les messagers apparaissent et disparaissent sans laisser de trace. Je ne prétendrai pas que le chirurgien en question était l'archange Gabriel ; au lieu de m'annoncer qu'on allait m'inséminer un être de chair, on venait de m'apprendre qu'on allait m'en enlever un morceau.

Loin de m'inquiéter, la nouvelle m'intriguait. Je trouvais que depuis la veille, sans que j'aie fait quoi que ce soit pour qu'il en soit ainsi, ma vie avait pris une tournure intéressante. Je n'étais plus le maître à bord, qui acquiesce ou qui rejette ce qu'on lui propose ; ou plutôt : je m'abandonnais totalement à ce qui m'arrivait. Tout le monde autour de moi (les médecins, les infirmières, les préposés) semblait savoir ce qu'il faisait et ils me semblaient tous avoir à coeur mon plus grand bien, celui de faire en sorte que la douleur avec laquelle j'étais arrivé ne soit plus là à mon départ et ne revienne plus jamais. Sans inquiétude et sans question superflue, je m'abandonnais en toute confiance et je prenais plaisir à découvrir au fur et à mesure ce qui m'arrivait. Je ne dirais pas que j'observais tout cela avec le regard objectif du journaliste ou avec la curiosité du scientifique ; j'étais plutôt amusé d'être au centre d'une expérience dont j'étais l'objet principal. Que je ne sois pas l'objet d'une expérience unique ne me touchait pas du tout, que d'autres aient vécu cela avant moi ne m'importait pas (j'en étais plutôt rassuré) ; ce que je trouvais intéressant, c'était que cela m'arrive à moi.

Ayant retrouvé mon lit-voiture, sur lequel on me transportait d'une salle, d'un étage, d'un pavillon à l'autre, je repris la direction de l'urgence, toujours aussi bien conduit par un jeune homme ou une jeune fille qui devrait donner des leçons de conduite à nos automobilistes aussi irrespectueux qu'irresponsables. Arrivé à l'urgence, on me dit qu'on allait m'installer dans un coin un peu plus tranquille ; quand j'y fus, je me suis rendu compte que j'étais toujours à l'urgence, mais dans l'une des salles d'observation. On m'installa au bout d'une pièce ; à ma gauche, il y avait donc un mur et, à ma droite, trois voisins, séparés les uns des autres par un rideau. Je me reposai un peu puis, m'étant fait une idée des lieux, j'entrepris d'aller explorer un peu, question de passer le temps et de voir ce qui se tramait autour. Grâce aux injections de morphine, je ne ressentais plus de douleur. Un infirmier avait senti que je n'avais pas envie de rester toujours au lit ; il m'offrit une deuxième de ces blouses sans bouton qui laissent à découvert les fesses de tous les patients, riches ou pauvres, beaux ou laids ; j'enfilai la deuxième blouse par-dessus l'autre, mais avec l'ouverture en avant cette fois : je pouvais alors circuler sans devoir tenir les bords de la blouse pour éviter qu'elle ne s'ouvre trop grand. Puis ce fut l'heure du repas. Comme j'avais fait tous les tests possibles, je n'avais plus besoin d'être à jeun. J'ai donc eu droit à une soupe légère, à une assiette de boeuf au jus avec une purée de carottes et des haricots jaunes, puis à une crème caramel avec du thé (ou ce que l'on appelle du thé dans les hôpitaux : une tasse de plastique contenant de l'eau chaudasse dans laquelle on dépose soi-même un sachet de poussière de thé). À l'exception du thé, le reste était bon et comme je n'avais pas mangé depuis vingt-quatre heures, j'étais content.

La soirée s'est passée un peu comme avant le repas. J'alternais les promenades dans les couloirs environnants et les périodes de repos où, allongé sur mon lit, j'écoutais les conversations des voisins, essayant de comprendre pourquoi ils étaient là, qui ils étaient... Puis, la fatigue aidant, mes périodes de repos et de sommeil étaient de plus en plus longues, interrompues parfois par la visite d'une infirmière ou d'une technicienne venant chercher des renseignements pour mon dossier de candidat à la chirurgie. À vingt-trois heures, alors que je dormais, je sentis que mon lit commençait à bouger ; le préposé qui ne voulait pas me réveiller m'annonça qu'on m'avait trouvé une place dans une chambre, au quatrième, et qu'il allait m'y conduire. En arrivant dans la chambre, je vis un jeune homme qui se tordait de douleur sur un lit auprès duquel on allait rouler le mien. Le préposé prononça quelques mots d'excuses à l'intention du jeune homme, qui ne semblait pas trop conscient de ce qui se passait autour de lui ; il avait assez de sa souffrance pour ne pas avoir à s'intéresser à celle des autres. Toute la nuit, je l'entendis gémir, pleurer, vomir, crier son découragement devant cette souffrance qui ne le quittait pas, en dépit de tous les médicaments qu'on lui faisait ingurgiter. J'appris le lendemain qu'il souffrait ainsi depuis deux semaines, seul chez lui, et qu'il venait de se décider à se rendre à l'hôpital. Les derniers tests révélaient que, depuis quelques semaines, il était porteur du VIH ; la fièvre était haute (sa température se maintenait autour de trente-neuf degrés), la migraine était constante et insupportable et les nausées ne lui laissaient pas beaucoup de répit. Je me considérais heureux de n'avoir malgré tout qu'un léger problème dont on allait bientôt me débarrasser.

À six heures, on vint me donner des médicaments, me faire des injections, me donner quelques instructions pour me préparer à la chirurgie. J'écoutais attentivement tout ce qu'on me disait et je suivais à la lettre les instructions, comme l'élève docile que j'ai d'abord été... avant de devenir le doux délinquant que je suis. Je devais être à jeun. Je fis ma toilette et je restai allongé dans mon lit en attendant que l'on vienne me chercher. À neuf heures, on commença à s'affairer : on m'attendait à la salle d'opération et l'infirmière devait encore me donner une injection, ce qu'elle fit dans le couloir alors que, sur mon lit roulant, j'étais en route vers un autre pavillon, où j'avais rendez-vous avec mon mystérieux personnage.

On me fit emprunter plusieurs couloirs, quelques ascenseurs ; puis je franchis plusieurs portes ; de plus en plus la température des couloirs était froide. Finalement, on m'immobilisa dans un grand hall ; une femme charmante vint me voir, se présentant comme l'anesthésiste, me posa quelques questions pour évaluer les difficultés et les risques qui pourraient se présenter. Pendant ce temps-là, j'avais entendu dans les hauts-parleurs qu'on avait appelé mon chirurgien ; fidèle à son personnage, il arriva comme sur un nuage ; je le vis devant moi, debout, silencieux, les bras croisés, un léger sourire aux lèves qui semblait dire : « Comment, vous m'avez appelé et vous n'êtes pas prêts ? » L'anesthésiste murmura un bref : « Plus qu'une minute, Docteur X. » Puis on me conduisit dans un salle blanche, immaculée, éclairée comme s'il devait s'y passer quelque chose d'important. C'est assez impressionnant, une salle d'opération, surtout quand on la regarde d'en bas. L'anesthésiste et son assistante s'amusèrent en me faisant la conversation et, étrangement, j'avais toujours ce sentiment de me trouver dans un conte. L'anesthésiste, d'un air taquin, demanda à son assistante si elle n'avait pas remarqué qu'il manquait quelque chose dans cette salle d'opération. « Quoi donc ? », osa candidement l'assistante. « Un masque pour le patient », finit par répondre l'anesthésiste, en riant. On trouva le masque, qu'on m'appliqua sur la bouche et le nez en me disant qu'on allait m'injecter des médicaments avec de l'oxygène et en me demandant de penser à quelque chose d'agréable ; durant quelques secondes, j'eus le temps de penser à quelques personnes que j'aime, puis... à la Provence et... plus rien.


Je me réveillai dans une autre salle ; pendant quelque temps, je crus que le conte était terminé. J'éprouvais quelques douleurs, au cou, aux épaules ; ce n'étaient que des tensions. J'étais un peu impatient et la personne qui était chargée de me surveiller avait beau répéter que c'était normal après une anesthésie, une opération, je ne comprenais pas pourquoi elle ne s'empressait pas de me soulager, de me masser le cou, les épaules. Enfin, on vint me chercher pour me conduire à ma chambre, où j'ai passé le reste de la journée à dormir, à répondre aux questions des infirmières, à faire ce que l'on me demandait de faire, à prendre ce que l'on me donnait. Puis j'appris que je pouvais aussi demander si je voulais quelque chose ; si j'avais mal, il ne fallait pas attendre que la douleur soit trop grande ; il fallait le dire et on me soulagerait aussitôt. « Soulager », cela semble le mot magique de tout le milieu médical ; tout le monde l'emploie. Je n'en abusai point, mais j'eus ma part de soulagement.

Suite et fin au prochain épisode.

mardi 4 juillet 2006

Quatre jours loin de chez moi... et pourtant si près.

Il m'est arrivé ces jours derniers ce qui ne m'était jamais arrivé auparavant, du moins durant plusieurs jours d'affilée. Pendant quatre jours et quatre nuits, sans que je l'aie auparavant décidé, j'ai été pris en charge. Moi qui jongle avec le temps et les énergies disponibles, qui passe la plus grande partie de mon temps à planifier, organiser et contrôler (il faut bien vérifier si les résultats sont à la hauteur des efforts fournis), j'ai renoncé vendredi soir, provisoirement, à ce pouvoir précieux que j'exerce sur moi-même, et à celui de stimuler le plus possible mes neurones et ceux de quelques personnes qui ont accepté de travailler avec moi à l'atteinte de certains objectifs.

Pendant quatre jours, je n'ai plus eu besoin de planifier, d'organiser ; plus besoin de penser à ce que j'allais faire de mes longues journées et des mes courtes nuits. On le faisait pour moi. Du réveil au coucher, du coucher au réveil (sans fin, autrement dit), ma vie était prise en charge (je ne dirais pas forcément que tout ce qui compose normalement ma vie était pris en charge, mais au fond, ce qui ne l'était pas n'avait plus beaucoup d'importance). J'ai passé quatre nuits et quatre jours dans ce qui est sans doute le plus grand et le plus ancien « hôtel » de Montréal. Moi qui aime bien les vieilles pierres, j'étais bien entouré. Et puisque j'aime aussi la verdure, les parcs, les jardins, je dois dire que j'ai été comblé sur ce point aussi.

J'étais rentré chez moi jeudi soir après ma journée de travail, heureux de profiter encore de quatre jours de liberté (je ne travaille pas le vendredi et le lundi était, pour moi, férié) ; en rentrant, jeudi soir, je m'étais arrêté à la Grande Bibliothèque prendre quelques livres qui, durant ces quatre jours de liberté, allaient alimenter mes réflexions et nourrir mes projets de stratégies... Voìlà qui était bien planifié. Mais souvent, certains diront : toujours, l'inattendu arrive.

Alors que je commençais à travailler sur certains dossiers, vendredi matin, j'ai commencé à me sentir mal. Je ne savais pas ce que j'avais au juste, mais je ne me sentais pas bien. En regardant l'heure, je me suis rendu compte qu'il y avait déjà quelques heures que j'avais pris mon petit déjeuner, bien arrosé de thé noir ; je me suis préparé un peu de poulet froid, une salade d'épinards, un fruit. J'ai mangé, assez rapidement, et je me suis remis au travail mais, plus le temps passait, plus le malaise ressenti plus tôt s'imposait. J'essayais de lui trouver une cause probable et de lui apporter une solution appropriée. Je ne m'occupe pas toujours assez bien de mon corps et je néglige la plupart du temps les signaux qu'il m'envoie, mais il m'arrive de le comprendre assez bien et de lui donner ce qu'il réclame. J'avais beau faire, être aux petits oignons avec lui, ce vendredi, on dirait qu'il avait décidé de me bouder et de ne rien accepter de ce que je lui offrais. Plus le temps passait, plus je m'inquiétais, car je savais que les ressources disponibles en cas de besoin, allaient se faire rares : les commerces allaient fermer, les amis aller dormir, etc. Heureusement, un copain de Paris, à qui je n'avais pas parlé depuis plus d'un an, a eu la bonne idée de m'aborder sur MSN et de demander de mes nouvelles ; je n'ai pas pu lui cacher qu'à ce moment précis j'étais un peu inquiet. Il m'a conseillé ce que j'aurais aussi conseillé à un ami, mais les conseils que l'on donne sont tellement plus intéressants que ceux que l'on reçoit. Comme il était déjà tard à Paris et qu'Édouard était très fatigué, il m'a demandé de suivre son conseil et de lui envoyer un message aussitôt. Édouard est allé se coucher et... moi de même. Sauf que le sommeil ne venait pas si facilement ; j'avais beau faire semblant de ne pas vouloir dormir, comme je fais parfois, pour arriver à dormir comme si je ne le voulais pas, le malaise n'avait fait qu'augmenter et s'était transformé en douleur réelle.

Je me suis donc décidé à composer ce numéro que l'on garde sous la main en espérant n'avoir jamais à s'en servir... On m'a vite posé quelques questions très claires auxquelles on voulait des réponses aussi nettes ; puis, en moins d'une minute, on avait saisi le besoin et on m'a dit : « Ne bougez pas, on vous envoie une limousine... euh : une ambulance ». « D'accord, dis-je, je m'habille. » « Pas du tout ! Ne faites rien du tout ! Installez-vous le plus confortablement possible et attendez ; les ambulanciers seront là dans deux minutes. » Ne le répétez pas, et ne faites surtout pas comme moi si jamais on vous envoie une limousine... une ambulance (je n'arrive pas à me faire à ce mot) ; je me suis habillé, j'ai pris mes clés et j'ai attendu les ambulanciers à la porte de l'ascenseur. En me voyant, ils ont cru que je les avais appelés pour quelqu'un d'autre, puisque je n'avais pas l'air mourant, mais ils ont bien voulu me conduire, non sans faire rapidement quelques vérifications et sans me demander où je voulais aller. J'ai opté pour le plus près, à trois pas de chez moi ; on a vérifié et on voulait bien m'y accepter : on m'a donc conduit à l'Hôtel-Dieu.

Comme il s'agissait d'une longue fin de semaine et qu'en plus, avec le début du Festival du Jazz de Montréal et de toutes les célébrations qui se déroulent en ce moment à Montréal, j'ai cru que les urgences de tous les hôpitaux de Montréal, surtout ceux du centre-ville, allaient déborder d'accidentés et de blessés de toutes sortes, d'intoxiqués à toutes les substances ; ce n'était pas le cas. L'urgence de l'Hôtel-Dieu était relativement calme et on s'est vite occupé de moi ; j'ai eu le temps de me dire que toutes ces horreurs que l'on raconte sur les urgences, ce n'est donc pas toujours vrai, si ce l'est parfois. Deuxième agréable surprise : le médecin qui est venu m'examiner sommairement était... celui-là même qui m'avait soigné durant plusieurs années. Il m'a évidemment reconnu et nous avons échangé quelques nouvelles (l'état de la situation le permettait ou, en d'autres mots, le temps que l'on prend à établir des relations cordiales avec les autres n'est jamais perdu).

Je n'ai évidemment pas dormi cette nuit-là. Après la vérification des signes vitaux (tension, température, pouls), j'ai eu droit à des radiographies puis à des échographies. Bien entendu, on m'avait rapidement fait une injection de morphine pour contrôler la douleur qui était devenue difficilement tolérable. Plus tard, en après-midi, on a fait venir spécialement pour moi la technicienne en médecine nucléaire afin de faire d'autres tests qui allaient permettre de confirmer ou d'infirmer les tests précédents. Par moments, il y a eu jusqu'à trois médecins présents en même temps. De quoi me rassurer ou, au contraire, m'inquiéter ; je me sentais néanmoins entre bonnes mains. Je n'aime pas beaucoup l'idée de m'allonger sur une planche à repasser et que l'on me fasse ainsi entrer dans ce qui pourrait ressembler à un cercueil (quand je serai mort, ça me dérangera probablement moins), mais la médecine nucléaire constitue un réel progrès et on ne peut pas refuser de s'y soumettre. L'ennui, c'est que je suis quelque peu claustrophobe et l'obligation de rester totalement inerte sur une minuscule planche inconfortable durant une heure et demie n'avait rien pour me faire rire, même si la jeune femme qui me torturait était on ne peut plus gentille, m'expliquant tout ce que je ne songeais même pas à lui demander. Il faut dire qu'avant de me faire passer ainsi très précisément quatre-vingt-dix minutes dans cette machine qui faisait son cinéma à raison de quatre-vingt-dix séquences d'une minute, on m'avait injecté un liquide luminescent qu'on a fait suivre de morphine pour forcer l'organisme à révéler ses secrets.

Quelques minutes après avoir donné à la science une série de photos de mes organes internes, j'ai vu apparaître devant moi un médecin, qui avait l'air de s'arrêter là comme en passant, pour me faire la conversation ; j'ai vite compris, à sa voix suave, à ses lunettes très distinguées et à la qualité de son bronzage, que je n'avais pas affaire à un urgentiste : le docteur en question était chirurgien. « Vous allez donc m'enlever un morceau ? », lui ai-je alors demandé. « Pas forcément », m'a-t-il répondu. « J'ai regardé rapidement les résultats des tests, mais je ne suis pas absolument certain encore de ce qu'il faut faire ; il y a plus d'un scénario possible. Nous en reparlerons. » Et il m'a quitté comme il était venu, comme un personnage enchanté dans un conte pour enfants ou pour adultes attardés.

La suite au prochain épisode (mercredi ou, plus probablement, jeudi).

mardi 27 juin 2006

Souvenirs ?

Voici quelques images extraites d'un film qui a beaucoup fait parler de lui depuis un an ou à peu près ; ces images accompagnent une musique que je n'écouterais pas très souvent, mais qui exprime tout de même une situation, des émotions, des sentiments qui sont très fortement ressentis dans ce film...

J'ai vu ce film en décembre dernier, je crois, et je n'ai jamais pu en parler vraiment, sauf dans des commentaires laissés ici et là dans la blogosphère. Pourquoi n'ai-je pas été en mesure d'en parler directement ? Je ne sais pas. J'ai trouvé le film très beau ; je suis sorti du cinéma à la fois ému par la qualité du film, la beauté des images et de la musique, mais aussi bouleversé par l'infinie tristesse de son histoire. La dureté du monde rural dans lequel vivent les personnages de cette histoire, l'apparente sécheresse des sentiments dont on ne parle pas, la pauvreté, etc. : tout cela me rappelait sans doute que c'est un univers auquel j'ai échappé, mais qui aurait pu composer mon destin... Je le répète : je trouve que c'est un très beau film, dont j'achèterai sans doute une copie en format dvd, mais pour l'instant, je n'ai pas encore été tenté de le revoir... Je me suis limité, quelques jours après avoir vu le film, à lire la nouvelle qui l'a inspiré et à lire les commentaires glanés un peu partout dans les blogues et à en laisser quelques-uns.

dimanche 25 juin 2006

À découvrir...

Il faut cliquer d'abord sur le titre « À découvrir », puis sur l'image, et encore et encore, où vous voudrez dans l'image ; selon l'endroit où vous cliquerez, le résultat sera différent...

mercredi 21 juin 2006

Du bon usage...

Si l'on avait besoin d'inspiration, je vous conseille une lecture : le livre de Pierre Sansot (1928-2005), Du bon usage de la lenteur, aux éditions Payot, collection « Rivages ».

« Une certaine forme de sagesse se reconnaît à la volonté de ne pas brusquer la durée, de ne pas se laisser bousculer par elle, pour augmenter notre capacité à accueillir l'événement. Nous avons nommé lenteur cette disponibilité de l'individu. Elle exige que nous donnions au temps toutes ses chances et laissions respirer notre âme à travers la flânerie, l'écriture, l'écoute et le repos. Pierre Sansot, l'auteur de Gens de peu, de La France sensible et de Jardins publics, donne, dans cet essai, quelques conseils concernant une politique de la ville, un certain emploi de la culture, un certain usage des sens. »


Ralentissez...


Aujourd'hui, mercredi 21 juin 2006, c'est la journée de la lenteur. Une journée au cours de laquelle on peut prendre conscience du rythme effréné auquel nous vivons presque tous, surtout dans les grandes villes.


Une enquête officielle du gouvernement canadien révèle que les Québécois souffrent d'un peu plus de stress que les autres canadiens. Je ne donnerai pas de chiffres, car les chiffres en soi font souvent augmenter le niveau de stress : si je dis simplement : « Mon voisin est riche », on pourra éprouver des sentiments divers, du genre « je suis bien heureux pour lui... ou pour vous » ou encore « C'est bien d'avoir d'avoir un tel voisin », etc. ; cependant, si je dis : « Mon voisin a plus de 10 millions $ à la banque », tout de suite on dira : « Mais que peut-il vouloir faire avec cet argent ? » ou « Si j'avais cet argent, j'aiderais les plus démunis », etc. Bref : on voit bien que le niveau de tension augmente et que les émotions sont moins agréables.

Encore une fois, on pourrait se demander ce que signifient vraiment les chiffres de cette enquête. Ils pourraient vouloir dire simplement que les Québécois sont plus soucieux de leur qualité de vie que les autres canadiens et qu'ils sont par conséquent plus enclins à exprimer ce qui nuit à leur qualité de vie... Comme on le voit, on peut faire dire bien des choses à des statistiques.

Si cette journée de la lenteur peut simplement nous faire ralentir, nous faire réfléchir à notre façon de vivre et aux changements que nous pourrions apporter dans notre vie pour en améliorer la qualité, ce serait déjà un grand bien pour nous et... pour tous ceux qui nous entourent.

J'ai décidé ce matin que j'allais fêter cette journée. Il est déjà huit heures du matin : normalement, je suis au bureau à cette heure ; ce matin, je suis encore en train de prendre mon petit déjeuner ; dans quelques minutes, j'essaierai de voir à quelle heure je pourrais arriver au travail et j'appellerai la secrétaire pour l'en informer. Personne n'y perdra, car je travaillerai plus tard ce soir ou un autre soir, pour m'assurer que j'aurai travaillé 35 heures par semaine. Cependant, j'aurai gagné quelque chose : au lieu de m'énerver, de me précipiter, de courir après un métro et un bus, j'aurai pris le temps d'apprécier mon petit déjeuner et j'aurai commencé cette journée avec un peu plus de calme et de sérénité.

mardi 20 juin 2006

Une situation inquiétante...


Ce matin, dans le métro, je parcourais le journal tout en pestant contre le taux d'humidité de l'air qui nous donne l'impression d'être dans un sauna dont on aurait baissé le chauffage, et contre l'horaire d'été dans les transports en commun qui a pour effet d'augmenter d'une heure à une heure et demie la durée du trajet pour aller au travail, sans compter le nombre de passagers qui s'agglutinent à chaque arrêt et qui essaient de s'engouffrer dans le premier wagon ou dans le premier bus.

Soudain, une nouvelle a attiré mon regard et, l'ayant parcourue, je me suis senti inquiet. Elle concerne la Suisse, mais j'y connais quelques personnes et quand on sait à quelle vitesse se répandent les nouvelles comme les épidémies, je me suis senti inquiet ; ma tension artérielle a augmenté.

Cette nouvelle disait qu'en Suisse, le nombre de mariage a légèrement augmenté l'an dernier (une augmentation de 1,7 %), mais que celui des divorces a bondi de 18,5 %. La dépêche précise que si la tendance se confirme, une union sur deux se soldera par un divorce.

Voilà une nouvelle inquiétante en soi. Mais ce que l'on ne dit pas et qui me semble plus alarmant encore, c'est que chez les couples touchés par le divorce, c'est au moins deux personnes sur deux qui en seront affectées.

dimanche 18 juin 2006

Un bain de fraîcheur...


Il fait si chaud à Montréal que l'on envie ce canard, même s'il est de Bruxelles... On voudrait, comme lui, se prélasser sur l'eau et de préférence à l'ombre car l'indice ultraviolet est très élevé.

Un bain de fraîcheur, c'est aussi ce que nous offre Thomas, notre jeune ami de Bruxelles, avec ses superbes photos, son regard frais et pourtant déjà si bien exercé. Il vient d'ajouter à son photoblogue de nouvelles images qui présentent une autre dimension de son travail. On trouvera ici ce rêve de fraîcheur qui me hante en ce moment. En cliquant sur « accueuil », dans le coin supérieur gauche du photoblogue, on aura accès à toutes les catégories d'image de Thomas. Merci.

vendredi 16 juin 2006

Il est mort, le poète...

« Se coucher tard nuit » (Raymond Devos)



« Une fois rien, c'est rien ; deux fois rien, c'est pas beaucoup,
mais pour trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose,
et pour pas cher.» (Devos)


Une autre de nos grands humoristes nous a quittés, ce jeudi 15 juin. J'en suis triste. Cet homme avait un amour des mots qui continuera d'en inspirer plusieurs. Je garde un très beau souvenir d'une rencontre avec lui dans le cadre d'une émission de radio à laquelle il avait participé : j'admirais déjà le poète et j'avais eu alors le privilège de parler un peu avec l'homme Raymond Devos.

lundi 12 juin 2006

Snob, moi ?

Le jeu est un peu biaisé, car il faut dire, en réponse à l'une des questions, quelle partie des États-Unis je préfère ; il faut donc que j'aime au moins une partie des États-Unis. J'ai tout de même répondu : la Nouvelle-Angleterre. Et voici que je serais du type Boston. Ça ne me déplaît pas du tout. On dit que je suis snob ; moi ? mais voyons ! Qu'est-ce qui vous fait dire cela ? Eh oui, je le suis, et je l'assume...




You Are Boston



Both modern and old school, you never forget your roots.

Well educated and a little snobby, you demand the best.

And quite frankly, you think you are the best.



Famous people from the Boston area: Conan O'Brien, Ben Affleck, New Kids on the Block



J'aurais donc des affinités avec Ben Affleck ? Ça ne me déplaît pas du tout non plus. J'ai déjà écrit, il y a très longtemps (le 22 janvier 2006, dans ces pages), que Ben Affleck était l'un de mes favoris. Si je lui disais les résultats de ce test, peut-être qu'il accepterait de venir prendre le thé chez moi ou peut-être préférera-t-il m'inviter chez lui. Qu'en pensez-vous ?

dimanche 11 juin 2006

Vocation ratée ?

Grâce à Miss Lulu, chez qui j'ai découvert ce test, je sais que je suis en train de passer à côté de ma vie :

You Should Get a MFA (Masters of Fine Arts)

You're a blooming artistic talent, even if you aren't quite convinced.
You'd make an incredible artist, photographer, or film maker.

lundi 5 juin 2006

Portrait d'un homme heureux

« Vous êtes un homme heureux, Le Nôtre. »
Louis XIV



J'aimerais bien commencer ce billet en disant que je vais vous parler abondamment de moi et de ce qui fait mon bonheur en ce moment. Hélas, ce ne sera pas le cas. J'ai bien quelques affinités avec Louis XIV, mais ce n'est pas à moi qu'il adressait ces quelques mots, ni à moi qu'il pensait en s'adressant à celui qui lui avait créé de si beaux jardins.
L'un des points que j'ai en commun avec le roi Soleil, c'est que j'essaie de transformer ce qui m'entoure, ce sur quoi je peux avoir une certaine influence. Je n'ai donc pas le temps d'être heureux en ce moment ; je ne m'en vante pas, je constate. Je l'ai dit déjà : moi qui rêve d'innocence et de jeux d'enfants, je deviens membre ou responsable d'un comité dès que je me présente quelque part. Quand les comités n'existent pas, je les crée ! N'est-ce pas La Bruyère qui disait qu'il fallait, en France « beaucoup de fermeté et une grande étendue d’esprit pour se passer des charges et des emplois, et consentir ainsi à demeurer chez soi, et à ne rien faire » ? Je n’ai jamais eu de passeport français, mais je me sens assez français pour me sentir visé par cette citation de La Bruyère. Il y a fort probablement au fond de moi un grand sentiment de culpabilité judéo-chrétienne qui me pousse à agir et à travailler plutôt qu’à lire, méditer, écrire…

Depuis huit ans je suis membre d’une association professionnelle dont on ne peut faire partie que si l’on a réussi un examen très difficile après avoir été invité à s’y présenter si le dossier soumis a été jugé intéressant par le comité chargé de l’étudier. C’est donc dire que nous formons au sein de la profession une petite élite que certains de mes collègues voudraient pouvoir préserver jalousement comme une espèce rare, en y maintenant les privilèges réservés aux élites, ne serait-ce que l'« appellation contrôlée », le droit d'en porter le titre que l'on ajoute à la suite de son nom. Depuis près de quatre ans, je suis l’un des administrateurs de cette association ; j’y suis donc depuis assez longtemps pour avoir perçu ce qui fonctionne et ce qui pourrait être amélioré, tant sur le plan de la participation des membres aux activités de l’association que sur le plan des communications avec le milieu des affaires qui, il ne faut pas se le cacher, fournit du travail à la plupart d’entre nous. Au cours des douze derniers mois, j’ai soumis à mes collègues de nombreuses idées pour faire avancer des choses et mes efforts ont produit des résultats qui me laissent sur mon appétit. Il y a quelques semaines, j’ai proposé à des collègues qui pouvaient être intéressés à y participer de créer des comités qui seraient chargés de préparer des dossiers et de faire des recommandations aux administrateurs (dontje suis) qui auraient ainsi le pain tout mâché dans le bec : il n’y aurait plus qu’à accepter ou rejeter les recommandations des comités. Ça fonctionne : en très peu de temps, nous avons vu des résultats remarquables. Un seul exemple de ces résultats : la prochaine activité qui aura lieu dans quelques jours suscite déjà une augmentation de plus de 100 % du nombre de participants… Il y a deux semaines, le président a dû démissionner pour des raisons de santé et… je suis devenu président. Me voilà donc à la tête d’une association de professionnels qui, il y a dix ans, avait d’abord rejeté ma candidature avant de l’accepter deux ans plus tard. Tout cela pour dire qu’il m’est difficile de rester tranquille chez moi, avec mes livres, mes carnets, mes blogues et mes rosiers (virtuels, puisque je n’ai même pas de balcon) et de mettre en pratique la recette du bonheur selon le docteur Pangloss : il faut cultiver son jardin.

La référence aux derniers mots du Candide de Voltaire me rappelle un souvenir de première jeunesse. Au retour de mon premier séjour à Paris, à l’âge de vingt ans, je m’étais rendu compte que je ne savais rien, que je n’avais aucune culture et que si j’avais eu un peu de succès à Paris, je le devais surtout à ma jeunesse, à ma tête qui ne déparait pas les beaux salons et à une certaine habileté à me taire très souvent. Or, j’étais revenu à Montréal mais je comptais bien repartir afin d’aller poursuivre à Paris la grande carrière qui m’attendait : Aznavour, Bécaud, Brassens, Brel, tout ce monde m’attendait… Pour essayer de polir quelque peu le reste de paysan qui affluait à la surface, je m’étais lancé dans la lecture des bons livres : Candide était un de ceux-là, puisque l’on m’avait dit qu’il s’agissait de l’un des plus beaux textes de la langue française. Comme mon budget restreint ne me permettait pas l’achat fréquent de livres, je m’étais abonné à la bibliothèque de mon quartier et, puisque j’y étais très assidu (il le fallait bien si je voulais lire tout ce qu’il fallait avoir lu), l’une des jeunes bibliothécaires s’intéressa à moi et, en peu de temps, elle était devenue ma grande confidente. Un soir, en rentrant d’une de ces longues promenades que nous faisions dans les parcs verdoyants du quartier et au cours desquelles je lui parlais de philosophie et de mes rêves de « gloire pour me faire aimer », nous passâmes devant la maison de son patron, le bibliothécaire en chef ; celui-ci était dans le jardin devant sa maison, en train de tailler ses rosiers. Je lui fus présenté et en voyant sa mine réjouie, la couleur de sa peau qui rappelait ses roses, je pensai au docteur Pangloss, me disant qu’il devait bien avoir raison : si je ne devenais pas ambassadeur (ce qui me permettrait d’avoir mon propre jardin au milieu duquel que je pourrais rêver en promenades solitaires ou créer mon gîte d’où j’écrirais mes mémoires), le métier de bibliothécaire me semblait le deuxième plus beau métier du monde.

Puisque nous parlons de jardin et qu’au fond c’est de cela que je voulais vous parler depuis le début, il vous est sûrement arrivé, si vous ne les avez pas visités sur place, de voir des images des jardins de Versailles. Il s’agit là sans doute des plus beaux jardins, de ceux que l’on nomme les jardins « à la française » et qui ont fait la réputation de la France dans le monde.

N’étant moi-même ni jardinier, ni historien, ni même photographe, vous comprendrez que je ne vous raconterai pas l’histoire des jardins de Versailles, pas plus que je ne vous décrirai les prouesses technologiques que l’on a dû surmonter pour faire plaisir au roi Soleil et susciter l’envie des puissants de l’époque.

Le grand architecte de ces jardins, c’est André Le Nôtre, qui avait d’abord créé les jardins de Vaux-le-Vicomte et que Louis XIV a su s’attacher. On visitera avec un énorme plaisir le site officiel du château de Vaux-le-Vicomte en y admirant les magnifiques photos. Bien entendu, il faudra lire l’histoire de Nicolas Fouquet…. Je sauterai donc des étapes, car je veux vous parler d’une biographie d’André Le Nôtre, créateur des jardins de Vaux et de Versailles ; il s’agit de celle d’Érik Orsenna, de l’Académie française, Portrait d’un homme heureux, André Le Nôtre, 1613-1700, publiée chez Fayard en l’an 2000.

Bernard Pivot avait reçu à son émission « Bouillon de culture » l’auteur de cette biographie et je m’étais promis que je l’achèterais le plus tôt possible. Or quand je suis venu à Paris, en octobre 2001, je ne l’avais toujours pas achetée, ni lue. Quelques jours après mon arrivée, j’ai décidé d’aller passer quelques jours chez un jeune ami qui s’était installé à Versailles quelques mois plus tôt pour s’y rapprocher de son travail. Guillaume n’habitait pas le château, ni les célèbres jardins, mais presque : son appartement du boulevard de la Reine n’était qu’à quelques minutes de marche du château. Le jour où je devais me rendre à Versailles, j’avais déjeuné dans un restaurant du quartier Saint-Michel avec un autre ami que j’avais connu par Internet et que je rencontrais pour la première fois ; la rencontre fut très sympathique et le déjeuner des plus agréables ; puisque Sébastien devait retourner à son bureau dans une grande organisation internationale, j’en profitai pour explorer un peu le quartier que je n’avais pas revu depuis des années et pour fouiller dans les caisses de certains bouquinistes. J’y trouvai donc la biographie de Le Nôtre par Érik Orsenna, que je m’empressai d’acheter ; il me semblait essentiel d’avoir ce livre précisément ce jour-là où j’allais prendre le train pour aller à Versailles. C’est donc sur les lieux où se déroule la vie de Le Nôtre que j’ai lu sa biographie.

Érik Orsenna a beaucoup arpenté les jardins de Versailles ; il s'y repère sûrement mieux que moi : Guillaume et moi nous nous y sommes perdus ; ce fut l'une des rares fois où je louai les vertus du téléphone portable, car nous devions rencontrer Sébastien, pas le même qu'à Saint-Michel, venu de Plaisir, tout à côté, pour faire la connaissance de Guillaume et passer un peu de temps avec nous ; avec le téléphone nous avions pu joindre Sébastien dans le train et changer le lieu de rendez-vous : je le vois encore arriver de loin alors que nous l'attendions près de la statue équestre du monarque quatorzième. J'ai encore à la bouche le goût des crêpes bretonnes que nous sommes allé manger sur une terrasse près de la gare... Sur la quatrième de couverture de ce livre consacré à Le Nôtre, Orsenna écrit :

« À Versailles, souvent je tends l’oreille, rêvant de retrouver une amitié, une conversation quotidienne et qui dura trente-cinq ans. Entre Louis XIV et André Le Nôtre. Le monarque le plus puissant à qui tout doit céder, même le temps. Et l’homme de la terre, le saisonnier, celui qui reste du côté de la nature même s’il a la force comme personne avant lui.

« Ensemble ils ont écrit le plus grand livre du monde — mille hectares —, le roman du Soleil incarné. La seule histoire occidentale qui impressionnait Quianlong, l’empereur de Chine, le créateur du Jardin de la Transparence parfaite. »

Moi qui aime les jardins, les promenades et les confidences, je ne sais lequel des deux j’envie le plus : Louis XIV ou Le Nôtre. J’ai un ami aristocrate, ou plus précisément : qui porte un titre de noblesse, mais qui n’est pas plus roi que je ne suis jardinier, avec qui j’ai souvent arpenté les sentiers du mont Royal en refaisant le monde au cours de nos conversations philosophico-culturelles auxquelles nous ne parvenions à mettre fin que très difficilement.

Ces jours-ci, absorbé par la planification et l’action, j’ai du mal à trouver du temps pour la pensée sereine, la méditation, la réflexion qui ne soit pas stratégique ; il m’est difficile de me concentrer sur la lecture de textes nouveaux. Alors j’ai ressorti cette biographie de Le Nôtre, peut-être au fond parce que son titre me fait envie. En voici un extrait, choisi au hasard :

« Ainsi, la moindre promenade devenait spectacle. La minutieuse chorégraphie des fontaines accompagnait les pas du roi, et aussi les chansons ; toute la gamme des clapotis et gazouillis, bruissements et grondements. Marchant entre ces eaux vivantes, Sa Majesté pouvait se croire, Elle qui aimait tellement la danse, le personnage d’un ballet perpétuel.

« À tant privilégier l’œil, Le Nôtre oblige, on en oublie l’ouïe. Alors que l’on jouait et chantait partout. Pas de bosquet sans un orchestre caché, pas de rafraîchissements sans sérénade. Ici on répétait l’opéra du lendemain, là on accordait des violes…

« Ouvrez le son, tendez l’oreille. Versailles n’était pas tel que nous le connaissons aujourd’hui, cet immense film muet, figé dans la glace du silence. Si l’imagination vous manque, écoutez les fontaines : c’est le seul vestige de la musique d’autrefois. »


mardi 23 mai 2006

Amoureux...

J'ai toujours aimé les dauphins (et je ne suis sans doute pas très original en cela ; je l'assume : l'originalité à tout prix ne fait pas partie de mes valeurs. La créativité peut s'exprimer de diverses manières). Quand on me demande en quel animal j'aimerais me réincarner, si cela était possible, j'ai toujours pensé au dauphin. Il y a quelques années, ma soeur cadette m'avait offert un document de quatre pages sur la description du caractère en fonction du prénom (il s'agit d'une étude faite par un psychologue breton qui a rassemblé les différents prénoms sous l'une ou l'autre des quatre-vingts catégories de caractères existants) ; et dans la description de l'un de mes prénoms (j'en ai deux et seulement deux), on disait que mon animal totem était un dauphin. Ce n'était pas pour me déplaire.

Quand j'ai ouvert ce carnet virtuel, j'ai choisi, je ne sais pourquoi, d'y afficher une image que j'avais trouvée quelque part sur Internet et qui, bien entendu, me plaisait en tant qu'image, mais qui, en plus de représenter des dauphins, évoquait la Grèce, ce pays mythique qui peut encore m'émerveiller.


En feuilletant ces jours derniers le Dictionnaire amoureux de la Grèce, de Jacques Lacarrière, je suis tombé sur l'article consacré aux dauphins.


Jacques Lacarrière y écrit ceci :

Le dauphin —delphis en grec ancien, delphini en grec moderne —a toujours tenu une place importante et poétique dans la mythologie de la Grèce. Il est d’ailleurs curieux de voir à quel point les Grecs anciens avaient déjà perçu l’intelligence exceptionnelle de cet animal et son rôle souvent actif aux côtés des hommes. Nombre de légendes relatent en effet des histoires de navigateurs sauvés par des dauphins, dont le plus connu est Arion. Musicien célèbre qui parcourait la Grèce en interprétant des hymnes en l’honneur d’Apollon, Arion s’en retournait jusqu’à Corinthe en traversant la mer Égée lorsque l’équipage du bateau imagina de le jeter à l’eau pour prendre son argent. Prévenu par un rêve que lui envoya Apollon et qui lui disait « de faire confiance à la mer », Arion se jeta à l’eau quand les marins le menacèrent et des dauphins apparurent aussitôt pour le transporter jusqu’au rivage. Pourquoi particulièrement des dauphins ? Parce qu’Apollon avait un faible, si l’on peut dire, pour ce cétacé — que lui-même d’ailleurs n’appela jamais de ce nom ! — et que, selon une de ces légendes, c’est sous l’apparence d’un dauphin qu’il vint à Delphes pour la première fois. Il y a en effet entre le nom de Delphes —Delphoi — et celui des dauphins une ressemblance qui a pu être à l’origine de cette parenté. D’ailleurs, une autre légende dit qu’avant la venue d’Apollon, le lieu appartenait à un roi du nom de Delphos, ainsi nommé parce qu’il était fils du dieu des mers Poseidon, lequel s’était uni à une nymphe sous forme de dauphin. On le voit, les Grecs considéraient le dauphin comme un animal si proche de l’homme et des dieux que ces derniers ne dédaignaient pas d’en revêtir l’apparence.

Jacques Larrière poursuit ainsi sur ce sujet durant quelques pages supplémentaires. Il cite notamment le roman d’un auteur grec contemporain, Nikos Athanassiadis, intitulé Une jeune fille nue, qui raconte l’histoire de la fille d’un pêcheur qui tombe amoureuse d’un dauphin mystérieux. « J’en conseille vivement la lecture à tous les amoureux des îles grecques, de la mer, de ses légendes et… des dauphins », ajoute-t-il.

Il semble que je ne pourrai pas passer à coté de ce roman qui, selon Jacques Lacarrière, s’adresse à moi. Vérification faite, ce roman a été traduit du grec par Christine Notton et paru chez Albin Michel en 1966 et en 1989.

lundi 22 mai 2006

Éros enfant


Cette tête d'Éros enfant me rappelle un souvenir lointain, tragique et beau à la fois dans la synchronicité des événements...

Il y a plusieurs années, comme si c'était pour moi dans une autre vie, j'habitais avec quelqu'un d'un peu plus âgé que moi. Nous venions d'aménager, à Montréal, dans un grand appartement rempli de tableaux, de livres, de quelques antiquités, de belle vaisselle, de cristal et d'argenterie. J'étais revenu d'un premier séjour à Paris et je venais de commencer des études universitaires en lettres et en linguistique et de commencer à faire de l'action politique.
Mon ami et moi avions vu dans le catalogue d'une galerie californienne une tête d'Éros enfant qui nous avait séduit par sa beauté. Nous avions décidé de nous offrir pour Noël une copie de cette sculpture et nous l'avions commandée par la poste. La commande ayant été passée en septembre ou octobre, nous étions persuadés que la scuplture en question nous parviendrait à temps pour Noël. Je ne sais plus trop ce qui s'est passé, mais le colis n'arrivait toujours pas et l'échange de correspondance entre la galerie et nous a duré plusieurs mois.
Quelques jours avant Noël, nous avons reçu un appel téléphonique d'une amie effondrée : le sens de sa vie venait de disparaître. Cinq ans plus tôt, cette femme avait donné naissance à un superbe garçon qu'elle avait baptisé Philippe. C'était son premier, son unique enfant, né alors qu'elle avait déjà cinquante ans. Philippe était beau comme un dieu et, évidemment, il prenait dans la vie de ce couple la place royale.
Cette année-là, Philippe allait avoir six ans et sa mère avait décidé de lui organiser une vraie belle fête de Noël. Son mari était mort dans son sommeil un an plus tôt ; en rentrant de la campagne un jour, elle l'avait trouvé dans son lit « dormant d'une drôle de façon », selon les mots du petit Philippe. Un an après, en compagnie de Philippe, elle était donc partie à la maison de campagne, le dimanche d'avant, pour mettre de l'ordre et commencer à installer les décorations. Au moment de quitter la campagne pour revenir à Montréal, ils étaient déjà assis dans la voiture quand elle s'est rendu compte qu'elle oubliait dans la maison quelque chose qu'elle devait rapporter à Montréal ; elle est descendue de la voiture deux minutes en demandant à Philippe de ne pas bouger. Or, quand elle est revenue à la voiture, Philippe n'y était plus ; le temps de se retourner, elle l'a vu marcher sur la rivière puis... la glace s'est effondrée et Philippe a disparu.
On ne l'a pas retrouvé et nous, qui attendions pour Noël la reproduction d'une oeuvre d'art représentant une tête d'enfant, apprenions plutôt la disparition du plus beau petit bonhomme que nous connaissions, la prunelle des yeux de cette amie, l'amour, la joie, le sens à sa vie. Inutile de dire que cette femme faillit devenir folle. Elle ne s'est jamais pardonné ces deux minutes où elle a laissé l'enfant seul sur la banquette avant de la voiture...
Noël est passé, puis l'hiver ; on n'avait toujours pas retrouvé le corps de l'enfant, ni reçu la reproduction du bel Éros.
Un jour de mars, le téléphone a sonné : c'était l'amie en question qui nous annonçait qu'on avait enfin retrouvé le corps de Philippe ; elle pourrait enfin faire le deuil de son jeune dieu. Étrangement, ce même jour, un colis arriva par la poste : la reproduction de cette tête d'Éros enfant.
J'ignore comment il faut interpréter la synchronicité de ces événements. J'ai perdu depuis longtemps la trace de cette amie, qui est probablement décédée aussi. Mais je ne pourrai jamais voir une image d'Éros enfant, et Dieu sait que j'adore cette forme d'art, sans penser à ce petit Philippe.

mardi 16 mai 2006

Y aurait-il un espoir ?

Voilà une bonne initiative qui devrait être imitée !

Si l'association des étudiants de l'Université McGill voulait se donner la peine de publier un tel guide à l'intention de ses étudiants qui viennent de l'extérieur de Montréal et qui envahissent les appartements puis les rues du quartier, faisant la fortune des marchands de bière avant vingt-trois heures et criant à tue-tête à partir de minuit jusqu'au petit matin, j'en serais le premier ravi : mes voisins et moi pourrions dormir la nuit, entre les mois d'août et de mai de chaque année.

Un guide pour se débarrasser de l'image d'« Américain détestable »

Par Jocelyn Zablit

WASHINGTON (AFP) — Ne parlez pas si fort. Écoutez. Améliorez votre présentation. Tels sont quelques uns des tuyaux proposés aux hommes d'affaires américains en déplacement ou travaillant à l'étranger dans un guide destiné à se débarrasser de l'image d'« Américain détestable ».

Lancé par une organisation à but non lucratif inquiète de la montée de l'anti-américanisme dans le monde, le Guide des citoyens du monde énumère seize suggestions pour changer le comportement des Américains à l'étranger.

Ces « trucs » sont rassemblés dans un livret qui doit être distribué aux cadres de grandes sociétés, comme McDonald, la chaîne hôtelière Loews ou l'entreprise de logiciels Novell.

— « Soyez fiers de la manière américaine mais souvenez-vous que ce n'est pas la seule », proclame notamment le guide.

— « Écoutez au moins autant que vous parlez »

— « Réservez vos leçons de morale à vos enfants »

— "Parlez moins fort et plus lentement"

— « Ayez la vision des grandeurs autant que vous voulez mais parlez et agissez plus modestement »

— « Améliorez votre présentation ».

Autant de petits conseils rassemblés dans le livret de 4 pages, tirés d'un sondage réalisé dans 96 pays.

Keith Reinhard, fondateur de Action diplomatique pour les affaires (BDA), l'organisation à but non lucratif qui a imaginé le guide, a dit qu'il espérait que le livret jouerait un petit rôle pour refaçonner la perception négative des Américains dans le monde.

« Si nous sommes toujours admirés pour notre enthousiasme de jeunesse, notre optimisme et notre esprit d'initiative, nous sommes perçus comme bruyants, arrogants et complètement ignorants des autres cultures que la nôtre », a déclaré à l'AFP M. Reinhard, qui est aussi le président d'honneur de la société de publicité DDB Worldwide.

Dans le sondage à l'origine du livret, « les réponses étaient tout à fait cohérentes quels que soient les pays », a-t-il dit, précisant que « le mot respect revenait plus que n'importe quel autre ».

Il a rapporté qu'une personne interrogée en Nouvelle-Zélande avait observé que si les Américains ne voulaient pas arrêter de parler pour écouter, « ils pouvaient peut-être baisser le volume ».

Un Allemand s'est demandé « comment les États-Unis peuvent prétendre diriger le monde alors qu'ils ne connaissent rien du monde ».

M. Reinhard a précisé que les hommes d'affaires d'Europe occidentale, et plus particulièrement d'Allemagne, semblaient accablés par le comportement de leurs confrères américains, se plaignant notamment de leur manière de se vêtir, peu soignée et pas toujours conforme aux pratiques européennes.

Il a ajouté qu'un cadre d'entreprise de Düsseldorf avait été consterné que les employés du géant américain de la distribution Wal-Mart soient chaque matin encouragés à lancer un ban en l'honneur de leur société, dans le but d'insuffler un esprit d'équipe.

Les initiateurs du guide ont rencontré des membres de l'administration américaine, y compris Karen Hughes, sous-secrétaire d'État à la « Diplomatie publique », un poste visant à améliorer l'image des États-unis à l'étranger. Selon M. Reinhard, l'administration réfléchit à leur suggestion de remettre le guide à chaque détenteur de passeport américain.

Un effort similaire tenté par le département État peu après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis avait rencontré peu de succès.

L'an dernier, l'organisation BDA avait aussi approché des étudiants américains voyageant à l'étranger, leur distribuant déjà des conseils similaires à ceux regroupés dans ce guide.

La prochaine cible pourrait être les touristes américains. « Calmez-vous, écoutez et apprenez », lance déjà M. Reinhard à leur intention.

dimanche 14 mai 2006

La première fois

« La première fois est un élément essentiel dans le développement de l’enfant : la première fois que l’on a dormi hors de chez soi, la première fois que le petit garçon marche, la première fois qu’il récite quelque chose, la première fois qu’il manque de respect. Ce sont toutes ces premières fois qui aident à la construction de la personnalité, qui font l’individu, parfois brutalement. La première fois n’est pas toujours idéale, mais, à force de premières fois, on finit par être soi-même. Je crois que ceux qui collectionnent sont justement ceux qui ont des difficultés avec la première fois. Collectionner, c’est toujours rechercher la première fois. Tant que l’on a des premières fois, on est vivant. On est vieux lorsqu’on ne croit plus à la première fois... La première fois, c’est la découverte, le contraire du quotidien. C’est la liberté, l’énergie vitale... La première fois nous soutient dans notre capacité de croire en l’avenir... Il n’y a qu’une première fois qui est irréductible : la première fois que je suis mort. »
Marcel Rufo, pédopsychiatre.

samedi 13 mai 2006

« Les parents sont une maladie incurable ! »

Cette phrase choc, en guise de titre à ce billet, elle n'est pas de moi, mais du pédopsychiatre Marcel Rufo (j'allais écrire : « du pédopsychiatre de Marseille, Marcel Rufo », puis je me suis ravisé en pensant qu'il suffisait que j'écrive « de Marseille » pour qu'on se serve justement de ce détail géographique, de cette précision sociologique, pour le discréditer. Il ne faut pas se le cacher : trop souvent, on pense, et parfois on le dit : celui qui n'est pas de Paris n'a aucun intérêt).

Il y a une vingtaine d'années, peut-être un peu plus, j'ai découvert une femme extraordinaire. Chaque appararition à la télévision, chaque article qui me tombait sous la main et qui parlait d'elle m'était une joie et je m'empressais d'écouter ou de lire ce que pouvait dire cette femme, cette mère, cette psychanalyste d'enfants. Bien sûr, vous aurez compris déjà que je pense à Françoise Dolto. Je crois avoir lu à peu près tous ses livres et en avoir tiré de merveilleuses leçons de vie, d'écoute, d'ouverture, de magnifiques leçons de présence et de tendresse pour tout ce qui vit.

Françoise Dolto est décédée en 1988. Heureusement , elle a des émules, des disciples, des successeurs dans l'intérêt qu'elle portait aux enfants, dans l'attention qu'elle accordait aux maux de l'enfance et aux mots de l'enfant (Tout est langage, écrivait-elle, laissant entendre qu'un enfant, même un bébé qui ne connaît pas encore la langue, peut comprendre ce qu'une mère lui dit). Une société a été créée pour perpétuer son oeuvre, mais le mieux serait encore de lire ses livres.

Depuis quelques années, deux autres médecins de l'âme aussi médiatisés que l'était devenue Françoise Dolto, suscitent mon intérêt lorsque leur nom apparaît au menu d'une émission de télévision ou au contenu d'un article de magazine, sans oublier l'attention que je porte à la publication de leurs livres respectifs. Le premier, c'est Boris Cyrulnik, dont le concept de résilience a fait l'objet de nombreux livres, de nombreuses émissions de télévision et de nombreux articles. Boris Cyrulnik mériterait à lui seul un long billet que j'écrirai peut-être un jour.

L'autre médecin que j'aime entendre, lire, c'est le pseudopsychiatre que j'ai nommé au début de ce billet, Marcel Rufo. Par cette fomule choc, Marcel Rufo signifie qu'on n'échappe pas à notre histoire familiale, à notre hérédité, surtout... Même s'il s'intéresse à l'enfance, chacune de ses réflexions sur l'enfance me touche, car elle est une piste pour l'interprétation de ma propre enfance et pour la construction ou la reconstruction de mon imaginaire. Et c'est l'imaginaire, plutôt que la vérité objective, qui permet de continuer...

Dans un entretien au magazine
Lire au moment de la publication de son livre Détache-moi ! Se séparer pour grandir, aux éditions Anne Carrière (2005), Marcel Rufo disait ceci, que j'aime bien :

« Plus j'avance dans ce métier et plus je suis séduit et charmé par le talent des enfants. Ils ont une capacité à créer du romantisme et de la poésie que, sans doute, nous passons notre vie à perdre, nous les adultes. Par exemple, j'ai écrit il y a peu une chronique sur le rugby. Eh bien, pour moi, un match de rugby, c'est l'occasion d'avoir des émotions infantiles, de me projeter instantanément dans les tribunes sans y être... Quand on est enfant, on adhère au moindre rayon de soleil. Si on n'est plus capable d'être captivé par les grains de poussière scintillant et voltigeant dans le soleil, c'est qu'il est temps d'envisager la psychothérapie, voire la psychiatrie ! »

vendredi 12 mai 2006

Petit Prince


Vous avez lu et aimé le Petit Prince, de Saint-Exupéry ?
Vous aimiez Gérard Philippe ?
Vous aimeriez réentendre la voix unique de Gérard Philippe raconter comment l'aviateur fit la connaissance du Petit Prince dans le désert.
Cliquez ici et si après avoir entendu cet extrait vous ne courrez pas chez votre disquaire pour acheter le disque, c'est que... vous l'avez déjà.

J'ai eu en ma possession un disque sur lequel Jean-Louis Trintignant racontait le Petit Prince ; j'aimais écouter l'un et l'autre. J'ai prêté ce disque à l'une de mes soeurs et... je ne l'ai jamais revu. Maintenant, je ne prête plus : quand je veux que quelqu'un que j'aime lise un livre ou écoute un disque, je préfère le lui acheter.

samedi 6 mai 2006

Ave Maria...


Les sons manquent en effet dans la cohorte des souvenirs évoqués, écrit Brigetoun, dans son commentaire au billet précédent. Et comme elle a raison ! L'ouïe prend tellement de place dans notre vie : comment avons-nous pu l'oublier dans cet exercice faisant appel au souvenir ?

La voix humaine, qu'elle soit parlée ou chantée, représente pour moi l'un des sons les plus beaux que l'on puisse entendre. Y a-t-il quelque chose de plus émouvant que la voix de l'être aimé ? J'aimerais pouvoir écrire que le son qui m'a le plus marqué, c'est la voix de ma mère que j'entendais près de mon berceau. Hélas, ce n'est pas le cas. Bien des sons de mon enfance me reviennent en mémoire : étrangement, le premier qui me vienne à l'esprit en ce moment, c'est le bruit presque imperceptible du glissement du traîneau sur la neige, puis le grondement, plus impressionnant, d'une rivière au printemps, dont le gonflement tumultueux des flots semble vouloir avertir de ne pas trop s'en approcher.
D'autres bruits de mon enfance se présentent : celui d'un claquoir de bois dont se servait l'institutrice à l'école pour donner certains ordres (se lever, s'asseoir, se mettre en file, etc.) ou encore celui de la craie sur le tableau.

Toutefois, ce qui m'est spontanément venu à l'esprit en essayant de penser à un son qui m'a marqué, c'est un air de musique, deux airs, en fait. Adolescent, j'avais décidé que je deviendrais chanteur. J'ai abandonné les études en pédagogie que j'avais commencées quelques mois plus tôt afin de trouver du travail et de prendre des leçons de chant avec un professeur dont on parlait avantageusement dans le milieu de la chanson de l'époque. La majorité des élèves, comme moi, voulaient faire de la chanson populaire et n'avaient pratiquement pas de connaissances musicales, si ce n'étaient quelques leçons de solfège qui permettaient de déchiffrer sommairement la musique des chansons que nous voulions apprendre. Coïncidence : au moment où j'écris ces mots, mon lecteur de mp3 joue la 3508e pièce musicale d'une liste qui en compte 5375 ; et cette 3508e, c'est Trousse-chemise, de Charles Aznavour, que j'ai souvent travaillée avec mon professeur et que j'ai interprétée sur scène...
Au cours de l'une de ces leçons de chant, un jour, je ne sais plus trop pourquoi, peut-être pour me laisser reprendre mon souffle, mon professeur se mit à chanter, en s'accompagnant lui-même au grand piano qui trônait dans son studio ; il chanta l'Ave Maria de Schubert, puis il enchaîna avec celui de Gounod (à moins que ce ne soit l'inverse, je ne me souviens plus très bien). Je l'écoutai avec ravissement. Je ne pouvais plus rien dire. Je venais de découvrir de la musique que je ne connaissais pas. C'est depuis ce jour que j'aime la musique classique. Jusqu'à ma mort, je crois, j'entendrai la voix de mon professeur qui ce jour-là chanta pour moi seul, avec la même concentration que s'il était sur une scène ou à l'église, ces deux Ave Maria.

vendredi 5 mai 2006

Paradis perdu...

Contrairement au journal personnel, intime, que l'on écrit d'abord pour soi, qui peut être lu du vivant de son auteur ou seulement après sa mort, le blogue, qui peut aussi constituer une forme de journal personnel, offre l'occasion, si on le veut, d'interaction avec les lecteurs. L'interaction se fait parfois dans les commentaires ou, comme le moment de l'écriture et celui de la lecture peuvent être très rapprochés, les sujets sur lesquels on écrit peuvent être directement influencés par la lecture d'un autre blogue.
Ce vendredi 5 mai, l'ami Olivier de Paris, sur ses Chemins de Poussières, demandait quels étaient le film, le livre, l'odeur qui nous ont marqué.
Voilà bien un exercice que je trouve difficile car il y aurait tant de choix à faire et tant de choses à dire sur chacun de ces choix. C'est un exercice que je me propose de faire sur mon propre blogue depuis que j'ai commencé à y parler un peu de moi et qui me donne le vertige devant le flot de souvenirs qui remontent ou qui au contraire restent enfouis et qu'il faudrait ramener à la surface... Je reporte sans cesse à plus tard certains inventaires, certains bilans...
Pour répondre à Olivier, tout de même, je vais faire un effort. Puisque l'exercice, tel que je le comprends, n'est pas forcément de nommer mon film, mon livre préférés, mais ceux qui m'ont marqué, je vais tenter une réponse en me donnant des repères chronologiques.
L'un des premiers films qui m'ait vraiment marqué, je l'ai vu à l'école au moment où j'étais adolescent, Le Mirage de la vie, avec Lana Turner et je ne sais plus qui ; ce film m'a fait découvrir et aimer la voix de Mahalia Jackson, la magnifique.
Plus tard, il y a eu Mort à Venise, qui reste mon film fétiche. Ce film m'a fortement impressionné et il a exercé une grande influence dans ma vie. Par la suite, il y a eu un autre film qui m'a séduit, de Luchino Visconti aussi : Violence et passion, avec Burt Lancaster, Silvana Mangano, Helmut Berger... Ce professeur vivant seul dans un grand appartement rempli de livres et d'oeuvres d'art a longtemps représenté pour moi un idéal...
Du côté des livres, ce fut d'abord Les Amitiés particulières, de Roger Peyrefitte, puis Notre Amour, du même auteur. La lecture de ces deux livres a précédé mon premier séjour à Paris (pour un Québécois, un voyage à Paris, c'était un retour aux sources) et m'a apporté une certaine grille, (un canevas serait peut-être trop limitatif) sur laquelle s'est construit mon imaginaire amoureux et parisien. Puis, au retour, ce fut Si le grain ne meurt, de Gide, puis son journal, celui de Julien Green, Jouhandeau... Et de très nombreux autres.
Quant aux odeurs, elles sont nombreuses. J'ai besoin des odeurs : elles sont mes points de repère, elles stimulent mon imaginaire et nourissent ma vitalité. J'ai toujours en mémoire l'odeur des rues de Paris lors de mon premier séjour ; ce mélange d'huile à moteur, de feuilles mortes ; puis l'arôme des boulangeries et des pâtisseries. Une autre odeur qui évoque tout un monde : celle des parfums citronnés. Je conserve une affection particulière pour l'« Eau sauvage » de Dior, qu'on m'a offerte à 20 ans et qui durant de nombreuses années aura été mon plus fidèle lien olfactif avec Paris, le Paris plus grand que réel, puisqu'il était celui de mon paradis perdu.

mercredi 3 mai 2006

Un temps d'automne...


Durant quelques jours, il a fait beau, il a fait chaud. Depuis hier, le ciel est gris à en pleurer ; d'ailleurs, il ne s'en prive pas du tout.

En revoyant toutes ces images publiées ici ces derniers jours et à lire le commentaire que laissait Guillaume sur le billet d'hier, je me suis fait deux réflexions.

La première : j'avais sans doute besoin de voir des couleurs, de voir la vie surgir de terre, de partout ; c'est ce qui expliquerait le goût d'afficher ici toutes ces fleurs.

Puis je constate qu'il y a beaucoup de violet, dans diverses tonalités. Ce qui correspond probablement au besoin de renouer avec le fil de mon intériorité. Le violet est souvent lié à la spiritualité, au ressourcement. Dans le tourbillon actuel de ma vie, c'est vrai qu'il me manque du temps et de la tranquillité.

Le joli vitrail dans la fenêtre vient de chez Clémentine Halleux.

mardi 2 mai 2006

Un parfum de printemps


Si vous pensez au printemps, je ne sais pas quelle odeur vous vient en mémoire.
Pour certains, ce sont les violettes, pour d'autres, les lilas ; et pour vous ?




En ouvrant la porte de mon appartement, ce matin, j'ai été saisi par un parfum qui revient chaque annnée en cette saison et qui n'est ni celui du lilas, ni celui de la rose. Comme le système d'aération était en marche et poussait dans les couloirs de l'air frais de l'extérieur, j'ai vite compris que c'était l'air extérieur qui embaumait cette odeur printanière bien reconnaissable. Comme j'étais un peu pressé de me rendre au métro, j'ai oublié, en mettant pieds sur le trottoir, l'odeur qui m'avait saisi dans le couloir avant de descendre l'escalier de mon sixième.

C'est en sortant du métro, à l'autre bout de la ville, que l'odeur m'a saisi une deuxième fois et, cette fois, c'était très clair : il y avait bel et bien dans l'air un indéniable parfum printanier ; et pour tout dire, ça ne sentait pas la rose ni la jonquille : c'était plutôt des miasmes de fumier, pour ne pas dire de la m...

lundi 1 mai 2006

Du muguet, pour vous...


Au Québec, comme en Amérique du Nord, la façon de célèbrer la fête des travailleurs, c'est de... travailler.

Il y aura cepenant la fête du Travail, le premier lundi de septembre.

En attendant, voici quelques brins de muguet.


Qu'il vous apporte bonheur et chance !

Vous saviez, vous, qu'il existe aussi du muguet bleu ?

dimanche 30 avril 2006

Le soir est si proche.

« Je professe que l'on doit traverser la vie
comme on traverse une journée :
le soir en est si proche. »

François Nourissier, Un petit bourgeois.


Je ne me souviens plus exactement à quel moment j'ai commencé à lire les livres de François Nourissier ; il y a au moins vingt ans. Et dès le moment où j'en ai lu un, j'ai voulu lire tous les autres.

Ce que j'ai aimé en lui ? J'y ai sans doute trouvé des réponses à bien des questions que je me posais alors ; je me reconnaissais dans ses interrogations et dans ses doutes. À le lire, on serait porté à croire qu'il s'agit d'un écrivain mondain, très à l'aise dans le grand monde, avec le beau linge ; à l'aise, il l'est sans doute devenu avec le temps, mais au départ, François Nourissier est un petit garçon qui a pris de l'âge mais qui n'a pas vraiment grandi. Ses inquiétudes, ses insécurités, ses doutes, ont évolué avec lui mais ne semblent ne l'avoir jamais quitté.


Il est sans doute le plus à gauche des écrivains dits de droite, sans doute aussi le plus « homosensible » des hétérosexuels. Je ne me souviens plus dans lequel de ses récits autobiographiques il dit se demander lui-même pourquoi il n'est pas homosexuel, car plusieurs de ses amis le sont ou l'ont été, à commencer par Aragon. Il dit lui-même que la féminité constitue une bonne part de son tempérament et de sa sensibilité. Il a pourtant conçu, élevé trois enfants, une fille et deux garçons et sa crainte de ne pas avoir été un bon père lui a fait écrire des pages magnifiques sur la paternité, sur l'héritage intellectuel, spirituel, qu'un père voudrait laisser à ses enfants.

Bien que je ne possède moi-même aucune maison (j'ai été propriétaire une fois, durant quelques mois), son amour des maisons m'a toujours fasciné. Je comprends le symbolisme que l'on peut associer à la maison. J'ai écrit un jour une longue lettre à un ami qui devait en quitter une, pour lui exprimer que je croyais ressentir ce qu'il devait éprouver en quittant cette maison, ce qu'elle devait représenter pour lui à ce moment-là de sa vie. Cette ami m'a alors appelé, me disant avoir pleuré en lisant cette lettre qui exprimait si bien ce qu'il n'aurait pu exprimer lui-même avec des mots.

En cliquant sur la photo, vous pourrez l'agrandir.

Parmi les très nombreuses maisons qu'il a possédées, habitées, l'une des dernières fut sans doute la propriété qu'il avait dans le Lubéron. Le photographe Gilbert Nencioli lui a rendu visite dans cette maison, en 1995, pour un ouvrage qu'il préparait sur les lieux d'écriture de plusieurs écrivains parmi les grands noms de la littérature contemporaine. L'image qui précède est celle que Gilbert Nencioli nous offre du bureau de François Nourissier dans le Lubéron.


François Nourissier a publié en 2005 un nouveau titre que je n'ai pas encore lu, La Maison mélancolie, que je me propose de lire bientôt. Maintenant âgé de 79 ans et atteint de la terrifiante maladie de P. (qu'il refuse de nommer mais que l'on peut ici appeler par son nom : Parkinson), l'auteur répondait à quelques questions à l'occasion de la parution de ce nouveau livre ; en voici un extrait que l'on trouve sur le site des Éditions Gallimard :

Rencontre avec François Nourissier à l'occasion de la parution de La Maison Mélancolie

La maison Mélancolie… serait-ce votre adresse actuelle ?
François Nourissier — Je n'ai plus de maison, parce qu'avoir une maison c'est en vouloir une nouvelle, c'est en vendre une pour en acheter une autre. Dans ce sens, je crois que je n'ai plus de maison, que je n'en aurai plus jamais, et j'essaye là comme dernière besogne de cambrioler des souvenirs. C'est vraiment ça, je cambriole des souvenirs. Mais ça ne veut pas dire traîner des nostalgies.
Cela dit, ce n'est vraiment pas un livre dans le genre des chroniques pimpantes sur beau papier pour magazines pimpants et sur beau papier ! C'est un livre crépusculaire, il faut avoir le courage de l'assumer.

Mais pas pour autant un livre triste…
François Nourissier — Le livre, c'est comme la haute école : si on sait monter son cheval, il n'a jamais l'air triste, il n'a jamais l'air fatigué, il a l'air attentif, simplement. C'est la même chose : un livre triste, c'est un livre qu'on ne tient pas.

Vous aimez les maisons, pourtant vous semblez leur en vouloir un peu de vous avoir pris autant de temps et d'énergie…
François Nourissier — J'en ai visité plus de cinq cents ! Ce qui représente, ce n'est pas une façon de parler, un morceau d'une vie. Mais un morceau auquel je pense avec sympathie et reconnaissance. Oui, j'ai aimé cette course aux maisons.

Vous écrivez : « Il faut être un hercule de la solitude, des travaux manuels et du courage moral pour triompher d'une maison de campagne »…
François Nourissier — C'est vrai, une maison de campagne, c'est l'horreur ! Mais c'est vrai aussi que l'on regrette souvent une maison, bien plus rarement un appartement au quatrième étage de la rue Machin !
Quand les gens disent « ma maison », « à la maison », ils pensent à une maison individuelle, pas à un appartement. Il n'y a qu'un bateau qui puisse ressembler à une maison.

Au fond, toutes les maisons ne sont-elles pas, d'une façon ou d'une autre, des maisons closes ?
François Nourissier — Je crois que nous ne pensons à une maison que fermée, opposant sa fermeture à notre investissement, exigeant qu'on la force, qu'on casse une fenêtre ou une serrure… C'est très rare qu'on pense à une maison avec deux jeunes gens faisant de la musique sur un coin de la terrasse, des jeunes filles à l'ombre ou au soleil… À mon sens, on n'imagine jamais une maison heureuse ni vivante, on l'imagine toujours au bord d'un drame ou sortant d'un chagrin.